‹ Traité d'anatomie humaineChapitre 221 sur 368 · CARACTERES GÉNÉRAUX DES NERFS · texte numérisé non relu

CARACTERES GÉNÉRAUX DES NERFS

1" Nombre. — Les nerfs sont disposés par paires et d'une façon symétrique de chaque coté du corps, les exceptions à cette disposition sont très rares. On compte 12 paires de nerfs crâniens et 31 paires de nerfs rachidiens auxquels ou ajoute les deux cordons formant la chaîne du grand sympathique, ce qui donne pour la totalité du corps humain 44 paires nerveuses constituées par un nombre considérable de fibres ; celles qui pénètrent dans la moelle s'élèveraient, d'après Vierordt, au chiffre de 800000, l'épaisseur moyenne de chacune d'elles étant de 7,2 millièmes de millimètre (Krause).

2° Forme. — La forme générale des nerfs est cylindrique; quelquefois cependant les nerfs sont aplatis suivant leur diamètre transversal et ont alors une apparence rubanée. Ce n'est pas seulement aux points de constitution des troncs nerveux par des faisceaux radiculaires, ou de division d'un nerf en ses rameaux secondaires que cet aspect est très accusé ; il apparaît nettement sur de gros troncs, comme le sciatique, dans la totalité ou dans une partie de leur trajet.

Les faisceaux secondaires des nerfs ne sont pas groupés parallèlement les uns aux autres, mais présentent une disposition plexiforine, facile à mettre en évidence par une dissection attentive. Ainsi que l'avait déjà observé Bichat, les différents cordons d'un même nerf « ne sont pas seulement juxtaposés dans leur longueur, mais ils s'envoient de fréquents rameaux les uns aux autres ». Ces anastomoses, ainsi qu'il le faisait remarquer, ne ressemblent en rien à celles des artères qui sont continues les unes avec les autres, il y a seulement contiguïté. Il ne s'agit d'ailleurs que de la position relative des faisceaux nerveux entre eux, puisque ces faisceaux se trouvent en nombre égal aux deux extrémités d'un môme nerf, c'est-à-dire à son origine, et avant qu'il émette ses ramifications terminales.

Pansini {Arch. ital. de Biologie, 1888), qui a étudié le nerf phrénique de plusieurs mammifères, a reconnu que, si d'une manière générale les réseaux formés par les faisceaux sont à mailles étroites et allongées, le mode d'entrelacement varie suivant les espèces animales et même suivant les individus.

Le même auteur signale soit sur le nerf phrénique, soit sur la plupart des nerfs périphériques l'apparition fréquente de collerettes et de renflements : 1° les collerettes sont des étranglements disposés par intervalles; elles sont constituées par des fibres conjonctives du névrilème, entremêlées de quelques fibres élastiques, qui embrassent circulairement le tronc et servent probablement à maintenir les faisceaux nerveux; 2" les renflements, arrondis ou fusiformes et de longueur variée, simulent des ganglions, ganglions illusoires (Valentin); ils sont souvent limités à leurs deux extrémités par des collerettes. Comme les fibres nerveuses y sont plus grosses et les segments interannulaires plus courts; Pansini se demande si ce ne sont pas des lieux de régénération nerveuse.

3" Couleur. — Les nerfs présentent une coloration blanche due à l'existence autour des prolongements fibrillaire^ d'une enveloppe de myéline ; lorsque cette gaine fait défaut, ils ont une apparence grisâtre (nerfs viscéraux). C'est là surtout la couleur des nerfs sur le cadavre ; car, sur le vivant, la présence du sang dans les capillaires des nerfs contribue à leur donner une légère teinte rosée qui, dans tous les cas, les laisse facilement distinguer de l'aspect rouge pâle des artères ou blanc nacré des tendons.

