I. BRANCHES COLLATÉRALES INTRA-PÉTREUSES
Dans le conduit auditif interne, le facial émet plusieurs filets vasculaires qui se distribuent à l'artère auditive interne, un ftlet osseux qui pénètre avec une veinule dans l'épaisseur du rocher; ces rameaux ne méritent qu'une simple mention. Il donne aussi au nerf auditif deux filets anastomo tiques sur lesquels nous reviendrons plus loin (Voy. Anastomoses).
Dans le canal de Fallope, il fournit cinq branches beaucoup plus importantes, ce sont : le grand nerf pétreux superficiel, le petit nerf pétreux superficiel, le nerf du muscle de l'étrier, la corde du tympan et le rameau anastomotique du pneumogastrique.
\° Grand nerf pétreux superficiel (nervus pelrosus super ficialis major). — Le grand nerf pétreux superficiel se détache du genou du facial ; intimement uni au ganglion génlculé, il paraît naître du sommet de ce ganglion. Il se porte en avant et en dedans, parallèlement à l'axe de la pyramide pétreuse, à l'intérieur de laquelle il chemine dans un conduit spécial ; il débouche sur la
face endocrànienne antérieure du rocher par Tliiatus de Fallope; il reçoit à ce niveau le grand nerf pétreux profond qui, venu du nerf de Jacobson (Voy. Glosso-pharyngien) sort de la pyramide un peu au-dessous du grand nerf pétreux superficiel. Il se porte alors vers le trou déchiré antérieur, reçoit une nouvelle racine qui lui vient du plexus sympathique péricarotidien et finale-
G n pcir sup.
n. pclr. SU}).
?rrv^\± G. sphé.
■ paLal.
N. dent, inf.
N. glosso-pliaryng .
N. covdo tymp.
N. lingual.
FiG. 482. — Corde du tympan et nerfs pétreux superficiels (d'après Ilirsclifeld).
ment traverse la lame fibreuse qui obture le trou déchiré antérieur. Il prend à ce moment le nom de nerf vidien, parcourt d'arrière en avant le canal vidien et vient aboutir à l'extrémité postérieure du ganglion sphéno-palatin. [Pour la constitution de ce nerf, Voy. Anastomoses du facial (p. 855) et Sympathique céphalique (p. 919)].
2° Petit nerf pétreux superficiel {nervus jjetrosus superfîcialis minor). — Ce nerf naît du facial un peu en aval du précédent; il longe le ganglion géniculé, puis pénètre dans un canalicule osseux, parallèle à celui du grand nerf pétreux superficiel et débouche sur la face antérieure du rocher, un peu au-dessous et en dehors de l'hiatus de Fallope. Grossi à ce niveau par une branche du nerf de Jacobson, le petit nerf pétreux profond, il sort du crâne soit par la suture sphéno-pétreuse, soit par un petit orifice situé entre le trou ovale et le trou petit rond et va se jeter dans le ganglion otique. Il se comporte en somme vis-à-vis de ce ganglion comme le nerf précédent vis-à-vis du ganglion sphénopalatin.
Les anomalies de ce nerf et les discussions auxquelles n donné lieu la question de son existence seront indiquées lorsque nous étudierons le petit nerf pétreux profond (Voy. Glosso-
NERFS CRANIENS.
pharyngien, p. 870); pour sa consliliition fit sa signification piiysiologique, nous renvoyons au Sympathique céphalitiue (p. 921).
30 jverf du muscle de ïétrier {nervus stapedius). — Extrêmement grêle, ce nerf se détache, de la portion verticale ou mastoïdienne du facial. Il pénètre dans un canalicule qui le conduit à la partie moyenne du canal de la pyramide. Il se distribue au mviscle de l'étrier, logé dans ce canal (Voy. fig. 48.3).
4° Corde du tympan (chorda tynipani). — La corde du tympan est la plus volumineuse des branches intra-pétreuses du facial. La complexité de son trajet et son importance physiologique lui donnent un intérêt tout particulier.
La corde du tympan naît de la portion mastoïdienne du facial à 4 millimètres environ au-dessus du trou stylo-mastoïdien. Elle se porte en haut et en avant dans un canal particulier, le canal postérieur de la corde. Ce canal
G n peti supei f
P n pelv. sup.
Gang, génie.
N. mus. élrie) Corde lymp
N. auric. posl
A nui ic terri}!.
N lingual
N: dentt inf.
