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SYSTEME DE PROJECTION

Définition. — Mej'iiert considérait l'écorce cérébrale comme une sphère creuse dont la face interne reçoit les images des sens et par elles celles du monde extérieur. Cette écorce est une surface de projection, comme le verre dépoli d'une chambre photographique sur lequel vient se peindre un paysage ; les fibres qui s'étendent des organes sensitifs périphériques à la surface cérébrale impressionnée, pareilles aux lignes géométriques ou aux ra3'ons qui dessinent l'image photographique, sont les fibres de j^rojection. Ces fibres sont par excellence les voies sensorielles centripètes ; l'exemple le plus caractéristique nous est fourni par les fibres rétiniennes, qui gardent leur position réciproque jusque dans les centres ganglionnaires et peut-être jusque dans le centre cortical du lobe occipital, si bien que chaque quadrant de la rétine sur lequel s'est projetée une partie du monde extérieur se projette à son tour sur l'écorce visuelle. A ce premier système, Meynert, par une assimilation foi'cée, en ajoute un second, celui des fibres motrices, fibres centrifuges qui réfléchissent sur le système musculaire et y projettent en sens inverse les impressions suscitées dans les centres corticaux (Handbuch de Stricker., t. II, 1872).

On appelle aujourd'hui fibres de projection toutes les fibres centripètes ou centrifuges qui relient l'écorce cérébrale ou son dérivé, le corps strié, aux autres

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NÉVROLOGIE.

centres nerveux, couche optique, bulbe, moelle. Ces fibres n'ont qu'une de leurs extréiuitcs, initiale ou terminale, dans l'écorce même ; c'est ce qui les

distingue des fibres commissurales ou d'association qui commencent et finissent dans cette écorce.

Dans le centre ovale, elles constituent par leur ensemble la couronne rayonnante de Reil.

Par analogie, on a admis des systèmes semblables dans le cervelet et même dans la moelle.

Lohc occ. Fibres call.

Couronne

FiG. 345. — Fibres de projection et couronne rayonnante (figure schématique).

Le noy.-iu lonlieulaire est vu pnr sa l'a pointillé. — On n'a pas figuré la coui'li rompent.

iiilenie. — Les fibres calleuses en uptiipie ni les fibres qui s'y inter-

Classification des centres corticaux de Flechsig. — La

découverte et la détermination topographique des localisations cérébrales ont montré C[ue l'écorce n'est pas une surface homogène ; elle se compose d'un ensemble de zones dont la structure, les connexions et par conséquent les fonctions sont distinctes pour chacun d'eux. Flechsig a divisé la surface céré])rale en deux territoires : celui des centres sensoriels et celui des centres d'association.

Centres sensoriels ou .•<phèrcs sensorielles. — Ces centres sont affectés à un organe des sens. Il y en a cinq : le centre tactile (sensitivo-moteur) des circonvolutions rolandiques, le centre visuel du lobe occipital, les centres auditif, gustatif et olfactif du lobe temporal. Leur siège originel et fondamental est une scissure, scissure de Rolando ou de Sylvius, scissure calcarine, c'està-dire un pli qui s'est creusé dans l'écorce pour agrandir la surface sensitive. Leurs surfaces réunies ne répondent qu'au tiers de la surface totale du cerveau. Ils existent chez tous les animaux.

Leur caractéristique anatomique est la prédominance considérable des fibres de projection sur les fibres d'association; aussi Flechsig les appelle-t-il encore centres de projection. Au point de vue physiologic[ue, ils sont probablement le siège de la perception simple, avec la réaction motrice élémentaire. L'état cérébral de l'ivresse, du délire ou des premières semaines de l'enfance, dans lequel régnent seuls les réflexes de la vie animale, nous donne l'idée des centres sensoriels livrés à eux-mêmes, sans l'influence régulatrice des centres d'association.