4" Épaisseur. — Le diamètre des nerfs est essentiellement variable, il ne dépend pas uniquement du nombre des fibres constitutives. Si, d'une part, la grosseur de ces fibres change avec les nerfs, l'épaisseur des gaines conjonctives présente, de son côté, de grandes différences; elle peut même augmenter brusquement par places, et constituer des renflements dits névrilématiques qui modifient le calibre des nerfs. En règle générale, les enveloppes conjonctives des nerfs sont plus épaisses sur les nerfs cutanés, et plus minces sur les nerfs musculaires; d'ailleurs, il est très rare de trouver deux nerfs symétriques ayant le même diamètre. L'épaisseur des troncs nerveux est comprise entre 0""",8 et 8 millimètres pour les nerfs rachidiens (Vierordt).

5" Densité. — Pour les nerfs frais, la densité moyenne est de 1,0.377 (de 1,014 à 1,052). Elle dépend jusqu'à un certain point de la teneur en eau, et s'élève avec la dessiccation; elle peut atteindre 1,129 pour le saphène externe (Wertlieim). La densité augmente avec l'épaisseur des gaines conjonctives, et diminue avec la teneur en graisse ; les nerfs dépourvus d'enveloppe myélinique (nerfs viscéraux) sont plus denses que les nerfs à fibres blanches : 1,040 au lieu de 1,028. Enfin, contrairement à ce qui s'observe pour les os, la densité s'accroît légèrement avec l'âge.

6" Composition chimique. — Les nerfs contiennent de 50 à 70 pour 100 d'eau (Bibra, Bischofî, etc.) et de 50 à 30 pour 100 de principes solides; ce sont là les chiffres extrêmes obtenus par différents auteurs, la moyenne paraît être de 35 pour 100 de substances solides contre 65 pour 100 d'eau. La différence, au point de vue de la teneur en eau, paraît peu marquée entre les nerfs à fibres blanches et à fibres grises. Voit et Bukow ont trouvé pour le grand nerf sciatique :

Eau 68,9 pour 100 parties.

Matières solides 30,1 —

et Bernhardt pour le sympathique :

Eau G4,3 pour 100 parties.

Matières solides 3.5,7 —

La teneur en eau des nerfs est donc sensiblement inférieure à celle des centres nerveux pour lesquels elle s'élève à 80 pour 100 (Hoppe-Seyler).

Les matières solides se décomposent, d'après les analyses de J. Chevalier sur le sciatique, en :

Substances protéiques 36,8 ^

Lécithine 32,57 y

Gholestérine 12,22 [ (Pour 100 parties

Cérébrine 11,-30 ( de résidu solide).

Neurokératine 3,07 \

Autres matières organiques 4 J

Les albuminoïdes seraient principalement contenus dans le cylindraxe; la lécithine et la cérébrine entreraient en majeure partie dans la constitution de la myéline.

La réaction de la fibre nerveuse serait alcaline ou neutre (Hoppe-Seyler) ; c'est la réaction de cet élément à l'état vivant; elle devient très rapidement

acide après la mort. Les éléments cellulaires (ganglions, su])stance grise) ont au contraire une réaction franchement acide, due, d'après Gschleiden, à la présence de l'acide lactique.

7" Cohésion ou ténacité. — La cohésion ou ténacité est la résistance à la rupture. On n'a étudié que la rupture par traction ou élongation. Les divers tissus se rangent dans l'ordre décroissant suivant : os, tendons, nerfs, muscles, artères. Le coefficient de ténacité., c'est-à-dire la force, exprimée en kilogrammes, nécessaire pour rompre par traction un nerf de 1 millimètre carré de section est en moyenne de l'''',331, avec variations de 0'''',760 à 3'''', 500. (Wertheim).

La cohésion est plus forte chez l'homme que chez la femme, chez le vieillard que chez l'adulte, sans que pourtant cette dernière différence soit bien accusée. Elle est relativement plus faible sur les gros troncs que sur les branches et sur les rameaux. Il va de soi qu'elle est rigoureusement proportionnelle au volume du nerf, lequel change suivant les points envisagés. Ainsi la surface de section du sciatique variant entre 20 et 40 millimètres carrés, sa ténacité diffère du simple au double. Les nerfs semblent en outre avoir un lieu de moindre résistance qui répond à leurs points de réffexion sur les poulies osseuses (le sciatique se rompt ordinairement à sa sortie de l'échancrure, le cubital dans la gouttière épitrochléenne).

