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CHAPITRE PREMIER MORPHOLOGIE DE LA MOELLE

Définition. — La moelle épinière est la partie des centres nerveux qui occupe le canal rachidien. Le mot moelle, dérivé de mots grec et latin semblables, provient d'une ancienne comparaison avec la moelle des os, comparaison assez grossière contre laquelle Hippocrate avait déjà protesté; épinière est synonyme de rachidienne, le mot épine vertébrale étant lui-même synonyme de colonne vertébrale. A un point de vue très général, la moelle de l'homme et des vertébrés est caractérisée moins par son inclusion dans le canal des vertèbres, que par sa situation sur la face postérieure ou dorsale du tube digestif. Chez tous les invertébrés, les tuniciers exceptés, la moelle est ventrale, c'est-à-dire placée en avant du tube digestif; chez les tuniciers, l'amphioxus et chez tous les vertébrés, elle est dorsale, en arrière ou au-dessus du canal alimentaire ; la colonne vertébrale n'est qu'une formation secondaire interposée entre ces deux organes , servant d'abord et essentiellement de soutien à la moelle et plus tard d'attache au tube digestif.

Dimensions et poids de la moelle. — La moelle mesurée du collet du bulbe au sommet du cône terminal a une longueur de 4.3 cm.; elle est de 45 chez l'homme, de 41 chez la femme. Il y a donc entre les deux sexes une différence dans la longueur absolue, mais la longueur relative, c'est-à-dire rapportée à la taille totale, est la même. Il en est de même pour le poids. — La largeur moyenne est de 1 cm. — Le poids de 28 gr.

Sappey trouve 45 cm. comme longueur moyenne de huit hommes adultes. — Ravenel : 44 cm. 8, moyenne de onze sujets adultes du sexe masculin, avec écarts de 39 à 48 cm, ; et 41 cm. 3, moyenne de onze sujets du sexe féminin, avec écarts de 37 à 40 cm. — Lûderitz : 40 cm. sur deux femmes. — Pfîtzner : 40 cm. 8, moyenne de six hommes, avec variations de 44 à 50 cm. — Fest, sur 24 sujets : 45 cm. chez l'homme, 44 chez la femme; variation de 40 à 50 cm. — Les moelles que j'ai mesurées allaient de 38 à 40 cm.

Le nouveau-né a une moelle longue de 15 cm. proportionnellement beaucoup plus longue que celle de l'adulte (30 p. 0/0 de la longueur du corps au heu de 20 p. 0/0). —Voici maintenant quelques chiffres recueillis par divers observateurs. Longueur de la moelle : Fœtus de huit mois, 12 cm. — Nouveau-né, 15 à 16 cm. — Garçon de trois mois : 17; d'un an et demi : 21,2 ; de deux ans : 24,5; de cinq ans : 30. — Fille de neuf ans : 28 cm.

La largeur de la moelle est en moyenne d'un centimètre si l'on se contente d'un chiffre

MORPHOLOGIE DE LA MOELLE

approximatif. Mais la moelle n'est pas un cylindre réguHer, même dans sa porlion dorsale qui est la plus arrondie, et de plus elle présente deux renilements, cervical et lombaire. Le renflement cervical a un diamètre antéro-postérieur de 9 mm., un diamètre transversal de 13 à 14 ; le renflement lombaire, un D. antéro-postérieur de 9 mm., un D. transversal de 12 (11 à 1-3); le segment intermédiaire aux deux renflements, un D. antéro-postérieur de 8 mm., un D. transverse de 10.

Le poids moyen de la moelle épinière est de 28 grammes.

Sappey a trouvé sur huit sujets masculins de vingt-cinq à soixante ans, pour la moelle

MM- r'iomb.

Cône ter.

Gangl.

Rac.ant.

Dure-mbre

I il. 1er.

N. coccy.

FiG. 107. — La moelle épinière; divisée en trois segments. A, B, C.

La moelle est vue par sa face antérieure, avec toutes les racines des nerfs rachidiens; la dure-mère ouverte et écartée, la pie-mère en place sur la moelle.

dépouillée de ses racines, la moyenne de 27 gr. avec variations de 25 ù 30 ; Krause, 34 gr. et jusqu'à 38; Bischoff, chez l'homme 46 gr. avec les racines et 28 sans les racines; Baistrocchi, chez six hommes adultes, 28 gr. 7. Ces chiffres recueillis dans trois pays différents sont tout à fait semblables. Les écarts paraissent compris entre 22 et 31, mais on a signalé aussi des poids exceptionnels de 42 et au delà, dans lequels la congestion entrait peut-être pour une certaine part. A la naissance, la moelle pèse de 3 à 4 gr.; et de six à huit ans, de 13 à 16 grammes.

Les variations sexuelles paraissent être dans les limites qu'on observe pour les autres organes. Bischolf indique 28 gr. pour l'homme et 26,4 pour la femme; Baistrocchi, 28 gr. 7

POmiER ET CIIARPY. — III. 11

[CHARPV.]

NEVROLOGIE.

iïlas

pour rhomnic (moyenne de G adultes) et 26 pour la femme (moyenne de 12 sujets). La moelle échappe presque complètement à l'atrophie sénile, et cette remarque s'applique également ù son poids spécitique. Ainsi dans les relevés de Fauteur italien, je trouve que pour neuf vieillards de soixante à quatre-vingt-trois ans, le poids moyen est resté identique, 28 gr. 7, le même aussi pour des individualités de soixante-dix-huit ans et au delà ; et chez la femme (six sujets de soixante à qiuitre-vingt-deux ans) 2o gr. 2.