FiG. 483. — Corde du tympan (d'après riirschfeld).
l'amène dans la caisse du tympan. La corde débouche dans l'oreille moyenne par/un petit orifice, qui affecte la forme d'une fente verticale et qui est situé sur la paroi postérieure de la caisse, immédiatement en dehors de la base de la pyramide. — Dans la caisse du tympan la corde est appliquée contre la paroi externe de celle-ci ; décrivant une courbe régulière à concavité inférieure elle passe en dehors de la branche verticale de l'enclume, en dedans du manche du marteau qu'elle croise dans le voisinage de sa base, un peu au-dessus de l'insertion du muscle interne du marteau. La corde du tympan est en contact immédiat avec le marteau, et est appliquée sur lui par la muqueuse de la caisse qui la sépare de la cavité de l'oreille moyenne. — La corde sort de la caisse du tympan par un conduit spécial, le canal antérieur de la corde, situé au-dessus de la scissure de Glaser. Placée à ce niveau près de l'épine du sphénoïde, elle se porte en bas et en avant et pénètre dans l'espace sous-parotidien antérieur ; elle croise la face interne de l'auriculo-temporal et du dentaire inférieur et se. jette dans le lingual, qu'elle aborde à angle très aigu. La corde du tympan ne fournit point de collatérales. Elle reçoit un ou plu-
sieurs filets anastomotiques du ganglion otique (Voy. fig. 483). [Sur sa constitution, A^oy. Anastomoses, p. 857.]
50 Rameau sensitif du conduit auditif externe. — A .3 ou 4 millimètres au-dessus du trou stylo-mastoïdien, on voit se détacher un rameau assez grêle : c'est un rameau sensitif, destiné au conduit auditif externe ; il a été désigné sous les noms les plus divers. Rameau auriculaire du j^neumogastrique (Arnold), rameau anastomotique du pneumogastrique, rameau de la fosse jugulaire (Cruveilhier) : telles sont ses dénominations habituelles. Le nom que nous avons adopté et qui est à peu de chose près celui qu'a choisi Eisler ne préjuge en rien de l'origine d'ailleurs variable de ce filet nerveux et précise par contre sa distribution quasi immuable ; à ce double titre, il nous paraît un des mieux justifiés.
Ce filet s'applique au tronc du facial dont il émane ou plutôt dont il semble émaner et sort avec lui du crâne par le trou stylo-mastoïdien. Il se porte alors en dehors, contourne le bord antérieur de l'apophyse mastoïde à laquelle il est intimement appliqué; il se relève ensuite, devient vertical, croise la face externe de l'artère auriculaire postérieure et arrivée ainsi sur la face postérieure du
fibro- cartilage du
conduit auditif externe. Accompagné d'une artériole, il perfore lefibro-cartilage et se termine en se distribuant à la peau de la moitié postérieure du conduit auditif externe (Voy.
fig. 484).
Fac.
R. auric. posl.
R. sens. cond.
axid. ext.
Frohse, qui a donné du rameau sensitif du conduit auditif externe une excellente description, insiste sur ce point que le rameau auriculaire sort du rocher par le trou stylo-mastoïdien et gagne le conduit auditif interne par un trajet extra-pétreux. Jamais il ne l'a vu, en dépit des descriptions classiques , quitter le conduit stylomastoïdien par un canalicule qui l'amènerait entre l'apophyse mastoïde et le conduit auditif externe. Avant Frohse, Ruge* et P. Eisler- avaient décrit le trajet extra-crânien du rameau auriculaire chez certains anthropoïdes
Rameau sensitif du conduit auditif externe (d'après Frohse).
Le nerf facial gauche est vu par m face postérieure après ouverture du conduit stylo-mastoïdien. — Le pavillon de l'oreille est fortement récliné en avant.
1. RuGE. Ueber das peripherische Gebiet des Nervus facialis bei Wirbelthieren. Fclschr s. 70. Geburst.y. G. Gegenbaur, B. 3. p. 193-348.
2: EiSLER. Das Gefass-und peripher. Nervensystem des Gorilla, Halle, 1890. Tafeln II u. III.
NERFS CRANIENS.
et notamment le gorille. Au surplus l'étude du rameau auriculaire chez le fœtus ne saurait laisser aucun doute sur le trajet extra-pétreux de ce filet. Chez le fœtus en effet, la portion intra-pétreuse du facial a une étendue beaucoup moins considérable que chez l'adulte ; aussi le rameau auriculaire du vague nait-il nettement au-dessous du trou stylo-mastoïdien et l'existence du trajet transmastoïdien n'est même pas discutable.
