PLEXUS CERVICAL
Définition. — Le plexus cervical est constitué par les branches antérieures des quatre premiers nerfs cervicaux; il est le plus simple de tous. En effet, chacune de ces branches, au niveau des apophyses transverses des vertèbres correspondantes, se divise en deux rameaux, l'un ascendant, l'autre descendant qui s'unissent avec des rameaux similaires de la branche voisine pour former des anses dites anses cervicales, et c'est l'ensemble des trois premières qui a reçu le nom de plexus cervical. La branche antérieure du premier nerf cervical se distingue des autres en ce qu'elle n'a pas de rameau ascendant.
Branches constituantes, leurs rapports. — Comme les branches constituantes du plexus cervical, et en particulier les deux premières, affectent des rapports différents, il importe de donner une description spéciale de chacune d'elles.
!■■« Branche antérieure. — Nous avons vu (page 948) que le premier nerf cervical sort du canal rachidien par le môme orifice que l'artère vertébrale, audessous et un peu en arrière de ce vaisseau. Le nerf se place alors dans la gouttière de l'atlas et se divise en deux branches, l'une postérieure qui croise la vertébrale en passant au-dessus d'elle, l'autre antérieure qui contourne l'apophyse articulaire supérieure de l'atlas, en cheminant dans une rainure creusée à sa base. La branche antérieure arrive ainsi en avant de l'apophyse transverse correspondante, et apparaît dans la région prévertébrale entre le
petit droit antérieur en dedans, et le droit latéral en dehors. Dans ce parcours, elle est accolée à la courbe horizontale de l'artère vertébrale située en dehors d'elle, et elle ne l'abandonne qu'au niveau du trou transversaire. Sur son trajet, la première branche antérieure émet quelques filets très grêles destinés à l'articulation occipito-atloïdienne, et aux parois de l'artère et des veines vertébrales. Parvenue à la face antérieure de l'apophyse transverse de l'atlas, elle se coude à angle droit, donne quelques filets aux muscles voisins, et s'unit, avec le rameau ascendant de la 2'- branche cervicale, en une arcade dont la concavité regarde en arrière et un peu en dehors. Comme cette anse anastomotique embrasse l'apophyse transverse de l'atlas, on la désigne fréquemment sous le nom d'anse de V atlas.
2^ Branche antérieure. — Celle-ci se sépare de la branche postérieure au niveau du bord inférieur du grand oblique de la nuque, et se dirige en dehors, puis en avant, en décrivant un arc de cercle dont la concavité embrasse la courbe verticale de l'artère vertébrale (V^oy. fig. 540). Dans cette partie de son parcours, elle repose sur l'apophyse transverse de l'axis et répond par son côté externe au l'^'' muscle intertransversaire postérieur. Le rameau anastomotique ascendant qu'elle envoie à la 1'^ branche cervicale, croise la face antérieure de l'artère vertébrale, et le rameau descendant s'unit avec le rameau ascendant de la 3*= cervicale, en avant de l'apophyse transverse de l'axis. Cette dernière anse est connue sous le nom d'anse de l'axis.
3^ et 4"^ Branches antérieures. — A partir de la 3° cervicale, les branches antérieures présentent une disposition et des rapports identiques. Elles se séparent des branches postérieures au niveau du trou de conjugaison et se placent dans la gouttière creusée à la face supérieure des apophyses transverses. Elles sont alors comprises entre les muscles intertransversaires antérieur et postérieur qu'elles innervent, et l'artère vertébrale, au moment où elle sort du trou transversaire, passe immédiatement en avant d'elles.
En règle générale, le diamètre des quatre premières branches antérieures augmente graduellement de la l'^ à la ¥. Les anses anastomotiques qu'elles forment, ou anses cervicales, portent, à compter de la troisième, le numéro d'ordre de la vertèbre dont elles embrassent l'apophyse transverse.