Le poids de la moelle, rapporté à celui de l'encéphale, va toujours en diminuant à mesure qu'on suit la série ascendante des vertébrés, et atteint chez l'homme son minimum, ainsi

que l'avait déjà fait observer Sœmmering. Il surpasse le poids de l'encéphale chez les Poissons, le surpasse encore ou l'égale chez les Amphibiens, n'en représente plus que les 20 centièmes chez les .Mammifères, au moins chez les animaux domestiques observés, et tombe aux 2 centièmes chez l'homme et chez la femme. Il ne faut pas conclure de là que l'homme a une moelle très petite, mais qu'il a un énorme cerveau.

Ce chifl're est encore inférieur chez l'enfant. Danielbekof (Ueber dus Gewicht..., St-Pétersbourg, 1883) a obtenu sur cent garçons et cent filles âgés d'environ un mois le poids moyen suivant : garçons, .3 gT. 9; filles, 3 gr. 8, qui rapporté au poids de leur encéphale donne à peine un centième (0,9). Mies trouve également le rapport de 1/1 13.

Relativement au poids du corps, la moelle de l'homme est une des plus petites, parmi les mammifères, 1 : 1850, d'après Mies, alors (lue chez nos animaux domestiques, ce rapport est compris entre 1 : 300 et 1 : 1000.

On a dit encore que le volume de la moelle est en rapport non pas avec la masse du corps, mais avec son activité vitale et plus spécialement avec la capacité sensitive des parties qu'elle anime (Gratiolet). Les chifïres précédents, et notamment le fait que le poids relatif au corps diminue à mesure que l'animal grandit, contredisent cette proposition. En résumé la seule relation à peu près établie pour le moment, c'est que la moelle dépend avant tout du cerveau, et qu'elle diminue, qu'elle s'etrace à mesure que celui-ci prend la prédominance dans les centres nerveux.

(V^oy. : Nervensystem par Ziehen, dans le Hcmdbuch de von Bardeleben, 1899. Un grand nombre de chiffres y sont rassemblés.)

Poids spécifique. — W. Krause et Fischer ont trouvé comme poids spécifique de la substance blanche chez un homme de 48 ans : 1,0244, et chez une femme de 67 ans : 1,0219; comme poids sp. de la substance grise chez une femme de 46 ans : 1,0382.

Baistrocchi a étudié la densité de moelles, entières, dépouillées de leurs racines et des

Dure-mère

dorsale

- Rapports de la moelle (partie supérieure); d'après Braune.

Coupe antéro-postérieure de la moelle et du canal rachidien sur un sujet congelé.

MORPHOLOGIE DE LA MOELLE

vaisseaux de la pie-mère. Les recherches faites sur 43 sujets, à l'aide de la balance hydrostatique, ont donné les résultats suivants :

La moelle de l'homme est plus dense que celle de la femme, 1,038 contre 1,034. Relativement à l'âge, le poids spécifique est à son maximum chez le fœtus (1,090 au troisième mois fœtal; 1,078 au huitième mois), il diminue chez l'enfant, et de l'enfance à l'extrême vieillesse il se maintient à peu près au même niveau.

(W. Krause et Fischer. Neue Bestimmungen des specifischen Gewichts... Zeitschrift fiir rationelL Medicin, 1866. — Bais- TRoccHi. Del peso speciJico...jRi^isto sperim. cli freniatria, 1884).

Consistance. — La moelle enveloppée par la pie-mère offre une certaine consistance ; elle est plus ferme que le cerveau et le cervelet. Chaussier prétend que, d'après ses nombreuses autopsies, cette consistance est un peu moindre chez la femme et qu'elle diminue de l'enfance à la vieillesse.

La moelle de l'enfant paraît en effet plus ferme que celle de l'adulte. Le ramollissement cadavérique se produit plus tardivement que sur le cer veau; il est probable que l'écorce blanche de la moelle la protège momentanément contre l'action des liquides extérieurs. Ce ramollissement est une diffluence générale de l'organe, qui conserve sa couleur normale.

Cône médul

Filam. int.

iT dorsale

lombaire

lomb.

Pi oin.

coccyg.

FiG. 109. — Rapports de la moelle (partie inférieure).

Coupe antéro-postérieure du canal rachidien lombaire et du canal sacré. Cône et filum terminale. La dure-mère en bleu.

Couleur. — La couleur de la moelle est d'un blanc mat et opaque. Les taches ardoisées qu'on voit quelquefois à

sa surface, chez les vieillards surtout, sont dues à une pigmentation de la piemère.

Situation et Rapports. — La moelle occupe le canal rachidien, qui lui sert de gaine protectrice et qu'on voit apparaître dans la série animale en même temps qu'apparaît la moelle; mais ni chez l'homme, ni chez un grand nombre d'animaux, la moelle ne remplit la totalité du canal. Elle s'arrête vers le haut de la région lombaire, et tout le reste du canal qui se poursuit jusqu'au coccyx est occupé par le filum terminale, vestige atrophié de la moelle embryonnaire, et par un gros faisceau de nerfs, la queue de cheval.

Elle remplit dans le sens de la longueur les 60 centièmes du canal (56 à

IQii

NEVROLOGIE.