En dépit des apparences le rameau sensitif du conduit auditif externe n'est pas une branche du faciaL Comme les anciens anatomistes l'avaient déjà depuis longtemps remarqué, c'est un filet qui, issu du pneumogastrique, s'accole pour un temps au facial dont il devient ainsi un pseudo-collatéral. Si l'on suit en effet avec attention le rameau auriculaire depuis sa périphérie jusqu'à son origine, on voit qu'après s'être appliqué un instant au tronc de la 7^ paire, il l'abandonne à environ 5 millimètres au-dessus du trou stylo-mastoïdien; il se porte ensuite directement en dedans et pénètre dans un canalicule qui le conduit dans la fosse jugulaire. Il passe alors en avant de la veine jugulaire et se termine en se jetant dans la 10*= paire, immédiatement au-dessous du ganglion jugulaire. Il faut donc regarder ce nerf, comme naissant de la 10'' paire, s'acco-
Typp I. Type II. Type III. Type IV.
FiG. 485. — Schéma des principales dispositions du rameau sensitif du conduit
auditif externe.
lant au facial et venant se distribuer au conduit auditif externe. C'est bien un
rameau auriculaire du pneumogastrique.
Il importe cependant d'apporter à cette formule quelques restrictions. Si le
rameau auriculaire vient ordinairement du pneumogastrique (type I), il n'en
«st pas toujours ainsi. Parfois 11 tire à la fois son origine du pneumogastrique
et du glosso-pharyngien (type II). Dans d'autres cas il provient du glosso-
pharyngien seulement (type III). Plus rarement enfin, il n'existe aucun filet
unissant la portion intra-pétreuse du facial avec la 10*= ou la 9'^ paire (Voigt,
Bischoff). Il faut alors admettre avec Frohse que les fibres destinées à l'inner-
■vation du conduit auditif externe arrivent au facial par le rameau anastomo-
tique avec le glosso-pharyngien (type IV), que nous décrirons dans un instant.
La figure 485 schématise ces différentes dispositions du rameau sensitif du
conduit auditif externe.
Variétés. — Le rameau auriculaire peut présenter des dispositions encore plus anormales. Arnold Ta vu naître du pneumogastrique à 4 millimètres au-dessous du ganglion jugulaire. Il l'a vu aussi se diviser en 4 branches dont 3 allaient s'anastomoser avec des branches collatérales du facial et dont la quatrième allait aboutir au pavillon de l'oreille. Zuckerkandl A également vu une partie des fibres du rameau auriculaire poursuivre leur route vers le territoire périphérique du facial.
Branches collatérales intra-pétreuses anormales. — 1° Rameau vasculaire de la portion pétreuse du facial. — Bidder et après lui Valentin ont décrit un filet très grêle qui se détache du facial un peu au delà du petit nerf pétreux superficiel et émerge par ua orifice spécial sur la face endocrânienne antérieure du rocher et va se jeter dans le plexus sympathique qui entoure l'artère méningée moyenne. Valentin donne à ce rameau le nom
de 3' nerf pétreux superficiel. Bock ne considère pas l'existence de ce filet comme absolument démontrée. On admet généralement aujourd'hui avec Rauber qu'il s'agit d'un rameau anormal.
2° Nerf de la fenêtre ovale. — Sous le nom de nerf de la fenêtre ovale (ramus ad foramen ovale), Valentin décrit un rameau qui se détache à 1 ou 2 millimètres en avant de la jonction de la portion tympanique et de la portion mastoïdienne du facial, pénètre dans la caisse du tympan et se distribue à la partie postérieure de la fenêtre ovale.
g II. BRANCHES COLLATÉRALES EXTRA-PÉTREUSES ' .
Les branches collatérales extra-pétreuses du facial sont au nombre de quatre : le rameau anastomotique du glosso-pharyngien, le rameau auriculaire postérieur, le rameau du digastrique et du stylo-hyoïdien et le rameau lingual.
1° Rameau anastomotique du glosso-pharyngien. — Ce rameau, toujours très grêle, naît ordinairement au-dessous du trou stylo-mastoïdien.. Il se porte en arrière et en dedans, contourne la face antérieure de la veine jugulaire interne qu'il embrasse dans sa concavité (anse de Haller), croise le pneumogastrique en passant en avant de lui et se termine en se jetant dans le ganglion d'Andersch.
Variétés. — Ce rameau peut naître du nerf du digastrique (Cruveilhier). Schvvalbe décrit même cette disposition comme la disposition normale. Nous avons vu que lorsqu'il n'y a pas d'anastomose intra-pétreuse entre le facial et le vague, c'est ce rameau qui apporte au facial les fibres destinées à l'innervation sensitive du conduit auditif externe.