Situation et rapports du plexus cervical. — Les trois arcades nerveuses (anses de l'atlas, de l'axis et de la 3'^ cervicale) dont l'ensemble constitue le plexus cervical, sont situées dans la région profonde du cou, en avant des apophyses transverses des trois premières vertèbres cervicales. L'anse de l'atlas est un peu plus externe que les deux autres, car les rameaux qui la forment viennent de la région profonde de la nuque et, de plus, l'apophyse transverse de l'atlas dépasse en dehors celles des vertèbres suivantes. Au point où elles apparaissent, les branches cervicales antérieures et leurs anses d'union sont comprises, de haut en bas, entre les muscles grand droit, long du cou et les origines du scalène antérieur en dedans, et les faisceaux supérieurs d'insertion du splénius de l'angulaire et du scalène moyen en dehors. L'aponévrose prévertébrale, après avoir engaîné le muscle long du cou et les fibres supérieures du scalène antérieur, et avant de se fixer aux tubercules apophysaires, envoie sur les anses cervicales de fortes lames conjonctives qui les maintiennent soli-
NERFS RACHIDIENS. S63
dément dans leur position. Les anses cervicales sont longées en dedans par le paquet vasculo-nerveux du cou et recouvertes par les ganglions lymphatiques accolés au bord externe de la jugulaire interne. L'anse de l'atlas et la moitié supérieure de celle de l'axis se trouvent à la hauteur du ganglion cervical supérieur du sympathique; elles répondent en dedans à ce ganglion, à l'origine de la veine jugulaire interne, et aux nerfs crâniens (glosso-pharyngien, spinal et hypoglosse) qui contournent cette veine peu après sa sortie du trou, déchiré postérieur. Le plexus cervical est séparé des organes voisins par du tissu cellulaire lâche contenant de nombreux pelotons adipeux. Superficiellement, il correspond à la moitié supérieure du bord postérieur du sterno-mastoïdien, contre lequel apparaissent toutes les branches cutanées.
Origine et distribution des nerfs du plexus cervicaL — Les
nerfs du plexus cervical se détachent soit directement des branches antérieures cervicales, soit des anses anastomotiques qui unissent ces branches. On trouvera plus loin, résumée sous forme de tableaux, la disposition la plus fréquente de ces nerfs en ce qui concerne leur origine et leur constitution radiculaire. Au point de vue descriptif, nous les diviserons en : a) branches superficielles ou cutanées dont l'ensemble est encore désigné sous le nom de plexus cervical superficiel, et en : h) branches profondes qui par leur réunion constituent le plexus cervical profond.
A. — BRANCHES SUPERFICIELLES OU CUTANEES DU PLEXUS CERVICAL, PLEXUS CERVICAL SUPERFICIEL
Les branches du plexus cervical superficiel sont toutes de nature sensitive ; elles ont, comme territoire principal de distribution, la peau de la surface antéro-latérale du cou, qu'elles débordent en haut et en bas. En haut, elles envoient des rameaux en avant de l'oreille, sur tout le revêtement cutané du pavillon, et dans la région mastoïdienne; en bas, elles se répandent sur la partie antéro-externe du moignon de l'épaule, et sur la face antérieure de la poitrine où elles peuvent descendre parfois jusqu'au niveau de la 4*^ côte.
On décrit, en général, au plexus cervical superficiel quatre branches. Ce sont, de haut en bas :
1° La branche mastoïdienne;
2° La branche auriculaire;
3" La branche cervicale transverse ;
4" La branche sus-claviculaire, désignée parfois sous le nom de nerfs susclaviculaires.
Quelques auteurs (Sappey, Testut) distinguent une branche sus-claviculaire et une branche sus-acromiale, et comptent ainsi cinq branches au plexus cervical superficiel. Il est préférable, croyons-nous, de maintenir l'ancienne division de Cruveilhier qui est plus rationnelle, et qui correspond à celle adoptée par les classiques étrangers. En effet, si l'on n'envisage que la distribution périphérique des branches superficielles, on doit compter en outre une branche sus-sternale ; mais si l'on tient compte uniquement de leur mode d'origine,
ce qui est beaucoup plus important, il faut reconnaître que, dans la grande majorité des cas, les branches sus-claviculaire, sus-acromiale et sus-sternale naissent d'un tronc commun, que l'on peut alors dénommer branche sus-claviculaire comme Cruveilhier, ou nerfs sus-claviculaires comme Quain, Henle et Schwalbe. Les branches superficielles pourraient d'ailleurs être réunies en deux groupes principaux, le premier formé par les branches mastoïdienne, auriculaire et cervicale transverse qui tirent leur origine de la 3'^ branche antérieure ou quelquefois de l'anse de l'axis, et le second constitué par la branche sus-claviculaire qui naît de la ¥ cervicale. Les nerfs de la première catégorie apparaissent sous le bord postérieur du sterno-mastoïdien contre lequel ils se i^éfléchissent tous, soit en haut, soit en avant, tandis que les autres se montrent dans le triangle sus-claviculaire entre le bord postérieur du sterno-mastoïdien et le bord antérieur du trapèze. Tous les filets terminaux du plexus cervical superficiel, avant de devenir sous-cutanés, traversent l'aponévrose cervicale superficielle en passant dans de petites boutonnières fibreuses nettement limitées ; avec eux se trouvent de fines artérioles et quelques veinules appartenant au système vasculaire du tégument externe, et constituant une voie collatérale importante, d'après Zuckerkandl.
