I. PIE-MÈRE SPINALE OU RACHIDIENNE
La pie-mère spinale enveloppe en fourreau la moelle épinière et épouse rigoureusement sa forme. Elle est beaucoup plus épaisse que sur le cerveau, elle est dense, résistante, demi-transparente ; isolée et détendue, elle est d'un blanc aacré. Quelquefois, à la région cervicale surtout, mais de préférence au bulbe, comme nous le dirons plus tard, elle prend une teinte ardoisée, produite par la pigmentation de sa couche profonde.
Elle contient la moelle qui la tend ; cette tension fait paraître la moelle plus consistante qu'elle n'est par elle-même, sans sa gaine, et elle est cause que surr une coupe transversale fraîche la substance nerveuse fait hernie. Bien qu'elle envoie dans la moelle de nombreux prolongements radiés, il n'y a cependant pas adhérence de tissu, autre que celle qui résulte de cette disposition mécanique ; on peut, sans déchirer ou entamer la surface de la moelle, enlever la pie-mère par grands lambeaux ou même la retrousser complètement, à la condition d'opérer sur une moelle très fraîche, ou sur une moelle de nouveau-né qui est plus ferme, ou sur une moelle qui a trempé dans l'alcool.
A la partie inférieure, la pie-mère entoure le fîlum terminale, prolongement atrophié de la moelle. Le filum comprend deux parties, une interne contenue dans le sac durai, une externe qui va de la dure-mère au coccyx. La pie-mère enveloppe le filament interne, intra-dural, et s'applique en haut sur la substance nerveuse que contient le filum; en bas, dans les deux tiers inférieurs environ, où il n'y a plus de moelle, sur le cordon cellulo-adipeux qui la remplace et qui renferme des nerfs et des vaisseaux (Voy. fig. 83). Il n'en est pas de même sur le filament externe, extra-dural par rapport à la cavité du sac. La gaine fibreuse qui le constitue et qui porte le nom de ligament coccygien est un prolongement de la dure-mère, du sommet de son cône étiré en tube mince ; elle contient des nerfs et des vaisseaux très fins qu'entoure une lame celluleuse. Cette lame est-elle une formation continue, qu'on puisse considérer comme la suite de la pie-mère supérieure ? c'est une question douteuse. La pie-mère spinale est composée de deux couches, externe et interne, que,
PIE-MERE. 121
depuis Retzius, on décrit de la façon suivante : 1° La couche externe ou superficielle, très variable chez les animaux, atteint chez l'homme son plus grand développement. Elle comprend : un plan de fibres conjonctives épaisses, serrées parallèlement, à direction longitudinale comme le grand axe de la moelle, et sur les deux faces de cette lame conjonctive un revêtement endothélial, l'un sur la face qui regarde l'espace sous-arachnoïdien, l'autre sur la surface qui confine à la couche interne. Cette couche est facilement séparable de la suivante, au moins chez le fœtus. — 2° La couche interne ou profonde mince, mais ferme, est Vintima pia de Retzius. Malgré sa grande minceur, on y distingue un plan central de fibres conjonctives rigides, à direction circulaire, qui ne sont pas exactement parallèles entre elles mais se coupent en réseau ; sur les deux faces de ce plan un réseau élastique, et sur la face périphérique de chacun de ces réseaux un endothélium. C'est entre le réseau élastique profond et la couche des fibres circulaires que s'intercalent quelquefois des cellules ramifiées pigmentées, qui donnent à certaines parties de la moelle et de l'encéphale une teinte enfumée. Ce pigment est très abondant chez certains animaux, le mouton notamment ; il n'est pas en rapport avec la couleur des cheveux.
On voit que les deux couches externe et interne de la pie-mère se regardent par une face endothéliale, et limitent un espace capillaire lymphatique, l'espace lymphatique de la pie- mère ou intra-pial. La face profonde ou médullaire de la couche interne, par conséquent de la pie-mère entière, est en rapport avec la mince couche marginale de névroglie qui entoure la moelle, et elle lui adhère, car sur la face interne de la pie-mère arrachée on retrouve souvent des lambeaux de névroglie. La grande majorité des observateurs n'admettent plus aujourd'hui qu'il y ait entre la pie-mère et le cerveau ou la moelle, ni la couche de très petites cellules que Fleisch a décrite autrefois à la surface de l'encéphale sous le nom de cuticuhnn, ni l'espace vide circulaire communiquant avec les fentes de la substance blanche, que His a appelé Y espace épispinal.
En résumé, la superposition des plans et des couches de la pie-mère est la suivante :
Tissu sous-arachnoidien.
