PROSECTEUR A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
On donne le nom de nerfs crâniens aux cordons nerveux qui se détachent de l'encéphale et traversent les trous de la base du crâne pour aller se distribuer aux différentes parties de l'extrémité céphalique.
Les nerfs crâniens sont groupés par paires. Le mot paire signifie qu'il y a deux nerfs, l'un droit, l'autre gauche, qui se détachent symétriquement de chaque côté de l'encéphale. Les deux éléments constituants d'une même paire présentent, originairement du moins, une disposition identique. Les asymétries, d'ailleurs légères, que l'on constate pour certaines paires constituent toujours un phénomène secondaire, apparaissant plus ou moins tardivement au cours de l'évolution de l'espèce et de l'individu.
Les paires crâniennes sont au nombre de douze, comme le montre le tableau suivant :
l'*^ paire
: nerf olfactif .
nerf optique.
nerf moteur oculaire commun
nerf pathétique.
nerf trijumeau.
nerf moteur oculaire externe.
nerf facial.
nerf acoustique.
nerf glosso-pharyngien.
nerf pneumo-gastrique .
Ile __
nerf spinal.
nerf grand hypoglosse.
Nous ferons suivre l'étude des douze paires crâniennes d'un paragraphe consacré à ce que nous appellerons le sympathique céphalique. Nous décrirons sous ce nom les ganglions annexés aux trois branches du trijumeau (ganglion ophtalmique, ganglion sphéno-palatin, ganglion otique, ganglion sous-maxillaire et ganglion sublingual).
Dans nos classiques, on rattache ordinairement l'étude de ces ganglions à celle de la cinquième paire. Nous verrons, en abordant la description de ces masses ganglionnaires, que leur nature sympathique n'est même plus discutable aujourd'hui. Reste à savoir cependant si, au point de vue pratique, il n'y aurait pas intérêt à conserver l'ordre des choses établi, tout en faisant bien entendu les restrictions de rigueur. Nous ne le pensons pas : il nous semble, en effet, difficile de continuer à étudier anatomiquement avec la cinquième paire des organes dont l'élève verra demain affirmer la nature sympathique dans un traité d'histolog-ie ou de physiologie. Pourquoi d'ailleurs refuser au sympathique céphalique cette
autonomie qu'on accorde au sympathique du tronc? Et n'y a-t-il pas avantage, surtout dans un livre classique, à ne pas laisser au lecteur le soin d'établir lui-même des homologies qui s'imposent?
La classification que nous venons d'indiquer est due à Sœmmering et à Vicq d'Azyr, qui, vers la fin du xvni= siècle, la substituèrent à celle de Willis. Celui-ci basait sa nomenclature sur l'ordre de succession des orifices au niveau desquels les différents nerfs encéphaliques perforent la dure-mère pour sortir de la boîte crânienne. Willis répartissait les nerfs crâniens de la façon suivante :
1™ paire, nerf olfactif.
2" — nerf optique.
3" — nerf moteur oculai^^e commun.
4° — nerf pathétique.
0° — nerf trijumeau.
6° — nerf moteur oculaire externe.
1" ■ — merfs acoustique et facial.
S"" — \nerfs glosso-pharyngien, pneiuno-gastrique et spinal.
9° — nerf grand hypoglosse,
10"' — nerf sous-occipital.