03) chez l'adulte, les 68 centièmes chez le nouveau-né; pas tout à fait les deux tiers. Sa limite supérieure, marquée par le collet du bulhe, est le trou occipital; plus exactement elle correspond à l'espace qui sépare l'atlas de l'occipital, au'niveau du bord supérieur de l'atlas; cette limite est fixe. Sa limite inférieure, indiquée par le sommet du cùne, offre moins de constance; dans la majorité des cas, elle correspond au corps de la deuxième vertèbre lombaire, de sorte qu'un instrument passant entre la première et la deuxième lombaire a les plus grandes chances, ainsi que l'ont montré les expériences de Longet et de Cruveilhier, de traverser la moelle, en général vers la base du cône terminal. Nous avons vu que l'enveloppe filireuse de la dure-mère, le sac durai, se termine beaucoup plus bas, au niveau de la deuxième vertèbre sacrée.

Ainsi des quatre portions de la cavité rachidienne, la moelle n'en occupe que

,■' Apophy. épineuse

Espace épi-dural

. Dicre-niére

,Espace souc-arackn.

Gangl. rachid.

Racine antci

FiG. 110. — Rapports de la moelle.

Coupe transversale passant par une vertèbre cervicale, au niveau du trou de conjugaison.

deux : la portion cervicale et la portion thoracique; la portion lombaire en grande partie et la portion sacrée ne contiennent que des nerfs périphériques.

Les différentes parties de la moelle présentent les rapports suivants. Le serinent supérieur correspond aux deux premières vertèbres cervicales. Le renflement cervical qui contient les nerfs du membre supérieur et le nerf phrénique va de la troisième cervicale à la deuxième dorsale et atteint son maximum de développement au niveau de la sixième. Le segment intermédiaire aux deux renflements s'étend de la deuxiè;Tie à la neuvième ou dixième dorsale. Le renflement lombaire, source des nerfs du membre inférieur, commence à la hauteur de la neuvième ou dixième dorsale, présente son maximum vers la douzième et se termine fÀ-ec la moelle à la deuxième lombaire.

Les relations de la moelle et du canal vertébral dans le plan transversal donnent lieu aux remarques suivantes : 1° Le canal forme un étui osseux complet, malgré la multiplicité de ses pièces, car les lames et les apophyses épineuses se recouvrent partiellement dans la station debout, et Ton ne peut pénétrer dans leurs interstices que dans la flexion du tronc en avant. — 2° La cavité épouse la forme de la moelle en coupe horizontale. Elle est comme elle à peu près circulaire à la région dorsale, triangulaire à angles mousses, à base ti'ansversale tournée en avant, dans les régions cervicale et lombaire; mais elle ne se moule pas exactement sur elle dans son profll longitudinal. Il n'y a pas de dilatation fusiforme correspondant aux deux renflements; la cavité osseuse est seulement plus large à la région cervicale et à la région lombaire, disposition que l'anatomie comparée montre comme étant

MORPHOLOGIE DE LA MOELLE

en rapport avec la mobilité plus ou moins grande des divers segments de la colonne vertébrale. Les parties les plus mobiles ont la cavité la plus large pour ne pas blesser les organes nerveux qu'elles contiennent. Ainsi à la région cervicale inférieure, où la colonne est capable de mouvements étendus, la moelle n'occupe que les deux quarts internes ou si l'on aime mieux la moitié centrale du canal rachidien, tandis qu'à la région dorsale à peu près rigide elle en remplit les deux tiers. — 3° La moelle ne remplit pas plus le canal osseux dans le sens de la largeur que dans le sens de la longueur. Elle en occupe suivant les points considérés les deux tiers ou la moitié, en mesurant les diamètres et non l'aire du cercle. La surface externe de la moelle est séparée de la paroi osseuse qui lui fait face par un espace de 3 à 6 mm. Elle peut ainsi échapper dans une certaine limite à la compression par des tumeurs, des fractures, des courbures pathologiques. La paroi osseuse est tapissée par des surtouts ligamenteux ou des rubans élastiques ; le fourreau fibreux de la durè-mère ne lui est pas étroitement appliqué, car en plusieurs points des plexus veineux, abondants surtout vers les trous de conjugaison, et des graisses fluides l'en séparent. La moelle à son tour n'est pas en contact immédiat avec la dure-mère, elle en est isolée par le tissu spongieux sous-arachnoïdien imprégné d'un liquide dans lequel l'organe nerveux est immergé. L'espace entre la dure-mère et la paroi osseuse est l'espace épidural, celui qui s'étend entre la moelle et la dure-mère que double l'arachnoïde est l'espace sous-arachnoïdien.

Ascension apparente de la moelle. — Au premier mois de la vie embryonnaire, la moelle occupe la totalité du canal rachidien, y compris les vertèbres coccygiennes. Il en est ainsi jusqu'à la fin du troisième mois; la moelle et la colonne se sont accrues semblablement, ou à peu près, car la moelle n'atteint plus que la base du coccyx; les racines nerveuses naissent sur la moelle à des hauteurs ég-ales et sortent à angle droit par le trou de conjugaison correspondant, ce qui ne se voit plus chez l'adulte que pour les trois premières paires cervicales, 11 n'y a pas de queue de cheval.

