‹ Traité d'anatomie humaineChapitre 231 sur 368 · V. ophtalm N. mot. oc e et · texte numérisé non relu

V. ophtalm N. mot. oc e et

Droit ext

N. opl.

Tend. Zinn.

Droit int.

Viott -N inf. [nasal.

Br. inf. mot. oc. com.

Fio. 440. — Schéma de l'anneau de Zinn et de ses rapports avec les nerfs de l'orbite.

corps même du sphénoïde, un tendon court et résistant; c'est le tendon de Zinn. Ce tendon se bifurque, presque dès son origine, en deux branches, l'une externe, l'autre interne, prenant ainsi la forme d'un Y. De la branche externe se détache une expansion qui va se fixer sur le bord supérieur de la fente sphénoïdale; de même, la branche interne donne nais-

NERFS CRANIENS. 795

sance à une autre expansion moins résistante que la précédente et (|ui va se perdre sur la face interne de la gaine durale du nerf oplique. Le muscle droit inférieur s'insère dans l'ang-le que forment en s'écartant les deux branches de bifurcation du tendon de Zinn. Le droit externe se jfixe sur la branche de bifurcation externe et sur son expansion, le droit interne sur la branche de bifurcation interne et l'expansion correspondante. On donne le nom d'anneau (le Zinn ù l'orifice limite : 1° par la branche de bifurcation externe du tendon de Zinn; 2° par son expansion; 3" par la partie du cadre osseux de la fente sphénoïdale comprise entre le tendon de Zinn et l'expansion de sa branche de bifurcation externe (Voy. fig-. 440).

Distribution. — Nous avons vu qu'en pénétrant dans l'orbite le moteur oculaire commun se partageait en deux branches terminales : l'une supérieure, l'autre inférieure.

1) La branche supérieure, la plus grêle des deux, croise la face externe de l'artère ophtalmique et du nerf opticjue et, après un trajet de quelques millimètres à peine, se divise en deux rameaux, l'un pour le droit supérieur, l'autre pour le releveur de la paupière supérieure :

a) Le rameau du droit supérieur pénètre ce muscle par sa face inférieure au niveau de sa partie moyenne et s'épuise rapidement dans son épaisseur.

b) Le rameau du releveur de la paupière supérieure croise le bord externe du droit supérieur et disparaît dans le releveur à la jonction des deux tiers postérieurs et du tiers antérieur de ce muscle.

2) La branche inférieure^ plus volumineuse que la précédente, se divise très rapidement en 3 rameaux terminaux pour le droit interne, le droit inférieur et le petit oblique :

a) Le rameau du droit interne croise la face inférieure du nerf optique et pénètre le droit interne vers la partie moyenne de sa face externe.

b) Le rameau du droit inférieur s'enfonce presque dès son origine dans le muscle auquel il est destiné.

e) Le rameau du petit oblique est beaucoup plus long que les précédents. Il longe la face supérieure du droit inférieur et aborde le petit oblique au niveau de son bord postérieur.

Du nerf du petit oblique se détache un rameau court, mais assez volumineux, parfois dédoublé (Schwalbe) qui va se jeter dans la partie postérieure du ganglion ophtalmique. C'est la racine courte ou grosse racine de ce ganglion. Cette grosse racine du ganglion ophtalmique constitue le pédicule principal de ce ganglion. Chez quelques animaux, ce ganglion semble même intercalé sur le parcours du tronc de la 3'^ paire (Sélaciens, Ganoïdes, Amphibiens). C'est en se basant sur ce fait que Schwalbe a voulu rattacher le ganglion ophtalmique au moteur oculaire commun. Schwalbe a exagéré l'importance des rapports de A'oisinage du ganglion ophtalmique et de la 3*^ paire. Nous montrerons plus loin que les données que l'on possède à l'heure actuelle sur la structure du ganglion ophtalmic[ue amènent à le considérer comme appartenant au système sympathic[ue. — Nous verrons en étudiant le sympathique céphalique c{ue les fibres fournies par ce moteur oculaire commun au ganglion ophtalmique se terminent dans ce ganglion par des arborisations libres. Elles s'articulent là avec un deuxième neurone, dont le prolongement cylindraxile va aboutir au sphincter irien et au muscle ciliaire (Voy. p. 915).

Anastomoses. — Au niveau du sinus caverneux, le moteur oculaire commun reçoit deux anastomoses : l'une, sensitive, se détache de l'ophtalmique;

POIRIER ET CH.VRPy. — III. 52

nous verrons plus loin que Bischoff a nié son existence (Voy. p. 807); l'autre, sympathique, parfois unique, souvent multiple, le relie au plexus péri-carotidien. D'après François Franck, l'anastomose sympathique contiendrait des filets vaso-moteurs qui, suivant dans la .S'^ paire un trajet récurrent, viendraient se distribuer aux artères du noyau pédonculaire.

