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VOIE SENSITIVE CENTRALE

Dans l'encéphale comme dans la moelle il existe une voie principale, habituelle, à fibres longues, et une voie accessoire à fibres courtes. Nous décrirons d'abord la voie principale.

La voie sensitive totale, de la surface du corps ou des muqueuses à l'écorce cérébrale, se compose, sous sa forme la plus simple, de trois neurones : un neurone périphérique, dont le centre est dans le ganglion rachidien et dont les extrémités sont dans la peau d'une part, dans les noyaux des cordons postérieurs d'autre part; nous l'avons étudié avec la moelle; et deux neurones centraux, dont les cellules sont situées dans les noyaux de Goll et de Burdach, et dans la couche optique. Nous distinguerons donc dans la voie centrale deux segments : un segment inférieur ou ruban de Reil médian, qui occupe le tronc cérébral et s'élend du bulbe à la couche optique ; un segment supérieur ou thalamo-cortical, qui par la capsule interne et le centre ovale relie la couche optique à l'écorce rolandique. Cet exposé implique qu'il n'existe pas de fibres sensitives corticales directes, allant sans interruption de la moelle à l'hémisphère, comme Flechsig avait cru le constater. Les observations récentes de Déjerine ont confirmé pleinement les opinions encore un peu hypothétiques de Luys et de von Monakow, qui assignaient la couche optique comme la station intermédiaire de toutes les fibres sensitives.

A. Ruban de ReiL — Le ruban de Reil ici décrit est le ruban de Reil médian ou inférieur, ou ruban principal, le lemniscus (ruban) de Haller et de la Nomenclature anatomique, le laqueus (lacet) d'autres auteurs. Le ruban de Reil latéral ou supérieur est le faisceau acoustique que nous avons décrit plus haut (p. 520). Reil le premier, en 1809, a reconnu le trajet exact de ses fibres. Sappey et M. Duval ont montré qu'elles provenaient des noyaux des cordons postérieurs et les ont appelées faisceau sensitif, terme dont nous nous servirons le plus souvent, car s'il est vrai qu'il y a d'autres voies accessoires, le ruban médian n'en est pas moins la voie fondamentale.

(Sur l'historique et la synonymie très compliquée, voy. M. et Mme Déjerine, Anat., t. II, p. 569.)

Définition. ■ — Le ruban de Reil médian est un faisceau qui, prolongeant les cordons postérieurs de la moelle, s'étend des noyaux du cordon postérieur, dans le bulbe, à la partie inférieure de la couche optique. Sa masse principale est formée de fibres longues, ascendantes.

Origine. — Il a pour origine le noyau de Goll et la partie interne du noyau de Burdach. La partie externe de ce dernier noyau, partie moins considérable, appelée encore noyau de Monakow, est affectée au corps restiforme et au cervelet. Les petites cellules de ces ganglions, éparses dans celui de Goll, groupées en îlots dans celui de Burdach, sont articulées par leurs prolongements protoplasmiqu es avec les branches ascendantes des cordons postérieurs, qui se terminent au milieu d'elles et leur apportent les impressions sensitives périphériques ; leur cylindre-axe devient fibre constitutive du ruban et se dirige vers le cerveau.

Il n'existe pas de fibres directes des cordons postérieurs, qui se prolongeraient dans le tronc cérébral sans s'interrompre dans le noyau.

Edinger et quelques auteurs admettent une autre source de fibres : une partie des fibres profondes du cordon antéro-latéral de la moelle, fibres déjà croisées, iraient rejoindre le ruban au delà de son entre-croisement dans la coucbe interolivaire. Bechterew les décrit sous le nom de fibres spino-thala-

Couche opt.

Ruban de Reil (/". sensii.)

T. quad.

Ruban lat. (/'. acoust

N. cochl.

Noy. cran, sensii.

N. de Goll

N. de Burd.

F. ant. lat.

Cord. post.

FiG. 357. — Le ruban de Reil ou faisceau sensitif.

La voie acoustique centrale (ruban de Reil latéral, faisceau acoustique) est sommairement indique'e en rouge. Figure schématique.

miques, et dit qu'elles sont démontrées par l'expérimentation et par les observations pathologiques.

Trajet. — Les fibres, nées des noyaux de Goll et Burdach, constituent successivement : l'entre-croisement sensitif, la couche interolivaire, le ruban proprement dit. Les deux premières portions sont confinées dans le bulbe ; la dernière commence avec la protubérance et se termine dans la couche optique.

Entre-croisement sensitif. — A peine nées des cellules des noyaux postérieurs, les fibres du ruban se dirigent en avant et en dehors, en décrivant de belles courbes parallèles à concavité interne autour du canal de l'épendyme ;

[CHARPY.]

NEVROLOGIE.

N. de Goll

N de Burd,

1 Lie posl.

Corne anf.'

Crois, sens.