2° Rameau auriculaire postérieur. — Le rameau auriculaire postérieur naît du facial à 3 ou 4 millimètres environ au-dessous du trou stylo-mastoïdien. D'abord caché sous la face profonde de l'apophyse mastoïde, il croise la face antérieure du ventre postérieur du digastrique et se porte vers le bord antérieur de l'apophyse. Au moment où il atteint ce bord, il croise l'artère auriculaire postérieure (Voy. fig. 484). Le plus souvent il passe en dedans de cette artère, plus rarement il présente une boutonnière dans laquelle elle s'engage^ (Friteau, Thèse, Paris 1896). Arrivé au niveau du bord antérieur de l'apophyse, le nerf le contourne immédiatement au-dessous de l'orifice cutané du conduit auditif externe. Il chemine alors, oblique en haut et en arrière, sur la face externe de l'apophyse mastoïde. Il s'anastomose à ce niveau avec la branche auriculaire du plexus cervical superficiel, puis se divise en 2 filets terminaux, l'un horizontal, l'autre ascendant.
a) Le rameau horizontal ou rameau occipital se dirige directement en arrière, croisant à angle très aigu la ligne occipitale supérieure. Il pénètre sousle muscle occipital auquel il se distribue. Ce rameau s'anastomose avec le grand nerf occipital d'Arnold.
b) Le rameau ascendant ou rameau auriculaire se porte verticalement en haut dans la gouttière qui sépare le pavillon de l'oreille du temporal. Il traversele muscle auriculaire postérieur auquel il abandonne 2 ou 3 filets, et vient se
. terminer dans le muscle auriculaire supérieur. Ce rameau auriculaire innerve également les deux muscles minuscules placés sur la face profonde du pavillon : le muscle transverse et le muscle oblique.
Valentin décrit aux deux rameaux du nerf auriculaire postérieur des filets
i. Je rappelle que le rameau auriculaire du vague qui suit à ce niveau un trajet parallèle à celui du rameau 1 auriculaire postérieur, croise la face superficielle de l'artère (voy. fig. 484).
NERFS CRANIENS. 851
cutanés. Nous verrons tout à l'heure, en étudiant les rapports des ramifications terminales du facial avec les ramifications voisines du trijumeau, ce qu'il faut penser des rameaux cutanés de la 1^ paire (Voy. Anastomoses^.
Variétés. — Le nerf auriculaire postérieur peut naître dans le canal stylo-mastoïdien.
— Il peut se détacher du facial par un tronc commun avec le rameau du stylo-hyoïdien et du digastrique. — Les deux rameaux du nerf auriculaire postérieur peuvent provenir isolement du facial (Schlemm).
3" Rameau du stylo-hyoïdien et du digastrique (Rarnus styloideus, Henle). — Ce rameau nait à un centimètre environ au-dessous du trou stylo-mastoïdien. Il se porte en arrière et en dehors et, après un trajet de 4 à 5 millimètres, se partage en deux filets, l'un antérieur, le nerf du stylo-hyoïdien, l'autre postérieur, le nerf du digastrique.
a) Le nerf du stylo-hyoïdien aborde ce muscle par sa face antérieure, tout près de son insertion stylienne et disparait dans son épaisseur.
b) Le nerf du digastrique se porte vers le ventre postérieur du digastrique qu'il pénètre au niveau de son tiers supérieur. Rappelons que le ventre antérieur de ce muscle est innervé par un filet du mylo-hyoïdien, branche du trijumeau.
Variétés. — Les nerfs du stylo-hyoïdien et du digastrique peuvent naître isolément du facial. Sappey, Cruveilhier, Testut..., etc., considèrent cette disposition comme normale.
— Friteauavu le nerf du stylo-hyoïdien envoyer un gros rameau anastomotique à la branche cervico-faciale du facial (Friteau, loc. cil. p. 20 et fig. 1). — Sabatier a signalé des filets du nerf du digastrique qui allaient s'anastomoser avec les branches du plexus cervical superfi ciel sur la face externe dusterno-cléido-mastoïdien. — Le rameau du digastrique peut s'anastomoser avec le pneumogastrique (Meckel) et le glosso-pharyngien (Cruveilhier).
4" Rameau lingual {Rameau des muscles stylo-glosse et glosso-staphylin, Cruveilhier). — Le rameau lingual naît du facial un peu au-dessous du nerf précédent. Il se porte en bas et en dedans, vers la base de la langue. Dans ce trajet, il croise d'abord la face interne des muscles stylo-glosse et stylo-pharyngien qui forment à ce niveau la paroi postérieure de la loge parotidienne. Il chemine ensuite le long du bord antérieur du second de ces muscles et arrive ainsi sur la paroi latérale du pharynx. Il s'insinue alors dans un interstice des fibres du constricteur supérieur, passe entre l'amygdale et le pilier antérieur du voile et se termine au niveau de la base de la langue par deux ordres de filets : 1" des filets musculaires pour le stylo-glosse et le palato-glosse ; 2" des filets muqueux pour la muqueuse qui tapisse le pilier antérieur et la portion voisine de la muqueuse linguale. Le rameau lingual s'anastomose habituellement avec le rameau que le glosso-pharyngien envoie au muscle stylopharyngien.