I. — SYSTEME D'ASSOCIATION
Le système d'association est constitué par les fibres qui unissent entre elles les circonvolutions d'un même hémisphère.
Ces fibres naissent sur les faces latérales des circonvolutions, par conséquent sur les parois des sillons ou des scissures; elles se dirigent parallèlement à l'écorce, dans la couche la plus périphérique de la substance. Leur trajet est curviligne, à concavité supérieure ou inférieure suivant qu'elles appartiennent à la convexité ou à la base du cerveau ; de la longueur de ce trajet dépend le degré de leur courbure. Elles s'entre-croisent avec les fibres de projection et les fibres commissurales qui aboutissent ordinairement aux crêtes des circonvolutions.
Leurs cellules d'origine sont les cellules pyramidales, moyennes et petites, et les cellules polymorphes de la couche profonde, une partie du moins de ces éléments. Cajal a constaté, sur le faisceau de l'ourlet, que ses fibres émettent des collatérales ascendantes qui les relient sur leur parcours à des points nombreux de l'écorce ; qu'en outre une fibre d'association se bifurque quelquefois en T ou en Y, et qu'à son tour une des branches de bifurcation peut passer dans le corps calleux et devenir fibre commissurale. On comprend par là la variété et l'étendue des connexions établies par le système d'association. On ignore dans quelle couche de l'écorce se déploient leurs arborisations terminales.
On peut répartir les fibres d'association en deux groupes : 1° les fibres qui sont limitées à deux circonvolutions; ces fibres sont nécessairement courtes, et font en quelque sorte partie intégrante de l'écorce cérébrale; 2° les faisceaux, dans lesquels les fibres sont rassemblées et qui peuvent s'étendre à de grandes
distances; ils contiennent des fibres de longueurs différentes, courtes, moyennes et longues. On connaît cinq faisceaux principaux ou interlobaires, et plusieurs faisceaux secondaires intra-lobaires, confinés au lobe frontal et au lobe occipital. Nous les étudierons dans l'ordre suivant :
1° Fibres arquées;
2° Faisceau longitudinal supérieur ; . -"■
3° Faisceau occipito-frontal ;
4" Faisceau longitudinal inférieur ;
5" Faisceau unciforme ;
6*^ Cingulum ;
7" Fibres propres du lobe frontal ;
S'' Fibres propres du lobe occipital ;
90 Trigone cérébral.
Quant aux fibres cortico-striées admises par quelques auteurs, nous avons vu plus haut (p. 485) qu'elles font défaut ou sont en tous cas très rares. Le corps strié et l'écorce cérébrale sont indépendants l'un de l'autre au point de vue anatomique et nutritif. Seul le globus pallidus du noyau lenticulaire est peut-être relié aux lobes temporal et occipital par quelques fibres qui traverseraient la partie la plus postérieure de la capsule interne (Déjerine).
1° Fibres arquées. — Les fibres arquées ou fibres arciformes, fibres propres (Meynert), fibres en U, unissent entre elles les circonvolutions adjacentes. Leur forme est en effet celle d'un U dont la concavité extérieure embrasse le sillon c[u'elles croisent; elles sont toujours perpendiculaires au grand axe de la fente qui les contient, et par conséquent des circonvolutions qui longent cette fente. Elles naissent sur les deux faces latérales, en se prolongeant jusqu'au sommet de la circonvolution, se réunissent en un faisceau compact qui s'incurve pour contourner le fond du sillon, et remontent sur la face opposée dans laquelle elles se terminent en s'irradiant. Elles fournissent aux parois des sillons par leurs extrémités pénicillées, et probablement aussi à la partie profonde de ces dépressions (Voy. fig. 337).
L'ensemble des fibres arquées forme chez l'homme adulte une couche épaisse, qui occupe les régions les plus périphériques de la substance blanche ; elle est immédiatement sous-corticale, et même en partie mêlée à la couche des éléments polymorphes. Assez bien limitée sur sa face profonde, elle se continue insensiblement par sa face superficielle avec la couche interne des fibres tangentielles intra-corticales .
Ce sont les fibres arquées que l'on a regardées comme le principal substratum anatomique des associations d'idées, de sensations, de mouvements; ce sont elles aussi qui expliqueraient l'extension progressive des convulsions jacksoniennes dans l'épilepsie corticale. Mais, dans le riche réseau d'association de l'écorce cérébrale, il est bien difficile de faire le départ de chaque système de fibres.
2'' Faisceau longitudinal supérieur ou faisceau arqué. — Ce faisceau occupe la partie externe de la face convexe de l'hémisphère. Il est dirigé en sens sagittal et décrit une forte courbure ouverte en bas et en avant. Sa partie moyenne compacte longe le bord supérieur du noyau lenticulaire, en
[CHARPY.l
NÉVROLOGIE.
