VARIÉTÉS ET ANOMALIES DU PLEXUS LOMBAIRE
1" Grand nerf abdomino-génital. — Nous rappellerons que la branche génitale considérée comme constante par les classiques français depuis Bichat, est une exception pour Valentin, Quain, Henle, etc. Henle signale l'existence d'un nerf spécial pour le transverse, qui chemine sous le péritoine, et s'enfonce dans ce muscle près de ses insertions à la crête iliaque. — Très rarement, le grand abdomino-génital provient (en totalité ou en partie) du 12^ intercostal. — Les deux nerfs abdomino-génitaux dérivent quelquefois d'un tronc unique; cette disposition est regardée comme la règle par Schvvalbe qui désigne ce tronc sous le nom de nerf lombo-inguinal. — D'après les statistiques de la Société anatomique de Grande-Bretagne et d'Irlande (Thomson, 1891), il existait deux fois, sur 7 cas observés, une branche d'union entre le 12° nerf intercostal et le l'^'' lombaire. Dans 13 cas, le grand nerf abdomino-génital était suppléé en partie par le rameau abdominal du 12'= intercostal. Dans un cas, un filet de la branche abdominale innervait le muscle pyramidal, et dans un autre cette branche abdominale envoyait un rameau au petit psoas.
2" Petit nerf abdomino-génital. — Ce nerf peut donner sur la crête iliaque un petit rameau qui se distribue à la peau recouvrant l'épine antéro-supérieure; il représente la perforante latérale des intercostaux. — Griffin a vu la branche génitale du génito-crural, et plus rarement le fémoro-cutané remplacer dans une partie de son trajet le petit abdominogénital. — Dans certains cas, le rameau génital fournit un filet au canal déférent (Henlej. — Voigt a observé un rameau qui passait sur l'arcade crurale, descendait à la partie antérieure de la cuisse sur une longueur de 14 centimètres, embrassait la veine saphène interne par sa partie profonde, et décrivait un arc à concavité supérieure pour venir finalement s'épuiser dans les téguments du mont de Vénus. — Dans deux cas, le petit abdominogénital manquait, et était remplacé une fois par le 12° nerf intercostal, une autre fois par le génito-crural. Sur deux sujets il suppléait le grand abdomino-génital qui faisait défaut. (Statis. de la Soc. Anat. de Londres.)
3° Nerf génito-crural. — La branche génitale peut se détacher isolément du l" nerf lombaire. — La division de la branche crurale en deux rameaux est décrite comme la règle par Valentin. Le rameau interne suit le trajet de la branche génitale proprement dite; quant au rameau externe, il va s'anastomoser vers l'épine iliaque antéro-supérieure avec le fémoro-cutané. — Il est évident que certaines fibres du 2° nerf lombaire, destinées au fémorocutané, peuvent emprunter le parcours du génito-crural qui fournit alors par sa branche crurale le rameau fessier du fémoro-cutané (cas de Cruveilhier et de Sappey). Ce rameau fessier passe sous le fémoro-cutané au niveau de l'arcade crurale, sort en dehors de lui, et, après avoir contourné le tenseur du fascia lata, va se distribuer à la peau. — D'autre part, le génitocrural peut contenir des fibres du nerf crural, et fournir les rameaux cutanés antérieurs de la cuisse jusqu'au genou (Schmidt, Langenbeck. etc.). — Enfin, la branche crurale renferme des fibres du 1" nerf lombaire destinées au petit abdomino-génital (Schwalbe) ; elle présente alors un rameau externe qui répond à la branche crurale proprement dite et un rameau interne qui passe sous l'arcade fémorale, la contourne, et se perd vers la région de l'orifice inguinal externe, dans les muscles et dans les téguments. D'après Henle, on rencontre assez souvent un filet de la branche crurale qui pénètre dans le canal inguinal où il s'unit a la
hranche génitale; dans un cas analogue, nous avons vu ce filet rester distinct jusqu'à la peau de la grande lèvre dans laquelle il se terminait. — Luschka a rencontré à plusieurs reprises de fines fibres arcilbrmes unissant le génito-crural aux rameaux des abdominogénitaux qui sortent par roriOce externe du canal inguinal.
i" Nerf fémoro-cutané. — Dans un cas de Schmidt, le fémoro-cutané donnait un rameau à l'artère crurale. Sur 33 observations du même auteur, il était deux fois fusionné avec le nerf crural dont il se séparait au-dessous de l'arcade fémorale. — Griffin l'a vu manquer une fois ; il était alors remplacé par le génito-crural. — Testut a observé une suppléance partielle du nerf faite par le grand abdomino-génital pour la branche fessière, et par le génito-crural pour la branche fémorale.
