A. — ARTÈRES CORTICALES OU PÉRIPHÉRIQUES
Les artères corticales sont représentées par les ramifications dernières des trois artères cérébrales, antérieure, moyenne et postérieure. Chacun de ces gros troncs, naissant de la carotide ou du tronc basilaire, rampe d'abord sur la substance blanche de la base, et dans cette partie initiale de son parcours qui mesure 15 à 30 mm., donne les artères centrales, au moins la plupart; puis il arrive au contact de la substance grise et de suite se divise en deux ou plusieurs branches. Ces branches, rectilignes chez le fœtus, flexueuses chez l'enfant et l'adulte, cheminent à la surface des circonvolutions, dans des directions radiées qui ne sont pas celles des sillons ou des scissures, les très gros troncs exceptés ; elles coupent souvent perpendiculairement plusieurs circonvolutions, tour à tour plongeant dans les sillons et reparaissant sur le sommet des plis.
1° Artère cérébrale antérieure. — La cérébrale antérieure ou artère du corps calleux naît de la partie antéro-interne de la carotide. Son D. extérieur est de 2 mm. 8 à 2 mm. 5, et son D. intérieur de 2 mm. Son atrophie unilatérale est fréquente, à gauche surtout; elle est alors suppléée par l'autre.
Par une courbe à concavité interne, elle se dirige en avant et en dedans sur l'espace perforé, en longeant le pôle frontal et en passant au-dessus du nerf optique. A l'entrée de la scissure interhémisphérique, elle envoie à la cérébrale opposée une branche transversale de 2 à .3 mm. de longueur, souvent moindre encore; cette branche, unique anastomose entre les artères droite et gauche.
est la communicante antérieure^ qui ne donne qu'une seule collatérale destinée au bec calleux et au septum lucidum, exceptionnellement l'artère médiane du corps calleux. L'artère contourne ensuite le genou, s'engage dans le sillon du corps calleux dont elle occupe ordinairement l'entrée et non le fond, à côté de l'artère opposée, et, après avoir longé ce sillon d'avant en arrière, se relève pour se terminer dans le précuneus, en avant de la scissure occipitale. Souvent la cérébrale se divise dès le genou du corps calleux en ses branches terminales ; Biscons a vu une fois les branches collatérales naître d'une grande branches parallèle qui longeait la scissure sous- frontale, et deux fois les deux cérébrales
~-Ceiebr. ant.
"-Céréhr. inoy.
Jj^""" Cerebr. p.
FiG. 377. — Artères de la face interne du cerveau.
Le territoire de la vertébrale postérieure est ombré.
fusionnées en un seul tronc à partir de la communicante, elles ne se séparaient que pour donner leurs branches terminales.
La cérébrale antérieure, outre les artères centrales nées de sa partie initiale, fournit des collatérales internes et des collatérales ou terminales externes.
Parmi ses collatérales internes, il faut signaler : 1° des rameaux pour le bec du corps calleux, ordinairement donnés par la communicante, et un peu plus loin les artères des piliers du trigone, artères assez volumineuses au nombre de une à deux, qui perforent le corps calleux et vont irriguer son bec, les piliers antérieurs de la voûte, la commissure blanche antérieure et le septum lucidum; — 2" une artère méningée qui au niveau du genou se porte sur la faux du cerveau. Langer dit que chez l'enfant elle communique avec la méningée moyenne, fait qu'Heubner n'a pas retrouvé sur l'adulte; — 3° l'artère calleuse supérieure ou artère médiane du corps calleux. Cette artère, normale chez certains singes, est inconstante chez l'homme et peut être remplacée par des rameaux isolés. Quand elle existe, elle naît ou de la cérébrale antérieure ou de la communicante antér., suit la face supérieure du corps calleux, près de la ligne médiane et jusqu'à son bourrelet, quelquefois jusqu'à la glande pinéale dans laquelle elle se termine. Ses branches vont, les unes à la circonvolution du corps calleux, les autres à la paroi supérieure du ventricule latéral, après
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NEVROLOGIE.
avoir perforé le corps calleux. Cette artère sert surtout à suppléer l'artère cérébrale antérieure, quand cette dernière est insuffisante.
