II. ~ NERFS MCHIDIENS
par A. SOULIÉ
A. Définition. — On appelle nerfs rachidiens ou spinaux les nerfs qui naissent de la moelle épinière. Cette origine se fait par deux ordres de fibres radiculaires : les unes antérieures ou ventrales, les autres postérieures ou dorsales, ces dernières sont en rapport avec des ganglions. Après un trajet de longueur variable à l'intérieur du sac durai, ces fibres se fusionnent en un tronc unique, et sortent du canal rachidien par les trous intervertébraux, pour aller se distribuer ensuite aux dilTérents territoires de l'organisme.
La symétrie bilatérale que présentent les nerfs racbidiens, jointe à l'existence constante d'un renflement ganglionnaire sur leur racine postérieure, permet de les considérer comme des nerfs segmentaires ayant conservé, d'une façon suffisamment nette, la trace de la métamérisation primitive qui a totalement disparu sur la moelle.
Au point de vue physiologique, ce sont des nerfs mixtes qui remplissent à la fois des fonctions motrices, sensitives et sécrétoires ; on sait, en effet, depuis Ch. Bell (1811), que les racines antérieures sont motrices, et que la sensibilité est localisée dans les racines postérieures.
B. Origine. — Les nerfs racbidiens, comme les nerfs crâniens, ont une origine réelle et une origine apparente.
1'^ Origine réelle. — L'origine réelle est double, puisque les nerfs spinaux possèdent deux ordres de fibres radiculaires. Les racines antérieures représentent les prolongements cylindraxiles des cellules des cornes antérieures de la moelle (neurones moteurs), tandis que les racines postérieures sont constituées par les cylindraxes des cellules du ganglion spinal (neurones sensitifs).
Toutefois il existe dans les racines antérieures quelques fibres sensitives provenant par récurrence des cellules du ganglion spinal ; elles sont la source de la sensibilité dite récurrente. De plus, on a constaté, dans les racines postérieures, des fibres à conduction centrifuge, c'est-à-dire ayant la valeur de fibres motrices. En effet, bien que pareille observation n'ait pas été faite chez l'homme, von Lenhossék et Ramon y Cajal ont constaté, chez le poulet, l'existence de cylindraxes, émanés des cellules situées dans la partie postérieure de la corne antérieure, qui, après avoir traversé toute la substance grise, sortent au milieu des racines postérieures, et pénètrent dans le tronc du nerf mixte. La disposition de leur prolongement cylindraxile fait considérer ces cellules comme de véritables neurones moteurs, et les expériences physiologiques tendent à démontrer que des fibres semblables existent chez le chien, et qu'elles constituent les nerfs vaso-dilatateurs du sympathique.
2" Origine apparente. — Les racines antérieures se détachent du sillon collatéral antérieur de la moelle, et les racines postérieures du sillon collatéral postérieur; mais il existe une différence essentielle dans la manière dont ces deux ordres de fibres naissent de l'axe médullaire. Les fibres radiculaires postérieures pénètrent dans la moelle par une série verticale et ininterrompue de 8 à 10 filets d'égale épaisseur, séparés les uns des autres par des intervalles régulièrement égaux, et de même valeur que ceux qui séparent les racines elles-mêmes. Les fibres radiculaires antérieures, au contraire, quittent la moelle par groupes de 2 à 3 radicules formés de 4 à 6 filaments secondaires, et se disposent en deux ou trois rangées verticales sur une étendue de 2 à .3 millimètres; l'intervalle compris entre deux racines antérieures est toujours nettement indiqué et sensiblement supérieur à celui qui sépare les divers filaments d'une même racine.
C. Étude comparative des racines. — Les racines des nerfs rachidiens, différenciées par leur mode d'origine et par leur fonction en racines antérieures ou motrices, et en racines postérieures ou sensitives, présentent encore une série de particularités anatomiques intéressantes à étudier.
1" Volume. — Les racines du côté droit et celles du côté gauche n'ont pas toujours le même volume, et il n'est pas rare d'observer entre elles une asyméti'ie notable, au double point de vue de l'origine et de l'épaisseur. A l'exception du premier nerf cervical, la racine postérieure l'emporte toujours comme diamètre sur la racine antérieure, en raison du nombre de filaments qui la composent et que nous savons déjà plus considérable pour la racine postérieui^e. Stilling a relevé ces différences de volume sur une femitie de 26 ans, et les a trouvées surtout accusées au niveau du renflement cervical et du renflement lombaire, où la surface de section mesurait de 35 à 36 millimètres carrés pour les racines antérieures, et de 54 à 57 millimètres carrés pour les racines postérieures. Au-dessus et au-dessous de ces renflements, les surfaces de section sont moins étendues et leur écart moins grand ; elles sont même sensiblement égales pour les deux racines dans la région dorsale. Les nerfs dont les fibres radiculaires possèdent la surface de section la plus considérable sont le 1'^ cervical et le 2*= sacré.
Blandin (1824) avait établi de la façon suivante le rapport des volumes entre les racines antérieures et les racines postérieures :