Structure. — Le moteur oculaire commun a la structure ordinaire des nerfs périphériques. Rosenthal estime à 15 000 le nombre de ses fibres constituantes. Toutes ces fibres n'ont pas le même volume. Leur surface de section varie de 2 p. 5 à 25 (x (Reissner). Il est possible que les fibres grêles soient des

N. nasal. N. frontal.

N mot.

oc com

N mot.

oc. ext.

N max. N. N max G sphen G. Ram. Ram inf. ophtalm. sup. palat. ophtalm. pet. obi. ciliaires.

N. sous orb

FiG. 441. — Distribution du moteur oculaire commun. — D'après Hirschfeld.

fibres amyéliniques, de nature sympathique, ayant dans le moteur oculaire commun un trajet récurrent.

Disposition générale et homologies. — Comme on le voit, le moteur oculaire commun est un nerf purement moteur. Il appartient au groupe des nerfs crâniens ventraux'. Il est donc l'homologue d'une racine antérieure de la moelle. La nature ventrale de la •S'^ paire est nettement attestée : 1" par sa distribution à des muscles dérivés des somites céphaliques ; 2° par son origine aux dépens de cette partie de la substance grise motrice qui reste contiguë au canal central du névraxe et prolonge dans l'encéphale le groupe cellulaire antéro-interne de la tête des cornes antérieures ; 3" enfin par son émergence ventrale presque constante. Je dis presque constante; car, chez certains animaux et notamment chez la plupart des poissons, l'origine apparente de la 3° paire est rejetée latéralement. Cette déviation latérale de l'émergence de la 3*^ paire est due à l'existence sur la face ventrale du névraxe d'une saillie

1. II est indispensable, pour comprendre la signification de cette division des nerfs crâniens en nerfs ventraux et nerfs dorsaux, de se reporter aux généralités de la page 762.

NERFS CRANIENS. 797

médiane, le mccus vascidosus, flanqué de deux lol)es latéraux (lobi latérales), formations qui n'existent qu'à l'état de vestiges chez les vertébrés supérieurs (Voy. fig. 409, page 704). Nous retrouvons encore ici une application particulière de cette observation générale que nous avons déjà eu l'occasion de faire (Voy. p. 763) : rinfiuence qu'exercent sur Vorigine apparente des nerfs crâniens clans la série animale les particularités morphologiques du névraxe.

Le territoire sensitif qui correspond au territoire moteur de la 3'^ paire appartient au domaine du trijumeau. Originairement le moteur oculaire commun est cependant un nerf mixte et possède des racines postérieures, comme d'ailleurs la plupart des autres nerfs ventraux (Milnes-Mashall, Schneider, P. Martin). Mais au cours du développement phylogénique, les éléments sensitifs de la 3'^ paire disparaissent, absorbés ou supplantés par la cinquième paire, nerf du système branchial. Cette réduction des racines postérieures annexées aux nerfs du système ventral et leur remplacement par les nerfs branchiaux est un fait général et nous aurons l'occasion de rencontrer un phénomène analogue en étudiant la ¥, la 6*^ et surtout la 12*= paire (Voy. généralités, page 762).

Variétés. — Le tronc du moleur oculaire commua peut êlre perforé par l'artère céré- Jirale postérieure (Sœmmeriug).

11 peut s'anastomoser avec le moteur oculaire externe; mais cette anastomose est cerlainement inconstante (Testut, Delbet). La branche supérieure peut s'anastomoser avec le nerf nasal (Sœmmering', Switzer).

Le moteur oculaire commun peut donner un rameau anormal pour le droit externe (Fiisebeck, Cruveilhier, Géuérali, Teslutj, pour le grand oblique (Volkmann); il peut même fournir une racine au ganglion sphéno-palatin. Cruveilhier a, en effet, vu se détacher du moteur oculaire commun un rameau qui se divisait en deux filets dont l'un se portait vers l'ophtalmique, l'autre vers l'origine du nerf vidien pour gagner avec ce nerf le ganglion de Meckel.

Nous reviendrons sur les rapports variables du moteur oculaire commun et du ganglion ophtalmique en étudiant ce ganglion (Voy. Sympathique céphallque).

Quatrième paire : NERF PATHÉTIQUE

Syn. : Nervus trochlearis.

Définition. — Le pathétique ou 4'= paire des nerfs crâniens émerge sur la face dorsale du névraxe, immédiatement au-dessous des deux tubercules quadrijumeaux postérieurs. Très grêle, il se distribue uniquement au muscle grand oblique de l'œil.