Dès le quatrième mois, la croissance de la moelle et celle de la colonne ne sont plus parallèles. Les portions cervicales du contenant et du contenu marchent encore d'un pas égal, mais la colonne s'accroît beaucoup "plus que la moelle dans ses parties dorsale et lombaire; de 8 cm. de longueur totale elle arrive à 28 à un an, soit une croissance de 20 cm., alors que la moelle de 7 cm. atteint 21, soit 14 cm. d'accroissement. De ces changements de rapports, il résulte : l"que l'extrémité infârieurede la moelle se trouve à un niveau de plus en plus élevé; au sixième mois fœtal, elle atteint à peine encore le sacrum et je l'ai vue plusieurs fois à la ({uatrième lombgiire; elle -semble donc remonter dans le canal, c'est ce qu'on appelle Vascension <^f la moelle : il vaut mieux dire ascension appareille] — 2" que les racines deviennent de plus en plus longues et de plus en plus obliques, au point que les dernières sacrées sont presque verticales et parallèles à la moelle; le rassemblement de ces paires nerveuses au-dessous de la moelle constitue la queue de cheval; — 3° que la moelle en remontant étire son attache coccygienne. Cette attache comprend le mince tube médullaire primitif et les méninges qui l'entourent. L'étirement des enveloppes produit le filament externe ou durai, ainsi que la partie piemérienne du filament interne; l'étirement du tube médullaire, le filament interne nerveux qui dans sa partie supérieure prend un certain développement, mais ne tarde pas à s'atrophier et à disparaître, au moins chez l'homme, dans sa partie extra-durale. Le fil terminal est donc une formation nerveuse avortée; il en est de même du cône terminal que nous avons considéré comme la partie coccygienne ou l'phe/ J-a moelle occupe tout le canal

, , , , I, sacre. (D après Kœlliker.)

caudale de la moelle. '

Le nouveau-né nous présente déjà un état à peu près définitif. La moelle finit à la deuxième lombaire (Pfltzner, Sherrington), plus rarement à la troisième. Les racines nerveuses sont plus obliques même que celles de l'adulte. La longueur du fllum total est de 6 à 7 cm., dont 2o à 30 mm. pour le segment externe qui n'a déjà plus rien de nerveux. Le cul-de-sac est à la deuxième vertèbre sacrée; s'il a subi une ascension beaucoup moindre que la moelle, c'est sans doute en raison de ses adhérences latérales avec le périoste du canal ; d'ailleurs il conserve toujours son attache coccygienne.

Chez VaduUe, il existe certaines variations dans la terminaison de la moelle; elles ne sont

Cerv. moij.

Ce'fvclet

Bulbe

Ranfl. cerv.

' Renfl. loiiib.

- Moelle embryonnaire.

Embryon de 3 mois, grandeur nalu-

[CHARPy.]

166 NÉVROLOGIE.

pas sans iiUrrèt à connaître pour rinlcrprétalion des blessnies de la région lombaire et les précautions à prendre dans une intervention cliirurgicale. Keuffel, cité par Cruveilliier, a vu chez un sujet la moelle descendre ù la troisième lombaire, et chez un autre s'arrêter à la onzième dorsale. Les cas où elle s'arrête à la première lombaire sont assez fréquents. Pfitzncr sur dix-sept sujets a vu le sommet du cône correspondre treize fois au premier trou de conjugaison lombaire, et quatre fois au second. — Outre les différences individuelles, il y a peut-être des diiïérence de races, car Fest, qui a étudié la question sur des sujets russes, assigne une limite un peu plus élevée, le milieu du corps ou le bord inférieur de la première lombaire, dans le sexe masculin. — La femme, ù ce point de vue, paraît se rapprocher de l'enfant, quelques auteurs ayant trouvé que sa moelle descend un peu plus bas que chez riiomuîe, d'une demi-vertèbre environ.

(Pkitznkr. 3'Iorphol. Jahrb., 1884. — Fest. Jahresber. de Schwalbe, 1875, p. 178.)

Fixité et mobilité de la moelle. — La moelle n'a pas de contact immédiat avec sa gaine fibreuse, mais elle n'est pas pour cela flottante dans le liquide céphalo-rachidien qui lui sert de lymphe extérieure et remplit le vide périmédullaire. Elle est fixée dans le sens longitudinal, en haut par sa continuation avec le hulhe, en bas par les nerfs lombaires et sacrés, adhérents euxmêmes à la dure-mère; et dans le sens transversal, par de fines cloisons qui vont de sa face externe à la face interne de la dure-mère, surtout par les ligaments dentelés tendus entre les racines antérieures et postérieures. La duremère à son tour est attachée au périoste du canal et au névrilemme des nerfs périphériques par des prolongements qui la maintiennent tendue et la défendent contre les tractions périphériques. Grâce à cette disposition, la moelle est indépendante des mouvements de la colonne vertébrale et ne touche jamais la paroi osseuse ; son élasticité propre et sans doute aussi le déplacement des nerfs et des gaines lui permettent un certain jeu, plus étendu dans le sens de la longueur, qui est également le sens de la plus grande mobilité vertébrale, plus restreint dans le sens diamétral où les racines nerveuses délicates ne subiraient pas sans danger une distension un peu marquée.