Centres d'association. — Ce sont les champs corticaux qui n'émettent ou ne reçoivent qu'un petit nombre de fibres de projection, mais qui sont abondamment pourvus de fibres d'association. Ils occupent les deux tiers de la

surface chez Thomme et cet immense développement caractérise la suprématie de son cerveau, car chez les animaux ils sont de beaucoup inférieurs aux centres sensoriels. Ils font défaut chez les rongeurs, apparaissent avec les carnivores, et c'est seulement chez les singes supérieurs qu'ils s'étendent sur la moitié du cerveau. Leur développement est tardif, leurs fibres ne se myélinisant qu'après la naissance. Placé tout autour des champs sensoriels, auxquels les relient des fibres nombreuses, ils se répartissent en quatre territoires ou grands centres, eux-mêmes formés par l'agglomération d'un grand nombre de centres accessoires : le centre frontal, le centre pariétal, le centre temporal et le centre de l'insula. Leur fonction est de recevoir, de conserver les impressions que leur envoient les centres sensoriels et de réagir sur ces centres pour les régler et leur commander. La mémoire, la réflexion, l'imagination, la volonté, la coordination motrice, le langage, en un mot toutes les hautes fonctions de la vie intellectuelle et morale leur sont réservées et les distinguent des champs sensoriels affectés à l'activité cérébrale élémentaire.

Cette conception si séduisante de Flechsig, qui introduit dans le cerveau une dualité anatomique et physiologique, a été vivement combattue. La base anatomique sur laquelle elle s'appuyait, l'absence ou la présence de fibres de projection a été ébranlée. Toutes les méthodes d'investigation, la dégénération secondaire, la myélinisation, l'observation directe par les colorations de Weigert ou de Golgi ont montré, et Flechsig l'a reconnu depuis, que la totalité de l'écorce émet des fibres de cette nature, plus nombreuses il est vrai dans les régions sensorielles, mais encore abondantes dans les autres. Nous avons vu en effet que la couche optique est unie à tous les points de la surface par une riche couronne rayonnante. Il n'y a donc pas de centres de projection au sens limitatif du mot.

L'époque de la myélinisation n'est pas un critérium suffisant pour la distinction des deux zones. Il reste exact, et Cajal a confirmé l'observation de Flechsig, que le développement des centres d'association est plus tardif. C'est ainsi que chez l'enfant nouveau-né, ils se font remarquer par l'absence presque complète de fibres terminales exogènes et par l'aspect embryonnaire des cellules pyramidales et des cellules de la couche plexiforme, alors que l'écorce sensorielle est déjà bien formée. Mais il v a de nombreuses exceptions locales et tel système d'association peut précéder tel autre système de projection.

Il n'est pas probable non plus que les centres d'association fassent défaut dans le cerveau des mammifères inférieurs. Cajal conclut de ses recherches récentes que leur cerveau est construit sur le même plan que celui de l'homme, il possède ses centres sensoriels et ses centres de mémoire ; son fonctionnement psychologique est le même, il n'y a que des différences de degré. La structure se raccourcit et se simplifie chez les mammifères inférieurs, se dilate et se complique chez l'homme, mais garde chez tous le même type fondamental.

Enfin de nombreux physiologistes se refusent à admettre la localisation des facultés cérébrales, la mémoire, la conscience, la volonté, dans des régions déterminées de la corticalité.

Flechsig, Neurol. Centralbl., 1894. — Du même : Gehirn und Seele, 189G. — Congrès de Paris. Section neurol., 1900. — Le Névraxe, t. II, 1901.

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51^1 INEVROLOGIE.

La doctrine de Fleclisig est-elle définitivement ruinée et doit-elle être abandonnée? Un certain nombre de neurologistes le pensent; d'autres au contraire, Van Gehuchten, Bechterew, l'ont conservée malgré ces objections graves. Nous croyons qu'elle doit être )iiaintenue, au moins à titre provisoire, car dans l'état actuel c'est la conception qui répond le mieux à nos connaissances sur la structure du cerveau et à la nécessité de les systématiser. Les centres sensoriels sont d'ailleurs admis par tout le monde ; tout le monde aussi reconnait l'existence des centres du langage, qui sont de véritables centres d'association ou de coordination. Il suffit de faire quelques corrections.