Origines réelles et connexions centrales (résumé). — (Voy. p. o09 etsuiv.). A. origine RÉELLE. Le pathétique, nerf exclusivement moteur, est formé par les prolongements cylindraxiles des cellules constituantes d'un noyau situé aux confins du mésencéphale et de l'isthme du rhombencéphale.

Placé immédiatement en avant de l'aqueduc de Sylvius, ce noyau fait suite aux amas d'origine du moteur oculaire commun. Comme ceux-ci, il appartient à la colonne grise qui prolonge dans l'encéphale le groupe cellulaire antéro-interne de la tête des cornes antérieures. Rappelons qu'immédiatement en avant de ces noyaux se trouve l'en Ire-croisement des pédoncules cérébelleux supérieurs.

B. CONNEXIONS CENTRALES. — Ce que nous avons dit des connexions corticales du noyau de la 3° paire s'applique au pathétique. Même incertitude touchant le siège exact du centre cortical et le trajet précis de la voie cortico-pédonculaire.

Quant aux connexions réflexes du noyau d'origine du pathotique, elles sont identiques à celles du noyau du moteur commun. Ici encore, nous voyons le faisceau longitudinal posterieur établir une associa-

^^3k Gl.ïJin. ,■ , , , ,

s=^^^^^ ' lion entre le noyau de la

' ^ C. opi. *" paire et les tuitercu-

les quadrijumeaux anté-

r. quadr. ani. rieurs, annexes de la voie

optique et les tubercules

N.pathcl. quadrijumeaux posté-

T. quadr.post. ^'eui'S, annexes de la voie

#4«r, --=i=.è-4\.^^^^^ N vathét acoustique (Voy. Motofr

^' vÊÊ^ -'"^''^^^^aB^^^mm. ' oculaire commun, p. 790,

et p. 514)- ^^ ]'aiv. Vieuss. r\

Origine appacoupe prou rente. — Après avoir

:^-jyf ^ \'^^^ subi à l'intéi'ieur du

ij^ai^io^ névraxe uue décussa-

W tion complète, fait ca-

pital sur lequel nous FiG. 442. — Origine apparente du pathétique. — D'après Hirschfeld. , . ,

aurons a revenir plus

loin, le pathétique émerge immédiatement au-dessous des tubercules quadrijumeaux sur les parties latérales du frein de la valvule de Vieussens (Voy. fîg. 442).

Trajet. - — Il se porte alors en dehors, puis en avant; il contourne ainsi la face externe du sinus caverneux ; il disparaît dans un orifice de la dure-mère placé au niveau de l'angle externe du triangle que limitent après leur entrecroisement les deux circonférences de la tente du cervelet avec une ligne unissant les deux apophyses clinoïdes antérieure et postérieure du même côté (Voy. fig. 443). Il chemine ensuite dans l'épaisseur de la paroi externe du sinus caverneux et arrive ainsi au niveau de la fente sphénoïdale qu'il traverse pour pénétrer dans l'orbite.

Rapports. — Dans ce trajet le pathétique occupe successivement : l'étage postérieur du crâne, l'étage moyen, la fente sphénoïdale et enfin la cavité orbitaire.

Au niveau de l'étage jjostérieur du crâne, le pathétique est en rapport, en dedans, avec la face externe convexe du pédoncule cérébral contre lequel il est appliqué. En dehors, il répond au bord tranchant de la petite circonférence de la tente du cervelet qui limite le trou ovale de Pacchioni (Voy. ûg. 44.3). En haut, il est surplombé par la bandelette optique ; en bas, il reste à quelques millimètres du bord supérieur du pédoncule cérébelleux moyen. Dans ce trajet circumpédonculaire, le pathétique chemine dans l'espace sous-arachnoïdien. Mais avant de pénétrer dans le sinus caverneux, il traverse l'arachnoïde qui lui forme une gaine complète et autonome.

Au niveau de l'étage moyen, le pathétique est placé dans la paroi externe du sinus caverneux. D'abord sous-jacent au moteur oculaire commun, il le croise à angle très aigu en passant en dehors de lui. Nous avons vu que le tronc de l'ophtalmique était d'abord placé au-dessous du pathétique; mais, vers l'extrémité antéi'ieure du sinus, deux des branches terminales de l'ophtalmique, le frontal et le lacrymal, viennent se placer sur le môme plan horizontal que la 4'^ paire (Voy. p. 792 et fig. 438 et 439).

NERFS CRANIENS.

