‹ Traité d'anatomie humaineChapitre 238 sur 368 · III. BRANCHES TERMINALES · texte numérisé non relu

III. BRANCHES TERMINALES

A quelques millimètres en arrière du bord postérieur de la branche montante du maxillaire, le facial se divise en deux branches terminales. Comme nous l'avons vu, le siège de la bifurcation correspond ordinairement au point où le nerf croise la jugulaire externe ; les deux branches terminales s'écartent à angle droit : l'une se porte horizontalement en avant, c'est la branche sup&ineure ou iemporo-faciale;, l'autre descend verticalement, c'est la branche inférieure ou cérvico-faciale. Chez le fœtus dont le maxillaire inférieur a une branche montante

très réduite daiis le sens vertical, les 2 branches terminales du facial fornaent entre elles un angle aigu.

1" Branche temporo- faciale . — Plus volumineuse que sa congénère, la branche temporo-faciale se divise presque immédiatement en 4 ou 5 rameaux divergents. Mais, avant de se bifurquer, elle reçoit deux filets anastomotiques du nerf auriculo-temporal. Ces filets toujours très grêles se détachent de Fauriculo-

Bam. sus-orbit.

Ram. front.

inl.

R front.

R. pal]}, sup.

R. palp. inf.

R. sous orbii.

R hucc.

V fac.

A lac.

Br cent, transv

FiG. 486. — Rameaux terminaux du facial (d'après Frohse).

temporal au moment où ce nerf, après avoir contourné le col du condyle, se relève pour gagner, vertical, la région temporale. Longs de 2 centimètres environ, ils croisent perpendiculairement à leur direction l'artère et la veine temporales superficielles; ils sont ordinairement sous-jacents à la veine; quant à l'artère, elle traverse le plus souvent une boutonnière que lui ménagent ces 2 filets (Voy. fig. 481).

Les rameaux terminaux de la branche temporo-faciale s'unissent par des anastomoses verticales. Ils constituent ainsi une sorte de plexus, le jo^eaîwsjoaro^idien. Henle décrit ce plexus comme formé par les deux branches terminales

NERFS CRANIENS. 853

du facial. En fait, la branche cervico-faciale ne prend à sa constitution qu'une part toujours très minime et souvent même nulle. Ce plexus parotidien, qui peut d'ailleurs faire défaut, a une situation variable. Il est, le plus souvent, situé dans l'épaisseur de la parotide ; il est alors isolé des lobules glandulaires par une nappe celluleuse qui permet de diviser sans trop de difficulté la partie antérieure de la glande en deux plans; l'un superficiel, l'autre profond. Dans d'autres cas, il est sous-glandulaire et s'applique à l'aponévrose massétérine.

De ce plexus s'échappe une série de rameaux divergents que l'on divise en rameaux temporaux, frontaux, palpébraux, sous-orbitaires et buccaux supérieurs. V

Celte nomenclature, basée sur le mode de distribution des rameaux terminaux du facial, est celle de la plupart de nos auteurs classiques. Elle nous semble bien préférable à celle que beaucoup d'anatomistes allemands emploient depuis Meckel et Valentin et qui est basée sur le mode de ramescence des branches terminales du facial ; ce dernier mode de description a en effet le double inconvénient de ne pas s'appliquer à tous les cas et d'être difficile a retenir.

a) Les rameaux temporaux, verticaux, croisent à angle droit l'apophyse zygomatique et se distribuent au muscle auriculaire antérieur. Ils innervent également les petits muscles placés sur la face superficielle du pavillon de l'oreille : les deux muscles de l'hélix, le muscle du tragus et le muscle de l'antitragus. Nous avons vu que les muscles placés sur la face profonde du pavillon étaient innervés par le nerf auriculaire postérieur,

b) Les rameaux frontaux, très longs et très grêles, sont obliques en haut et en avant. Ils se dirigent vers le muscle frontal qu'ils abordent au niveau de son bord externe.

c) Les rameaux palpébraux forment deux groupes : les filets palpébraux supérieurs se distribuent à la moitié supérieure de l'orbiculaire, au sourcilier et au pyramidal; les filets palpébraux inférieurs vont innerver la moitié inférieure de l'orbiculaire.