Vélongation delà moelle et des nerfs ayant été introduite dans la pratique comme moyen thérapeutique, on a recherché expérimentalement ses clfets mécaniques sur le cadavre :

1" La traction sur le nerf sciatique allonge la moelle lombaire de 2 mm. seulement; ce déplacement cesse d'être mesurable au niveau de la première dorsale (0 mm. 3), et l'œil seul le poursuit jusqu'au trou occipital. L'effet est à peu près le même pour une traction faible ou forte, ce qui indique un déplacement facile, mais énergiquement limité. De même la traction sur le nerf médian produit quelques mouvements latéraux. Dans des limites aussi restreintes, on peut considérer les résultats comme négatifs. L'élongation des nerfs ne produit donc pas une élongation sensible de la moelle.

2° L'auto-suspension, telle qu'on la pratique par la méthode de Sayre, redresse le rachis, la colonne osseuse cervico-lombairc s'allonge de 25 mm; mais là encore l'allongement de la moelle est insignifiant, et les résultats thérapeutiques doivent être interprétés par d'autres phénomènes (traction sur les troncs nerveux et les racines, changements dans la vascularisation, dans la pression du liquide céphalo-rachidien...).

3» Seule, la flexion de la colonne vertébrale allonge notablement la moelle. Longet avait déjà observé qu'un instrument tranchant qui traverse le disque interposé à la première et à la deuxième lombaire atteint presque toujours le cône terminal, quand le tronc et la tête sont en extension forcée, et le manque souvent dans la flexion. Cruveilhier conclut également de ses expériences que l'écart, selon l'état de flexion ou d'extension de la tête et du tronc, atteint 27 à 30 mm. pour la limite inférieure de la moelle. Hegar a institué une série d'expériences précises pour résoudre cette importante question. Une flexion moyenne allonge le sac durai de 5 mm. seulement; une flexion forte, les jambes étendues et relevées contre la poitrine, produit un allongement de 8 mm, dont 5 reviennent à la moelle même. Le déplacement ne retentit pas sur le cerveau, parce que la dure-mère cérébrale amortit la traction médullaire. On peut voir que dans la flexion de la colonne, la dure-mère s'aplatit, la moelle et ses enveloppes sont tendues sur la face postérieure des corps vertébraux, comme sur un cylindre autour duquel elles s'enroulent. Il est probable que sur le vivant la

MORPHOLOGIE DE LA MOELLE. 167

moelle comprimée par rexteiisioa de son enveloppe fibreuse doit se vide i- de sang- et de liquide céphalo-rachidien.

Enfin récemment Benedikt {Sem.méd., 1891) a fait connaître le procédé de flexion forcée du tronc (distension forcée de la moelle) de Bonuzzi, qui consiste à pol-ler en avant les pieds du sujet de façon que les genoux viennent toucher le front, la tète étant relevée par un coussin. Les effets obtenus sur le vivant sont importants. Sur le cadavre, Bonuzzi aurait constaté que Félongation de la moelle est trois fois plus considérable que par la suspension.

(Voyez : Braijn, Prag. med. Wochenschrift, 1882; — et IIeoar, Derélongationde la moelle. Traduit dans VEncéphale de 1884).

Forme de la moelle. — La forme de la moelle est celle d'une tige sensiblement cylindrique.

Cette tige n'est pas rectiligne, comme pourrait le faire croire l'aspect de la moelle extraite du canal rachidien et qui grâce à sa flexibilité s'étale sur un plan hoxnzontal. Non [seulement la moelle en place s'adapte à la forme de la colonne vertébrale et présente la double courbure alternative des régions cervicale et thoracique, mais même isolée, elle présente une forme arquée qui lui est propre. Si en effet on suspend une moelle dans un liquide de même densité, comme le liquide de Mûller, on remarque une courbure cervicale qui persiste après l'ablation des enveloppes. Cette courbure, convexe en avant, siège à la hauteur du septième nerf cervical, par conséquent dans le renflement cervical. Elle existe même chez les fœtus qui sont encore dans toute leur longueur en position arquée et elle correspond à la fosse nuchale de l'embryon. Elle est antérieure à la formation de la colonne vertébrale, en sorte qu'ici, comme au crâne, c'est l'enveloppe qui se moule sur l'organe nerveux, et non celui-ci qui s'adapte à sa capsule osseuse.

Flesch, qui le premier a signalé ces faits, appelle cette courbure la courbure cervicale inférieure; il l'a constatée chez l'homme, chez les mammifères, les oiseaux, les amphibiens {Arch. fi'ir Analomie, 1885). — J'ai répété plusieurs fois l'expérience de Flesch. La moelle flottant dans le liquide de Millier )' prend des inflexions exagérées, disproportionnées avec celles de la colonne vertébrale. Suspendue à l'air libre après avoir été bien imprégnée elle montre des courbures réelles, qui lui sont propres, et qui me paraissent identiques à celles du canal rachidien en attitude verticale. Flesch considère d'ailleurs la courbure propre comme la forme de la moelle au repos.

La moelle présente-t-elle une forme segmentaire? Gall soutenait que, sur la moelle de l'homme et des animaux, on reconnaissait nettement un renflement au point d'entrée des racines et, entre chaque paire nerveuse, un sillon transversal, divisant l'organe en segments distincts comme est la moelle ventrale des invertébrés. C'était une illusion; personne n'a jamais revu ces renflements et ces étranglements alternatifs. Plus récemment pourtant Lûderitz (1881) a avancé que, sur des coupes frontales de la moelle, on pouvait constater au milieu de l'espace réunissant deux paires nerveuses superposées une certaine réduction de diamètre, surtout de la substance blanche. His soutient au contraire que, même chez l'embryon humain, ni les coupes frontales ni les coupes sagittales ne montrent trace d'une segmentation correspondant aux vertèbres primordiales.