Au niveau de la fente sphénoïdale, le pathétique passe en dehors de l'anneau de Zinn, par la partie supérieure étroite de la fente sphénoïdale, en compagnie du frontal placé en dehors de lui et du lacrymal plus externe encore (Voy. lig. 440). Le pathétique est entouré à ce niveau par une gangue de tissu fihreux, formée par un épaississement du périoste qui capitonne le rehord de la fente sphénoïdale ; aussi son • isolement est-il difficile en ce point.

Dans r orbite, le pathétique se porte en avant et en dedans , formant avec le nerf frontal un angle aigu ouvert en avant. 11 passe au-dessus du tendon du releveur de la paupière supérieure, et se divise en 3 ou 4 rameaux divergents qui abordent le grand oblique par son bord supérieur tout près de l'origine du muscle (Voy.fig. 454).

N. moi. oc. com.

Distrib u tion . — Outre ces rameaux terminaux qui innervent le grand obli-

-~ Sinus droit.

Trajet ciieuuipédonculaire du pathétique.

D'après Hirschi'eld.

que , le pathétique fournit quelques rameaux collatéraux. Ce sont des filets très grêles qui se détachent du nerf^au moment où il pénètre dans la paroi du sinus caverneux ; ils se distxnbuent à la dure-mère de la région. Un de ces filets plus volumineux va se perdre dans la tente du cervelet. C est V accessoire du nerf récurrent d'Arnold.

Anastomoses. — Le pathétique s'anastomose : 1° avec le sympathique ; 2" avec l'ophtalmique.

\° L'anastomose avec le sympathique est représentée par un ou deux filets très ténus qui se détachent du plexus carotidien et abordent le pathétique pendant son trajet dans la paroi du sinus caverneux. Gomme les rameaux analogues qui se rendent au moteur oculaire commun, ils sont vraisemblablement formés par des filets vaso-moteurs qui aboutissent aux vaisseaux du centre pédonculaire du pathétique, suivant ainsi dans ce nerf un trajet récurrent.

2" L'anastomose avec V oplitalmique est constituée par un rameau qui se détache du tronc de l'ophtalmique au niveau de la paroi externe du sinus et qui, après un trajet ascendant de 1 à 2 millimètres à peine, va se jeter dans le pathétique auquel il fournirait des filets sensitifs (Voy. ophtalmique, p. 807).

On décrit parfois à tort comme constituant une anastomose du pathétique et de l'ophtalmique le nerf récurrent de la tente du cervelet d' Arnold. ISous verrons plus loin que ce nerf, né de la partie initiale de l'ophtalmique, se rend dans latente du cervelet par un trajet récurrent; en croisant le pathétique il lui adhère intimement et est parfois même reçu dans une boutonnière que présente la 4'^ paire. Mais, comme le fait remarquer Schwalbe, il n'y a jamais entre le nerf d'Arnold et le pathétique qu'un simple rapport de contiguïté.

Disposition générale et homologie. — Le pathétique présente dans sa disposition générale deux particularités remarquables qui le différencient

N.ma.o:. sup.

/?. niéii'ivgé du max.svp.

N. max.inf.

R. méninge du max. inf.

FiG. 444. — Le pathélique dans le sinus caverneux. D'après Ilirschfeld.

Le nerf pathétique esteoiipû à son entrée dans l'orbite. Pour la portion orbitaire voir la figure 454.

nettement de tous les autres nerfs crâniens : 1° sa décussation totale; 2° son émergence sur la face postérieure du névraxe.

1° La décussation totale du pathétique constitue un point de morphologie dont l'explication reste encore à trouver. C'est en effet une loi générale que le prolongement cylindraxile du neurone périphérique d'une voie motrice donnée ait un trajet direct, l'entre-croisement étant réservé au prolongement cylindraxile du neurone central correspondant. Remarquons cependant qu'il ne s'agit pas là d'une disposition rigoureusement spéciale au pathétique. Certains

NERFS CRANIENS. 801

nerfs crâniens, le moteur oculaire commun et le moteur oculaire externe à coup sûr, l'hypoglosse peut-être, présentent une décussation, partielle, il est vrai, de leurs fibres radiculaires.

2" L'émergence de la 4° paire sur la face postérieure de l'encéphale constitue un fait encore plus anormal. Cette émergence postérieure qui, chose remarquable, est une disposition constante dans la série, n'a pas encore reçu jusqu'ici d'explication satisfaisante.

En dépit de son émergence postérieure, le pathétique est généralement rangé dans le groupe des nerfs encéphaliques ventraux^ ; il présente en efl'et les deux autres caractères qui distinguent ces nerfs : o) la distribution à un muscle dérivé des somites céphaliques (loi de Van Wijhe) ; 6) l'origine aux dépens de la colonne grise motrice restée voisine du canal central et faisant suite au groupe cellulaire antéro-interne de la tête des cornes antérieures (Voy. Généralités, page 763).