C Endothélium.
Couche externe ) Couche conjonctive à fibres verticales.
( Endothélium.
Espace lymphatique.
Pie-mère. ■ . } ( Endothélium.
l Réseau élastique.
Couche interne j Couche conjonctive à fibres circulaires, (intima) ) — cellules pigmentaires.
/ Réseau élastique.
[^ Endothélium, Névroglie marginale.
Les vaisseaux sanguins de la pie-mère sont ceux de la moelle elle-même. Ils sont représentés par les artères radiculaires qui pénètrent avec les racines nerveuses antérieures et postérieures, et par les artères vertébrales que Ton peut assimiler à deux volumineuses radiculaires; il en est de même des veines qui montrent une disposition très analogue. Arrivés à la surface de la moelle ces vaisseaux, par leurs branches transversales et de nouvelles branches longitudinales qu'ils émettent, constituent le réseau anastomotique artériel et le plexus veineux de la pie-mère, tous deux beaucoup plus développés sur la face postérieure de la moelle.
[CHARPV.]
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Il faut noter les points suivants : 1° Le réseau sanguin spinal n'a ni la richesse ni les gros vaisseaux de la pie-mère cérébrale. Aussi dit-on généralement que la pie-mère spinale n'est pas une vraie membrane vasculaire, mais plutôt une gaine fibreuse de contention, un névrilemme. Kadyi, au contraire, qui a injecté un grand nombre de moelles, estime que la pie-mère rachidienne est proportionnellement aussi vasculaire que la pie-mère crânienne; si les vaisseaux sont moins nombreux et moins volumineux, c'est que la quantité de substance nerveuse à nourrir (environ un cm. carré par section) est bien inférieure à celle du cerveau. Nous ferons observer en outre que la surface extérieure de la moelle est de la substance blanche; or dans tous les centres nerveux les surfaces blanches, de faible activité physiologique, ont un faible réseau vasculaire, la nutrition des parties grises profondes étant assurée par des artères directes venues des troncs mêmes et non du réseau. C'est donc avec la pie-mère de la base du cerveau qu'il faut comparer celle de la moelle, et il est probable que leur vascularisation est relativement égale. — 2» Le réseau est contenu entre les deux couches de la pie-mère, entre la couche externe et la couche interne, par conséquent dans l'espace lymphatique intra-pial qui les sépare; c'est de là que partent les branches perforantes qui traversent la couche interne et s'engagent dans les fissures de la moelle. Les gros troncs sont comme au cerveau dans l'espace sous-arachnoïdien. Quant à l'artère spinale antérieure, logée à l'entrée du sillon médian, en dehors de la piemère qui s'invagine tout entière dans ce sillon, elle est fixée à la face externe de la piemère par une bandelette ligamenteuse qu'on voit sur toute la hauteur de la moelle, bien marquée surtout à la région lombaire (flg. 107). Cette bandelette me paraît être constituée par du tissu sous-arachnoïdien, car elle se prolonge sur les racines antérieures. La veine ou les veines médianes, plus profondes que l'artère, et primitivement extra-piales, se trouvent emprisonnées dans la méninge par la coalescence des deux feuillets. — 3° Le réseau vasculaire est uniquement artériel et veineux (Kadyi); il n'émet point de capillaires, ceux-ci ne se montrent que dans la moelle. La pie-mère se nourrirait donc par le liquide céphalo-rachidien et par le plasma qui exsude des vaisseaux du réseau; elle servirait de support au réservoir vasculaire de la moelle, mais comme elle ne possède pas de capillaires propres, elle pourrait au sens strict être considérée comme une membrane invasculaire, au même titre que l'arachnoïde et le tissu sous-arachnoïdien.'^
L'existence de véritables lymphatiques dans la pie-mère est très discutée. Mascagni, mais surtout Fohmann et Fr. Arnold ont injecté autrefois un riche système lymphatique montrant des troncs gros et petits qui encadrent des réseaux serrés; on en trouvera un dessin dans l'Anatomie de Krause. S'agit-il de lymphatiques réels, comme Poirier tend à le croire? ceux-ci appartiennent-ils à la pie-mère ou au tissu sous-arachnoïdien? ou bien faut-il admettre avec d'autres observateurs que l'injection a rempli uniquement les gaines périvasculaires, gaines d'ailleurs endothéliales et lymphatiques, qui s'ouvrent dans les espaces sous-arachnoïdiens?
