FAISCEAUX DE LA MOELLE
par le faisceau fondamental antérieur; en avant il est superficiel, sous la piemère; en arrière il est intimement uni à la commissure blanche (fîg. 135). Sa surface équivaut en moyenne au tiers de celle des voies pyramidales totales ; Blocq, au-dessus du renflement cervical, a compté, pour un seul côté, 24,000 fibres propres contre 46,000 appartenant au faisceau pyramidal latéral du côté opposé, par conséquent du même système.
Le faisceau de Tûrck est remarquable par ses variations. Dans son volume moyen, il occupe la partie interne du cordon antérieur et une bande assez étroite à la périphérie de la moelle ; il se termine au milieu de la région dorsale. Etroit, il se confine à la face interne du sillon médian et finit au-dessous du renflement cervical ou même au milieu de ce renflement. Si, au contraire, il est de grand volume, qu'il représente la moitié ou plus des voies pyramidales, il s'étale et déborde sur la face externe de la moelle, s'étendant jusqu'aux racines antérieures ; il se détache alors en saillie, comme le cordon postérieur; un sillon, dit intermédiaire antérieur, le limite en dehors à la région cervicale, et ses fibres se prolongent sur la plus grande partie de la moelle, au moins les a-t-on constatées jusqu'aux 3'= et 4'^ nerfs sacrés et même jusqu'au filum terminale (Déjerine). Ces variations s'étendent plus loin encore ; il peut manquer complètement, ou inversement absorber la presque totalité du faisceau pyramidal, le faisceau latéral n'étant plus que la dixième partie du faisceau total ; fréquemment enfin il est asymétrique de droite à gauche.
Comme le faisceau latéral croisé dont il n'est qu'une partie séparée dans la moelle, fusionnée dans le cerveau, le faisceau antérieur provient des cellules nerveuses de l'écorce hémisphérique.
La terminaison n'est pas définitivement établie. La majorité des auteurs admettent avec Kœlliker que ses fibres traversent la commissure blanche antérieure et se répandent autour des cellules de la corne antérieure opposée, du même côté que celles du faisceau latéral qu'elles ont abandonné au bulbe. Le terme de direct s'appliquerait donc seulement à leur trajet bulbaii-e, et les fibres seraient finalement croisées, comme celles de l'autre faisceau ; le croisement, au lieu de se faire en bloc, se ferait fibre par fibre au niveau de leur terminaison. Quelques anatomistes, Bechterev^ et Ziehen entre autres, pensent que la majorité des fibres est croisée, mais qu'une partie est directe.
Le faisceau pyramidal est une voie cérébrale centrifuge et motrice; elle transmet aux cellules radiculaires les excitations de l'écorce des centres moteurs. C'est la voie de l'impulsion volontaire.
Évolution. — Le faisceau pyramidal manque chez les vertébrés inférieurs. Reptiles, Batraciens.il apparaît avec les Mammifères; rudimentaire chez les Edentés et les Cétacés, il occupe chez le rat, la souris, le cobaye, le cordon postérieur, près de la commissure grise, et se transporte chez le lièvre et le lapin dans le cordon latéral, localisé à sa partie la plus postérieure. Il augmente de volume chez les carnivores ; il atteint chez les Primates, chez l'homme surtout, son point culminant et son dédoublement régulier.
Cette évolution est donc relativement récente, et le faisceau pyramidal est le dernier qui se forme et s'achève chez l'embryon humain. Son développement est proportionnel à l'activité fonctionnelle des membres qu'il dessert (Bech-
[CHARPY.]
NEVROLOGIE.
terew). Le faisceau direct fait défaut chez les animaux, ou du moins il est très réduit chez ceux qui le possèdent.
i'° dors.
Faisc. céréb.
■ iv dors
3* lomh
Fibres homolatérales. — Le faisceau pyramidal croisé contient des fibres
homolatérales ou directes, reconnues chez
Il les animaux, chez lesquels elles paraissent
remplacer le faisceau de Tûrck, qui fait ordi- ■ * ' Noyau cerv. nairenient défaut, et constatées chezl'homme par Déjerine (Soc. BioL, 189o). Elles forment tantôt quelques fascicules épars, tantôt un petit faisceau incorporé dans le faisceau croisé; on les a suivis jusqu'au 4<= nerf sacré. Ces fibres directes peuvent expliquer la parésie du côté non hémiplégique, signalée par Brow^n-Sequard, et la sclérose bilatérale du faisceau pyramidal croisé avec une lésion cérébrale unilatérale.
Clarke Fibres hétérogènes. — Une lésion trans-
verse de la moelle épinière produit au-dessous d'elle, dans le faisceau pyramidal croisé, une dégénération plus étendue que ne le fait une lésion cérébrale. On en conclut que des fibres d'origine non corticale viennent s'ajouter au faisceau pyramidal le long de son trajet dans le tronc cérébral. L'origine de ces fibres descendantes est encore inconnue ; on l'a cherchée dans le noyau rouge, la substance grise de la protubérance (Held, Cajal). Thomas les a décrites sous le nomàe. faisc eau triangulaire prôpyraonidal et présume que ce sont des voies motrices accessoires (Jor<r«. de PhysioL, 1899). Elles sont plus généralement connues sous le ..Noyausacrc nom de faisceau de v. Monakow.
IV. Faisceau cérébelleux direct ou de Flechsig. — Ce faisceau a été décrit pour la première fois par Fo ville, qui a reconnu son trajet et sa terminaison cérébelleuse sur des moelles de nouveau-né ; il s'y distingue en effet par la couleur blanche qu'il doit à sa myélinisation précoce (Foville, Anat. du système nerveux, 1844). Il occupe la périphérie de la moelle ; il a pour origine la colonne de Clarke et pour terminaison le vermis sujiérieur du cervelet.
Ce sont les grosses cellules de la colonne de Clarke dont les axones forment le faisceau cérébelleux. Ces cellules sont extrêmement riches en expansions
FiG. 146. — La colonne de Clarke et le faisceau cérébelleux direct.
Rapports de situation et de yolume de la coloBne de Clarke (en noir et à droite) avec le 1'. cérébelleux (en bleu et à gaucbe).