Si le pathétique est chez les vertébrés supérieurs un nerf purement moteur, il n'en est pas de même chez les vertébrés inférieurs. Chez les poissons et les amphibiens, il contient des rameaux sensitifs qui se distribuent à l'endocràne et à la conjonctive (Wiedersheim); Froriep a même signalé sur le trajet du pathétique de Torpédo marmorata un ganglion qui apparaît aux premiers stades du développement de cet animal, puis disparaît ensuite. Cette nature mixte du pathétique primordial n'a rien qui doive nous étonner. Nous avons vu (Généralités, page 768) qu'aux nerfs encéphaliques ventraux sont primitivement annexées des fibres sensitives qui leur constituent des racines postérieures. Mais ces racines postérieures des nerfs ventraux disparaissent au cours du développement, absorbées ou supplantées par le système des nerfs branchiaux, surajouté au niveau de l'extrémité céphalique (Kuppfer).

Variétés. — Le pathétique peut anormalement baigner dans le sang du sinus caverneux. Thane l'a vu traverser le releveur de la paupière supérieure. Il peut fournir comme rameaux anormaux : une racine au ganglion ophtalmique, ou plusieurs filets anastomotiques au frontal, au lacrymal et au nasal; un rameau pour l'orbiculaire des paupières.

Cinquième paire : NERF TRIJUMEAU

Définition. — Le trijumeau ou nerf de la S^ paire est le plus volumineux des nerfs crâniens. C'est un nerf mixte, moteur et sensitif. Né de la face antérieure de la protubérance, c'est-à-dire du mésencéphale, il présente à sa sortie du névraxe un volumineux ganglion, le ganglion de Casser, puis se divise en trois branches terminales. Son territoire sensitif, très étendu, comprend les téguments de la face, le globe oculaire et les muqueuses nasale et buccale; ses filets moteurs innervent les muscles masticateurs.

Origines réelles et connexions centrales (Résumé). — Le trijumeau, nerf mixte, présente des fibres motrices et des fibres sensitives dont il nous faut étudier séparément l'origine et les connexions centrales.

L Fibres motrices. —A) OmoiNE réelle. Les fibres motrices du trijumeau sont constituées par les prolongements cylindraxiles des cellules de deux noyaux, l'un principal, l'autre accessoire. Le noyau principal est situé profondément ^daus la protubérance annulaire au niveau même de l'émergence de la 5° paire (Voy. p. 504 et lîg. 304). — Le noyau accessoire est formé par une longue traînée de substance grise qui s'étend depuis le plan de sortie du trijumeau jusqu'au tubercule quadrijumeau postérieur^. Ces deux amas

1. Kuppfer (Anat. Anz. Ergânzungsh. z. Jahrg., 1891, p. l'i) et Froriep (ibid., p. 265) tendent plutôt à le placer parmi les nerfs dorsaux.

2. Les fibres, issues du noyau accessoire, constituent ce que Van Gehuchteu appelle la racine supérieure

lie substance grise appartiennent h lO" et 11° paires, ils prolongent vers

a même colonne que les noyaux moteurs des 7% 9'",

Fcncéphale le groupe antéro-externe des cellules de la

corne antérieure. La plu-

N. ophi.

Bac. sons

445. — Schéma des^origines réelles et de la constitution du trijumeau. — D'après van Gehuchten.

part des fibres issues de ces deux noyaux sont des libres directes, c'est-à-dire se rendant au trijumeau du même côté. Il existe cependant quelques fibres croisées.

B) Connexions centrales. Le centre cortical du trijumeau moteur est situé dans la sphère tactil au niveau du quart inférieur de la zone rolandique, au-dessous du centre de l'hypoglosse (Voy.

p. 068). La voie corticoprotubérantielle passe, en compagnie des fibres de la 1" et de la 12= paire, par le genou de la capsule interne et la partie interne du pied du pédoncule.

Elles se déçussent au niveau de la partie supérieure de la protubérance.

— Les voies d'association réflexe sont encore mal connues.

II. Fibres sensitives. — a) OmoiNE réelle. Les fibres sensitives du trijumeau ont leur cellule d'origine dans le ganglion de Casser. Ce ganglion que nous décrirons dans un instant au point de vue macroscopique, est essentiellement constitué par des cellules volumineuses à prolongement unique, bifurqué, identiques, en somme, aux cellules des ganglions spinaux. Comme celles-ci, d'abord nettement bipolaires, elles deviennent unipolaires au cours du développement ontogénique et phylogénique. Des deux libres résultant de la bifurcation du prolongement unique, l'une, la plus grêle, se dirige vers la protubérance; l'autre va constituer une fibre sensitive de la portion périphérique du trijumeau. Ces cellules sont entourées d'une gaine formée par des cellules endotliéliales.