On ne peut méconnaître cependant dans la moelle l'indication d'un type segmentaire ou métamérique ; mais les seuls caractères qui le révèlent sont : la division en paires nerveuses régulièrement sériées et offrant notamment dans les nerfs intercostaux une disposition franchement métamérique, — la vascularisation par des artères et des veines radiculaires transversales et échelonnées, — - enfin la disposition en chapelet que prennent certaines colonnes de cellules nerveuses dans le sens longitudinal.

La moelle présente chez l'homme et chez la plupart des vertébrés deux renflements qui correspondent aux membres thoraciques et pelviens. On peut la diviser topographiquement en cinq régions ou parties : la partie supérieure, le renflement cervical, la partie dorsale, le renflement lombaire et le cône terminal ; au delà, elle se continue par le filament terminal. . .

[C HA RPV.]

NEVROLOGIE.

Pi-olub.

Bulbe

Port. Slip.

Revfl. cerv.

Port. dors.

1" Partie supérieure. — La partie supérieure ou initiale s'étend du collet du bulbe au commencement du renflement cervical, c'est-à-dire du trou occipital à la troisième vertèbre cervicale, Elle a une longueur de 20 mm. en moyenne (15 à 25) et correspond principalement à l'axis. Sa forme est cylindrique. Elle donne naissance aux trois premières paires cervicales peu volumineuses, destinées au cou et à la nuque ; quelquefois la troisième paire est déjà sur le commencement du renflement cervical.

Carus fait observer c[ue cette partie est très courte chez les animaux à cou court ; leur renflement brachial semble se continuer avec le bulbe-

2° Renflement cervical. — Le renflement cervical, appelé encore brachial parce qu'il donne naissance aux nerfs du membre supérieur, est fusiforme vu de face; mais sa section est celle d'un cylindre aplati d'avant en arrière, elliptique ou même cordiforme, la pointe arrondie regardant en arrière. Il s'étend de la troisième cervicale à la deuxième dorsale, sur une longueur de 10 à 12 cm.; son plus grand diamètre (14 mm.) correspond à la cinquième et surtout à la sixième vertèbre cervicale. Sur lui s'insèrent : quelquefois la troisième paire cervicale, toujours la quatrième, origine principale du nerf phrénique, les cinquième, sixième, septième, huitième paires cervicales et la première paire dorsale, qui sont les nerfs du plexus brachial et par lui du membre supérieur.

3° Partie dorsale. — La partie dorsale ou thoracique est régulièrement arrondie, de calibre uniforme, sauf un léger étranglement qui marque vers sa partie moyenne le diamètre le plus étroit de la moelle. Elle s'étend de la deuxième vertèbre dorsale à la neuvième ou dixième, sur une longueur de 18 à 22 cm., et sur ce long parcours donne naissance aux onze derniers nerfs intercostaux.

Cette partie est très longue et très fine chez les animaux à taille élancée. Elle est remarquablement grêle chez ceux dont le tronc est peu développé ou peu mobile, comme les oiseaux, les chéloniens.

4° Renflement lombaire. — Le renflement lombaire, dit encore crural, parce qu'il correspond aux nerfs du membre inférieur, s'étend de la neuvième ou dixième vertèbre dorsale à la première ou à la seconde lombaire. Il a dans sa hauteur une forme bulbeuse et présente à la coupe une surface carrée à angles arrondis ; sa longueur est d'environ 7 à 9 cm., et son plus grand diamètre (12 mm.), moindre toutefois que celui du renflement cervical, est à la onzième ou douzième dorsale. La plus grande partie de ce renflement est contenue dans la colonne

■ Renfl. lomb.

Cône ierm.

FiG. 112. — Les renflements de la moelle.

MORPHOLOGIE DE LA MOELLE

dorsale, et le terme de lombaire est à peine justifié. Moins volumineux que le renflement brachial, il donne naissance à des nerfs pourtant plus gros, aux nerfs du membre inférieur, c'est-à-dire aux cinq paires lombaires et aux cinq paires sacrées.

Il se termine assez brusquement en une extrémité effilée ou cône, que j'ai comprise avec le renflement lui-même dans les chiffres de longueur et de rapport cités plus haut.

5** Cône terminal.

— Le cône terminal ou cône médullaire, qu'enveloppent de toutes parts les nerfs de la queue de cheval, est l'extrémité effilée du renflement lombaire et de la moelle. Il est difficile de bien préciser ses limites, car il se perd insensiblement en haut dans le renflement, en bas dans le filum terminale.

Pfitzner adopte comme limite supérieure une ligne passant au-dessous de l'émergence du nerf coccygien. C'est à tort suivant moi, car d'abord il arrive assez souvent que ce nerf naît très près de la pointe du cône et on est conduit à

dire que dans ces cas le cône a une longueur nulle, ce qui est inadmissible ; et d'autre part il est évident que cette partie atrophiée de la moelle correspond à l'origine d'un nc^rf atrophié, le nerf coccygien, d'autant plus que le sommet du cône donne naissance à une seconde paire nerveuse, plus atrophiée encore et confondue dans le filum, le deuxième nerf coccygien de Rauber. Krause fait rentrer dans la région du cône le cinquième nerf sacré qui est très grêle. Il est certain qu'il appartient à une région de transition, mais il vaut mieux adopter une limite précise, bien qu'un peu schématique. Nous dirons donc : le cône terminal est la partie de la moelle qui donne naissance aux nerfs coccygiens ; il a pour limites en haut le plan qui sépare le cinquième nerf sacré du premier nerf coccygien, en bas le point oii le filum montre une égale épaisseur.