La pratique chirurgicale de l'élongation a conduit à étudier un certain nombre de nerfs, au point de vue de leur résistance à la traction. Les chiffres suivants indiquent le nombre de kilogrammes nécessaire pour provoquer la rupture :

Nerf sciatique, 60 en moyenne, avec de grandes variations de 54 à 200. — Crural, médian : 20 à 40. — Radial, cubital : 27. — Plexus brachial de petit enfant : 20 à 23. — Facial : 4 à 7. — Sus-orbitaire : 2 à 7.

8° Élasticité. — L'élasticité des nerfs est caractérisée par une extensibilité faible et une forte rétractilité.

Il faut distinguer en effet la raideur et la laxité élastiques. La raideur élastique des nerfs, c'est-à-dire la résistance qu'ils opposent à l'allongement, est très élevée, et les range parmi les tissus dans l'ordre que nous avons indiqué pour la cohésion. Leur coefficient oscille entre 10 et 25 : c'est le nombre de kilogrammes nécessaire pour doubler la longueur d'un nerf de 1 millimètre carré de section (Wertheim). Les nerfs appartiennent plutôt aux organes rigides : c'est par un trajet arqué ou flexueux bien plus que par l'allongement de leur tissu propre qu'ils se prêtent aux mouvements des régions, comme on le voit au cou. — Inversement la laxité élastique, qui exprime la facilité à s'allonger, est très faible. On sait que les nerfs ne se rétractent que fort peu dans une amputation. « Si on tiraille un nerf en sens opposé, sur un animal vivant, il s'étend très difficilement, résiste beaucoup et ne prend qu'un excès de longueur très peu supérieur à celui qui lui est naturel, ce qui me paraît dépendre spécialement du névrilème. » (Bichat, Anatomie générale).

Un nerf étiré passe par les trois états suivants: 1° V allongement élastique, déformation normale qui lui permet de s'adapter aux mouvements du corps, et qui est suivie du retour intégral à la dimension première ; d'après les recher-

ches de Charpy sur des enfants, cet allongement pourrait atteindre un dixième de la longueur initiale; 2" V allongement permanent dans lequel, les limites de l'élasticité étant dépassées, le nerf ne reprend plus exactement sa forme première et conserve un certain degré d'étirement; 3" V allongement de rupture qui s'accompagne de rupture partielle, puis totale. Wertlieim a conclu de ses recherches qu'un nerf se rompt, quand il s'est allongé de 3 à 7 p. 100 de sa longueur initiale ; d'autres ohservateurs ont trouvé des chiffres fort différents qu'il serait bon de reviser. Sur les enfants, un nei'f peut s'allonger de 15 à 20 pour 100 avant de se rompre : il s'agit alors de la rupture totale.

Bibliographie. — Sur la ténacité et sur l'élasticité : Wertiielm, Élasticité et coliésiondes principaux tissus du corps humain. Annales de physiologie et de chimie, 1847. — VoLKMANN, Ueber die Elasticitdt der organ. Geivebe, Arch. f. Anat., 18.59. — Charpy, De la distension du plexus brachial. Archives médicales de Toulouse, 1897. Voyez aussi : Tu.- LAux, Affections chirurgicales des nerfs, Th. Agrégat, 1866, et les Traités de cliirurgie.