Les collatérales externes sont des artères corticales. La première et la plus constante se voit sur la face orbitaire du lobe frontal : elle se distribue essentiellement à la première frontale (gyrus rectus), au nerf olfactif et à son trigone, accessoirement à une partie variable de F^ tantôt à toute sa face orbitaire, tantôt à la moitié interne de cette face. Elle mérite le nom à' artère olfactive ou de branche orbitaire (Fi^ontale interne et inférieure de Duret).
Suivant la manière dont se comporte la cérébrale antér. , les branches qui suivent sont terminales ou collatérales ; en tout cas il y a toujours une branche qui suit le sinus du corps calleux et représente le tronc de l'artère ou sa branche terminale postérieure suivant les cas. Duret en reconnaît trois, qu'il appelle toutes frontales internes et qu'il distingue en F. antérieure, moyenne et postérieure; mais ce nombre est des plus inconstants et varie de deux à quatre et plus. Toutes fournissent au lobe du corps calleux. Les branches antérieures ou frontales vont à la face interne de F* et contournent en haut le bord sagittal de l'hémisphère pour se distribuer à la face externe de F* et à une partie de F-, son pied excepté. Les branches moyennes ou rolandiques vont au lobule paracentral et sur la face externe de la tête des deux rolandiques F^ et P'^. La. postérieure ou pariétale, continuation du tronc principal, répand ses ramifications sur la première pariétale, sur sa face interne ou lobule carré et sur sa face externe, le long du bord sagittal.
2° Artère cérébrale moyenne ou sylvienne. — C'est la plus grosse de toutes, 4 mm. 5 de D. extérieur. Son volume et sa continuation directe avec
la carotide en font un des chemins habituels des embolies. Elle se ' dirige en dehors sur l'espace perforé , et dans cette partie initiale donne les artères centrales sylviennes, quelquefois la communicante postérieure , auquel cas la cérébrale moyenne fait partie de l'hexagone ; puis au bout de 20 à 25 mm., arrivée au pôle de Finsula, elle se divise en ses branches terminales. Cette division est variable : on observe tantôt un éventail de quatre branches, tantôt une bifurcation avec subdivision ultérieure d'une branche en trois, ou encore trois branches dont une se bifurque plus loin, ou même
du pli courbe
FiG. 378. — Artère sylvienne ou cérébrale moyenne, d'après Poirier.
Face externe de l'Iiémisplière gauche. — L'insula est à découvert.
le tronc se continue jusqu'au bout émettant seulement des collatérales de ses bords supérieur et inférieur. Les terminales rampent d'a])ord dans les sillons divergents de l'insula, puis se séparent pour prendre des directions définies; comme leur tronc d'origine, elles sont situées dans l'espace sous-àrachnoïdien plein de liquide qui porte le nom de canal sylvien.
Duret a décrit quatre branches et leur a donné des noms spéciaux; mais soit par la division ultérieure d'une branche de bifurcation d'abord unique, soit par l'émission de collatérales, ce nombre est souvent changé; on peut trouver jusqu'à dix artères de quelque volume se portant isolément aux circonvolutions. Lautard observe que, chez le chien et chez la brebis comme chez l'homme, les collatérales sont irrégulit res et complexes. Nous aimons mieux les désigner d'après les circonvolutions oi^i elles se rendent; celles-ci étant au nombre de cinq principales, nous décrirons donc les artères suivantes :
1*^ Artère de la troisième frontale (Frontale ext. et inf. de Duret). C'est la première branche de la sylvienne et c'est aussi une des plus constantes. Charcot l'a vue plusieurs fois oblitérée dans l'aphasie. Elle dépasse en haut F^ et atteint la partie inférieure de F^.
2" Artère de la frontale ascendante (Pariétale antér. de Duret). Fournit à F^, moins sa partie supérieure qui est nourrie par la cérébrale antér., et au pied de F'^.
3" Artère de la pariétale ascendante (Pariét. moy. de Duret). Son territoire est d'abord la pariétale ascendante, moins son extrémité supérieure, puis une partie du pied de la première et de la deuxième pariétales.
