IV. — VOIES LYMPHATIQUES
Nous retrouvons ici les mêmes obscurités que pour la moelle. Malgré les affirmations catégoriques de quelques auteurs, les deux questions suivantes ne sont pas définitivement résolues : existe-t-il de véritables lymphatiques dans la pie-mère ou l'arachnoïde? les vaisseaux du cerveau ont-ils une ou deux gaines lymphatiques?
On a décrit dans le cerveau deux sortes de voies lymphatiques : les espaces lymphatiques intra-adventitiels et les espaces péri-adventitiels. Tous les deux constituent des systèmes fermés et ne communiquent pas l'un avec l'autre.
1° Espaces lymphatiques intra-adventitiels ; espaces de Virchow- Robin. — Comme nous l'avons vu plus haut, les vaisseaux sanguins de la piemère et du cerveau sont entourés d'une gaine adventitielle creuse, en manchon endothélial cloisonné; elle est plus marquée que sur les vaisseaux de la moelle, et large surtout autour des artères. L'espace annulaire qui s'étend autour du vaisseau entre les deux faces endothéliales est l'espace intra-adventitiel, appelé encore espace de Virchow-Robin, du nom des deux histologistes qui ont découvert la gaine lymphatique (1859). La lymphe qui baigne les éléments nerveux pénétrerait par osmose à travers la paroi extenie; inversement, le plasma du sang filtrant dans la gaine transsuderait pour atteindre les éléments cellulaires; l'espace serait donc un milieu d'échange, avec courants d'aller et de retour. Comme la gaine lymphatique s'ouvre dans l'espace sousarachnoïdien, dont son endothélium est vme émanation, le liquide qu'elle charrie s'y déverse et se mêle au liquide céphalo-rachidien; il en représente la partie interstitielle ou intra-cérébrale.
2" Espaces lymphatiques extra ou péri-adventitiels; espaces de His. — Dans l'opinion de His (1805), opinion admise et développée par d'autres
observateurs, il existe autour de la gaine lymphatique classique un second manchon également cloisonné, à paroi très mince, probablem-ent même uniquement endothélial. Cette seconde gaine s'est donc formée en dehors de l'adventice du vaisseau, peut-être n'en est-elle que la couche la plus externe modifiée, ou bien faut-il, avec Rauber, y voir un reste des fentes lymphatiques primitives de l'embryon, de ces fentes nerveuses dans lesquelles s'engagent cdtérieurement les vaisseaux. Entre les deux gaines, celle de Robin et celle de His, est l'espace extra ou péri-adventitiel, ou de His. Pour les uns, c'est le principal ou même le vrai milieu lymphatique, il est au contact plus immédiat des éléments auxquels il sert de réservoir nutritif et de coussinet protecteur ; pour d'autres, c'est une cavité secondaire, virtuelle, qui sert de voie de décharge à
Arach. visi
Esp. s. arach.
Ecorce grise Entonn. vase.
FiG. 390. — Gaine lymphatique des artères. — Schéma.
l'espace intra-adventitiel, voie normale, régulière, et fonctionne surtout quand celui-ci est obstrué.
L'espace de His reçoit par des fentes étroites et ramifiées la Ivmphe qui baigne les cellules nerveuses et les cellules de névroglie, séparées des autres éléments par un certain intervalle {espaces péricellulaires et périgliaires). Il accompagne les vaisseaux sanguins qu'il entoure jusqu'à la surface cérébrale ; là il finit en s'ouvrant dans un intervalle libre, à striacture lacunaire, qui sépare la pie-mère de l'écorce du cerveau, espace épicérébral. De l'espace épicérébral, qui lui sert en quelque sorte de réservoir, le liquide s'engage dans un riche réseau de lymphatiques qu'Arnold a signalés dans la pie-mère, et par ce réseau dans les troncs efîérents qu'on a injectés le long des gros A^aisseaux.
L'existence de la gaine et de l'espace intra-adventitiels est généralement admise, leur origine et leur terminaison étant d'ailleurs encore mal élucidées. Quant à l'espace péri-adventitiel, il est mis en doute ou même nié par un certain nombre d'observateurs, qui le considèrent comme une production artificielle (retrait de la pièce, décollement par injection...). Il en est de même des espaces péri-cellulaires. Dans certaines imprégnations par la méthode de Golgi, les cellules nerveuses se détachent en blanc sur fond brun ; ce fond imprégné n'est pas un vide lymphatique, mais le ciment homogène, non granuleux qui occupe toute la substance grise et dans lequel sont plongées les cellules
[CHARPY.]
610 NEVROLOGIE.
nerveuses; il parait être disposé en cloisons continues comme celles d'un rayon de miel (Cajal),
Les expériences de d'Abundo, consistant à injecter de l'encre de Chine dans l'écorce cérébrale ou cérébelleuse d'animaux vivants, démontrent de leur côté qu'il y a des courants lymphatiques à direction multiple, qui transportent les granulations à travers la substance nerveuse; mais elles ne nous font pas connaître le substratum anatomique de cette circulation. Lewis et Binswanger croient devoir faii'e intervenir les cellules de névroglie et leurs prolongements.
Indépendamment de ces espaces, il existe certainement de véritables vaisseaux lymphatiques, ainsi que nous l'avons déjà indiqué à propos des méninges (p. 122). Poirier a vu nettement et par deux fois, dans la scissure de Sylvius, un tronc lymphatique qu'il avait injecté au mercure. Fr. Arnold (1838) a injecté un gros lymphatique qui, dans la toile choroïdienne, marchait parallèlement à la veine de Galien. Kronthal a observé dans l'épaisseur de l'écorce cérébrale de très fins vaisseaux à paroi nucléée, dont la lumière étroite (2 [x 5) ne laisse passer aucun globule; ils sont ordinairement rectilignes et leurs ramifications se détachent presque à angle droit. On présume que ces gros vaisseaux passent par les canaux vasculaires de la base du crâne, pour aboutir aux ganglions cervicaux.
Voy. plus haut, p. 560, et en outre : Binswanger et Berger. Beitz. z. Kennt. J. Lymphcirculation in der Grosshirnrinde. FîVc/ioiu's Archiv, 1898, t. CLII. Ce travail contient la bibliographie antérieure.