9° Direction et trajet. — Les nerfs ont une direction rectiligne beaucoup plus accentuée que les artères; d'une manière générale, ils suivent le trajet le plus court entre les centres et les organes auxquels ils sont destinés, rappelant ainsi, chez l'adulte, la disposition très nette des nerfs musculaires de l'embryon qui vont directement de l'axe médullaire au myomère le plus rapproché. S'il se trouve des cas particuliers qui semblent contredire cet arrangement général, ils sont la conséquence, comme le fait remarquer Gegenbaur, « des changements de position qu'ont subis, dans le cours de leur développement, les organes dans lesquels les nerfs se terminent ». Tout le long de leur trajet, les nerfs, ainsi que les artères, émettent des branches collatérales; comme les artères, mais moins fréquemment cjue celles-ci, ils donnent des rameaux récurrents.

10" Anastomoses et Plexus. — Les nerfs présentent sur leur trajet des anastomoses et des plexus :

a) Les anastomoses se définissent des échanges de fibres entre deux nerfs :

Abc

FiG. 404. — Types d'anastomoses nerveuses.

elles sont uniques ou simples et multiples ou complexes; leurs variétés se laissent ramener à trois types principaux :

1« L'anastomose simple (fig. 404, A), dans laquelle une partie des fibres d'un nerf passe dans un nerf voisin ;

2» L'anastomose double ou chiasma (fig. 404, B), dans laquelle deux nerfs échangent une partie de leurs fibres ;

CONSIDÉRATIONS GÉxNÉRALES. 753

3" L'anastomose totale ou entrecroisement (fîg. 404, G), dans laquelle la totalité des fibres passe d'un nerf dans le nerf voisin et réciproquement.

Ces deux derniers types s'appellent encore décussation, et celle-ci peut être partielle ou totale. L'anastomose récurrente, dans laquelle les fibres qui vont d'un nerf dans un autre remonteraient le long de ce nerf, est très rare; elle est d'ailleurs un cas particulier de l'anastomose simple ou double. Enfin, on dit qu'il y a fausse anastomose lorsqu'une partie des fibres d'un nerf l'abandonne sur une certaine étendue de son trajet pour lui revenir ensuite en totalité.

Des recherches de Hartmann, de Debierre, de Curtis et d'auLres auteurs, il paraît résulter ([u'une anastomose dans le segment supérieur d'un membre se reproduit entre les deux mêmes nerfs et en sens inverse dans le segment inférieur, la quantité des fibres appartenant il un même nerf restant sensiblement la môme.

b) Les plexus sont des entrelacements de fibres qui unissent des nerfs différents ou les brandies d'un môme nerf. Ils sont constitués par des anastomoses multiples ou complexes, on en distingue trois espèces :

1" Les plexus radiculaires relient entre elles les diverses racines d'un même groupe nerveux : ils constituent des points de rassemblement pour des nerfs arrivant de sources différentes, ils ne se rencontrent que sur les nerfs racbidiens.

2 ' Les plexus de troncs ressemblent aux plexus radiculaires avec cette différence toutefois qu'ils ne se trouvent plus sur les racines mais sur les troncs des nerfs.

.3° Les plexus terminaux on périphériques se rencontrent dans l'intimité des organes; s'ils présentent dans leurs mailles des éléments cellulaires, ils sont dits plexus ganglionnaires .

Avec les idées actuellement admises sur la constitution du système nerveux, il est évident que le mot anastomose indique seulement l'accolement et non l'union intime des fibres nerveuses.

L'explication des anastomoses et des plexus est assez simple. On sait qu'un même organe est toujours innervé par le même groupe de neurones centraux. Au sortir des centres, les fibres radiculaires des nerfs se juxtaposent pour former des groupements desquels émanent les nerfs périphériques. Or il peut arri- ^'er que tous les filets nerveux destinés à un organe ne suivent pas tout d'abord le chemin le plus court et empruntent momentanément le trajet d'un nerf voisin, mais ils ne tardent pas à quitter cette voie d'emprunt et à reprendre leur destination définitive en rejoignant le nerf qui se rend à cet organe. Si ce fait se produit pour plusieurs troncs nerveux, on a l'explication des nombreuses anastomoses que s'envoient les nerfs périphériques. La justification de certaines anastomoses se trouve assez souvent dans le déplacement qu'ont subi les organes au cours du développement phylogénique.

