III. Méthodes pathologiques
1" Méthode des dégénérations.
2' Méthode des atrophies.
[ClIARPV.]
NEVROLOOIE.
cL se prêle à loulos les recherches histologique
Pat't. deg.
Part. dég.
\" Anatomie humaine. — Pour éliulicr le cerveau au point de vue macroscopique, on peut le faire tremper <laus les solutions qui servent pour la conservation des sujets : acide l)liénique, horate de soude, à 23 pour 1000; le récipient doit contenir deux ou trois litres de licpiide. Aujourd'hui on se sert plus volontiers du formol en soluli(m aqueuse à 5 ou 10 pour 100. Après une première immersion de 24 heures, on enlève les membranes. Replongé dans le même liquide, le cerveau est parfaitement durci au bout d'une ou deux semaines,
On peut le conserver dès lors indéfiniment dans le formol à 3 pour 100, dans une solution d'acide boriijue (Hetzius) ou dans l'alcool (Waldeyer). (Gerota. Du formol dans la technique anatomique. Internai.
Monntschr., 1890.)
L'histologie emploie les coupes en séries et les colorations électives.
Les coupes en séries ont été inaugurées par Stilling pour la moelle (18.j9) ; grâce au perfectionnement des microtomes, elles sont devenues applicables au cerveau luimême.
Les principaux procédés de coloration élective sont ceux de Golgi, de Weigert et d'Ehrlich. 1" Procédé de Golgi, au chromate d'argent. Les pièces sont durcies d'abord dans un mélange de bichromate de potasse et d'acide osmique, puis traitées par le nitrate d'argent* 11 se fait un précipité de chromate d'argent qui se dépose dans les cellules nerveuses et dans les fibres. Les cellules et leurs prolongements sont colorés en noir. Ce procédé ne s'applique qu'aux éléments dépourvus de gaine de myéline, par conséquent chez l'adulte aux corps cellulaires, aux fibres sympathiques et à quelques terminaisons nerveuses libres; il est employé surtout chez l'embryon ou le nouveau-né, au moment où les gaines de myéline ne sont pas encore formées. (Van Gehuchten, t. I, 3° édition, p. 200.) — 2° Procédé de Weigert, modifié par Pal, à l'hématoxyline. 11 consiste à colorer les pièces, préalablement durcies par le bichromate de potasse, à l'aide d'une solution d'hématoxyline qui se fixe uniquement sur la myéline des fibres et leur donne une teinte bleu violet. Comme il s'adresse aux fibres myélinées et par suite aux tissus adultes, il complète heureusement le procédé de Golgi. — 3° Procédé d'Ehrlich, au bleu de méthylène. « En 1880, Ehrlich a découvert ce fait important que l'injection intra-veineuse d'une solution de bleu de méthylène, chez un animal vivant, détermine la coloration exclusive des éléments nerveux en bleu, dès que les tissus ainsi injectés arrivent au contact de l'air. La même coloration s'obtient lorsqu'on laisse des tissus enlevés à un animal fraîchement tué s'imbiber quelque temps dans la môme solution. (Van Geiiuchtex, ibid., p. 209).» Cette coloration très fugitive peut être fixée par le molybdate d'ainmonia(iue.
2" Anatomie comparée ou méthode de Meynert. — C'est grâce à ses lumières que Gratiolet a pu aborder l'étude des circonvolutions et Broca celle de l'appareil olfactif si rétrogradé chez nous. C'est à elle surtout qu'ont eu recours Moynert et Edinger. On lui doit encore la signification des renflements de la moelle, la distinction de plusieurs faisceaux, et la découverte inattendue de la nature de la glande pinéale, œil atrophié, conservé encore à l'état plus ou moins imparfait chez les vertébrés inférieurs.
3° Méthode embryologique ou de Flechsig. — .lusqu'au milieu du cinquième mois embryonnaire, les centres nerveux sont formés uniquement de substance grise. A ce
FiG. 103. — Schémas de dégénération.
Dégénérations ascendante à gauche, descendante à droite, de fibres nerveuses séparées de leurs cellules d'origine. — La partie dégénérée est en noir.
MOELLE EPI>'IERE.
moment la substance blanche commence ù se montrer; elle consiste, comme on le sait, en gaines de mjéline qui enveloppent les prolongements nerveux jusque-là nus. Il est probable que la gaine se constitue quand ces prolongements ont achevé leur croissance et .établi leurs connexions anatomiques.
Flechsig a montré, en 1870, que la formation des gaines de myéline ou myél initiation est systématique et régulière. Chaque faisceau de fibres se transforme en substance blanciie, c'est-à-dire se myélinise, à une époque déterminée, toujours la même, et en outre: toutes les fibres nerveuses qui ont la même origine et la même terminaison, par suite les mêmes connexions auatoini(iues et physiologiques, prennent à la même époque leur gaine de myéline. Bechterew et Edinger ont obtenu de cette méthode d'importanls résultats.
(Van Gehuchtex, /. c. p. 371 et .374. — Bechterew. Les voies de conduction, 1000, p. 3.)