Kankolî^ a récemment étudié dans le

ou mésencéphalique du trijumeau ; il la regarde comme une racine motrice (Voy .Van GehuclTten, Anaiomie du système nerveux de l'homme, T édition, p. 540). C'est l'opinion la plus généralement adoptée depuis les recherches deKoelliker, de Ileld et celles plus récentes de Lugaro et de Cajal. Rappelons que Henle et que Golgi ont rattaché cette racine à la IV° paire et que d'autres auteurs, dont M. Charpy, l'ont regardée comme formée par la branche de bifurcation supérieure

des fibres sensitives de la V" paire. Dans la première partie de ce tome, cette racine a été décrite sous le nom de racine ascendante ou cérébrale du trijumeau.

1. Kankoff, Zur Frage uber den Bau des Ganglion Gasseri bel den Saiigethieren [Int. Mon. f. Anat., 1897).

FiG. 446. — Ganglion de Casser

d'un embryon de cobaye presque à terme.

D'après van Gehuchten.

NERFS CRANIENS.

laboratoire de Dogiel la structure du ganglion de Casser à l'aide de la méthode d'EhrIich ou de ses variantes (méthodes de Dogiel ou d'Apathy). Il a vu que les cellules à prolongement

FiG. 447.

Petite cellule du ganglion

(le Casser. — D'après Kankoff.

FiG. 448.

Plexus péricellulaire extra-capsulaire.

D'après Kankofl'.

en T prenaient à peine le bleu de méthylène et a constaté que leur prolongement décrivait avant de se bifurquer des flexuosités très marquées (V'oy. flg. 448). A c(jté de ces cellules, il en a décrit d'autres beaucoup moins volumineuses et prenant fortement le bleu.

Ce n'est pas tout. Autour des cellules à prolongement en T, Kankoff a décrit des plexus de fibrilles amyéliniques. Ces plexus sont au nombre de deux. L'un est placé en dehors de la gaine endothéliale que présente chacune des grosses cellules du ganglion de Casser; c'est le plexus externe ou extra-capsulaire; l'autre, émané du précédent, est nettement reconnaissable à l'aspect variqueux de ses fibrilles constituantes; il est placé au-dessous de la gaine endothéliale : c'est le plexus interne ou intra-capsulaire (Voy. flg. 448 et 449). A côté de ces deux plexus amyéliniques, on en rencontre parfois un troisième formé par des libres à myéline. Il est toujours extra-capsulaire. Kankoff, en se basant sur les recherches de Dogiel sur la structure des ganglions spinaux,

incline à penser, sans avoir pu

^^ " ^ rigoureusement démontrer cette

^ r " n opinion, que les plexus péricel-

^^ - , lulaires qu'il a décrits représen-

^ ° tent le mode de terminaison du

' > --- prolongement cylindraxile des

»^ ~ --^ ^ ~~ petits éléments cellulaires, in-

>^' ^^ i terposés entre les grosses cel-

-^ '■^'' ^, V Iules. La signification et le rôle

de ces petites cellules sont encore inconnus; remarquons cependant que Kankoff se refuse à les regarder comme des éléments sympathiques.

b) Connexions centrales. — La plus grêle des deux fibres émanées des cellules principales se dirige vers les centres; arrivée dans la protubérance elle se divise en deux branches, Tune descendante, l'autre ascendante. Les branches descendantes, beaucoup plus volumineuses et beaucoup plus longues, constituent par leur réunion la racine descendante (racine inférieure ou spinale) du trijumeau qui coiffe en dehors la substance gélatineuse de Rolando dans laquelle elle se termine. Cette racine peut être suivie inférieurement jusqu'au niveau du premier nerf cervical. — Les branches ascendantes plus grêles et très courtes se terminent dans l'extrémité supérieure renflée du noj'au de terminaison de la racine descendante. Quelques-unes de ces branches gagnent le cervelet (van Cehuchten, Edinger). De la colonne grise qui sert ainsi de noyau sensitif terminal aux fibres émanées du ganglion de Casser, partent de nouvelles fibres qui, après avoir franchi la ligne médiane,

FiG. 449.-

Plexus péricellulaire intra-capsulaire.

D'après Kankoff.

se joignent au ruban de Reil, c'esl-à-tlire à la voie scnsilive centrale du côté opposé. Elles

se terminent avec ou sans interruption cellulaire dans la sphère tactile de riiéniisphère.