%° Artère de la pariétale inférieure (Pariét. poster. Duret). Cette grosse artère, qui occupe la fin de la scissure de Sylvius et n'est que la continuation du tronc originel de l'artère sylvienne, est destinée à la pariétale inférieure P^ et surtout à son volumineux pli marginal ou lobule du pli courbe,
0° Artère de la j)vemière temporale. Elle naît souvent de la précédente, mais d'autres fois elle est isolée ou même elle est remplacée par 2, 3 et jusqu'à S branches distinctes qui émanent da bord inférieur de l'artère principale de la scissure. Contrairement à toutes les précédentes, elle se dirige en bas et se distribue à la première temporale. Il n'est pas rare qu'elle fournisse aussi à T- et à T^, c'est-à-dire à toute la face externe du lobe temporal.
Le lobe de l'insula n'a pas d'artères spéciales ; il n'y a pas d'artères insulaires, mais un réseau commun alimenté par de petits rameaux latéraux, venant de plusieurs des branches S3dviennes et il faut lier toutes ces branches si l'on veut essayer d'injecter une partie isolée de l'insula (Heubner). Ce même réseau insulaire nourrit l'avant-mur qui est une formation corticale, et le noyau amygdalien.
3° Artère cérébrale postérieure (artère cérébrale profonde). — Son D. extérieur est de 2 mm. à 2 mm. 5, son D. intérieur varie de 1 mm. 5 à 2 mm. De l'angle du tronc basilaire, sur le bord supérieur de la protubérance, elle se dirige en dehors et contourne le pédoncule cérébral qu'elle embrasse en cercle; arrivée près des tubercules quadrijumeaux, elle fait un crochet qui la porte en arrière et en dehors sur le lobe occipital, où elle se divise immédiatement en ses branches terminales. Cette division peut sq faire
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NEVROLOGIE.
dès que l'artère a reçu la communicante. Dans ce trajet elle est successivement placée dans le confluent inférieur, le canal circumpédonculaire et le confluent supérieur.
Elle reçoit la communicante postérieure, à 5-12 mm. de son origine basilaire, et émet un grand nombre de collatérales. Duret en décrit 10. Signalons les artères centrales sus-protubérantielles, les artères radiculaires du moteur oc. commun, les artères du ventricule moyen, les artères périphériques du pédoncule cérébral, l'artère de la corne d'Ammon, l'artère des corps genouillés, les artères jumelles, les artères optiques postérieures, et les choroïdiennes posté-
Cérébr. ant.
- Ccrébr.moy.
Cerébr.post.
FiG. 379. — Artères de la face inférieure du cerveau.
rieures. La plupart de ces vaisseaux ont déjà été décrits avec la circulation du pédoncule cérébral.
Les cérébrales postérieures sont souvent grêles, ce qui est le cas normal chez beaucoup d'animaux, et sont alors suppléées par un des vaisseaux suivants : une communicante postérieure volumineuse, à laquelle elle semble être inversement proportionnelle, — la cérébelleuse supérieure, — une collatérale anormale, provenant de la carotide interne et se distribuant à la région temporo-occipitale, — une branche anormale résultant de la fusion (Tun rameau du tronc basilaire avec une branche anormale de la carotide interne (Lautard).
La division en branches terminales est encore moins nette que pour les autres cérébrales. Ordinairement il y a 3 branches, la principale continuant la direction première et longeant la scissure calcarine ; d'autres fois cette dernière seule existe et les autres artères ne sont que des collatérales de ce tronc principal. Dans le cas où il y a trois branches distinctes, on reconnaît une
branche temporale antérieure qui se porte en avant à la cinquième et à la quatrième temporale, et s'avance jusque sur la troisième, et même sur la deuxième, quand la sylvienne ne donne que de courtes branches pour T* ; — une temporale postérieure^ qui se distribue surtout à la face inférieure du lobe temporal, dans sa partie postérieure élargie qui confine au lobe occipital; — enfin une branche occipitale postérieure^ prolongement du tronc d'origine, cachée au fond de la scissure calcarine à laquelle l'attache un tissu sousarachnoïdien remarquablement résistant. Elle se dirige vers le pôle occipital et fournit à tout le lobe occipital, ainsi qu'à l'ergot de Morand. C'est l'artère de la
Territ. de la c. ant
Cérébr. p.