Il y a des nerfs nombreux. La couche externe de la pie-mère renferme un riche plexus de fibres nerveuses dont les mailles sont allongées dans le sens de la moelle et contiennent des cellules ganglionnaires à leurs points nodaux; on le désigne quelquefois sous le nom de plexus de Purkinje. Les branches aflérentes lui viennent des plexus sympathiques qui entourent l'artère spinale antérieure et les artères radiculaires, peut-être aussi des racines postérieures. Ce plexus, qu'on peut suivre même sur le filum terminale, est très probablement formé de nerfs vasculaires, sympathiques ou spinaux; Retzius a vu les fibres qui s'en détachent perdre leur gaine de myéline et s'accoler aux vaisseaux. — Existe-il aussi des nerfs sensitifs propres pour la pie-mère? Aronson aurait suivi des nerfs émanés directement de la moelle, et allant se terminer dans la pie-mère par des corpuscules analogues à ceux de Meissner; Retzius indique des filets qui se perdent dans le tissu conjonctif. De toute manière la question des nerfs de la pie-mère reste très confuse, et on ne doit pas oublier que plusieurs des faits signalés n'ont été observés que sur des animaux.
La pie-mère émet par ses deux faces des prolongements, les uns externes, les autres internes, qui l'unissent aux tissus voisins.
Les prolongements externes sont représentés d'abord par les ligaments dentelés que nous allons décrire, puis par des cloisons tendues entre sa face externe et l'arachnoïde, cloisons que l'on considère maintenant comme formées plutôt par le tissu sous-arachnoïdien et que nous étudierons avec lui, enfin par de fines lamelles qui s'engagent dans les racines nerveuses, ainsi que nous le verrons quand nous parlerons des rapports des nerfs avec les méninees.
PIE-MERE
Cloison post. Espace sous-arachn.
Les prolongements internes sont en revanche très nombreux; nous les décrirons en détail avec la charpente conjonctive de la moelle. Nous verrons alors que sur toute la périphérie de la moelle, par toutes ses fissures et ses sillons, s'engagent des lamelles de pie-mère qui se disposent en cloisons radiées, que ces lamelles pénètrent par des entonnoirs de la surface conduisant aux fissures, et qu'elles contiennent les vaisseaux médullaires auxquels elles fournissent une tunique adventice. Ces prolongements sont constitués par la couche interne, l'intima pia; mais il s'y joint aussi des fibres et des lamelles de la couche externe, qui s'enfoncent dans les parties évasées des sillons.
Il faut mettre à part le prolongement du sillon médian antérieur. Ce n'est pas un prolongement vrai ; c'est un reploiement, une invagination de la piemère tout entière dans un intervalle naturel, dû au t3rpe morphologique de la moelle et non à la pénétration de vaisseaux dans une masse pleine. Plus tard il est vrai, et même dès l'enfance, les deux pies-mères droite et gauche du sillon se soudent en un seul feuillet qui donne l'aspect d'une cloison ordinaire ; la distinction originelle n'en est pas moins fondamentale.
La dure-mère en bleu; la pie-mère en rouge, recouverte par le tissu sousarachnoïdien. La face antérieure de la moelle regarde en bas.
Ligaments dentelés. — Les ligaments dentelés sont deux bandes fibreuses festonnées, étendues de chaque côté de la moelle et sur toute sa longueur, entre la piemère et la dure-mère. Ils sont placés dans le plan frontal ; ils ont donc une face antérieure et une face postérieure, un bord interne et un bord externe. Ils divisent la cavité cylindrique que circonscrit la dure-mère en deux demicylindres communicants, l'un antérieur, l'autre postérieur.
Le bord interne ou adhérent est rectibgne et mince; il s'attache à la couche externe de la pie-mère, qui présente en ce point son maximum de densité et d'épaisseur ; la ligne d'insertion correspond à la face latérale de la moelle, au cordon latéral qui se trouve ainsi divisé topographiquement en deux moitiés, entre les racines antérieures et postérieures. Le bord externe ou libre est épais et festonné ; il est découpé en une série de dents dont le sommet seul se fixe à la dure-mère, tandis que les arcades intermédiaires sont libres de toute adhérence. La face antérieure est en rapport avec les racines antérieures et leurs vaisseaux; la face postérieure, avec les racines postérieures et leurs vaisseaux, au cou avec les racines du spinal. Chaque dent ou feston,
Racine 2)0sl.
Cav. s.-durale ' (arachn.)
Lig. dentelé
- Arach. ^oariét.
Arach. vise.
Duve^nère
Arachnoïde rachidienne, vue sur une coupe transversale.
[CHARPV.]
Uk
NEVROLOGIE.
Dure-mère