‹ Traité d'anatomie humaineChapitre 220 sur 368 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Par A. SOULIÉ

Les nerfs sont des cordons qui relient les centres nerveux aux différents organes de l'économie : ils sont essentiellement constitués par les expansions des cellules nerveuses. Ordinairement leur couleur est blanche et leur forme cylindrique.

Leur individualité était déjà établie au temps d'Héropliile et de Galien, qui les différenciaient des artères et des tendons. Les relations qu'ils affectent avec les muscles et les appareils de la sensibilité, plutôt que la connaissance du sens du courant nerveux, ont, tout d'abord, permis de distinguer des nerfs moteurs ou centrifuges, et des nerfs sensitifs ou centripètes. Mais, si rationnelle qu'elle paraisse, cette division est loin d'être nettement tranchée, puisque la plupart des nerfs périphériques sont des nerfs mixtes, c'est-à-dire composés de fibres centripètes et de fibres centrifuges. Enfin, des données physiologiques plus complètes ont montré qu'il y avait lieu de classer les nerfs en trois groupes :

1" Les nerfs sensitifs, comprenant à la fois les nerfs de sensibilité générale et spéciale (nerfs sensoriels) ;

2" Les nerfs moteurs, parmi lesquels se rangent les nerfs des muscles de la vie de relation, une partie des nerfs viscéraux et les nerfs vaso-moteurs ;

3" Les nerfs sécrétoires, dont l'action se manifeste exclusivement sur les éléments cellulaires des glandes sans donner lieu à des phénomènes appréciables de mouvement ou de sensibilité.

Les nerfs dits trophiques, si tant est qu'ils existent, appartiennent aux diverses catégories précédentes. Cette classification, basée sur les propriétés fonctionnelles des nerfs, n'est malheureusement pas applicable en anatomie descriptive, puisque nerfs sensitifs, moteurs et sécrétoires cheminent cote à côte dans la plupart des troncs nerveux ; aussi en est-on réduit à adopter encore

7ii8 LES NERFS.

l'ancienne classilieation de Willis (1604) en nerfs crâniens et en nerfs rachidiens, dont l'ensemble constitue la partie périphérique du système nerveux de la vie animale.

Le système nerveux grand sympathique, que Bichat désgnait sous le nom de système nerveux de la vie végétative, devrait, à cause de ses connexions physiologiques et emI)ryogéniques, être considéré comme une dépendance du système nerveux de la vie animale et décrit avec lui ; il est d'usage cependant de l'étudier séparément.

Les nerfs, quelle que soit leur origine, présentent des caractères communs que nous allons passer en revue; en général, on leur trouve annexés des renflements de nature cellulaire ou ganglions dont nous donnerons aussi une description rapide. La structure des nerfs et des ganglions ayant été étudiée précédemment, nous nous bornerons simplement à l'exposé de leurs caractères morphologiques.

Les nerfs ])ériphériques, ayant pour fonction spéciale de mettre en relation l'axe cérébro-spinal et les différents organes de l'économie, se ramifient de plus en plus à mesure que l'on s'éloigne des centres, comme les vaisseaux lorsqu'on s'éloigne du cœur. Aussi a-t-on essayé d'établir une analogie entre les divisions des troncs nerveux et les ramifications de l'arbre vasculaire ; mais, il importe de faire remarquer que cette analogie est uniquement apparente. En effet, tandis que le tronc artériel se subdivise réellement en une série de branches secondaires tout en conservant jusqu'au bout son unité, le tronc nerveux, constitué par l'accolement d'un très grand nombre de fibres, voit celles-ci se disposer en groupements secondaires différents sans que chaque fibre perde son individualité propre : la division des nerfs se fait par séparation et non ])ar ramification.

Origine. — On décrit aux nerfs une origine apparente et une origine réelle.

L'origine apparente est toujours centrale, puisqu'il est d'usage de considérer les nerfs comme se détachant de l'axe cérébro-spinal.

L'origine réelle est tantôt centrale, tantôt périphérique, et le plus souvent l'une et l'autre à la fois. En effet, elle correspond toujours aux différents groupements cellulaires d'où émanent les prolongements cylindraxiles ou protoplasmiques qui constituent les cordons nerveux. Or, ces groupements cellulaires, pour les nerfs moteurs, sont situés dans les cornes antérieures de la moeUe ou dans leurs équivalents au niveau des centres cérébraux; pour les nerfs sensitifs, ils se trouvent dans les groupes ganglionnaires périphériques (organes des sens, ganglions des nerfs crâniens) ; pour les nerfs mixtes enfin, ils sont à la fois dans la moelle, dans les ganglions spinaux, et dans les ganglions périphériques. Cette origine réelle peut prêter quelquefois à une description très complexe et donner lieu à l'étude de tout un organe (rétine pour le nerf optique, oreille interne pour le nerf acoustique).

Page 1