d) Les rameaux sous-orbitaires naissent soit par un tronc unique alors très volumineux (Ramus maximus de Frohse), soit par deux troncs parallèles. Unique ou double, ce tronc d'origine est ordinairement sus-jacent au canal de Stenon. Au niveau du bord antérieur du masséter il s'épanouit en un bouquet de filets terminaux. Ceux-ci se distribuent à la face profonde des muscles grand et petit zygomatiques, élévateur commun de la lèvre supérieure et de l'aile dii nez et élévateur propre de l'aile du nez par lesquels ils sont recouverts; ils abordent au contraire la face superficielle du canin, de l'élévateur propre de la lèvre supérieure, du transverse et du myrtiforme sur lesquels ils sont appliqués.

e) Les rameaux buccaux supérieurs viennent ordinairement d'un tronc unique, qui se détache souvent du ramus maximus. Ils se distribuent au buccinateur et à la moitié supérieure de l'orbiculaire des lèvres.

2" Branche cervico-faciale. — Beaucoup plus grêle que la précédente, la branche cervico-faciale se dirige, presque verticale, vers l'angle de la mâchoire. Elle chemine dans l'épaisseur de la parotide, mais n'est séparée de la superficie que par quelques lobules glandulaires. Au niveau de la partie moyenne de la branche montante, la branche cervico-faciale reçoit un ou deux filets anastoynotiques, venus de la branche auriculaire du plexus cervical superficiel. Un peu

au-dessus de l'angle de la mâchoire, elle se divise en plusieurs rameaux terminaux que l'on répartit ordinairement en 3 groupes ; ce sont :

a) Les rameaux buccaux inférieurs. Ils naissent d'un tronc unique qui chemine parallèlement au bord inférieur du maxillaire à un demi-centimètre au-dessus de ce bord; ce tronc croise l'artère faciale à laquelle il forme souvent une boutonnière (Voy. lig. 486). Ces rameaux se terminent dans le risorius de Santorini, le buccinateur et la moitié inférieure de l'orbiculaire des lèvres.

b) Les rameaux mentonniers. Nés souvent de la branche cervico-faciale par un tronc qui leur est commun avec les rameaux précédents, ils se distribuent au triangulaire, au carré des lèvres et au muscle de la houppe du menton. Ces filets prennent part à la constitution du plexus mentonnier sur lequel nous allons revenir en étudiant les anastomoses de la 5*^ et de la 1^ paire.

c) Les rameaux cervicaux. Au nombre de deux ou trois, ils descendent dans le cou et se distribuent au muscle peaucier au-dessous duquel ils cheminent. Parfois l'un d'eux, après avoir abandonné quelques filets au peaucier, remonte vers le menton par un trajet récurrent, vient rejoindre les rameaux du groupe mentonnier et partage leur terminaison.

Entre les filets buccaux supérieurs et les filets buccaux inférieurs, il existe un espace où les filets moteurs du facial font absolument défaut. D'après Friteau, cet espace serait limité de la façon suivante : « en haut par une ligne joignant l'insertion du lobule de l'oreille au (juart externe de la lèvre supérieure; en bas par une ligne unissant le quart inférieur du bord postérieur de la mâchoire au quart .externe de la lèvre supérieure ; en arrière par le bord postérieur de la mâchoire. »

lŒRF FACIAL (Résumé).

Grand nerf pétreux superficiel.

Petit nerf pétreux superficiel.

Branches collalérales !.. Nerf du muscle de l'étrier.

inlra-péireuses. \ Corde du tympan.

Rameau sensitif du conduit auditif

externe.

Rameau anaslomotique de IX.

Branches collatérales \ ^^m^^n auriculaire postérieur.

exlra-pétreuses. ^^m^&n du stylo-hyoidien et du

' digastrique.

Rameau lingual.

Rameaux temporaux.

Rameaux frontaux.

Branche temporo-faciale. < Rameaux palpébraux.

r, , , . , I I Rameaux sous-orbitaires.

Branches terminales. ( f t> v

^ l^ Rameaux buccaux supérieurs.

/ Rameaux buccaux inférieurs.

Branche cervico-faciale.. | Rameaux mentonniers. ^ Rameaux cervicaux.

Anastomoses. — Le facial présente un grand nombre d'anastomoses avec les nerfs voisins; nous avons déjà rencontré la plupart d'entre elles, en étudiant la distribution du facial. La plupart de ces anastomoses se font avec des nerfs sensitifs; elles apportent au facial des fibres à conduction centripète. Quelques-unes ont cependant une signification toute différente : elles représentent des rami communicantes par lesquels le facial s'unit au sympathique céphalique, en apparence annexé au trijumeau.