FiG. 380. — Artères de la face externe du cerveau.
Le territoire de la cérébrale moyenne ou sylvienne est teinté en gris (fin quadrillé).
sphère visuelle; elle abandonne des rameaux importants, artères calcarines, à l'écorce calcarine et à la partie inférieure des radiations optiques.
Territoires vasculaires. — Les trois artères cérébrales se partagent la surface de l'hémisphère; il y a là trois grands territoires dont on se rendra mieux compte par un dessin que par une description. La cérébrale antérieure comprend : la moitié interne du lobule orbitaire, et toute la face interne de l'hémisphère jusqu'à la scissure occipitale interne et le bord sagittal correspondant. De la cérébrale moyenne dépendent la partie moyenne de la face externe, le cerveau moteur, à l'exception de la tète des rolandiques, et les centres de l'appareil des signes. Le lobe occipital tout entier, avec son cuneus, et la plus grande partie du lobe temporal constituent le domaine de la cérébrale postérieure. La circonvolution de l'hippocampe T~' est alimentée par ti^ois vaisseaux, par la choroïdienne antérieure qui est son artère principale, et par les branches temporales de la sylvienne et de la cérébrale postérieure. Les ramollissements du lobe occipital sont relativement rares, le système vertébral étant bien moins souvent atteint de thrombose ou d'embolie que le système carotidien ; il communique en outre largement avec les artères cérébelleuses.
Dans le territoire principal on peut reconnaître des territoires secondaires ou départements qui répondent aux branches terminales de l'artère principale.
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580 NÉVROLOGIE,
Il s'en faut que les grands territoires aient une limite anatomique précise; encore bien moins les territoires secondaires, car nous ayons déjà dit que les branches collatérales ou terminales variaient d'un sujet à l'autre. C'est pour cela que les répartitions topographiques indiquées par Duret, Heubner, Stadcrini, ne concordent pas exactement entre elles. Les zones frontières entre deux grands territoires sont des zones communes aux deux domaines vasculaires. et la situation de cette zone commune peut varier de plusieurs centimètres, par conséquent d'une circonvolution ou plus. Nous verrons plus loin que l'importance de ces territoires est d'ailleurs diminuée par la présence d'un réseau anastomotique.
Staderini (Distiib. des artères à la surface cérébrale de quelques mammifères, Revue de Hnyem, 1889) a indiqué les territoires vasculaires chez les animaux domestiques. Ceux de l'homme et du singe sont semblables.
Réseau de la pie-mère. — Qu'elles soient collatérales ou terminales, les branches artérielles qui s'étalent à la surface des circonvolutions ne se recaurbent pas pour pénétrer dans la substance nerveuse à laquelle elles sont pourtant destinées; elles aboutissent à un réseau parallèle comme elles à la surface, le réseau vasculaire artériel de la pie-mère, réseau j^ial ou pie-rnérlen. Il existe aussi un réseau veineux sus-jacent au précédent que nous décrirons avec les veinés.
Duret a combattu instamment l'existence de ce réseau. Pour lui non seulement les troncs artériels n'ont que des anastomoses rares et insuffisantes, mais leurs ramifications ultimes dans la pie-mère n'ont aucune communication ni entre elles ni avec celles des brandies A'oisines; elles sont terminales; elles ne forment pas un réseau, elles forment des arborisations, c'est-à-dire des divisions indépendantes à la façon de plusieurs arbres rapprochés. Heubner, Cadiat et moi-même (voy. Thèse de Biscons, Bordeaux, 1890) avons repoussé l'opinion de Duret qui n'est pas défendable. Le dessin qu'il a donné est celui d'une injection imparfaite, dans laquelle la matière injectée n'a pas rempli les extrémités des rameaux ou s'en est retirée. Il n'y a nulle part des arborisations, mais partout au contraire un réseau extrêmement communicant. Pour s'assurer du fait, il n'y a qu'à faire des injections partielles sur un cerveau extrait, en se servant d'une injection froide et pénétrante, à couleur tranchante, telle que de l'eau colorée par du bleu de Prusse soluble ou de l'alcool contenant en dissolution de la cire à cacheter noire. On verra les réseaux naître sous ses yeux et l'injection courant de proche en proche remplir tout le cerveau pour revenir dans le bout central de la ligature.
