I. — PORTION MOTRICE DU TRIJUMEAU ; NERF MASTICATEUR
Ce nerf, qui accompagne le tronc du trijumeau, s'accole à la branche maxillaire inférieure au delà du ganglion de Casser, et va se distribuer aux muscles
inasticatears, masséter, temporal, ptérygoïdiens, mylo-hyoïdien et digastriqiie. Il possède deux noyaux d'origine, un noyau principal et un noyau accessoire :
{'> Noyau principal ou noyau masticateur. — Ce noyau est situé dans la calotte protubérantielle, sur la face interne de la racine sensitive, assez loin du plancher ventriculaire. On peut le considérer comme faisant suite au noyau du facial, bien qu'il ne lui soit pas relié, et comme appartenant à la colonne cellulaire latérale de la moelle prolongée dans le tronc cérébral. Les cellules multipolaires de grande taille, pourvues de longues dendrites épineuses, émettent des axones sans collaté-. rales. Au milieu d'elles est un riche plexus formé par les innombrables collatérales qu'abandonnent les fibres du noyau accessoire et par d'autres collatérales venues de la racine sensitive. Les fibres sortent directement en sens antéro-postérieur. — Chez les poissons électriques, ce noyau forme à lui seul un lobe central spécial, le lobe électrique (Bechterew).
2" Noyau accessoire. — La nature de ce noyau a été longtemps discutée. Les travaux récents de Lugaro, de Cajal et de Van Gehuchten paraissent avoir tranché la question dans le sens d'une origine motrice du nerf masticateur.
Il se compose d'une traînée cellulaire verticale, longue de 15 à 18 mm., qui s'étend depuis la bifurcation du trijumeau jusqu'aux tubercules quadr. antérieurs sous lesquels elle se perd ; elle suit le bord externe de l'aqueduc de Sylvius. Les cellules qui le constituent sont d'un type exceptionnel. Grosses, sphériques ou piriformes, d'aspect boursouflé, ce qui leur a valu le nom de cellules vésiculeicses, elles sont unipolaires, dépourvues de prolongements protoplas- V^ miques, ou n'en possédant qu'exceptionnellement; ces derniers sont remplacés par des épines qui hérissent la surface. Les cylindre-axes qui en émanent l'"io. 287. — Cellules de lu sont tous descendants et constituent par leur ensem-
peliie racine motrice ou ^^ ^^ faisceau décrit sous les noms variés de racine
noyau accessou'e du Iriju-
meau. supérieure, ou cérébrale, ou ascendante, petite racme
impiégnaiion au Goigi. — D'après motrice. Ils présentent cette particularité, unique dans les fibres motrices, qu'ils émettent un nombre considérable de collatérales, les unes au nombre de 2 à 3, destinées aux cellules du noyau accessoire, les autres beaucoup plus abondantes qui s'échappent au niveau du coude et se répandent en plexus serré dans le noyau principal (fig. 287). Cotte disposition est sans doute en rapport avec la sj^nergie des mouvements de mastication. Arrivées au niveau du noyau principal, les fibres descendantes se coudent pour devenir transversales et se joignent aux fibres du noyau masticateur.
(lajal.
Les fibres motrices des deux noyaux se dirigent en avant ; elles émergent à ooté du trijumeau sensitif, sur le bord externe de la protubérance. Toutes les fibres sont directes. Ni Van Gehucliten ni Cajal n'ont pu constater d'entre-croisement.
II. — PORTION SENSITIVE DU TRIJUMEAU; TRIJUMEAU SENSITIF. TRIJUMEAU PROPREMENT DIT.
Le trijumeau sensitif a pour noyau d'origine le ganglion de Gasser, qui (»ccupe sur le rocber la cavité de Meckel. Ce ganglion, tout à fait semblable à un ganglion rachidien, renferme des cellules nerveuses, bipolaires à la période
V'i Noyau mot. ace.
