XII. NERF GRAND HYPOGLOSSE. — 12'' paire
Le neri grand hypoglosse, on plus simplement l'hypoglosse (le petit hypoglosse., appellation tombée en désuétude, étant le lingual, branche du trijumeau), est un nerf exclusivement moteur destiné aux muscles de la langue. Son origine apparente ou émergence est dans le sillon, dit de l'hypoglosse ou collatéral antérieur, qui, sur la face antérieure du bulbe, sépare la pyramide de l'olive.
Noyau d'origine. — Son noyau d'origine, noyau principal, est la continuation du groupe interne des cellules de In corne antérieure. Dès le milieu de la région cervicale, les deux groupes de cellules radiculaires que nous avons décrits dans la corne antérieure de la moelle sont affectés à des nerfs différents ; le groupe externe devient le noyau d'origine du spinal, surtout par sa colonne postérieure ; le groupe interne donne naissance aux racines antérieures des premiers nerfs cervicaux. On peut voir au collet du bulbe que les racines du premier nerf cervical sont continuées sans interruption par celles de l'hypoglosse ; il en est de même de leur colonne cellulaire, malgré l'interposition d'une zone de transition un peu confuse. Fig. 273. — Noyaux d'origine des nerfs
Le noyau de l'hypoglosse a la longueur ''^"^^'^' ™°*^"' ^^'^""'^ schématique).
1 1, !• , 1 11 •! 11 1 Les noyaux sont vus latéralement à travers le
de 1 Ohve a laquelle il correspond dans le tronc cérébral supposé transparent.
sens de la hauteur. Dans la partie inférieure du bulbe (fîg. 296), il est situé en avant et en dehors du canal central et en rapport avec sa substance grise ; en dedans il s'adosse au noyau opposé dont il n'est séparé que par le raphé, et cette contiguïté explique peut-être la fréquence des lésions bilatérales de l'hypoglosse dans les maladies centrales. — Dans la partie ventriculaire, de beaucoup la plus considérable, il présente les rapports suivants (fîg. 276). Les deux noyaux sont placés côte à côte, séparés l'un de l'autre par le sillon médian, et bordés en dehors par les noyaux sensitifs des nerfs vague et glosso-pharyngien. Ils sont sous-jacents au plancher ventriculaire et correspondent à Vaile blanche interne ou triangle de l'hypoglosse (voy. p. 2S2); mais une couche plexiforme épaisse de fibres médullaires, capsule du noyau de l'hypoglosse, s'interpose entre le groupe cellulaire et l'épendyme et donne au triangle de l'hypoglosse sa couleur blanche.
Hyp.
Spiii.
N. cevvic.
[CHARPY.\
NEVROLOGIE.
Acousl.
(r. desc.)
F. soin.
N. mixte N. ambigu
Ilypogloss
Le noyau est composé de deux parties, de cellules nerveuses et d'un plexus nerveux.
Les cellules radiculaires, de grande taille, ressemblent à celles des cornes antérieures de la moelle. Elles émettent un cylindre-axe dirigé en avant et en dehors, et de riches prolongements protoplasmiques qui rayonnent en tous sens ; les expansions des cellules les plus internes vont s'entrelacer avec celles du côté opposé, comme l'a vu Van Gehuchten, et former, ainsi que dans la
, „ ., . moelle, une commis-
Hypogl. N. dorsal ou de l ade grise
sure protoplasmtque .
Elles sont réparties chez l'homme en deux groupes, externe et Trij. r. desc. interne.
Le plexus nerveux est un des plus considérables qui existent dans les nerfs crâ- Oiive niens et n'a de com-
parable que celui da moteur oculaire commun. Il remplit dans l'intérieur du noyau tous les intervalles intercellulaires (plexus central) et entoure le noyau entier d'une capsule blanche épaisse (plexus périphérique). Le plexus central est formé de FiG. 276. — Origines du nerf hypoglosse et du pneumogastrique, fibres fines qui sont Coupe transversale par la partie supériem-e de l'olive. Grossie trois fois. — deS Collatérales SenSl- Pour Van Gehuchten, le noyau de l'aile grise est le noyau dorsal moteur du pn. i,ypa émanées 11011 gastrique et du spinal bulbaire. « ' '
des fibres radiculaires, mais des noyaux sensitifs centraux du pneumo-gastrique, du giosso-pharyngien et du trijumeau. Le plexus périphérique, dont les grosses fibres semblent former une commissure entre les deux noyaux, est composé de fibres de passage qui proviennent de la substance réticulée du côté opposé et vont se jeter dans le faisceau longitudinal postérieur, et de fibres à terminaison intra-nucléaire d'origine douteuse. Kcelliker présume qu'elles émanent du faisceau pyramidal. L'existence de fibres et de cellules commissurales, autres que les commissures protoplasmiques, n'est pas mentionnée par les auteurs récents.