1° Anastomoses avec L'AuorriF. — Les anastomoses avec l'auditif sont au nombre de deux : l'une postérieure, l'autre antérieure.

a) h' anastomose postérieure est formée par un filet toujours très grêle qui se détache de l'intermédiaire de Wrisberg au niveau de la partie moyenne du conduit auditif interne et va se jeter dans la 8*^ paire. — \J anastomose antérieure est constituée par un ou deux filets qui naissent de la concavité du genou du facial, se portent en arrière et en dehors et vont se jeter dans le ganglion de Scarpa.

La constitution de ces rameaux anastomotiqucs et partant leur signification sont inconnues. Peut-être peut-on les considérer comme les reliquats de cette union intime que la portion sensible du facial présente avec l'auditif chez certains mammifères (rongeurs) et surtout chez les poissons osseux (Cannieu*).

2" Anastomoses avec le glosso-pharyngien. — Le facial présente avec le glosso-phar3aigien une anastomose directe et des anastomoses indirectes. L'anastomose directe est constituée par le rameau que nous avons décrit sous le nom de rameau anastomotique du glosso-pharyngien. Les anastomoses indirectes sont formées par l'union des grand et petit nerfs pétreux superficiels avec les grand et petit nerfs pétreux profonds, branches du nerf de Jacobson.

3° Anastomose avec le pneumogastrique. — L'anastomose avec le pneumogastrique constitue le rameau auriculaire du vague. Nous avons déjà indiqué (p. 849) ses variétés et sa suppléance possible par le rameau anastomotique de la 9'^ paire.

4" Anastomoses avec les nerfs cervicaux. — Le facial s'anastomose : a) par sa branche cervico-faciale avec la branche auriculaire du plexus cervical .superficiel ; — b) par les nerfs du peaucier avec la branche cervicale transverse du même plexus ; — c) par le rameau auriculaire postérieur avec la branche auriculaire du plexus cervical

G. Meckel

et avec le grand nerf sous-

N. vid

G.n.pét.sup

P.n.pét.sup

G. ot

Corde tymp N. Jacob Gloss. p

occipital.

5" Anastomoses avec le trijumeau. — Les anastomoses entre le facial et le trijumeau sont aussi multiples que variées. Le facial est uni à la 5*^ paire :

A) Par le grand et le petit nerf pétreux superficiels. Ces nerfs contiennent deux ordres de fibres.

a) Les unes vont du facial aux deux ganglions sphéno-palatin et otique, dépendances du sympathique céphaHque. Ce sont des éléments centrifuges qui viennent se terminer dans ces ganglions ; ils s'articulent

N. denl. N. lingu.

inf.

FiG. 487.

— Schéma des anastomoses du facial avec le trijumeau, le glosso-pharyngien et le pneumo-gastrique.

1-. Remarques sur le nerf intermédiaire de Wrisberg. Comptes rendus de l'Académie des sciences. 22 avril 1895,

là avec les neurones sécrétoires que contiennent ces derniers ; en d'autres termes, les libres du facial, après avoir subi dans ces ganglions une interruption cellulaire, vont innerver les glandes appartenant au territoire de ces deux ganglions sympathiques. Le trajet que suivent ces fibres pour aller du ganglion à la glande à laquelle ils sont destinés peut être très complexe. C'est ainsi que les libres sécrétoires de la glande lacrymale, après être arrivées au ganglion sphé-

no-palatin par le grand nerf pétreux superficiel, quittent ce ganglion par le nerf sphéno-palatin, passent dans le nerf maxillaire supérieur et arrivent à la glande lacrymale par l'anastomose orbito-lacrymale(Tribondeau, Laffay). De même les fibres sécrétoires de la parotide, fournies au ganglion otique par le petit nerf pétreux superficiel, passent du ganglion dans le tronc du nerf maxillaire inférieur et arrivent à la parotide par le nerf auriculo-temporal (Vulpian).

p) D'autres fibres, suivant un trajet inverse de celui des précédentes, vont du ganglion au facial. Elles apportent à ce dernier des fibres vaso-dilatatrices qui quittent ensuite le tronc de la 7*^ paire pour passer dans la corde du tympan (Joylet et LafTont). Ces fibres vaso-motrices sont elles-même lournies aux ganglions par la 5"= paire.

En somme les deux nerfs pétreux

superficiels sont de véritables rami

communicantes, unissant le facial

aux ganglions sphéno-palatin et

otique. Comme tels, nous les retrouverons en étudiant le sympathique cépha-

lique.