La richesse des anastomoses corticales a encore été constatée récemment par Hensclien. dans ses recherches sur la circulation du lobe occipital et des centres corticaux de la \ision (Rapport au Congrès inlernational de 1900. Traduction Dor).
Déjà avant de constituer le réseau, les gros troncs vasculaires ont pu s'envoyer des branches d'union volumineuses, sous-arachnoïdiennes, comparables à celles des artères des membres; ces anastomoses ont été plusieurs fois constatées et je les ai observées nettement sur des cerveaux chez lesquels les trois grandes artères avaient été injectées avec des couleiu's différentes. Mais elles sont inconstantes, peut-être même exceptionnelles; Kolisko est du même avis, tandis qu'Heubner les croit fréquentes.
Les anastomoses constantes et générales sont celles du réseau. Celui-ci est placé à la face externe de la pie-mère réduite sur le cerveau à sa couche interne ou intima, et appliqué contre elle par des lamelles de tissu sous-arachnoïdien. Galien observe que la pie-mère sert à fixer les vaisseaux et à les empêcher de glisser sur la surface humide du cerveau. Tant que les vaisseaux afférents ont plus de 1 mm. de D., ils sont libres, en partie du moins, dans
l'espace sous-arachnoïdien ; à partir de 1 mm., ils sont fixés à la pie-mère. On reconnaît dans le réseau vasculaire deux espèces de mailles, de grandes mailles (réseau primaire de Heubner) formées par la réunion d'artères importantes, de 1 mm. de D. à 0 mm. 5, et de petites mailles (réseau secondaire) contenues dans les premières et renfermant des vaisseaux très rapprochés, d'une grande ténuité. Les anastomoses des grandes mailles se font soit par des rameaux collatéraux, soit par la jonction bout à bout des artérioles de deux territoires voisins; celles des fines mailles sont des plus variées, en arcades, en îlots. Ce second réseau est assez difficile à injecter; il arrive souvent que l'injection remplit le grand réseau et de là ses grosses branches afférentes, malgré leur
FiG. 381. — Réseau artériel de la pie-mère.
Injection au bleu soluble. — Les bouts libres sont ou des points non injectés ou des artères nourricières coupées,
éloignement et leurs flexuosités, sans passer dans les petites mailles intercalaires. Tous les vaisseaux sont d'ailleurs parallèles à la surface des circonvolutions, que celles-ci soient en relief ou qu'elles se creusent en sillons; d'après Biscons, les anastomoses tronculaires sont beaucoup plus nombreuses dans la pie-mère des sillons.
Le réseau pie-mérien constitue un vaste réservoir canaliculé, alimenté par trois sources, les trois artères cérébrales, remplissable par une seule au besoin ; les grands territoires sont les parties du réservoir commun où chaque source artérielle répartit ses nombreux débouchés; ce n'est donc pas un lot qui lui appartient en propre, c'est seulement la surface qu'elle remplit normalement, avec le plus de facilité et de rapidité. Du réseau émanent les artères nourricières.
Artères nourricières. — De même que le réseau d'une distribution d'eau qui étend ses mailles à travers les rues d'une ville, donne naissance à une quantité de conduits distincts, parallèles dans chaque rue, qui alimentent les maisons et ne communiquent pas entre eux, de maison à maison, de même
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NEVROLOGIE.
sur le réseau de là pie-mère, canalisation neutre, variable pourtant par rue et par quartier, se branchent perpendiculairement une quantité innombrable de fines artériolès qui s'enfoncent dans l'écorce nerveuse et se distribuent à ses différents étages, chacune isolée, indépendante, en un mot terminale. Ce sont les artères corticales nourricières (terminales de Duret).