11" Rapports. — A leur origine, les nerfs sont profondément situés, en rapport avec le squelette ; puis ils deviennent plus superficiels et ne contractent guère de relations directes avec les os, à part quelques rares exceptions (radial dans la gouttière humérale, cubital dans la gouttière épitrochléenne). Ils cheminent dans les espaces intermusculaires, le plus souvent accolés aux vaisseaux pour constituer le paquet vasculo-nerveux. Ce paquet vasculo-nerveux est presque isolé au sein du tissu cellulaire lâche par une gaine conjonctive commune à tous les organes (artère, veines et nerf); par sa face interne cette

gaîne émet des cloisons qui, tout en portant aux organes leurs vaisseaux nourriciers, les sépare les uns des autres (Bize, Les gaines vasculaires, ïh. Toulouse, 1895).

En général, les nerfs sont plus superficiels que les vaisseaux, et dans les membres ils sont situés plus en dehors, par rapport à l'axe du membre, que les autres organes du paquet vasculo-nerveux. Chaque artère est, à peu près constamment, accompagnée par un nerf satellite; mais ce nerf n'est pas toujours le

même sur tout le trajet de l'artère. Ainsi l'artère humérale a pour satellite le nerf médian, tandis que ses branches de bifurcation, l'artère radiale et l'artère cubitale vont s'accoler aux nerfs de même nom.

L'artère tibiale postérieure, qui par la poplitée continue l'artère fémorale, a pour nerf comitant une branche du nerf sciatique et non une branche du nerf crural.

D'après Mauclaire (Soc. ^na<. , 1896), les nerfs et les artères sont cause de leur dédoublement réciproque; on trouve souvent en effet un tronc nerveux au niveau d'une bifurcation artérielle normale ou anormale, ou un rameau vasculaire au point de division d'un nerf. La raison d'une pareille disposition résiderait dans ce fait que les artères se développent plus tôt que les nerfs, qui seraient obligés de se fragmenter au contact des vaisseaux qu'ils rencontrent.

FiG. 405. — Gaîne vasculo-nerveuse (d'après Bize).

Veine.

Art. hum.

Game co)

En A, la gaîne commune ouverte montre les gaines secondaires. En B, coupe histologique vue à un faible grossissement

Les nerfs, et spécialement leurs rameaux terminaux, affectent des rapports étroits avec les vaisseaux lymphatiques; Sappey va jusqu'à considérer ces relations comme indispensables au bon fonctionnement des nerfs sensitifs : « Sur la peau et sur les muqueuses, dit-il, la sensibilité est en raison directe du nombre des fibres nerveuses d'une part, et de celui des radicules lymphatiques de l'autre » .

Bardeleben a étudié récemment (Anatom. Gesellsch., 1897) les relations des nerfs avec les muscles. Il a d'abord observé que les nerfs vaso-moteurs des muscles se séparent du tronc nerveux un peu avant ou un peu après l'entrée de celui-ci dans le muscle. C'est en général en compagnie des vaisseaux, plus rarement à l'état isolé, que les autres nerfs s'enfoncent dans le hile musculaire. Ce n'est pas là toutefois leur point de pénétration véritable; il faut entendre sous ce nom l'endroit où des ramuscules nerveux de 0"'°,03 s'engagent dans des fibres musculaires de 1 millimètre. Ce point se trouve à la face profonde, à la surface ou au bord marginal du muscle, et répond soit à l'extrémité proximale,

soit à runion du tiers supérieur et du tiers moyen, soit au milieu; il se trouve très rarement à un niveau inférieur. Une fois entrés dans le muscle, les nerfs se divisent suivant les cas : 1° en branches ascendantes; 2" en branches descendantes, longues et courtes; 3° en branches ascendantes et descendantes d'égale longueur; 4" en éventail ou en cône dont les rayons naissent de deux branches principales; 5° en arbuste. Les muscles qui possèdent une double innervation reçoivent des hbres issues des mêmes racines, et les divers nerfs qui les pénètrent se comportent comme il vient d'être dit précédemment.

