IL — CIRCULATION ARTÉRIELLE DU CERVEAU
Les artères du cerveau proviennent de deux sources, du système carotidien et du système vertébral.
La carotide interne sortant du sinus caverneux aborde perpendiculairement
la base du cerveau et immédiatement, à l'angle externe du chiasma, se divise en éventail, donnant quatre branches, deux volumineuses antérieures (artères cérébrales antérieure et moyenne), deux beaucoup plus petites qui sont postérieures (artères communicante postérieure et choroïdienne p.). Toutes sont dirigées horizontalement, par conséquent coudées à angle droit sur leur tronc d'origine. — Le système vertébral est représenté par le tronc basilaire qui, au bord supérieur de la protubérance, se bifurque en ses deux branches terminales, les cérébrales postérieures.
Le système carotidien est de heaucoup le plus important, car il représente les 2/3 des troncs d'origine; la surface de la section de Tartère basilaire étant i, celle des deux carotides réunies est 2, rapport qui est un chiffre constant; aussi la ligature d'une carotide est grave pour le cerveau. Ajoutons que les hémorragies cérébrales se font surtout dans son domaine, que c'est elle qui charrie presque exclusivement les embolies, et qu'elle a sous sa dépendance le cerveau moteur et tous les centres d'aphasie. Les carotides droite et gauche, à la base du cerveau, ont une surface sensiblement égale, et l'on ne peut avec de Fleurv attribuer le plus grand volume de l'hémisphère gauche (fait inconstant d'ailleurs) à la prépondérance de la carotide gauche. Sur 37 sujets, Ehrmann a trouvé 36 fois les deux artères exactement égales, 5 fois la gauche plus volumineuse et 16 fois la droite. Les chiffres de Lœvvenfeld sont différents. 125 sujets, de 20 à 60 ans, lui ont donné : 12 fois égalité, 31 fois la droite plus large et 79 fois la gauche; la plus grande différence atteignait 4 mm. dans la circonférence. 11 faut dire que cet auieur a tenu compte des différences les plus minimes.
En s'unissant dès leur origine, les artères émanées des carotides et du tronc basilaire constituent l'hexagone de Willis, c'est-à-dire une figure géométrique à six côtés. I^es deux côtés antérieurs sont formés par les cérébrales antérieures, qui, nées des carotides, se portent en avant et en dedans à la rencontre l'une de l'autre, et après un trajet de 13 mm. s'unissent par une anastomose transversale, la communicante antérieure. Celleci a une longueur moyenne de 2 à 3 mm. et un D. intérieur de 1 mm. Elle figure l'angle antérieur tronqué et, quand elle est un plus longue, cet angle devient un petit côté d'heptagone. — Les côtés moyens sont les communicantes postérieures, qui viennent de la carotide, marchent directement en arrière et s'unissent aux cérébrales postérieures. Leur longueur est de 15 mm., leur D. extéi-ieur est de 1 mm. 5 (intérieur 0,6 à 1 mm.).
— Aux côtés postérieurs répondent
sur un trajet de 1 cm. les artères cérébrales postérieures, depuis leur origine du tronc basilaire jusqu'au point où elles reçoivent les communicantes. Chaque côté de l'hexagone a donc de 10 à lo mm., et les diamètres de sa surface sont de 2 cm. environ.
Si l'hexagone n'a que six artères formant ses six côtés, il en a davantage en comptant ses angles, car nous trouvons, à l'angle antérieur, la communicante antérieure; à l'angle postérieur, le tronc basilaire; aux angles latéraux, les
Céréb. anl.
Comin. ant.
Basil.
Vert.
FiG. 375.
Hexagone de Willis sur la base de l'encéphale.
[CHARPY.]
carotides. Dix artères prennent donc part à sa constitution, même douze quand les communicantes postérieures naissent des artères sylviennes; aussi le terme d'hexagone est-il quelquefois remplacé par celui de polygone ou de cercle artériel de Willis.
Le volume de Fhexagone, et par suite celui du système artériel total du cerveau, n'est pas, comme on pourrait le croire, proportionnel à celui de la masse nerveuse. Les surfaces de section des gros vaisseaux varient dans de grandes limites, celle de la carotide de 3 à 9 mm. carrés, celle du tronc basilaire de 5 à 8,5; et la somme de ces surfaces ne croît pas comme le poids du cerveau (Ehrmann, Lœwenfeld). Deux encéphales de même poids peuvent avoir une surface artérielle égale chez le premier à 1, et chez le second à 1,8, presque au double — Les différences sexuelles ne sont pas nettes. — L'àg-e influe, en augmentant progressivement le volume des artères; ici, comme pour l'aorte (Beneke), l'accroissement est physiologique jusque vers 40 ans; au delà, le volume cesse de croître, ou si l'artère se dilate, c'est un fait d'ordre pathologique, lié à la diminution de l'élasticité.