FiG. 113. — Le cône terminal de la moelle et le filament terminal.

Les nerfs de la queue de cheval dissociés et rejetés en dehors; sur le bord gauche du cône les racines nerveuses ont été enlevées.

[CHARPY.]

NÈVROLOGIE.

■Canal central

N. profond

N. coccyg.

FiG. 114. — Structure du filament terminal.

Coupe transversale passant par la partie supérieure du filament interne, grossie. (D'après Rauber.)

Il a une longueur moyenne de 10 mm., mais sa forme est quelquefois effilée et sa longueur atteint alors 2 cm. Le cône médullaire est sujet à un certain nombre d'anomalies; on l'a vu bifide, ou bien formé de deux petits renflements superposés, ou encore, fait qui paraît assez fréquent, terminé par un renflement globuleux d'oi^i part le filum terminale.

Filament terminal. — Le fil OU filament terminal, fdum terminale, appelé encore ligament caudal, ligament coccygien, est un mince cordon qui prolonge la moelle et s'étend du sommet du cône terminal au sommet du coccyx sur

la face postérieure duquel il s'insère. Il aune teinte grisâtre, une consistance faible; son diamètre atteint à peine 2 mm. au point le plus large, sa longueur est de 23 cm. en moyenne. Il est comme perdu dans un paquet de racines nerveuses dont il occupe la partie médiane près de la face postérieure, et dont il se distingue par un aspect chatoyant. Ces racines volumineuses sont celles des nerfs du membre inférieur ; elles sont insérées obliquement sur la moelle dont elles masquent les faces et comme couchées sur elle ; de là elles descendent au milieu d'une graisse fluide, rougeâtre, dans le canal des lombes et du sacrum, en s'épuisant au fur et à mesure des trous de conjugaison qu'elles traversent. On donne à ce faisceau de nerfs disposé en éventail allongé le nom de queue de cheval.

La queue de cheval est contenue dans le fourreau fibreux de la dure-mère qui se prolonge jusqu'au niveau de la deuxième vertèbre sacrée et s'y termine en cul-de-sac conique. Les nerfs lombaires et sacrés perforent les parties latérales de ce fourreau, tandis que le filament terminal sort par le sommet du cône durai, accompagné des nerfs coccygiens; à ce niveau il traverse un véritable détroit fibreux long de près de 1 cm., auquel il adhère si intimement que les injections poussées dans le sac de la dure-mère ne passent pas au dehors. Il suit de là qu'on peut diviser le filament en deux portions, l'une interne qui est contenue dans le sac de la dure-mère, l'autre externe située en dehors (fig. 109).

Le filament terminal interne, intra-dural, s'étend du sommet du cône médullaire (deuxième vertèbre lombaire) au sommet du cône durai (deuxième vertèbre sacrée). Sa longueur est de 16 cm. Il est accompagné par les racines antérieures et postérieures du premier nerf coccygien, sixième nerf sacré de quelques auteurs ; tantôt ces racines grêles sont simplement appliquées sur lui et se laissent facilement isoler, tantôt elles lui adhèrent. Ce segment du filum est [le prolongement aminci de la moelle; mais la substance nerveuse ne s'étend pas sur toute sa longueur, elle ne dépasse pas 8 cm. soit la moitié, et le canal central épendymaire finit plus haut encore, à 5 cm. de la moelle et même moins, en sorte que la jnoitié inférieure de cette portion est non médullaire. Dans sa constitution entrent : au centre, et dans sa moitié supérieure seulement, le prolongement effilé de l'axe médullaire, à la périphérie la pie-mère et sous eUe, dans une atmosphère celluleuse, une artère volumineuse, une grosse veine, des nerfs superficiels qui sont la deuxième paire coccygienne, et des filets nerveux profonds qui sont une troisième et peut-être une quatrième paire coccygienne, tout à fait atrophiées et méconnaissables.

Le fdament terminal externe, extra-dural, s'étend du sommet du cône durai (deuxième vert, sacrée) à la face postérieure du coccyx. Sa longueur est de 10 cm. (de 9 à 11 cm.). On le considère généralement comme formé par la pie-mère qui a pei'foré la dure-mère fibreuse et

MORPHOLOGIE DE LA MOELLE. 171

se prolonge avec quelques A^aisseaux ténus jusqu'à la base du coccyx. ÎSIais Luschka le regarde, et avec raison, je crois, comme une émanaiion de la dure-mère elle-même. En effet sa largeur à son point d'origine, son aspect tendineux, sa grande résistance contrastent avec la ténuité et la mollesse du filament interne. Arrivé près de la base du coccyx, le cordon fibreux s'éparpille en éventail de fines lamelles, dont les unes se fixent sur la face dorsale de la première vertèbre coccygienne, tandis que les médianes peuvent être suivies jusqu'à la troisième ou la quatrième vertèbres, c'est-à-dire tout près du sommet de l'os. Il est en outre renforcé, le long de son trajet sur le sacrum, par des tractus fibreux qui unissent sa face antérieure avec le périoste; aussi est-il, malgré sa minceur, d'une grande solidité; il tend et fixe la partie terminale de la dure-mère rachidienne (Voy. les flg. 77 et 79). Dans le cordon fibreux du filament externe, il n'y a cliez l'adulte aucune partie de l'axe nerveux, il n'en est pas de même chez l'embryon humain et chez les animaux. Mais on y retrouve quelques vaisseaux et surtout des nerfs, les nerfs coccygiens, que l'on suit jusque vers le coccyx; ces nerfs et ces vaisseaux sont enveloppés d'une gaine conjonctive qui est peut-être un prolongement de la pie-mère. Tourneux a signalé dans le filament externe, sur une longueur de 1 cm. et commençant à 15 mm. du sac durai, la présence d'un tissu érectile caractérisé par des faisceaux de fibres musculaires lisses et des cavités vasculaires.