Origines secondaires. — Le noj'au que nous venons de décrire est le noyau principal d'origine du nerf hypoglosse, le noyau classique reconnu en 1843 par Stilling. On a signalé d'autres origines, dont deux seulement méritent d'être indiquées, ce sont le noyau accessoire et le noyau de Roller.
1° Noyau accessoire ou noyau de M. Duval et Koch. — Indiqué par Me3'nert comme noyau antérieur, par M. Duval comme noyau accessoire ou antéro-externe, il est situé en
avant et en dehors du noyau principal. M. Duval et Koch le considèrent comme une des origines des fibres motrices; mais, bien que la question ne soit pas définitivement tranchée, on n'a pas jusqu'à présent confirmé leurs observations.
2° Noyau de Roller. — Ce noyau est placé immédiatement en avant du noyau principal, en dehors des racines de l'hypoglosse. Ses rapports avec le nerf de la 12° paire sont encore plus douteux.
Trajet des fibres. — Nées des cellules du noyau principal, les fibres radiculaires se dirigent obliquement en avant et en dehors, passant successivement entre la couche sensitive et la formation réticulée, puis enti-e l'olive et la parolive interne, entre l'olive et le faisceau pyramidal. Assez souvent un faisceau traverse la partie interne de l'olive ou même sa cavité centrale, ou plus rarement la pyramide antérieure. Ces variétés se reconnaissent même extérieurement à l'émergence de certaines fibres. Ce trajet est ordinairement arqué et se fait sur un plan horizontal.
Une décussation ou croisement partiel, par laquelle une partie des fibres du noyau droit traverserait le raphé pour aller sortir au côté gauche ou inversement, est formellement niée par tous les observateurs. La méthode de Nissl après extirpation a montré que toutes les fibres sont directes.
L'émergence des racines de l'hypoglosse se fait dans le sillon collatéral antérieur ou dans les lèvres de ce sillon, par 10 à 12 filets en éventail qui se réunissent en deux faisceaux, lesquels, hors de la dure-mère, constitueront le tronc uniqvie du nerf grand hypoglosse. Chez la plupart des animaux, le nerf sort en dehors et non en dedans de l'olive (Obersteiner).
Voy. : ViNCENZi, îoc. cit. — lîocii, Untersuch. iiber die Ursprung d. Nervus hypoglossus. Arch. f. microsc. Anatomie, 1888.
XL NERF SPINAL. — il" paire.
La onzième paire crânienne est le nerf spinal ou accessoire de Willis; spinal, parce que c'est le seul nerf crânien qui se prolonge sur la moelle ; accessoire, parce que Willis, dans sa classification, le réunissait dans une paire commune avec le glosso-pharyngien et le pneumo-gastrique, et le considérait comme un accessoire de ces deux nerfs. Le spinal est un nerf exclusivement moteur. On lui distingue deux portions : une portion supérieure ou bulbaire, une portion inférieure ou médullaire.
Sa portion bulbaire se compose de quatre à cinq filets radiculaires, qui sortent horizontalement du sillon collatéral postérieur ou sillon des nerfs mixtes, derrière la moitié inférieur de l'olive, sur une étendue verticale de 10 mm., comprise entre la dernière racine du pneumogastrique dont les racines spinales se distinguent par leur bifldité, et la première racine du spinal bulbaire, dont elle continue la ligne d'émergence. Cette portion devient la branche interne du spinal qui, dès sa sortie du crâne, se fusionne avec le pneumogastrique; par lui elle va innerver un certain nombre de muscles sur lesquels on est loin d'être d'accord, et que Van Gehuchten, comme Cl. Bernard, restreint au larynx (Van Gehuchten et Bochenek. Le nerf de Willis. Le Névraxe, t. II, 1901). —La portion médullaire, beaucoup plus longue et ascendante, comprend six à sept filets qui s'échelonnent verticalement sur une étendue de 5 cm., depuis le cinquième nerf cervical, jusques et y compris le premier nerf cervical; ces racines émergent, un peu en avant (un quart de millimètre) des racines postérieures de la moelle, de la lèvre antérieure du sillon collatéral postérieur, entre les racines postérieures et le ligament dentelé. Les plus élevées, qui correspondent au premier nerf cervical, sortent du fond même du sillon, confondues avec les racines de ce nerf. La portion bulbaire devient la branche externe du spinal, destinée à deux muscles du cou, le sterno-mastoïdien et le trapèze.