Par le fait qu'elles sont précédées des nombreuses divisions et subdivisions des gros troncs et du vaisseau, ces artères sont beaucoup plus loin du cœur que les artères centrales; cette condition, jointe à leur direction perpendiculaire aux mailles du réseau, doit tout à la fois amortir considérablement et uniformiser
Réseau A. courte
A. inoij.
A . Longue
Fj'g. 382. — Artères nourricières de l'écorce cérébrale.
Injoctîoii au bleu soluble. — Coupe passant par un sillon. — L'écorce est ombrée.
la pression vasculaire; les cellules nerveuses corticales qu'elles nourrissent sont des éléments fragiles et délicats qui, par cette disposition et par l'interposition d'un liquide entre elles et les vaisseaux, sont préservés des chocs cardiaques et des changements brusques de tension.
On distingue deux catégories d'artères nourricières, les artères courtes et les artères longues.
1° Artères nourricières courtes. — « Un nombre prodigieux de filaments vasculaires, semblables à des cheveux et remarquables par leur excessive ténuité et par leur défaut d'anastomoses se répand dans la substance grise (Cruveilhier). » Elles sont en général perpendiculaires aux couches corticales, ce qui leur donne une disposition d'ensemble radiée, mais un certain nombre sont obliques. Elles apparaissent sur la coupe comme une haie de buissons touffus. Ces touffes sont
surtout épaisses dans la pi^ofondeur ; à la surface, traversée par le tronc du buisson, est une zone peu vasculaire. Les ramifications abondantes s'épuisent à mesure qu'elles abordent des couches de plus en plus profondes et ne dépassent pas un parcours de 2 à 3 mm.
2" Artères nourricières longues ou artères médullaires. — Presque aussi nombreuses que les précédentes, avec lesquelles elles alternent régulièrement, elles naissent ordinairement des plus gros troncs du réseau. Elles sont d'ailleurs plus volumineuses que les artères de la substance grise, en raison du long trajet qu'elles ont à parcourir. Après avoir traversé l'écorce grise en sens normal, elles se recourbent dans la substance blanche pour suivre une direction parallèle à celle des fibres nerveuses. Elles se distribuent au centre ovale, dans toute son étendue ; ce sont elles, avec leurs veines satellites, qui produisent le piqueté vasculaire de ce centre quand il est congestionné.
Je distinguerai deux espèces d'artères médullaires : 1° les artères moyennes, sous-corticales, qui occupent au-dessous de la substance grise une zone de 2 à 0 mm. Ces vaisseaux, légèrement ondulés, alternant régulièrement avec les artères courtes, émettent à angle droit des branches transversales qui s'engrènent avec les branches voisines ; leurs ramifications sont plus serrées. — • 2° Les artères longues, dont le trajet peut atteindre 4 ou 5 cm. Difficiles à injecter, elles présentent un type dichotomique angulaire et des ramifications grêles, espacées. Les artères divergentes qu'on voit au fond des sillons sont, d'après Duret, celles qui atteignent les parties les plus éloignées de la substance blanche,
Les artères nourricières ont des caractères communs. Elles émettent peu de collatérales, étant très rapprochées les unes des autres, et se terminent par des extrémités arborisées plutôt que pénicillées. Elles ont la structure des artères et non des capillaires; les petites n'ont qu'une couche musculaire, les grosses en ont plusieurs; leur tunique adventice est une gaine lymphatique creusée d'un espace endothélial cloisonné, espace intra-adventitiel, oii circule un liquide en communication avec le liquide sous-arachnoidien. Dans la période embryonnaire et la première enfance, une graisse abondante, sous forme de vésicules adipeuses, infiltre l'adventice des artères, non seulement dans l'écorce grise, mais dans tout le cerveau du nouveau-né; cette réserve nutritive sert peut-être à la formation de la myéhne; elle disparaît en grande partie vers l'âge de 3 ans pour être remplacée par des grains de pigment fixés sur la face externe de la gaine lymphatique (Obersteiner). — Enfin ces artères sont terminales, comme toute artère intra-cérébrale. Elles ne communiquent pas entre elles. Les artères médullaires du centre ovale ne communiquent pas non plus avec la terminaison des artères centrales qui émanent de la capsule interne et des ganglions centraux; de là entre ces deux grands domaines, cortical et central, une zone neutre mal vascularisée, aux confins des deux sources artérielles; elle occupe le centre ovale et se fait remarquer par la fréquence des ramollissements en petits foyers et des formations lacunaires chez les vieillards. Les foyers de ramollissement ou d'hémorragie dans le territoire d'une artère courte sont nécessairement très petits, du volume d'un pois à celui d'une tête d'épingle; ceux des artères médullaires sont plus grands, en forme de cône à base périphérique, à sommet profond.