FiG. 488. — Plexus formés par les branches terminales du trijumeau et du facial (d'après Frohse).

En haut, le plexus sus-orbitaire ; en bas, le plexus mentonnier.

Cette conception du grand et du petit pétreux superficiels a cependant besoi/i d'une restriction, du moins pour le premier d'entre eux. Si l'on admet en effet, ce qui est d'ailleurs discuté (Rethi, Vulpian, Lermoyez), que le facial intervient dans l'innervation des muscles du voile du palais, on est amené à reconnaître par cela même que le grand nerf pétreux superficiel n'est pas exclusivement constitué par des fibres annexées au système du sympathiqne, c'est-à-dire par des fibres ayant subi ou allant subir dans un ganglion une interruption cellulaire; et il faut décrire aussi dans ce nerf des fibres qui "traversent le ganglion sans s'interrompre et gagnent directement les nerfs palatins. Ce point appelle d'ailleurs de nouvelles recherches. (Pour plus de détails, voy. Sympathique céphalique, p. 919, et les traités de physiologie).

B) Par la corde du tympan. — La corde du tympan est la plus importante des anastomoses unissant le facial et le trijumeau. Les fibres qui la constituent

NERFS CRANIENS. 857

vont les unes du facial au lingual, ce sont des fibres centrifuges ; les autres du lingual à la 7"^ paire, ce sont des fibres centripètes.

cl) Les fibres centrifuges sont des fibres vaso-motrices et sécrétoires. Celles-ci appartiennent en propre au facial. Celles-là sont apportées à ce nerf, comme nous venons de le voir, par les 2 nerfs pétreux superficiels; ces derniers les empruntent aux ganglions sphéno-palatin et otique qui les tiennent eux-mêmes du trijumeau. Fibres vaso-motrices et sécrétoires qui ont, comme on le voit, une origine bien distincte, vont aboutir aux deux tiers antérieurs de la muqueuse linguale et aux glandes sous-maxillaire et sublinguale'.

p) Les fibres centripètes sont des fibres de la sensibilité gustative. Venues de la muqueuse linguale, elles sont contenues successivement dans le lingual, la corde du tympan, le tronc du facial et se continuent finalement avec l'intermédiaire de Wrisberg (Lussana). Elles représentent avec ce dernier la portion sensitive du facial (Voy. Traités de physiologie).

C) Par r anastomose de la branche temporo-faciale avec V auriculo-ternporal. Cette anastomose a déjà été décrite. Sa signification n'est pas absolument connue. Elle est vraisemblablement formée par des fibres sensitives que le trijumeau envoie à la 7*-' paire.

D) Enfin le 5*^ et le 7*^ s'unissent encore par leurs rameaux terminaux. Les anastomoses périphériques sont multiples. En plusieurs points, les rameaux ultimes du trijumeau et dvi facial s'intriquent en constituant de véritables plexus. Citons plus particulièrement : le plexus sous-orbitaire, formé par la réunion des branches que le facial envoie aux élévateurs de la lèvre supérieure avec le nerf sous-orbitaire ; le plexus rnentonnier, formé par l'union du nerf mentonnier et des nerfs moteurs des abaisseurs de la lèvre inférieure ; le plexus buccal, qui résulte de la rencontre des filets terminaux du nerf buccal et des rameaux que le facial donne au buccinateur.

A vrai dire, cependant, il ne s'agit point là de véritables anastomoses ; il y a entrelacement, intrication, mais non échange de fibres. Frohse a même montré que par une dissection fine, on peut assez facilement, sauf peut-être au niveau du plexus buccal, séparer les filets du trijumeau de ceux du facial. Le schéma de la fig. 488, empruntée à cet auteur, montre bien que les rapports intimes entre les rameaux terminaux de la 5*^ et de la 7^ paire sont surtout des rapports de contiguïté.

Distribution générale. — Commme on le voit, le facial est un nerf mixte, moteur et sensltif. Il contient aussi un certain nombre de fibres appartenant au système du sympathique céphalique; ce sont les fibres qui, au lieu de se rendre directement à un muscle ou à une partie du tégument externe ou interne, vont aboutir à un des ganglions annexés ait sympathique céphalique ; nous reviendrons sur elles en étudiant ce dernier.