N. opt.

N. ophl.

N. mol. oc. coin.

N. inax. sup.

N. palh.

N. inax. înf.

8 in. petr. sup.

Rac. molr.

Rac. sens.

VU et vni Ped. céréb. moy.

J-.Ji-iuZaL.

FiG. 4r30. — Les deux racines du trijumeau et le eanalion de Gasser.

Origine apparente.

— Le trijumeau émerge au niveau de la face ventrale de la protubérance à 2 centimètres et demi de la ligne médiane. Son point de sortie constitue la limite conventionnelle entre la protubérance et le pédoncule cérébelleux moyen.

Cette émergence se fait par deux racines : l'une grosse, l'autre petite.

Celle-ci est placée au-dessus et en dedans de la grosse racine. Le pont

de substance nerveuse qui les sépare porte le nom de lingula Wrisbergil. La grosse racine (radix s. portio major s. posterior, racine sensitive), est

constituée par 30 à 40 filets accolés (Valentin). Elle présente à sa sortie du

névraxe un étranglement toujours

très marqué. J^orsqu'on l'arrache,

on observe à sa place une saillie

mamelonnée.

La, petite racine (radix s. portio

minor s. anterior, racine motrice),

est beaucoup plus grêle; elle est

constituée par 4 à 6 faisceaux seulement.

Trajet des racines. — Les deux racines de la y*-' paire se portent en haut et en avant, vers la partie interne du rocher. Au niveau du bord supérieur de la pyramide pétreuse, elles se réfléchissent sur cette crête osseuse et pénètrent dans une loge fibreuse formée par un dédoublement de la dure-mère. Les deux racines, dans ce court trajet intra-crànien, diffèrent par leur aspect, leur direction et surtout par leur mode de terminaison.

La grosse racine, assez régulièrement arrondie à sa sortie du névraxe, ne

vu et Vin

FiG. 431.

Trajet de la racine motrice du trijumeau.

NERFS CRANIENS.

tarde pas à s'aplatir. Au moment où elle croise le bord supérieur du rocher, elle est nettement rubanée. Sur la face antérieure de la pyramide pétreuse, elle s'étale encore davantage; ses faisceaux constituants échangent des fibres et forment un plexus à mailles lâches, large de 8 à 10 millimètres : le plexus triangulaire du trijumeau. Finalement, la grosse racine aboutit à un volumineux ganglion, le ganglion de Gasser, dont nous connaissons la structure et partant la signification, et sur la description macroscopique duquel nous allons revenir dans un instant.

La petite racine, d'abord placée en haut et en dedans de la grosse racine, la croise ensuite très obliquement, en passant au-dessous d'elle, et vient occuper la partie externe de sa face inférieure (Voy. fig. 451). Elle arrive ainsi au-dessous du plexus triangulaire et du ganglion de Gasser avec lequel elle ne présente aucune connexion. Elle aboutit dans la plus externe des branches du ganglion de Gasser, le nerf maxillaire inférieur.

Rapports des racines. — Dans la fosse cérébrale postérieure, les deux racines cheminent entre le pédoncule céi'ébelleux moyen et la partie la plus interne de la face endocrànienne postérieure du rocher. Chacune d'elles possède une gaine piale autonome. En revanche, l'arachnoïde leur forme une gaine commune. Quant à la dure-mère, elle présente, pour leur livrer passage, un orifice en forme de fente transversale que ces deux racines ne comblent d'ailleurs que très incomplètement. Aussi un cul-de-sac de la cavité arachnoïdienne s'insinue-t-il dans l'orifice durai à une profondeur de 2 et quelquefois de 3 ou 4 millimètres. Ajoutons qu'au moment où les racines croisent le bord supérieur du rocher, elles passent au-dessous du sinus pétreux su périeur.

lO;

Fig. 452. — Cavum de Meckel, 2-e durale du aanelion de Gasser.

L'entrée du cavum est indiquée par une flèche.

Ganglion de Gasser. — Le ganglion de Gasser, encore appelé ganglion semi-lunaire, est le plus volumineux des ganglions annexés aux nerfs cérébrospinaux. Contenu dans une loge fibreuse, formée par un dédoublement de la dure-mère (cavum Meckelii), il repose sur la pax'tie interne de la face endocrânienne antérieure du rocher. Il affecte la forme d'un croissant dont le bord concave regarde en haut et en arrière. On peut lui décrire deux bords, deux faces et deux extrémités.

Le bord postéro-supérieur, concave, reçoit le plexus triangulaire, terminaison de la grosse racine du trijumeau.