Cingulum,
F. l.sup.
dehors du pied de la couronne rayonnante et s'engage dans la partie la plus haute de la capsule externe.
Il est surtout composé de fibres courtes. Ses origines ont lieu dans les circonvolutions temporales et occipitales de la face externe, et sa terminaison probable est dans le pied des circonvolutions rolandiques et de F'\ Au fond ses connexions sont encore mal connues.
3° Faisceau occipito-frontal. — Ce faisceau s'étend en sens antéro-postérieur sur toute la longueur de l'hémisphère. Il est profondément situé, à l'angle externe de la corne supérieure du ventricule latéral, au-dessous du corps calleux, au-dessus du bord supérieur du noyau caudé. Ses origines principales ont lieu dans le lobe occipital, car il dégénère dans toute son épaisseur si on extirpe ce lobe. Elles se font par des fibres irradiées en éventail qui naissent de
la face convexe et du bord inféro- externe des deux lobes temporal et occipital ; ce sont ces irradiations qui constituent presque exclusivement le tapetuni ou paroi externe du ventricule latéral, que l'on rapportait autrefois au corps calleux, mais qui persiste quand celui-ci fait défaut. Ces fibres radiées sont verticales ; elles s'incurvent en avant et se rassemblent en un faisceau à direction sagittale qui s'épanouit dans le lobe frontal, dans la totalité de ce lobe et même dans l'insula.
C'est Onufrowicz qui a découvert et dénommé le faisceau occipito-frontal dans un cas d'absence du corps calleux ; mais il paraît à tort l'avoir identifié avec le faisceau longitudinal supérieur ou faisceau arqué, obscurément décrit par Burdach. Kaufmann l'a observé à son tour dans des conditions analogues. Muratoff a étudié sa dégénération chez le chien, et montré qu'il s'atrophie par l'ablation du lobe occipital, mais non par la section du corps calleux. Il pense que la plupart de ses fibres sont à très court trajet. 11 lui a donné le nom de faisceau sous-calleux.
La situation topographique du faisceau dans sa partie moyenne compacte est loin d'être bien établie. Selon Déjerine, il est situé dans l'angle du ventricule latéral, sur le bord supérieur et interne de la capsule interne (fig. 339.)
4" Faisceau longitudinal inférieur. — Ce faisceau d'association relie le lobe occipital au lobe temporal. Il s'étend d'un pôle à l'autre, dans le sens antéro-postérieur, et occupe le bord inférieur et externe du lobe temporal et du lobe occipital, à la base de 0^ et de T^. En arrière il entoure en anneau la corne occipitale du ventricule, anneau irrégulier dans son épaisseur, car la branche externe est de beaucoup la plus épaisse ; elle fait partie intégrante de la substance sagittale (Wernicke) du lobe occipital, dont elle constitue la por-
011 externe, la portion interne étant représentée par les radiations optiques
F. uncif. F. l. inf.
FiG. 338. — Les faisceaux d'association vus par transparence.
Figure schématique.
F.oco.front
F. u cil .
(voy. fîg. 264 et 314). Il passe en masse compacte en dehors du carrefour ventriculaire, puis longe la partie inféro-externe de la corne temporale ventriculaire qu'il entoure en gouttière. Enfin il se disperse en avant dans l'extrémité du lobe temporal.
Le faisceau longitudinal inférieur est composé de fibres de longueurs variées, mais dans lesquelles dominent les fibres longues. Les dégénérations secondaires montrent que presque toutes naissent dans le lobe occipital et sont dirigées d'arrière en avant; un petit nombre seulement ont leurs cellules d'origine dans l'écorce temporale. Les origines occipitales se font sur toute l'étendue du lobe, sur son pôle et sur la tota- u \gui
lité de la face profonde des circonvolutions; les fibres nées sur la périphérie convergent autour du ventricule. Sa terminaison embrasse toutes les circonvolutions temporales, sur lesquelles s'irradie le faisceau ; sa pointe s'engage dans la capsule externe et finit en s'entre-croisant avec le faisceau unciforme.
Bien qu'il soit infiltré de fibres de projection dans sa partie supérieure, le faisceau longitudinal inférieur est avant tout une voie d'association intra- hémisphérique (Déjerine). C'est à tort que Charcot et Ballet ont cru reconnaître en lui, ou du moins dans sa portion occipitale, le prolongement du faisceau de Meynert, et l'ont désigné du nom de faisceau sensitif. Ces deux faisceaux sont distincts, et ni l'un ni l'autre ne sont des voies sensitives.