Valenti et d'Abundo (Institut anat, de Pise, 1890) ont étudié les artères nourricières chez quelques animaux, principalement chez le lapin et chez le chat. Ils ont constaté que pendant toute la vie intra-utérine ces artères sont anastomotiques; les anastomoses commencent à s'oblitérer à la naissance, et dans l'âge adulte la disposition est la même que chez l'homme et présente comme chez lui le type terminal. Duret nie ces anastomoses chez l'embryon humain du 3'= au 4<= mois ; il y aurait lieu de faire sur ce sujet de nouvelles recherches.
Vaisseaux capillaires. — D'une manière générale, les capillaires du cerveau sont constitués par la tunique endothéliale des artères, plus développée à cause de son isolement, et par la gaine lymphatique très mince appli-
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58ii NÉVROLOGIE,
qiiée contre riMidothélium. Leur D. oscille de 5 à 8 [jl. Lapinsky (Arch. f. Psyrh., 1894) rattache aux capillaires sanguins des capillicules, observés déjà par Kronthal qui les considérait comme des voies lymphatiques, et dont le D. peut s'abaissera 1 a 5; ils sont en communication avec les vaisseaux sanguins et laissent passer des globules rouges étirés en bâtonnet.
Les réseaux capillaires se font remarquer par leur disposition très serrée dans les noyaux des nerfs crâniens, les corps genouillés, le corps de Luys. Les anastomoses transversales d'un cuté à l'autre de la lig'ne médiane sont rares.
Dans l'écorce cérébrale, Duret a décrit trois réseaux : 1" un réseau superficiel, occupant sur 0 mm. .5 d'épaisseur la couche blanche externe; ses mailles carrées sont larges et parallèles à la surface; 2» un réseau moyen, le plus fin et le plus riche, entourant surtout les cellules pyramidales, sur une épaisseur de près de 2 mm.; il correspond à la partie la plus active de l'écorce; 3" un réseau de transition, placé sur les limites de la substance blanche et de la substance grise; il est à mailles larges, et son champ mesure 1 mm. de hauteur. Ce réseau est très important, car il recueille presque tout le sang des premiers réseaux, et c'est de lui que part le plus grand nombre des veines corticales. '
Dans la substance blanche, on trouve un réseau capillaire, dont les mailles très grandes sont allongées dans le sens des fibres nerveuses.
Entre les artères et les veines du cerveau, existe-t-il des communications directes autres que les vaisseaux capillaires? Un certain nombre d'anatomistes, Sucquet, Ilyrtl, et d'histologistes, Arnold, Hoyer, Cadiat, Heubner, et avant eux Schrœder van der Kolk, ontdécritdes anastomoses directes entre les artères et les veines de certains organes, sortes de canaux dérivatifs, fonctionnant comme voies de décharge en cas d'engorgement du système capillaire. On est encore mal fixé sur cette question. S'agit-il de faits accidentels? dans quelles conditions s'observe cette disposition? Ce que l'on peut dire pour le cerveau, c'est que soit chez l'homme, soit chez les animaux, des injections colorées pénétrantes de poudres insolubles, poussées par les artères, ne s'engagent pas dans les veines; même des injections de bleu soluble ne franchissent que très difficilement les capillaires. Ces faits me paraissent démontrer que, s'il y a des communications directes, ou bien ce ne sont que des anastomoses précapillaires de très faible volume ou bien ce sont de véritables anomalies.