12" Distribution et terminaison. — Un nerf donné innerve toujours le même territoire cutané et les mêmes groupes musculaires; lorsqu'il s'agit d'un nerf mixte, le territoire cutané est presque toujours celui qui recouvre les muscles (Voy. aux nerfs rachidiens, les faits et les expériences sur lesquels s'appuie cette loi). Quant à l'étude de la terminaison des nerfs dans les viscères, dans les muscles et dans les appareils sensitifs, elle est du domaine de l'histologie et sera faite spécialement à propos de chaque organe ; qu'il nous suffise de rappeler que, dans l'état actuel delà science, on considère toutes les fibrilles nerveuses comme terminées par des petits renflements en forme de bouton.

La répartition périphérique des nerfs varie suivant l'activité des organes ; les nerfs abondent dans les muscles de l'œil, ils sont beaucoup plus nombreux, à surface égale, dans les muscles du membre supérieur que dans ceux du membre inférieur, disposition conforme à celle du système artériel. Ainsi le nerf cubital fournit un tube nerveux pour 2.35 faisceaux musculaires, le nerf obturateur, 1 pour 315 (Voichvillo).

13" Vaisseaux des nerfs. — Artères. — « Chaque nerf, ditBichat, reçoit ses vaisseaux des troncs environnants, lesquels envoient des rameaux qui pénètrent de tous côtés dans leur intérieur. » Hyrtl a fait remarquer que ces vaisseaux d'origines différentes forment une échelle anastomotique continue, et Zuckerkandl, s'appuyant sur des recherches anatomiques et sur deux cas d'oblitération artérielle, a décrit dans les membres une triple voie de circulation collatérale : la voie musculaire, la voie cutanée et la voie nerveuse.

On doit à Quénu et Lejars une étude plus complète de la distribution des vaisseaux artériels et veineux dans la plupart des nerfs de l'homme; les résultats auxquels ils ont abouti viennent d'être confirmés tout récemment par Tonkoff et par Bartholdi. D'après ces auteurs, chaque nerf, superficiel ou profond, est toujours accompagné d'une artère, mais il y a lieu de distinguer les artères satellites des artères nourricières ; les premières fournissent aux nerfs e aux organes voisins, les secondes aux nerfs seulement. Dans la plupart des cas, les artères nourricières se détachent à angle aigu des artères satellites et donnent deux branches, l'une ascendante, l'autre descendante, qui s'anastomosent en arcades avec des rameaux artériels similaires. Le nombre et les points de pénétration des artères nourricières sont constants pour un nerf donné.

Les artérioles (vasa nervorunï) se détachent des arcades en formé d'éventail ou de barreau d'une échelle, suivent les cloisons conjonctives émanées de la gaine vasculaire (Bize), puis rampent le long du nerf parallèlement à son grand axe. Elles diminuent alors de plus en plus de calibre, et s'engagent dans le névrilème oii elles se résolvent en de fins capillaires qui pénètrent les faisceaux nerveux les plus volumineux, et dont les mailles très allongées sont parallèles à la direction des fibres nerveuses.

Quelquefois, et particulièrement au point de bifurcation des nerfs, une branche artérielle assez importante pénètre à l'intérieur du cordon nerveux et s'y comporte identiquement.

Au niveau des plexus, la disposition est en tout semblable ; les artères nour-

rir/, isch

Peiil se

Gv. n. sciât.

1° perf.

Fém. prof.

Isch.

. Cire. int.

m ' » Perfor.

>--- Perfor

FiG. 406. — Vaisseaux des nerfs.

Artères (rouge) et veines (bleu) du nerf sciatique, d'après une injection sur un enfant.

ricières proviennent des artères voisines et se distribuent le long des branches radiculaires comme les artérioles des nerfs périphériques.