0° Faisceau unciforme. — Le faisceau unciforme ou unciné, faisceau en crochet, le plus court de tous, est situé dans la partie externe et antérieure de l'hémisphère. Il présente une direction sagittale et une forte courbure ouverte en bas et en avant. Sa partie moj^enne compacte répond au pôle de l'insula et au pli falciforme ; elle occupe la capsule extrême et la partie horizontale de l'avant-mur qu'elle dissocie. Les fibres les plus inférieures sont repliées sur elles-mêmes en forme d'U à la jonction du lobe temporal avec le lobe frontal, le long du pli falciforme de la scissure de Sylvius ; les fibres moyennes et supérieures se redressent de plus en plus et finissent par s'incurver vers le haut.
Aux deux extrémités, les fibres s'éparpillent et s'irradient dans le lobe temporal et dans le lobe frontal. L'extrémité postérieure se répand dans le pôle
FiG. 339. — Situation des faisceaux d'association sur le plan transversal.
Le faisceau unciforme et le faisceau 1. inférieur ne sont vus que par leurs extrémités, au point ovi ils s'entrepénètrent.
[C H A RPV.]
NEVROLOGIE.
temporal, et plus particulièrement dans la partie antérieure de T\ de P et de 7'" (lobule de l'hippocampe). L'extrémité antérieure aboutit à la face orbitaire ou ventrale du lobe frontal, plus particulièrement à la partie orbitaire de la première et de la deuxième frontale, F^ et F^ Il semble que, chez les animaux osmatiques, une partie des fibres se rend dans le lobe olfactif.
Le faisceau unciforme est un faisceau d'association temporo-frontale.
6" Cingulum ou Faisceau de l'ourlet. — Le cingulum (ceinture) ou faisceau de l'ourlet, bien étudié par Foville qui l'appela le ruban fibreux de V ourlet, parce qu'il borde le sillon du corps calleux et de l'hémisphère, est situé sur la face interne de l'hémisphère, dans l'épaisseur du lobe limbique. Sa direction est sagittale, et sa forme est arquée comme celle du corps calleux qu'il
F. pariét. Cingulum {ourlet)
Se. cale. Fibres occip. F. temp. Cingulum
FiG. 340. — Le cing-ulum ou faisceau de l'ourlet (d'après Foville).
contourne sur toute son étendue. Sur les pièces durcies par l'alcool ou par les liquides bichromates, on le sépare en décortiquant la circonvolution qui entoure le corps calleux. On voit alors, et mieux encore sur les coupes transversales, qu'il occupe la substance blanche de la circonvolution du calleux et de la cinquième temporale; son champ est triangulaire, complètement recouvert par Fécorce cérébrale et enfoui dans la moelle de ces circonvolutions qu'il constitue en partie. Il ne se prolonge pas, comme on l'a cru, dans les nerfs de Lancisi. D'un bout à l'autre, son volume est sensiblement uniforme, excepté au niveau de l'isthme qui réunit le lobe calleux à la circonvolution de l'hippocampe, P.
Ses origines et ses terminaisons ne sont pas encore bien déterminées. On admet généralement qu'une de ses extrémités naît dans l'espace perforé antérieur (Foville) et que l'autre se termine à la pointe du lobe temporal ; par suite, ce faisceau annulaire est une voie d'association olfactive. Broca a même avancé qu'il allait de la racine olfactive externe à la racine olfactive interne et qu'il constituait l'anneau fibrillaire du lobe limbique, avec son type en raquette.
Toutefois le fait que ses dégénérations sont très limitées, et que le volume du faisceau est à peu près uniforme, indique plutôt que le cingulum est composé de fibres à court trajet, qu'il émet et reçoit des circonvolutions voisines sur toute la longueur de son parcours. Beevor a conclu de ses recherches que le faisceau de l'ourlet sert aux associations des circonvolutions de toute la face interne de l'hémisphère. Une première portion ou antérieure, née dans l'espace perforé antérieur et la racine olfactive interne, se répand sur l'extrémité antérieure du lobe du corps calleux et delà première frontale; une portion moyenne ou horizontale unit le lobe calleux avec la première frontale, le lobule para-
F. ver tic.
Cuneub
Se. cale
Slrat. cale
0^ (lingual),'
F. arquées 0* F. iransv. lingual
FiG. 341. — Les faisceaux d'association du lobe occipital (d'après Déjerine).
Coupe transversale schématisée. — Hémisphère gauche.
central et le précuneus; une troisième portion, postérieure, relie la circonvolution de l'hippocampe 7'^ avec le lobule lingual et le lobule fusiforme, mais n'a pas de connexion avec le territoire olfactif, corne d'Ammon ou espace perforé. On voit que si le cingulum est probablement chez les animaux osmatiques VU! faisceau d'association du lobe limbique olfactif, chez les anosmatiques il parait s'être transformé et devient la voie principale d'association des circonvolutions variées de la face interne.