1" BRANCHE MASTOÏDIENNE
Syn. : Branche occipitale externe, Cruveilhier; nerf petit occipital, Anat. Nom.
Origine. — L'origine de cette branche paraît assez variable; d'après les classiques français (Cruveilhier, Sappey, etc.), elle naît presque toujours de la 2'= cervicale ; suivant Luschka et Henle, elle se détache au contraire de la 3" ; enfin pour Schwalbe elle provient, en règle générale, de l'anse de l'axis. C'est, en effet, cette dernière disposition que nous avons le plus souvent observée.
Situation et rapports. — La branche mastoïdienne chemine d'abord horizontalement de dedans en dehors sous le sterno-mastoïdien, puis, lorsqu'elle atteint le bord postérieur de ce muscle, elle change brusquement de direction, décrit une anse dont la concavité regarde en haut et un peu en avant, et monte vers l'apophyse mastoïde, recouverte par l'aponévrose cervicale superficielle. Les rapports qu'elle affecte avec les organes voisins dans cette dernière partie de son trajet sont un peu différents suivant les sujets. En général, elle s'applique sur le splénius, et gagne, parallèlement au bord postérieur du sterno-mastoïdien et dans la gaîne de ce muscle, la région mastoïdienne.. Là, elle passe devant les fibres d'insertion du sterno-mastoïdien à la ligne courbe occipitale supérieure, au niveau de laquelle elle se divise en deux rameaux. Dans certains cas, elle perfore la gaîne du sterno-mastoïdien, à des hauteurs variables suivant les individus, devient superficielle et donne presque aussitôt ses filets terminaux. D'autres fois, elle est très postérieure et va s'appliquer sur le trapèze ; sa disposition est alors particulièrement intéressante, car elle chemine, en décrivant de nombreuses sinuosités, dans une sorte de canal fibreux creusé dans l'aponévrose de ce muscle, et elle peut en imposer au premier abord pour une artère. Ces flexuosités reconnaissent la même cause que les anses ou les trajets en spirale que présentent fréquemment les branches ascendantes du plexus cervical superficiel; elles sont évidemment destinées à éviter aux
nerfs des tiraillements dans les mouvements brusques d'extension ou de flexion de la tête. La branche mastoïdienne donne presque constamment, au niveau de son anse, quelques filets nerveux qui vont s'anastomoser avec la lîranche externe du spinal, peu après que cette dernière a traversé le sternomastoïdien.
Distribution. — Nous avons vu qu'en général la branche mastoïdienne se divise au voisinage de l'apophyse mastoïde. Des deux rameaux qu'elle donne.
Trap
R.sus-acr
FiG. 544. — Plexus cervical superficiel. — D'après Hirsclifeld.
l'un, l'antérieur, s'unit à la branche auriculaire, tandis que l'autre, le postérieur, s'anastomose avec les filets terminaux du grand nerf occipital, dont les dimensions varient en raison inverse de celles du rameau postérieur de la branche mastoïdienne. Les ramifications terminales de cette dernière se distribuent à toute la région occipitale latérale et atteignent en avant le sillon rétro-auriculaire, tandis qu'en haut, Cruveilhier a pu suivre certains ramuscules très fins jusque vers la partie antérieure du pariétal. Yalentin et quelques autres anatomistes prétendent avoir disséqué des filets de la branche inastoïdienne qui se rendaient dans les muscles occipital et auriculaire postérieur, mais il ne faut voir là que des fibres nerveuses en relation avec l'exercice
du sens musculaire. L'innervation de ces deux muscles appartient, en effet, au rameau auriculaire postérieur du facial.