CENTRES DU LANGAGE
Tous les centres sensoriels sont à peu près connus. Il n'en est pas de même des centres d'association; on n'a pu déterminer que ceux du langage articulé, propres à l'homme par conséquent. Ces centres verbaux sont tous situés le long de la scissure de Sylvius, irrigués par l'artère cérébrale moyenne ou sylvienne. Ils présentent cette particularité qui les distingue des autres, d'être unilatéraux; ils siègent sur un seul hémisphère, sur le gauche chez les droitiers, sur le droit chez les gauchers, siège qui a sans doute été déterminé par la prépondérance que présentent, sur le même côté, les centres sensoriels auxquels ils sont annexés.
Ce sont des spécialisations corticales qu'ont engendrées certains actes fréquemment répétés et passés à l'état d'habitudes. Quand ils sont détruits, ils sont très difficilement suppléés par le côté opposé, parce qu'ils ne se développent que par une longue éducation et des aptitudes héréditaires.
Il y a trois centres du langage; le centre de la parole, le centre de l'audition verbale et celui de la vision verbale. Quant au centre graphique de l'écriture, admis par Exner et Charcot qui lui attribuaient pour siège le pied de F-, il soulève en pratique de graves objections, comme l'ont montré Wernicke et Déjerine, et son existence est problématique. L'agraphie des aphasiques n'est probablement que la conséquence de la perte de la mémoire des mots. A un point de vue purement théorique, il n'y a rien d'irrationnel à supposer que la pratique de l'écriture, en nécessitant une coordination déterminée et fi'équemment répétée de certains mouvements de la main, puisse faire développer un centre unique spécial qui dirige ces groupes moteurs.
1" Centre de la parole ou centre de Broca. — Entrevu par Bouillaud, démontré par Broca, c'est le centre des images motrices de l'articulation des mots ; il occupe le pied de la 3" frontale gauche, immédiatement en avant des centres phonateurs utilisés par le langage. Comme nous l'avons dit, il n'est pas directement moteur, en ce sens que les C5dindre-axes de ses cellules se porteraient aux noyaux moteurs du bulbe; c'est un centre psychique coordinateur, qui règle et associe les divers centres phonétiques moteurs nécessaires à la production de la parole (centre laryngé, centre respiratoire, centre de la langue, de la bouche, soit quatre ou cinq nerfs crâniens ou rachidiens agissant simultanément).
Sa destruction produit Vapliasie motrice, aphasie proprement dite, ou apJiémie ; le malade est semblable à l'enfant qui ne sait pas encore parler ou qui commence à apprendre. Il ne peut répondre à des mots qui sont pourtant compris.
2" Centre de l'audition verbale ou centre de Wernicke. — C'est le centre des images auditives, c'est-à-dire de la compréhension du sens des mots parlés. Il occupe la partie postérieure de la première temporale, en arrière du siège de l'audition simple, et une partie du lobule du pli courbe de P^. Ce centre est probablement aussi ancien que celui de la parole; comprendre le langage est un acte corrélatif de l'usage môme de ce langage.
La perte de ce centre produit une forme d'aphasie sensorielle connue sous le nom de surdité verbale. Le malade à qui l'on parle ne comprend pas plus sa propre langue qu'une langue étrangère inconnue.
3° Centre de la vision verbale. — C'est celui des images optiques graphiques; par lui nous comprenons le sens de ce qui est écrit ou imprimé. Il siège dans le pli courbe de la pariétale inférieure gauche, du côté opposé au centre visuel simple qui occupe la face interne du lohe occipital et auquel l'unissent de nombreux faisceaux d'association (fig. 341). Il est d'acquisition beaucoup plus récente que les deux autres ; il y a encore un grand nombre de sujets qui ne savent pas lire.
L'aphasie sensorielle qui caractérisse son absence est la cécité verbale. Le malade qui lit sa propre langue ne comprend pas la signification des caractères et ne reconnaît pas les mots ; c'est une langue étrangère qui n'éveille en lui aucun souvenir.
Ces trois centres en se réunissant forment la sphère du langage. Ils sont en effet reliés, non seulement aux centres sensoriels voisins dont ils dépendent.
Membre inf.
Vision verbale
Parole Bouche phar. larynx Centre auditif Audit, verbale
FiG. 3oC. — Centres moteurs et centres du langage.
Le centre sensoriel de l'audition est indiqué en bleu.
mais encore entre eux par de nombreuses fibres d'association, en particulier par les faisceaux longitudinaux supérieur et inférieur (fig. 338). De là une synergie fonctionnelle qui se traduit par une solidarité pathologique. Il suffit qu'un de ces centres soit atteint pour que tous les autres en souffrent, et toutes les manifestations du langage prennent part, dans une mesure restreinte, il est vrai, au trouble de la fonction principalement lésée.
La destruction des faisceaux d'association qui relient un centre verbal à son centre moteur ou sensoriel produit V aphasie sous-corticale; tel est le cas par exemple d'un foyer hémorragique qui séparerait le centre de Broca des centres de l'opercule rolandique en interrompant les fibres arquées qui les unissent. Dans ce cas, la forme clinique est différente; ce sont des aphasies pures avec conservation du langage intérieur (Déjerine).
La zone sensitivo-motrice est unie aux centres inférieurs du bulbe et de la moelle par des fibres de projection qui constituent la voie centrale sensitive et la voie centrale motrice des nerfs crâniens et rachidiens.
[CHARPY.]
534 NÉVROLOGIE.