Pyr. anl.

ces fibres courbes sont les fibres arciformes internes. Dans leur passage à travers la sul^stance grise, elles décapitent la corne postérieure de même que les faisceaux pyramidaux décapitent la corne antérieure; cette tête, isolée désormais, servira de noyau terminal au nerf trijumeau. Arrivées en avant du canal central, les fibres arciformes se croisent à angle aigu ou à angle droit en traversant le rapbé et passent du côté opposé, derrière les pyramides antérieures, dans le fond du sillon médian qu'elles comblent. Les cordons postérieurs se croisent donc totalement par l'intermédiaire des

fibres qui les prolongent.

C'est là le croisement sensitif, croisement du ruban, croisement supérieur parce qu'il se place au-dessus du croisement pyramidal moteur. Il ne se fait d'ailleurs qu'après l'achèvement complet du croisement moteur, entre le niveau supérieur de celui-ci et l'extrémité inférieure de l'olive. Les deux entre-croisements sont étages, superposés.

Les fibres de Goll se croisent les premières ; celles de Burdach ensuite.

Couche interolivaire. — Arrivées derrière les pyramides, les fibres, jusque-là horizontales et arciformes, se coudent pour devenir rectilignes et verticalement ascendantes.

C'est au niveau de ce coude qu'elles recevraient une partie des fibres du cordon antéro-latéral de la moelle. Elles constituent presque exclusivement la couche interolivaire, située entre l'olive en dehors et le raphé en dedans, en arrière de la pyramide antérieure, par conséquent du faisceau pyramidal, en avant du noyau de l'hypoglosse et du faisceau longitudinal postérieur (fig. 297). C'est ce c£u'on appelle quelquefois la portion sensitrje des pyramides.

Portion rubanée. — • En entrant dans la protubérance, le faisceau sensitif quittant la couche interolivaire se constitue à l'état de véritable ruban. Il s'élargit transversalement et s'aplatit d'arrière en avant. Le champ large et étroit qu'il occupe est situé dans la partie la plus ventrale de la calotte, immé-. diatement en arrière des fibres transversales les plus profondes ; et dans la

Fig. 358. — Noyaux de Goll et de Burdach.

Coupe transversale du bulbe. —Entre-croisement sensitif. c'est-à-dire des flbres provenant des noyaux de Goll et de Burdach. — Décapitation de la corne postérieure.

région inférieure, il est en arrière du corps trapézoïde qui le traverse en partie. Nous le retrouvons avec les mêmes caractères dans la calotte du pédoncule

Ruban de Reil

N. cran, sensit.

Enirecr. sensii.

N. de Goll et Burdach

F. de Goll

F. du cord. ant.

F. du cord. lai.

Commiss. ant.

Corne post.

N. rachîd.

FcG. 359. — La voie sensitive (schéma)," en partie d'après Van Gehuchten.

Voie périphérique et voie centrale.

cérébral. De plus en plus aplati, il s'étend du raphé à la face externe de l'organe: derrière lui (au-dessus) est le pédoncule cérébelleux supérieur, pro-

[CHARPY.]

538 NÉVROLOGIE.

longé plus loin par le noyau rouge; en avant (au-dessous), le locus niger qui le sépare du pied du pédoncule (fig. 362).

Terminaison. — Le faisceau sensitif se termine en totalité dans la couche optique. Luys le premier considéra celle-ci comme un sensorium commune, aboutissant de toutes les fibres sensitives et sensorielles, ce qui est d'ailleurs inexact pour ces dernières. Les expériences et les observations ultérieures, depuis V. Monakow jusqu'à Déjerine, ont montré que les fibres de Reil se terminent à la partie inférieure du thalamus, dans son noyau externe et son centre médian. Aucune libre ne s'engage dans la capsule interne pour se rendre directement à l'écorce. Toutes les fibres sont croisées ; mais il est probable, en vertu de la bilatéralité des centres, qu'un certain nombre sont directes.

Fibres sensitives des nerfs crâniens. — Les nerfs crâniens sensitifs, c'est-à-dire la partie sensitive du glosso-pharyngien et du pneumo-gastrique, du trijumeau et la portion vestibulaire du nerf auditif (la branche cochléaire se continue dans le faisceau acoustique), possèdent eux aussi une voie centrale croisée. Le trajet en est mal connu. Quelques auteurs pensent que ces fibres forment un groupe spécial dans la substance réticulée ; mais il est probable au contraire que dès leur origine et après avoir traversé ou non le raphé, elles se joignent au ruban de Reil et partagent sa terminaison. Hœsel, qui a pu étudier les fibres du trijumeau dans deux cas de dégénération secondaire, a vu que, nées du noyau sensitif et de la colonne cellulaire de la racine spinale, elles s'entre-croisent dans le raphé comme fibres arciformes internes, poursuivent un instant leur trajet dans la calotte à l'état de faisceaux isolés et puis se confondent avec le faisceau sensitif de Reil.