5° Nerf crural. — A. Tronc et branches collatérales. — 1» Variétés d'origine. Dans les formes hautes du plexus, le crural peut recevoir des fibres du 12'= dorsal; dans les formes basses, de la 5' lombaire; dans chacun de ces cas la racine opposée est très grêle. — 2° Variétés de rapport. Dans un cas de Dubreuil, le crural passait entre l'artère et la veine fémorales. — 3° Variétés de distribution. Valentin a signalé un nerf « fémoral cutané antérieur et externe propre » qui naît du crural dans la fosse iliaque, sort du bassin sous l'extrémité externe de l'arcade crurale, et va s'anastomoser avec la branche fessière du fémoro-cutané avec laquelle il se distribue à la peau de la fesse. — Henle a vu quelques filets nerveux se détacher du crural à l'intérieur du bassin pour aller s'unir aux lllets cutanés que ce nerf fournit à la cuisse. — D'après Luschka, le crural donne un petit rameau au tenseur dufascia lata. Nous avons vu, dans un cas, ce rameau quitter le crural un peu avant sa division, croiser la face antérieure du psoas, puis passer entre le droit antérieur et le couturier sous le fémoro-cutané, et aboutir au bord antérieur du tenseur du fascia lata,
B. Branches terminales. — La plupart des branches cutanées peuvent provenir d'un tronc unique qui naît assez haut dans le bassin. — Le crural peut fournir le fémorocutané. — Accessoire du saphène interne. Nous avons vu, dans un cas, ce rameau nerveux, issu d'une des branches profondes du crural, longer les vaisseaux en dehors, et rester sous le couturier jusqu'à l'orifice supérieur du canal de Hunter; là, au lieu de pénétrer dans ce canal il se dirigeait en dehors, pour aller se distribuer à la peau du genou entre les filets terminaux du 1" et du 2= perforant. — Valentin a décrit une anse nerveuse, formée par les nerfs cutanés de la cuisse issus du crural, et située en avant de la rotule. De cette anse, se détachent en dedans, et surtout en dehors, de fins filets dont les ramifications ultimes viennent constituer des plexus, dits plexus rotuliens superficiels. Ces plexus sont très nets à la partie inférieure de la rotule et sur les côtés de l'articulation du genou. — Musculo-cutané interne. Le nerf du pectine provient souvent de ce nerf (Arnold). — A. Thomson a vu une branche du musculo-cutané interne s'unir avec la branche superficielle de l'obturateur en un plexus qui donnait les nerfs des adducteurs. — Saphène interne. H. Meyer a observé un sujet sur lequel ce nerf s'arrêtait au genou, et était suppléé à la jambe par un rameau du sciatique poplité interne. — La branche rotulienne provenait dans un cas du rameau du vaste interne {Guy's Hosp. Report). — Le saphène interne fournit quelquefois le collatéral interne du gros orteil (Longet, etc.). — Hyrtl a vu le saphène interne accompagner l'artère fémorale dans le creux poplité, puis revenir entre le vaste interne et le grand adducteur qu'il perforait pour reprendre sa place ordinaire.
6° Nerf obturateur. — Le nombre des variations présentées par le nerf obturateur est considérable, et il est souvent difficile dans son mode de division et de distribution de reconnaître la disposition qui répond à la normale; aussi avons-nous été obligé de signaler les variantes principales au cours de la description du nerf. Ajoutons quelques particularités très rares. — C. Krause, à la suite de Valentin, décrit un rameau pour l'obturateur interne. Sans croire à une erreur d'observation de la part de ces auteurs, nous insisterons sur ce fait qu'un pareil rameau est exceptionnel." — D'après Henle, le rameau anastomotique avec le saphène interne donnerait des filets qui se porteraient sur les artères fémorale et poplitée. — llepburn a vu le nerf obturateur traverser le canal de Hunter, devenir sous-cutané après avoir croisé l'artère fémorale, puis le bord postérieur du couturier, et se distribuer à la peau de la région supéro-interne du mollet. — Enfin, Eisler a signalé, dans quelques cas, l'existence de filets périostiques pour le pubis nés du nerf obturateur au voisinage de la gouttière sous-pubienne.