1 . Territoire moteur. — Nerf moteur, le facial se distribue aux muscles qui appartiennent embryologiquement à l'arc hyoïdien. Ces muscles peuvent être répartis en deux groupes. Le premier comprend : le stylo-hyoïdien, le ventre postérieur du digastrique^ le muscle de l'étrier, le péristaphylin interne et

1. Comme nous le Terrons plus loin (Voy. Sympathique céphalique) cette dualité d'origine des fibres sécrétoires et vaso-motrices de la corde, admisep ar Jolyet et Laffont, est contestée par Morat et Doyon.

2. Rappelons que le ventre antérieur du digastrique est une dépendance de l'arc mandibulaire et qu'il est, à ce litre, innervé par le masticateur.

l'azj^gos de la luette*; le deuxième est formé par les muscles peauciers delà tête et du cou. Les muscles du premier groupe représentent le territoire primitif du. facial; chez les vertébrés inférieurs, ces muscles ou leurs homologues forment seuls le territoire moteur de la 7" paire. Les muscles peauciers constituent le territoire secondaire de celle-ci; ils n'apparaissent que très tardivement au cours du développement phylogénique et ontogénique; ils

Ram. tarnp.

Ram. temp.

Int. W)'isb.

N. étrier.

Corde tymp.

Ram. an. glosso.

Ram. aur. vague

N. auric.posl.

N. dig.

R. lingual.

Br. cervicO'fac.

Ram. bucc. sup.

\ Ram. bucc. inf.

Ra^n. ment.

.R. cervic.

FiG. 489. — Schéma du facial.

Les branches terminales sont en noir plein, les Ijranchcs collatérales en grisé.

n'existent guère en effet que chez les mammifèi-es et surtout chez les primates; chez l'embryon humain, il n'y a encore pas trace de muscles peauciers de la face, au cours du deuxième mois de la vie intra-utérine aloi's qu'à cette époque les autres muscles de l'extrémité céphalique sont déjà nettement différenciés. En revanche, si ces muscles peauciers de la tête ne représentent, au point de

1. Il importe de remarquer que le mode d'innervation du péristaphylin interne et de l'azygos n'est pas encore absolument établi. Vulpian, Rethi et plus récemment Lermoyez, ont contesté toute intervention du facial dans l'innervation desmuselesdu voile; ils font jouer au pneumogastrique le rôle prépondérant. Anatomiquement, on comprend mal comment la 10° paire pourrait innerver les deux périsptahylins et l'azygos. A l'heure actuelle, on ne peut encore considérer laqiestion comme tranchée.

NERFS CRANIENS. 859

vue chronologique, que le territoire secondaire de la 1'^ paire, ils l'emportent de beaucoup en importance, au moins dans l'espèce humaine, sur les muscles du territoire primitif. Chez l'homme, le facial est avant tout le nerf de l'expression et de la mimique. (Voy. Ruge, Untersicchungenûber die Gesichtsmuskulatur der Primaten, Leipzig, 1887. Morph. Jahrb., Bd. H, 1886; ibid., Bd. 2, 1887.— Rabl, Anat. Anz., Bd. 2, 18^1 . —Fo^owsky, Morph. Jarhb., Bd. 23, 1895.)

2. Territoire sensitif. — Nerf sensitif, le facial a un territoire peu étendu. Il se borne à donner, par l'intermédiaire de la corde du tympan, la sensibilité gustative aux deux tiers antérieurs de la muqueuse linguale. Mais, si chez l'homme et les vertébrés supérieurs le domaine sensitif du facial est considérablement réduit, il n'en est pas de même chez les vertébrés inférieurs. Chez ceux-ci, le facial a un territoire sensitif qui égale et dépasse même en importance le territoire moteur. Chez certains animaux, comme le Pétromyzon, le facial serait même exclusivement sensitif (Furbringer).