Dégénérations. — Le ruban de Reil dégénère principalement en sens ascendant, puisque son centre trophique est dans les noyaux des cordons postérieurs; cette dégénération s'observe avec une marche rapide dans les interruptions de son trajet (section expérimentale, tumeurs, foyers). Mais on a constaté aussi sa dégénération descendante. Celle-ci se produit dans deux circonstances : i^à la suite de lésions anciennes de la couche optique ou de lésions corticales remontant à la première enfance. Il s'agit alors d'une atrophie cellulipète ou rétrograde, à marche extrêmement lente, plutôt que d'une dégénération véritable; 2" dans l'interruption des fibres centrifuges du ruban de Reil. Ce dernier n'est pas en effet un faisceau homogène; il contient une certaine quantité de fibres accessoires descendantes, qu'il emprunte au faisceau pyramidal. En traversant le pédoncule cérébral, le faisceau moteur abandonne un certain nombre de fibres, dites fibres aberrantes, dont nous parlerons plus loin, qui montent dans la calotte, s'adjoignent sur un certain parcours au faisceau sensitif et s'en détachent plus bas pour se terminer dans le noyau protubérantiel ou rentrer dans la voie pyramidale.

B. Fibres sensitives thalamo-corticales. — Ce deuxième segment ou neurone s'étend de la partie inférieure de la couche optique à l'écorce de la zone rolandique. Les fibres sont les axones des cellules nerveuses qui occupent le noyau externe et le centre médian dans le thalamus, et dont les dendrites se sont unies aux terminaisons du ruban de Reil. Elles sortent de la couche optique par sa face externe, traversent la capsule interne, puis le centre ovale et se terminent dans la substance corticale.

Dans la capsule interne, elles occupent le segment lenticulaire du bras postérieur, depuis le genou jusqu'au segment rétro-lenticulaire, et sont intimement mêlées aux fibres pyramidales motrices. Charcot pensait que les fibres sensitives et les fibres sensorielles se groupaient toutes en un seul faisceau situé à la

partie postérieure du bras postérieur, en arrière du faisceau pyramidal.il appelait carrefour sensitif ce rendez-vous de toutes les fibres ; une lésion localisée à cet étroit territoire devait entraîner une liémi-anesthésie sensitivo-sensorielle complète. La doctrine du carrefour sensitif a disparu devant les observations de l'anatomie et de la pathologie. En effet les fibres gustatives et olfactives ne passent pas par la capsule interne ; les fibres optiques n'occupent que le segment rétro-lenticulaire, et les fibres auditives, la portion sous-lenticulaire. Quant aux fibres de la sensibilité générale, elles sont mélangées aux fibres motrices dont elles partagent la distribution corticale. Les lésions organiques de la capsule ne produisent qu'une hémi-anesthésie sensitive (et non sensorielle), jointe à une hémiplégie, dans les parties du corps qui correspondent aux fibres détruites.

La répartition des fibres sensitives suit le même ordre que celle des fibres motrices; la topographie corticale se projette dans la capsule interne. En arrière, le membre inférieur ; en avant le membre supérieur, et sans doute dans le genou, les fibres sensitives des nerfs crâniens, le trijumeau étant dans le territoire intermédiaire.

Dans le centre ovale, les fibres thalamiques font partie de la couronne rayonnante, en particulier de la couronne optique. Elles se déploient en un vaste éventail, dans la partie moyenne du centre ovale ; son plan est presque transversal, un peu incliné en dedans et en arrière comme la scissure de Rolando, et sa base s'étend depuis la scissure sous-frontale jusqu'à la scissure de Sylvius.

Dans l'écorce cérébrale, nous avons vu plus haut (p. 530 et fig. 355) que les fibres sensitives traversaient les couches des cellules polymorphes et des cellules géantes, en sens vertical ou oblique, leur abandonnant quelques collatérales, et qu'elles venaient se terminer au milieu des pyramides moyennes, par une arborisation touffue, plexus sensitif de Cajal.

Voie sensitive accessoire.

Cette voie secondaire, voie de deuxième ordre de Kœlliker, continue celle que nous avons signalée dans la moelle (p. 212). Son existence nous est démontrée par des faits nombreux d'expérimentation ou d'observation clinique. L'hémi-anesthésie et Fhémi-analgésie, produites par la section du ruban de Reil, ne sont que passagères et les fibres du ruban sont bientôt suppléées par d'autres dans leur rôle de conduction. L'ablation des noyaux du cordon postérieur entraine la dégénération du ruban de Reil, mais non l'anesthésie. C'est très probablement dans la substance réticulée, mélange de fibres courtes et longues, qu'il faut chercher la voie sensitive accessoire; cette substance s'étend, comme nous l'avons vu (p. 378), de la couche optique à la moelle cervicale.

(Sur la voie sensitive : E. Long, Les voies centrales de la sensibilité générale. Labor. de Déjerine. Th. de Paris, 1899.)

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