Tel est également l'avis de Cajal. Pour lui le dualisme cérébral est éminemment rationnel et découle du principe de la division du travail. Les centres de conservation ne peuvent pas être les mêmes que ceux de réception. Le critérium anatomique doit être cherché, non dans les fibres de projection, mais dans le plexus sensitif intra-cortical. Tous les centres sensoriels et sensitivo-moteurs possèdent dans les couches moyennes de l'écorce un riche plexus sensitif formé par les ramifications terminales des fibres sensitives ou sensorielles qui arrivent des organes périphériques. Ce plexus fait défaut dans l'écorce d'association.

Nous diviserons donc la surface corticale en deux territoires : celui des centres sensoriels, correspondant aux cinq sens, dont nous préciserons les limites, en étudiant chacun de ces centres (fig. 331 et 332); celui des centres d' association, disposés entre les premiers.

Les centres d'association possèdent sans doute des fibres de projection, mais elles sont limitées à la couche optique; elles ne les mettent pas en relation directe avec le monde extérieur ni avec le système musculaire. Leur excitation ne produit ni phénomène sensitif ni réaction motrice. Leur étendue est considérable et la découverte ultérieure des centres moteurs inconnus ou de centres cérébelleux ne la diminuera que faiblement. Il est difficile de ne pas croire, avec Hitzig, que si les idées se forment dans toute l'écorce cérébrale, c'est surtout dans le lobe frontal, caractéristique du cerveau humain, que s'organisent la réflexion, les idées abstraites, la volonté frénatrice des centres sensitivo-moteurs, en un mot les manifestations élevées de l'intelligence. Il en est de même de la conscience. Elle- existe obscurément dans des centres inférieurs en dehors de l'hémisphère, puisque des anencéphales, insensibles au son et à la lumière, perçoivent la douleur, la chaleur et font des mouvements pour éviter un contact pénible ; elle se précise dans les centres sensoriels, mais ne prend pleinement possession d'elle-même que dans les régions corticales oîi les excitations du dehors arrivent seulement par les voies détournées des fibres d'association. La constatation des trois ou quatre centres du langage, dont la destruction produit les diverses aphasies, nous autorise à assimiler l'écorce psychique proprement dite à l'écorce sensorielle; elle est sans doute comme elle, mais beaucoup moins nettement à cause de son évolution récente, divisée en organes à fonction distincte. Ces centres sont diffus et confondus chez les animaux; ils se limitent chez l'homme par la division du travail, et de même que chez lui les centres moteurs atteignent leur plus grande différenciation et leur plus grand nombre, de même il est probable que, suivant l'intensité et la variabilité de sa culture cérébrale, suivant ses

aptitudes individuelles ou héréditaires (calcul, dessin, musique, etc.), les centres psychiques possèdent d'un sujet à l'autre une organisation différente. Ils présentent le caractère éminemment contingent des organes progressifs.

Classification des fibres de projection. — Les fibres de projection sont, avons-nous dit, ou afférentes, corticipètes, ou efférentes, corticifuges. Les premières sont les cylindre-axes de cellules de la couche optique, du bulbe, du cervelet ; les secondes sont les axones de diverses cellules corticales, mais plus particulièrement des cellules pyramidales, car on a constaté l'atrophie ou même la disparition de ces cellules à la suite des lésions anciennes de la capsule interne chez l'homme (Marinesco), ou après la section des fibres efférentes de la zone motrice chez le chien (Ballet et Faure).

On peut les classer de la façon suivante :

Fibres thalamiques (radiations de la couche optique).

„., , , • - XI, 11 S Faisceau pédoncul. de Meynert.

Fibres de la voie cérébelleuse.] „ i- i- j

r Radiations du noyau rouge.

„., 1 „., ,„ ,. ( Trieone cérébral.

Fibres \ Fibres olfactives, w • 4.v. i • ( Taenia thalami.

. . . Fibres gustatives.

1 '' ' / Fibres optiques (radiations optiques).

Fibres acoustiques (ruban de Reil latéral).

„., ... . ^ • ( Ruban de Reil médian.

Fibres sensitives et motrices.^ „ . •..<■■ i x

( Faisceaux pyramidal et genicule).

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