N. ophl.
Rac. sen.'i. H. molr
N. mot. princ.
R. spin. desc.
N. maœ. siip. N. max. iul .
FiG. 288. — Schéma des origines réelles et de la constitution du trijumeau (d'après Van Gehuchten).
embryonnaire, unipolaires à l'état adulte avec division en T du cylindre-axe (\'oy. les Nerfs, p. 802). Les branches périphériques ou externes de division vont constituer les nerfs ophtalmique, maxillaire supérieur et maxillaire inférieur; les branches centrales forment un tronc, véritable racine postérieure, qui se dirige vers le pont de Varole, pénètre (origine apparente) dans celui-ci à son point de jonction avec le pédoncule cérébelleux moyen, et suit dans l'épaisseur de la protubérance un trajet rectiligne antéro-postérieur, un peu oblique en dedans. Arrivé dans la partie postérieure ou calotte de la protubérance, le trijumeau, abandonnant quelques fibres horizontales, s'infléchit en bas pour former la racine descendante ou spinale qui traverse la protubérance et le bulbe, presque partout superficielle sur le côté de ces organes, et de plus en plus inclinée en arrière, puisqu'elle aboutit aux cordons postérieurs de la moelle cervicale. Dans tout ce trajet, elle recouvre le noyau gélatineux de Rolando.
Noyau gélatineux et racine descendante. — La racine descendante, racine inférieure on spinale, e%i remarquable par sa longueur, par la précocité de son développement et par la localisation de certaines maladies dégénératives. Sa longueur n'atteint pas moins de 30 à 35 mm., et s'étend depuis le haut de la protubérance jusqu'à l'origine de la moelle; elle ne nous surprendra *
[CHARPY.]
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NEVROLOGIE.
pas, si nous nous rappelons que cette racine représente la partie sensitive d'une longue colonne motrice, dissociée chez les vertébrés supérieurs, et formant les iioyaux distincts, autonomes, du facial, du masticateur et des trois nerCs moteurs de l'œil, noyaux probablement tous reliés par des collatérales avec la branche sensitive. L'apparition de sa gaine de myéline est précoce ; elle est contemporaine de celle du faisceau de Burdach dans sa zone radiculaire, ce qui rapproche encore l'une de l'autre ces deux catégories de racines. Enfin, Pierret a montré que, dans l'ataxie locomotrice, la branche descendante du trijumeau pouvait être atteinte tout comme une racine postérieure ou le faisceau
F. l. jjosl.
N. i}ioi. accoss.
N. mol. prine.
Rac. spin.
. N. masiic.
FiG. 289. — Noyaux d'origine et de terminaison du nerf trijumeau.
Coupe passant par la partie supérieure de la protubérance.
de Burdach, et déterminer des douleurs fulgurantes et des anesthésies de la face.
La racine spinale s'étend jusqu'à la jonction de la moelle au bulbe, c'est-àdire au-dessus du premier nerf cervical, au-dessous de l'entre-croisement des pyramides; au-dessous de l'extrémité inférieure du faisceau solitaire et au niveau à peu près du tubercule cendré de Rolando. Chez les animaux domestiques, elle se prolongerait jusqu'au quatrième nerf cervical : Van Gehuchten, chez le lapin, l'a vu se terminer entre le 2« et le ^^ segment cervical. La coupe montre le faisceau en forme de croissant appliqué contre la face externe de la substance gélatineuse de Rolando. Ce faisceau va grossissant de bas en haut, ou plus exactement diminue de haut en bas, à mesure que les fibres descendantes se terminent dans les divers étages de la colonne cellulaire (Voy. fig. .274).
Les fibres de la racine descendante aboutissent au noyau gélatineux.
Le noyau gélatineux, véritable noyau sensltif teimilnal, est une longue colonne constituée par la substance gélatineuse de Rolando, qui accompagne d'un bout à l'autre le faisceau nerveux. A l'extrémité supérieure de la moelle, la substance gélatineuse de la corne postérieure se divise en deux colonnes, l'une plus petite qui devient le noyau terminal du faisceau solitaire des nerfs mixtes, c'est-à-dire de leur branche descendante, l'autre plus considérable qui reçoit la branche descendante du trijumeau. On trouve dans ce noyau, comme dans la substance de Rolando, de nombreuses cellules nerveuses de petite taille et quelques cellules géantes.