Nous examinerons successivement ks origines des deux portions.
[CIIARI^V.]
NEVROLOGIE.
Gtoss. phni
Rac. post.
Lig. deiitr
1" Portion médullaire du spinal. Spinal médullaire. — Li-
spinal médullaire, spinal infùrioiir, est l'homologue d'une racine antérieure.
Son nmjau d'origine, noyau moteur du spinal, occupe la corne antérieure de la moelle cervicale; il n'est autre que le groupe externe ou latéral des cellules de cette corne, le groupe interne étant réservé aux racines motrices des cinq premières cervicales. Il commence en haut, un peu au-dessus du pi-emier nerf cervical; en bas il finit entre le cinquième et le sixième nerf cervical ou au niveau du cinquième. Il est formé de grandes cellules multipolaires, identiques à celles des cornes antérieures.
Les racines qui sortent à l'état péniclUé de ce noyau, comme cylindre-axes
des cellules, et qui constituent sur le même plan un, deux, rarement trois et quatre fascicules de fibres fortes, présentent un trajet intra-médullaire remarquable à un double point de vue. Tout d'abord au lieu de se diriger en avant, comme les racines motrices ordinaires de la moelle, elles se dirigent en arrière et en dehors pour aller rejoindre les racines postérieures, en avant desquelles elles sortent de la moelle. Pour arriver à la lèvre antérieure du sillon collatéral postérieur, elles traversent successivement la formation réticulée, le faisceau pyramidal croisé, en avant de la substance de Rolando, et le faisceau cérébelleux, c'est-à-dire le champ postérieur du cordon latéral. En second lieu, elles sont coudées en Z dans le plan vertical. Dès son origine des cellules du groupe externe, chaque fibre se dirige horizontalement en dehors sur un court trajet; arrivée hors de la substance grise dans la formation réticulée, elle se coude à angle droit,
faiV^^tTileure/' ''"^^' "°"' '"'''"'' ''"'' '^^^'^^^ verticalement au milieu de cette formation, puis se coude de nouveau (genou des racines du spinal), pour traverser alors horizontalement tout le cordon latéral, en ligne droite ou encore en ligne courbe à concavité antérieure et externe, et venir sortir près des racines postérieures. Cette double inflexion fait que le trajet total de la fibre ne peut se suivre que sur des coupes frontales ; on comprend aussi que la dernière racine du spinal puisse n'émerger c|u'au niveau du c[uatrième nerf cervical, alors que par sa branche verticale elle peut naître de cellules placées beaucoup plus bas, vers le cinquième nerf cervical,
Toutes les fibres du spinal ne présentent pas ce trajet coudé et ascendant. Un certain nombre sont directement horizontales ou faiblement infléchies, ce cj^ui serait particulièrement le cas, d'après Kœlliker, des petits faisceaux antérieurs, quand les racines sortent par deux ou trois faisceaux parallèles. On a également signalé des fibres à trajet infléchi descendant.
2° Portion bulbaire du spinal. Spinal bulbaire. — Le spinal bulbaire ou supérieur est encore appelé Vacca^soire du pneumogastrique.
FiG. 277. — Origine appaieiUo du nerf spinal.
Spinal
Schwalbe et d'autres auteurs tendent à le séparer complètement du spinal médullaire et à le rattacher au nerf pneumogastrique ; il naît du même noyau que ce dernier nerf, il se fusionne avec lui au delà du ganglion jugulaire, il est composé surtout de fi-
bres fines et non de fibres fortes comme les racines médullaires. C'est cette portion qui correspond au tiers ou à la moitié inférieure de l'olive, entre la dernière racine du nerf vague et la première du spinal bulbaire; la séparation des deux portions est donc à la pointe de l'olive.
Son noyau d'origine est le noyau ambigu, niccleus ambiguus, colonne cellulaire qui donne aussi naissance au pneumogastrique
FlG.