4" Méthode physiologique. — Autant l'expérimentation physiologique, en procédant par excitation ou par section, a rendu de services dans le débrouillement des nerfs périphériques, autant elle est restée longtemps impuissante quand elle s'est adressée aux centres nerveux. On lui doit pourtant une grande découverte. Hitzig, en parvenant à exciter l'écorce cérébrale (1877), généralisait la découverte de Broca, et révélait dans l'écorce cérébrale, en apparence homogène, des territoires distincts, des centres de mouvements et de sensations, où aboutissent les nerfs des organes périphériques.
5° Méthode des dégénérations. — La dégénération ou dégénérescence est la transformation régressive que subit une fibre nerveuse, ou un faisceau de fibres, à la suite d'une lésion interrompant sa continuité. Elle est wallérienne ou rétrograde.
1° Dégénération wallérienne. — Comme l'a montré le physiologiste Waller, elle frappe le bout périphérique d'une fibre nerveuse sectionnée; elle est cellulifuge ou centrifuge. Elle s'explique par la relation nutritive qui unit le nerf et sa cellule; celle-ci étant le centre trophique de ses prolongements, la libre qui en émane sera frappée de mort si on l'en sépare, comme une branche qui ne tient plus au tronc. La gaine de myéline se désagrège en boules et en granulations. La dégénération est dite ascendante, uuaud elle se produit au-dessus du point lésé, c'est-à-dire vers le cerveau par rapport à la moelle, vers l'écorce cérébrale pour le cerveau lui-même; descendante, quand elle évolue au-dessous de la lésion. Elle est pathologique ou expérimentale. — On la décèle par deux procédés : dans les cas anciens, par la coloration de Weigert, à l'hématoxyline, qui colorant en violet les gaines de myéline donne dans les parties dégénérées et par suite sans myéline une image négative en clair; dans les cas récents par le procédé de Marchi. Celui-ci consiste à traiter les pièces par un mélange d'acide osmique et de bichromate de potasse. L'acide osmique colore en noir intense les granulations produites par la désagrégation de la myéline. Cette réaction est très sensible, mais ne peut s'appliquer qu'aux lésions qui ne remontent pas au delà de deux ou trois mois.
2" Dégénération rétrograde. — Contrairement à la précédente, elle est cellulipète ou centripète, c'est-à-dire qu'elle atteint le bout central, celui qui est encore en continuité avec sa cellule d'origine. Elle ne se montre que tardivement, de préférence chez les sujets jeunes, et elle est toujours beaucoup moins marquée que la dégénérescence wallérienne.
C'est Gudden qui a observé le premier que tout nerf sectionné dégénère dans les deux sens, centripète et périphérique, mais beaucoup plus tardivement et d'une manière bien plus atténuée dans le bout qui reste continu avec la cellule d'où il émane. Ainsi s'expliquent les dégénérations ascendantes dans lés moignons d'amputation, dans le faisceau pyramidal atteint à la moelle d'une lésion transverse. Cette régression atrophique finit par envahir la cellule nerveuse elle-même, et probablement aussi les neurones contigus ({ui forment avec cette cellule un couple ou une chaîne. Ces faits s'expliquent, non par une action trophique directe, comme dans la dégénération wallérienne, mais par l'inactivité fonctionnelle.
(Voy. Durante. La dégénérescence rétrograde. Thèse de Paris. 1893).
0° Méthode des atrophies expérimentales ou de Gudden. — On savait qu«, lorsqu'un organe périphérique est depuis longtemps détruit ou supprimé, la partie des centres
FiG. lOG.
Atrophie, suite d'amputation.
Moelle lomb. dans un cas d'amput. de la cuisse gauche remontant à 20 ans. Les parties dégénérées sont en blanc. Remarquer dans la moitié gauche (droite du dessin) l'atrophie totale de la moelle et l'étendue do la dégénér. dans le cordon poster. — r D'après Marie.
160 NÉVROLOGIE.
norveux, où aboutissent les nerfs de cet organe, finit par s'atrophier; on peut donc de la localisation de l'atrophie conclure à la terminaison centrale des nerfs périphériques. C'est ainsi que dès 183o Panizza, étudiant des sujets atteints d'anophtalmie congénitale ou morts longioinps après avoir perdu un œil, avait, d'après le trajet de l'atrophie ascendante, reconstitué en partie le trajet des fibres optiques et indiqué leur terminaison dans le lobe occipital. C'est ainsi encore qu'une partie de la moelle épinière s'atrophie chez les anciens amputés (%. 100), et que certains de ses faisceaux ne se développent pas chez les sujets atteints d'anencéphalie. Gudden (1870) a transporté ces faits dans le domaine expérimental. Le type de sa méthode consiste dans l'observation des arrêts de développement consécutifs à l'énucléation de l'œil chez de jeunes animaux; mais il l'a étendue à d'autres organes ou même à des portions de centres nerveux. De nombreux expérimentateurs l'ont suivi dans cette voie; on a enlevé des portions de l'écorce, des lobes entiers du cerveau, le cervelet, etc.
On peut rapprocher de cette méthode l'étude des malformations congénitales du névraxe par arrêt de développement.