Si l'on admet avec nous que l'enveloppe extérieure du filament externe est un prolongement de la dure-mère, il faut formuler autrement la constitution et les rapports du filum terminale tout entier et dire : Le filament terminal est constitué par un prolongement de la moelle et de ses vaisseaux, et parles nerfs coccygiens rétrogrades, le tout enveloppé par la pie-mère. Ce cylindre vasculo-nerveux est partout intra-dural; mais dans sa partie supérieure {filament interne), il est flottant dans le vaste sac de la dure-mère, tandis que dans sa partie inférieure (filament externe) il est étroitement engainé par le prolongement Goccygien du cône durai. C'est à cette seconde partie, vraiment fibreuse et résistante, qu'il conviendrait de réserver le nom de ligament coccygien.

(Voy. Rauber. Die letzten spinal Nerven... Morphologisches Jahrb., 1877. — Trolard. Auatomie des méninges. Arch. de Physiologie, 1888. — Tourneux. Sur la structure du fil terminal. Soc. de Biologie, 1892).

Signification des renflements de la moelle. — D'une manière générale, l'existence d'un renflement médullaire est en rapport avec la présence d'un membre qu'il dessert ou de son équivalent (aile, nageoire...). Les renflements ne se développent que secondairement sur la moelle de l'embryon quand apparaissent les membres; ils avortent si les membres avortent (ectromélie); ils s'atrophient à la suite des amputations anciennes. Le lombaire manque chez les Cétacés ; il est si amoindri chez le phoque qu'il égale à peine en section la moitié delà moelle cervicale, en même temps que ses groupes cellulaires atrophiés sont représentés par de rares éléments, pauvres en prolongements protoplasmiques. Le cervical est énorme chez les Anthropoïdes aux longs bras, surtout chez le gibbon. Ce n'est pas seulement d'ailleurs le volume brut du membre qu'il faut considérer et ce n'est pas uniquement par l'augmentation numérique des nerfs que la moelle s'élargit; l'activité physiologique, c'est-à-dire l'énergie motrice et surtout la vivacité des impressions sensitives ont une influence prépondérante. C'est pour cela que l'homme a un renflement cervical, celui qui dessert ses mains, plus gros que son renflement lombaire, affecté cependant à des membres plus volumineux. Le renflement lombaire est également bien développé chez les oiseaux aux pieds tactiles, les singes à queue prenante; il l'emporte sur le cervical chez la plupart des mammifères. Portions et segments radiculaires de la moelle. — La moelle est l'origine apparente des paires nerveuses rachidicnnes. On peut la diviser en portions, dont chacune comprend les nerfs de même nom ; dès lors les mots de moelle cervicale, dorsale, lombaire et sacrée, signifient la portion de moelle qui contient les huit paires cervicales, les douze paires dorsales, les cinq paires lombaires, les cinq paires sacrées. Le cône terminal doit logiquement être considéré comme la partie coccygienne, bien que les auteurs le confondent avec la partie sacrée. Chacune de ces portions à son tour se subdivise en segments qui correspondent aux paires rachidiennes et se comptent comme elles. Voici les proportions de ces diverses parties.

Longueur En chiffres

en chiffres centésimaux

absolus la moelle = 100.

Portion cervicale — moyenne = 9"'"9 9""'0 22'"'1 23'"'9

Portion thoracique . . '. 26 2 22 9 58 5 53 4

Portion lombaire 5 1 5 7 11 4 13 7

Portion sacrée et coccyg 3 0 31 79 76

Ces chiffres montrent que les portions radiculaires de la moelle ont des proportions différentes dans les deux sexes. L'homme a la moelle cervicale et surtout la moelle lombaire

[C H A RPV.]

172 NÉVROLOGIE.

plus cnurtos (jne les ukMuo parties cIhv. la Icmiiie; sa ihopIIc tiioracique est au contraire scnsii)leincut plus loni;ue, de trois ceuliènies; (juant ii la portion sacrée, elle est neutre, de mêmes proportions de part et d'autre. — L'enfaut, le nouveau-né, ont des proportions seniblaliles à celles de la lenuue.

Ces dilTénMices de hauteur dans les jiaities radiculaires tiennent vraisemblablement aux proportions du corps lui-même.

(H.vvKNEL. Die Maassverii.ellniss der Wirbelsaiile.., Ze'Uschrifl /'. Anatomie, 1877. — LiDKiuTz. relier das HucUenmarkse^inent. Arch. f. Anatomie, 1884. — Pi-iTZMiii. Ueber Wachslliumsbcziehungen. . . Morpholog. Jalirbuch, 1884).

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