7» Fibres propres du lobe frontal. — Le lobe frontal contient, outre la terminaison du faisceau unciforme et du faisceau occipital, un g-rand nombre de fibres d'association qui restent confinées à son territoire et relient ses différentes régions. Ces fibres ne sont pas réunies en faisceaux ; elles sont disséminées, enchevêtrées avec les fibres de projection et avec les fibres calleuses. On reconnaît des fibres sagittales, sur la face orbitairo, des fibres verticales et des fibres transversales. « Les fibres transversales relient la face interne du lobe frontal à ses faces orbitaire et externe ; les fibres verticales assurent les connexions
ICfURPV.]
506 NÉVROLOGIE.
soil. cnlro les (lin'ércntes circonvohilioiis de sa lace ialerne, soit entre les circonvolutions (lo SOS faces orhitairo et supéro-cxterne (Déjerine). »
8» Fibres propres du lobe occipital. — Le lobe occipital est très riche en libres d'association. Elles sont groupées on l'aisceaux qui afl'ectent deux directions diiïérentes, une direction verticale, une direction transversale. Aux faisceaux verticaux se rattachent le stratuin calcarinum et le faisceau occipital vertical de Wernicke; aux faisceaux transversaux, le f. occijjital transverse du cuneus et le f. occipital transverse du lobule lingual.
Le straium ralrarinum double la partie profonde de la scissure calcarine, dont il représente la co\icho des fibres arquées. Il s'étend en hauteur de sa lèvre supérieure à sa lèvre inférieure.
Lo faîscemi occipilal vertical ou perpendiculaire (Wernicke) relie le bord supérieur du lolje aux circonvolutions de la face inférieure (0'" et 0''). Il se prolong-e en avant dans le lobe pariétal et réunit le pli courbe (lobule postérieur de P-) avec T^ et T^.
Le faisceau transverse du cuneus (Sachs) est jeté, comme un pont, du cuneus, surtout de la lèvre supérieure de la scissure calcarine, à la face externe convexe du lolte occipilal, on se prolongeant en avant sur P* et P-.
Le faisceau transverse du. lobule lingual (Vialet) est parallèle au précédent; seulement il est au-dessous de lui, séparé par la corne occipitale du ventricule. Il s'étend de la lèvre inférieure de la scissure calcarine (lobule lingual, 0*) à la face externe du lobe occipital (0^ et O-').
Qo Trigone cérébral. — Le trigone est un système complexe qui, outre ses fibres commissurales et de projection, contient des fibres d'association représentées par son faisceau olfactif et destinées aux centres olfactifs. Nous les avons décrites avec le rhinencéphale
§ II, — SYSTÈME COMMISSURAL
Dans le cerveau antérieur, entre les deux hémisphères, il n'exisle que trois commissures : le corps calleux, la commissure hlanche antérieure et la commissure ammonienne ou de la lyre. Les autres, commissure postérieure, commissure de Meynert ou deGudden, appartiennent au cerveau intermédiaire ou au cerveau moyen, couche optique et pédoncules céréhraux.
1° Corps calleux.
Le corps' calleux est la grande commissure interhémispliéricj[ue chez les mammifères supérieurs et chez l'iiomme.
Origine. — Les fi])i'es calleuses ont leur origine dans l'écorce céréhrale. Muratoff a montré que rablation expérimentale de l'écorce entraîne toujours une dégénération proportionnelle du corps calleux; on obsei've le même fait dans les lésions corticales d'ordre pathologicjue. Il n'y a pas de cellules calleuses spéciales. Cajal pense que les fibres naissent des petites pyramides et peut être aussi des cellules polymorphes. Il a observé en outre que toutes les fibres calleuses ne sont pas le prolongement direct d'une cellule commissurale; une partie d'entre elles ne sont que des branches de bifurcation ou même des simples collatérales d'une fibre de projection ou d'association, elle-même issue des grandes cellules pyramidales. Celles qui ont une cellule propre descendent à travers la substance grise et émettent deux ou trois fines collatérales récurrentes, qui remontent dans l'écorce sus-jacente.
Les fibres calleuses sont fines, dans leur cylindre-axe comme dans leur gaine de myéhne. Nous avons explic|ué (p. 34r3) comment de toute l'écorce cérébrale, à de rares exceptions près, elles convergeaient en rayons courbes vers le bord externe du ventricule latéral en constituant les radiations calleuses, comment celles de la partie moyenne étaient transversales, celles du genou et du bourrelet allongées en sens antéro-postérieur pour atteindre les extrémités du cer-
Collât.