Veines. — Les veines des nerfs ont, en général, un arrangement calqué sur celui des artères ; cependant Bichat dit s'être assuré, en disséquant avec soin plusieurs gros troncs nerveux, que le plus communément leurs branches^ ne sortent pas des nerfs au même endroit que les artères, disposition qu'il compare à celle des vaisseaux du cerveau. Les veines des nerfs superficiels se jettent constamment dans les veines sous-aponévrotiques, tandis que les veines des nerfs profonds aboutissent aux veines musculaires, sauf le cas oii elles se

déversent les unes et les autres dans les veines principales par l'intermédiaire d'un tronc collecteur commun. Quelquefois les veines des nerfs se rendent directement aux plexus veineux périartériels. En général, leur mode d'anastomoses en arcade est identique à celui des artères, quoique les veines aient une disposition plus flexueuse que ces dernières; les valvules sont très rares dans les veines des nerfs proprement dites.

D'après Ranvier, il n'existe pas de vaisseaux lymphatiques dans l'épaisseur des faisceaux, ni dans la gaîne lamelleuse des nerfs ; ces vaisseaux ne se montrent distinctement que dans le tissu conjonctif interfasciculaire.

Bibliographie. — Quénu et Lejars. Études sur le système circulatoire. Steinheil, Paris, 1894 : Les vaisseaux des nerfs, — • ïonkoff. Sur les artères nourricières des nerfs et des plexus nerveux chez Vhonime. Vratch, 1897, vol. XVIII.

14° Nervi nervorum. — Les nervi nervorum sont vraisemblablement des nerfs vaso-moteurs. Ils ont été signalés en 1847 par Bourgery et Hirchsfeld dans les centres encéphaliques, et par Sappey en 1867 dans les nerfs périphériques. Ils se présentent sous la forme de fines fibrilles, qui pénètrent dansj la gaîne névrilématique, et accompagnent les artérioles et les capillaires le longdès cloisons interfasciculaires. Leurs rapports avec les vaisseaux doivent donc les faire considérer comme des nerfs vaso-moteurs ; mais peut-être existe-t-il aussi parmi ces nervi nervorum quelques fibres sensitives, car certaines sont enveloppées le long de leur trajet d'une gaîne de myéline qui ne se rencontre jamais sur les nerfs vaso-moteurs. Pruss (1888) a constaté la présence de fibres disposées en réseau dans le névrilème des nerfs périphériques ; à l'aide de la méthode d'Erlich, il a pu suivre certaines fibrilles jusque dans l'endonèvre où elles se terminent par des extrémités renflées en bouton.

Ces nervi nervorum tirent toujours leur origine des troncs nerveux dans lesquels ils se rendent.

15" Anomalies. — Les nerfs ayant un point de départ constant et un point d'arrivée fixe, ne présentent des anomalies que sur leur parcours; on ne rencontre pas de ces distributions anormales qui, comme pour les artères, bouleversent totalement le système d'irrigation de toute une région. Les anomalies s'expliquent d'ailleurs facilement par le fait que certaines fibres empruntent, sur une certaine étendue, la voie d'un cordon différent pour aboutir en définitive à un point déterminé. Nous n'aurons guère qu'à signaler des modifications dans le trajet des nerfs, modifications qui ont acquis cependant un certain intérêt avec l'importance qu'a prise dans ces dernières années la chirurgie des nerfs périphériques (suture, élongation, résection, etc.). D'après Hartmann (Soc. Anat., 1888), les anomalies nerveuses dans le trajet et dans le volume sont presque la règle, et les nerfs sont loin de présenter cette fixité opposée à la variabilité des vaisseaux et des muscles : il n'y a de constant que l'origine médullaire et la distribution terminale. Les principales anomalies sont groupées dans l'ouvrage de AV. Krause auquel nous aurons l'occasion de faire de multiples emprunts.

Bibliographie. — W. Krause et J. Telgmann. Les anomalies dans le parcours des nerfs chez Vhomme. Trad. de La Harpe. Paris, 1869.

Page 1