Les fibres radiculaires de la branche spinale sont appliquées contre la face externe et postérieure du noyau gélatineux, quelques-unes plus fines descendent dans son épaisseur. Chacune des branches du trijumeau occupe une place déterminée : l'ophtalmique en avant, le maxillaire inférieur en arrière, le maxillaire supérieur au milieu (Bochenek). Dans leur trajet descendant, les fibi'es se subdivisent en rameaux qui restent parallèles, en môme temps qu'elles émettent à angle droit de nombreuses collatérales qui se ramifient en plexus autour des cellules. Cajal n'a pu constater de relation avec les noyaux moteurs de l'hypoglosse ou du facial.
A leur tour, les cellules du noyau gélatineux envoient leurs cylindre-axes, sous forme de fibres arciformes internes, dans la couche du ruban de Reil qui se croise au raplié et va porter au cerveau les impressions sensitives. D'autres relations paraissent encore exister, soit par ces cylindre-axes, soit par leurs nombreuses collatérales, avec la substance réticulée et aivec le cordon antérolatéral .
Origines accessoires. — On a indiqué encore d'autres racines du trijumeau, notamment une racine cérébelleuse et la racine descendante externe de Meynert.
1° Racine cérébelleuse.— Meynert a décrit une racine qui, par le pédoncule cérébelleux supérieur, irait au cervelet. Edinger, qui admet pour tous les nerfs crâniens sensitifs une racine sensorielle cérébelleuse, dit que ces fibres cérébelleuses de la cinquième paire sont peu nombreuses chez l'homme, mais que, chez les vertébrés inférieurs, notamment chez les poissons, elles constituent la masse principale du nerf, llomen, dans un cas d'hémiatrophie faciale, a constaté la dégénérescence de la racine descendante médullaire et celle de la racine cérébelleuse, tandis que la racine supérieure était à peu près intacte.
En regard de ces opinions concordantes, citons Kœlliker, Bechterew et Van Gehuchten qui nient toute racine cérébelleuse.
2° Racine descendante externe ou racine du locus cœruleus. Meynert a avancé qu'une racine du trijumeau, qu'il appeile descendante externe, et qui suit surtout un trajet horizontal sous le plancher, va se mettre en rapport, par des fibres directes et par des fibres' croisées, avec les cellules du locus cœruleus. Le locus cœruleus ou substance ferrugineuse est un amas cellulaire situé près de l'angle supérieur du quatrième ventricule, en dedans de la racine supérieure du trijumeau. L'atrophie de ces cellules aurait été observée en même temps que celle du trijumeau (Mendel).
Kœlliker et Edinger ont observé eux aussi des fibres, en partie directes, en partie croisées, qui paraissent s'étendre du locus cœruleus aux racines du trijumeau, mais ils ne peuvent affirmer qu'elles constituent une racine ; ce sont peut-être de simples fibres d'association ou bien des fibres de la voie centrale. Van Gehuchten n'a constaté chez le lapin aucune connexion avec la substance ferrugineuse.
Sur le Trijumeau : Pierret, Symptômes céphaliques du Tabès dorsalis. Thèse de Paris, 1876; — Becuterew, Ueber den Faserursprung-der grossen aufsteigenden Trigeminus Wurzel. Arch. f. Anat., 1886 et 1887; — Homex, Zur Kenntniss des Ursprungs des Nervus trigeminus. Neurolog. Centralblatt, 1890. — Lugaro, Archivio di OflabnoL, 1894. — Cajal, loc. cit. — Van Geucciiten, Journal de Neurologie, 1898 et 1899; et Le Névraxe, t. 11, 1901.
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NÉVROLOGIE.