Si l'on fixe une moyenne entre les chiffres extrêmes, on reconnaît que ces chiffres représentent d'un côté une insuffisance vasculaire, de l'autre une vascularisation excessive. Ces deux types circulatoires sont tantôt en rapport avec un état semblable de l'arbre artériel de tout l'organisme, de l'aorte notamment, tantôt indépendants et propres au cerveau. Un tel état anatomique ne peut être sans influence sur les hémorragies, les ramollissements, ou sur les maladies inflammatoires. On peut aussi penser qu'une insuffisance organique des artères cérébrales doit s'opposer à la puissance et à la continuité du travail intellectuel, qu'elle favorise la fatigue et par suite l'apparition de toutes les névroses qui naissent de l'épuisemeiit cérébral. C'est cette insuffisance dans le développement artériel, insuffisance congénitale, qui porte sur le calibre vasculaire et peut-être aussi sur la constitution de ses parois, que Lœwenfeld considère comme la tare organique, par laquelle s'expliquent la prédisposition aux hémorragies cérébrales et leur transmission héréditaire. Les varices, les hémorroïdes nous offrent des exemples analogues d'imperfection vasculaire constitutionnelle.
(Lœwenfeld, Studien ùber JEliologie... der sjjontanen Hirnblutungen, 1886.)
L'hexagone entoure
Cérébr.
ant.
Comm. p.
en couronne la selle turcique. Il est situé dans le confluent sous-
arachnoïdien inférieur ou réservoir central, ses artères battent dans une couche liquide abondante et doivent tendre à soulever le cerveau. Ce confluent est divisé en deux loges par une cloison transversale ; les carotides et les communicantes poster, occupent la loge antérieure, les cérébrales poster, la loge postérieure (fig. 90).
Par sa continuité, le cercle artériel assure l'unité vasculaire du cerveau.
Dans le sens antéro-postérieur, la continuité est établie par les tcommunicantes postérieures; entre les moitiés droite et gauche, par la communicante antérieure et par le tronc basilaire impair et médian.
L'hexagone n'est pas constitué de la même façon chez les animaux, du moins chez la plupart. Chez les rongeurs, le système vertébral est énorme; au contraire chez les ruminants et en général chez les animaux domestiques, les vertébrales n'arrivent pas dans le crâne, le tronc basilaire est formé par les occipitales, branches de la carotide externe, et la carotide interne fournit les trois cérébrales, en môme temps qu'elle reçoit dans une arcade transversale la fin de l'artère basilaire. 11 n'y a pas de communicante postérieure; le tronc basilaire communique avec la carotide interne d'abord par sa terminaison assez grêle, puis par une branche anastomotique qu'il envoie à la carotide dans le sinus caverneux, branche qui fait défaut ou est très grêle chez le cheval, volumineuse et à peu près constante chez l'àne. Cette même
Fig. 370.
Hexagone de Willis sur la base du crâne (d'après Bourgery).
.-inastomose a été plusieurs fois constatée chez riiomme, et coïncidait ordinairement avec (les artères vertébrales peu développées. On comprend, d'après cette disposition, que la ligature simultanée des deux carotides primitives est constamment mortelle chez le cheval; elle supprime la presque totalité du sang- encéphalique, des trois cérébrales par la carotide interne, et du tronc hasilaire par la carotide externe qui fournit les occipitales, origines de ce tronc; le sang ne peut plus arriver que par les anastomoses des vertébrales, d'ailleurs peu développées, avec les occipitales et par celles-ci au tronc hasilaire; mais à son tour, le tronc hasilaire n'est relié au système carotidien que par de très petites anastomoses. Il n'en serait pas de même chez l'âne, le chien ou le lapin.
Les artères de l'hexagone présentent d'après Triepel {Deut.medir.Worh.. 1897) une particularité de structure : le tissu élastique y est rare. La membrane élastique externe fait défaut et l'adventice est privée de ses fortes libres longitudinales. Comme cette régression est d'autant plus marquée qu'on s'éloigne plus de la lumière du vaisseau, l'auteur en conclut que la membrane élastique interne se développe sous l'influence de la pression sanguine, tandis que les formations élastiques externes dérivent des mouvements du corps, <|ui font défaut dans la cavité crânienne.