La classification de Willis présentait de graves inconvénients : il n'était guère acceptable de regarder le nerf sous-occipital comme un nerf crânien : réunir en un tout le glossopharyngien, le pneumo-gastrique et le spinal, cela présentait, ne serait-ce qu'au point de vue purement didactique, de graves inconvénients. Certes, la classification de Sœmmering est, comme d'ailleurs toutes les classifications, passible de plus d'un reproche. En revanche, elle a l'avantage d'être extrêmement pratique, elle a aussi celui d'être universellement adoptée; cette unanimité sur ce point spécial de la nomenclature anatomique est vraiment trop avantageuse pour qu'on tente de la troubler. Au surplus, les rares tentatives faites jusqu'à présent pour modifier la classification de Sœmmering n'ont point été très heureuses. Récemment encore Sapolini {Journal de la médecine de Bruxelles, 1884) proposait de faire de l'intermédiaire de Wrisbergune 13'= paire crânienne. Si cette tentative d'autonomie, encore qu'inutile au point de vue pratique, s'appuyait sur des raisons théoriques valables, elle serait à la rigueur acceptable. Mais nous verrons au contraire, en étudiant la 7° paire, que la proposition de Sapolini heurte les données que nous possédons à l'heure actuelle sur les lois générales qui doivent présider à la classification des nerfs crâniens. L'auteur italien eût fait une tentative plus justifiée en proposant, non plus d'ajouter une IS'" paire, mais de supprimer une des 12 paires existantes, par la fusion du pneumo-gastrique et du spinal. Nous verrons plus loin toutes les raisons qui militent en faveur de cette fusion que ses inconvénients, au point de vue didactique, nous empêcheront cependant d'accepter.
Constitution anatomique des nerfs crâniens. — La définition que nous avons donnée tout à l'heure des nerfs crâniens n'a que la valeur toute relative des définitions qui reposent uniquement sur les données de l'anatomie macroscopique. En fait, les douze nerfs crâniens n'ont pas tous la même signification morphologique. Tous ne représentent point ce qu'on est convenu d'appeler aujourd'hui un nerf 'péi'iphérique, en prenant ce terme dans son sens le plus rigoureux.
On sait, en effet, que tout nerf périphérique moteur est constitué par les prolongements cylindraxiles ou cellulifuges des neurones moteurs 'périphériques., c'est-à-dire des cellules des cornes antérieures de la moelle ou des portions correspondantes de l'encéphale. Ces cellules constituent V origine réelle du nerf. Le point où les tubes nerveux sortent des centres constitue Vorigine apparente. — De même, tout nerf périphérique sensitif est formé par le prolongement protoplasmique ou cellulipète et accessoirement par le prolongement cylindraxile des neurones sensitifs périphériques, siégeant dans les ganglions rachidiens ou dans les ganglions homologues annexés à la partie intra-crânienne des centres nerveux. Ces cellules constituent Vorigine réelle du nerf. Le point où les prolongements cylindraxiles pénètrent dans le névraxe porte le
NERFS CRANIENS.
nom d'origine apparente. Enfin les amas de sulDstance grise où vont se terminer ces prolongements cylindraxiles sont généralement dits : noyaux se nsitifs terminaux.
Cette formule générale de la constitution des nerfs périphériques est juste pour la plupart des nerfs crâniens; je dis la plupart, car on ne saurait en
'. hypo.
FiG. 407, — Vue inférieure de l'encéphale, montrant l'origine apparente des nerfs crâniens.
Les nerfs du système ventral sont en rouge, les nerfs du système dorsal sont en jaune.
aucune façon l'appliquer au nerf optique et il est indispensable de faire quelques restrictions pour l'olfactif et pour l'acoustique. Dans la voie optique, en effet, dont la constitution est si complexe, le neurone sensitif le plus périphérique, qui représente seul la partie rigoureusement homologue au nerf sensitif périphérique ordinaire, fait partie intégrante de la rétine et n'a qu'une existence histologique. Le nerf optique a donc la valeur d'une véritable voie centrale; l'embryologie l'avait d'ailleurs depuis longtemps laissé soupçonner. — L'olfactif et l'acoustique s'écartent beaucoup moins du type habituel. Ils présentent
cependant une particularité remarquable. Leur ganglion d'origine est situé si près de la surface à laquelle le nerf se distribue que les prolongements protoplasniiques ont subi en longueur une réduction considérable et que les prolongements cylindraxiles sont devenus prépondérants; ce sont eux qui constituent le nerf olfactif ou acoustique. Il y a là une disposition inverse de la disposition habituelle ; à ce titre, elle méritait d'être signalée.