• La 13' paire de Sapolini. — Nous avons vu plus haut que les fibres sensitives de la corde du tympan allaient aboutir à l'intermédiaire de Wrisberg. Récemment, Sapolini a proposé de considérer l'intermédiaire, le ganglion géniculé et la corde comme un tout autonome qui formerait une 13° paire crânienne. Cette manière de voir est passible de multiples objections. En premier lieu, la corde du tympan ne contient pas que des fibres sensitives; nous avons vu en effet qu'elle possédait aussi des fibres centrifuges vaso-motrices et sécrétoires, égales et peut-être même supérieures en nombre aux fibres gustatives. De plus, toutes les fibres de l'intermédiaire de Wrisberg ne passent pas par la corde, puisque Uis jun. a trouvé que le ganglion géniculé possédait sept fois plus de cellules nerveuses que la corde du tympan ne contient de fibres. Il faut donc admettre qu'une partie des fibres de l'intermédiaire aboutit à d'autres rameaux que la corde, comme les nerfs pétreux ou le rameau lingual. Comme on le voit, si, à la sortie du bulbe, il y a séparation complète entre le facial moteur et le facial sensitif, en revanche au delà du ganglion géniculé, il y a fusion intime de ces deux éléments de la 7° paire. Mais, alors même que la portion sensitive du facial serait facilement isolable de sa portion motrice, ce ne serait encore pas une raison suffisante pour lui donner la valeur d'une paire crânienne. Nous allons voir en effet, dans un instant, que le facial appartient au groupe des nerfs encéphaliques dorsaux; or, abstraction faite du spinal, qui n'est qu'un annexe du pneumogastrique, tous ces nerfs dorsaux sont des nerfs mixtes et il n'y a pas plus de raison d'isoler la portion sensitive du facial de sa portion motrice qu'il n'y en a pour accomplir une séparation analogue pour la o', la 9° et la 10"= paire.

Signification morphologique. — Le nerf facial appartient au groupe des nerfs encéphaliques dorsaux. Comme les autres nerfs dorsaux, trijumeau, glosso-pharyngien et vago-spinal, le facial présente les caractères suivants : 1" c'est un nerf mixte, sensitif et moteur; 2° ses hbres motrices se distribuent à des muscles dérivés du mésoderme latéral, c'est-à-dire à des muscles branchiaux ; 3" il naît de la colonne grise qui prolonge vers l'encéphale le groupe cellulaire antéro-externe des cornes antérieures de la moelle. Par contre, le facial a une émergence franchement ventrale, ce qui paraît anormal au premier abord. Mais nous avons vu que cette émergence ventrale apparaissait comme un phénomène secondaire et tardif au cours du développement phylogénique, qu'elle succédait à une émergence franchement latérale et qu'elle était liée à l'apparition et à l'extension de plus en plus considérable des lobes latéraux du cervelet. Nous avons vu aussi que cette transformation de l'émergence latérale primitive en émergence ventrale rendait compte d'une façon très satisfaisante du trajet complexe du facial à travers la protubérance (Voy. Généralités, p. 765, %. 410 et 411).

Huitième paire : NERF AUDITIF

Syn. : Nerf acoustu[ue, partie molle de la 1" paire.

Le nerf auditif, ou nerf de la 8'^ paire, se distribue au labyrinthe membraneux : c'est un nerf sensoriel.

Constitution. — Chez l'homme, comme d'ailleurs chez tous les vertébrés supérieurs, le nerf acoustique peut être considéré comme formé par la réunion de deux nerfs c[ui diffèrent par leur distribution périphérique, par leurs connexions centrales et très vraisemblablement par leur rôle physiologique : le nerf vestibulaire et le nerf cochléaire. Le premier se distribue au contenu membraneux du vestibule et des canaux semi-circulaires; le deuxième va innerver le limaçon. Chez les vertébrés inférieurs (poissons et amphibiens) qui ne possèdent qu'un limaçon rudimentaire, représenté seulement par une petite évagination du saccule, la lagena, le nerf vestibulaire constitue à lui seul la 8" paire.

Origine apparente. — Le nerf acoustique se détache du bulbe par deux

racines, l'une interne, l'autre externe, que sépare le pédoncule cérébelleux inférieur (Voy.

fig. 490).

a) La racine interne ou vestibulaire nait dans la fossette latérale du bulbe, immédiatement en dehors de l'intermédiaire de Wrisberg.

b) La racine externe ou cochléaire fait suite aux stries acoustiques et contourne la face externe du pédoncule cérébelleux inférieur pour venir s'accoler à la précédente au niveau du bord externe de ce pédoncule.

Trajet. — Du bord antérieur du pédoncule cérébelleux inférieur, le nerf acoustique, formé par la juxtaposition de ces deux racines, se porte en r, ■ , m ,ihaut, en dehors et en avant

..G. spiral (Cortt) '

vers le conduit auditif interne.

Origine et terminaison du nerf acoustique. Au fond de ce dernier, la racine Figure schématique. cochléaire et la racine vestibu-

laire se séparent de nouveau pour se distribuer, la première au limaçon, la deuxième au vestibule et aux canaux semi-circulaires.

A'', -post.

N. de Deilers

Tub. ac. lat.

N . vestlb-

Page 1