Le bord antéro-inférieur, convexe, émet les trois branches terminales du trijumeau : ophtalmique, maxillaire supérieur, maxillaire inférieur.

La face antéro-supérieure, face encéphalique, légèrement convexe, adhère à la dure-mère dont il est cependant assez facile de la séparer (F. Krause).

La face Inféro-postérieure, face pétreuse, repose sur l'os dont la sépare le feuillet de dédoublement postérieur de la dure-mère; elle ne présente avec ce feuillet durai que des adhérences très lâches. Cette face répond à ce niveau à la paroi antéro-supérieure de la portion horizontale du canal carotidien, et, lorsque cette paroi est peu développée, à la carotide elle-même dont la sépare seulement un mince feuillet fibreux. Elle répond encore aux nerfs grand et petit pétreux superficiels et à la portion motrice du trijumeau qui gagne le nerf maxillaire inférieur.

h' extrémité externe occupe l'angle externe du cavum de Meckel.

U extrémité interne est en contact avec la paroi externe du sinus caverneux.

Elle est plus spécialement en rapport avec le pathétique et le moteur oculaire

externe.

Empreintes pétreuses du trijumeau. — Les deux racines du trijumeau et le g-anglion de Casser laissent sur la pyramide pétreuse une série d'empreintes dont Zander a fait récemment une étude minutieuse. Nous trouvons d'abord au niveau du bord supérieur du rocher une échancrure large de 1 centimètre environ. C'est Vincisura nervi trigemini de Wenzel Criïber. Parfois peu marquée, elle est le plus souvent très nette. Dans quelques cas rares, elle peut être transformée en un trou. Sur la face antérieure, nous trouvons deux empreintes distinctes, quoique contigués, l'une supérieure, l'autre inférieure. L'empreinte .supérieure affecte la forme d'une gouttière, oblique en bas et en dehors. Cette gouttière répond non au ganglion de Casser, mais à la terminaison de la racine sensitive, c'est-à-dire au plexus triangulaire. L'empreinte inférieure n'est bien visible que sur ces rochers où la lamelle qui forme la paroi antéro-supérieure de la portion horizontale du canal carotidien est bien développée et arrive presque au contact du sphénoïde; c'est une dépression plus ou moins nette, assez régulièrement excavée et qui, à l'état frais, répond au ganglion de Casser. Lorsque la paroi osseuse du canal carotidien fait défaut, la fossette du ganglion disparaît presque entièrement. Seule, sa partie externe persiste. C'est dans ces cas que les rapports du ganglion et de la carotide interne sont absolument immédiats. — Zaxder. Ueber die Impressio Trigemini der Felsenbeinpyramide des menschlichen Schtidels {Anal. Anz. Bd IX, 1894, n» 22).

Ganglions surnuméraires. — On rencontre parfois soit au niveau du bord concave du ganglion de Casser, soit sur le trajet de la partie initiale de ses trois grosses branches, de petits nodules ganglionnaires (Niemeyer, Nuhn, Bochdaleck). Ils sont l'homologue des ganglions spinaux accessoires décrits par Ilyrtl et par Rattone.

Branches. — Du ganglion de Gasser se détachent :

1° B es filets anastomotiques pour le plexus caverneux; ils naissent de l'extrémité interne du ganglion ;

2° Des filets osseux, qui, après avoir traversé le sinus caverneux, pénètrent dans le corps du sphénoïde (Valentin) ;

3° Des filets sinusiens et méningés, qui, nés de la face postérieure du ganglion, se distribuent à la dure-mère voisine et au sinus pétreux supérieur ;

4" Un filet anastomotiqite inconstant pour le pathétique ;

5" Enfin et surtout trois branches considérables :

I. Une branche supérieure qui se dii'ige vers la fente sphénoïdale ; c'est la branche ophtalmique de Willis;

IL Une branche moyenne, qui sort du crâne par le trou grand rond ; c'est le nerf maxillaire supérieur ;

lU. Une branche inférieure, qui, grossie de la racine motrice du trijumeau, s'engage dans le trou ovale; c'est le nerf maxillaire inférieur.

A chacune de ces branches est appendu un ganglion : le ganglion oplitalniiqiie pour la branche ophtalmique, le ganglion sphéno-palatin pour le nerf maxillaire supérieur, le ganglion otique pour le nerf maxillaire inférieur. Les

NERFS CRANIENS. 807

données que nous possédons actuellement sur la structure de ces renflements ganglionnaires montrent qu'ils sont de nature sympathique. Aussi, rompant avec l'usage classique, les décrirons-nous dans le chapitre consacré au sympathique céphalique.

Page 1