LOBE FRONTAL
Le lobe frontal est la partie de l'hémisphère qui s'étend en avant de la scissure de Rolando.
Il correspond à l'os frontal dont il occupe non seulement la partie verticale écailleuse, mais encore toute la face orhitaire; sur sa périphérie, il dépasse sensiblement cet os, surtout en arrière, où il est recouvert par le pariétal sur une étendue de plusieurs centimètres. Il a pour limites : en bas et en dehors la scissure de Sylvius qui le sépare du lobe temporal, en bas et en dedans la scissure sous-frontale qui le sépare du lobe du corps calleux,. en arrière la scissure de Rolando qui borne en avant le lobe pariétal. . Broca a bien montré que Thomme est caractérisé par la prédominance frontale de son cerveau, tandis que les* animaux non primates ont la prédominance pariétale (voy. les fig. 209 et 228.) Le lobe frontal comprend en poids total les 43 centièmes du poids du cerveau, en poids de son manteau cortical les 42 p. 100, en surface carrée les 40 ou 42 centièmes. Quelle que soit l'idée qu'on se fasse de ses fonctions, il est certain que, pris dans la généralité des cas, son développement marche de pair avec l'intelligence, surtout avec les hautes qualités intellectuelles de la conception et de la réflexion plutôt qu'avec cellesde l'action; et l'opinion commune qui attribue un vaste front aux penseurs, c'est-à-dire un lobe frontal haut et large, aux courbes harmonieuses, est parfaitement justifiée par l'anatomie. Meynert a soutenu que la grandeur du lobe frontal de l'homme était surtout apparente, qu'elle dépendait du gros volume des corps striés et de l'insula dans le sens transversal et du surhaussement produit par le pôle temporal dans le sens de la hauteur ; mais Eberstaller a fait voir que ces causes n'agissent que dans d'étroites limites. Il reste acquis ([ue le cerveau humain est bien un cerveau frontal: et, dans ce grand développement antérieur,, l'accroissement se fait en tout sens. Le front n'est pas seulement large en haut; de fuyant il devient droit, c'est-à-dire qu'il s'accroît dans le sens antéro-postérieur ou de l'épaisseur, et le visage tout entier prend le type orthognathe.
Le lobe frontal comprend quatre circonvolutions : une transversale, parallèle à la scissure de Rolando, qui est la frontale ascendante, et trois longitudinales que l'on compte de haut en bas, première, deuxième et troisième frontales. Ces trois circonvolutions longitudinales, insérées perpendiculairement sur la frontale ascendante, se dirigent parallèlement vers le bord sourciller et là se replient sur elles-mêmes à angle aigu, pour suivre un trajet récurrent sur la face orbitaire. Elles ont donc, toutes, deux branches ou deux portions, une portion
CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES.
supérieure ou dorsale, et une portion inférieure ou orbitaire ; la première frontale possède en plus une portion interne. C'est à l'ensemble des portions orbitaires des trois frontales que l'on a donné, à la suite de Gratiolet, le nom de lobule orbitaire, terme qui tend à disparaître ; quelques auteurs ont même décrit ces parties réfléchies des circonvolutions comme des circonvolutions orhitaires indépendantes.
La circonvolution transversale ou frontale ascendante est séparée des trois circonvolutions longitudinales par un sillon également transversal, le sillon prérolandique. Celles-ci à leur tour sont isolées les unes des autres par des sillons longitudinaux, le sillon frontal supérieur entre la première et la deuxième
Rac. sup. de F-
Rac. ext. de F' Rac. moy. de F'
Rolando
S. fv. moy
S. fi\-ma> g Bj\ hori
Sc: S. front.
Inc. (ransv. inf.
diagonal
Bi'. ascend.
Cap
FiG. 212. — Face externe du lobe frontal.
Le pied de F- et celui de F' sont teintés en rose. — La partie basilaire ou postérieure du pied de F-" est en teinte foncée.
circonvolution frontale, le sillon frontal inférieur entre la seconde et la troisième.
Circonvolution frontale ascendante. — La frontale ascendante, Fa, appelée encore quatrième frontale F^, circonvolution prérolanchque, circonvolution centrale antérieure, est une des plus faciles à reconnaître avec la pariétale ascendante. Elle est située en avant de la scissure de Rolando dont elle forme la limite antérieure, et répond sur le crâne non à l'os frontal, comme son nom pourrait le faire croire, mais à la partie antérieure du pariétal.
Elle commence à la scissure de Sylvius, monte en sens oblique sur la face convexe de l'hémisphère, parallèlement à la scissure de Rolando et sous un même angle d'inclinaison, et dépasse le bord sagittal pour se terminer sur la face interne. Son bord antérieur est limité par les tronçons du sillon prérolan-
[CHARPV.]
302 NKVHOLQGIE.
clique cl (loiiiic insertion aux racines des trois circonvolutions longitudinales; son hord postérieur l'orinc. la lèvre antérieure de la scissure de Rolande.
L'extrémité inférieure ou jjicd est unie i^ la pariétale ascendante par un pli transversal; c'est le pli de passage fronto-pariétal inférieur ou opercide rolanilifjue. On observe ordinairement sur ce pli une incisure oblique, plus ou moins profonde, Yincisure transverse inférieitre (Eberstaller) .
L'extrémité supérieure ou tête est située sur la face interne. A l'inverse du pied, elle s'épanouit en une masse aplatie, de forme irrégulièrement quadrilatère, le lobule paracentral ou lobule ovalaire (voy. fig. 2L3). Il est borné en haut par le bord sagittal de l'hémisphère, en bas et en arrière par la branche ascendante de la scissure sous-frontale, en avant par le sillon paracentral ou incisure préovalaire, considéré par les uns comme un sillon indépendant, par d'autres comme une branche de la scissure sous-frontale. Son bord supérieur est coupé par la fin de la scissure de Rolando, incisure rolandique ; son bord inférieur est quelquefois uni par un pli de passage fronto-limbique postérieur ou ovalaire à la circonvolution du corps calleux. Il est rare que la surface soit lisse ; on y voit d'ordinaire une incisure de forme variée.
Dans la grande majorité des cas, le lobule paracentral est constitué uniquement aux dépens de la frontale ascendante; un pli de passage étroit, fli frontopariétal supérieur, qui suivant sa disposition se confond avec le lobule ou s'en isole, l'unit à la tête de la pariétale ascendante et ferme la scissure rolandique.
Outre ces deux plis, supérieur et inférieur, qui rattachent l'une à l'autre les deux circonvolutions ascendantes, un pli moyen, presque toujours profond, traverse Rolando au niveau de son genou supérieur.
Sillon prérolandique. — Le sdlon prérolandique, pr. (sillon frontal parallèle, sillon précentral) limite en avant la circonvolution frontale ascendante. Il est quelquefois unique et complet, au point de simuler la scissure de Rolando ; mais le plus souvent il est formé de deux parties bien différentes, que sépare le pied de la deuxième frontale. Ces deux branches sont :
1° Le sillon prérolandique supérieur, c[ui occupe le tiers supérieur de la face externe, entre les racines- de F^ et de F^ ;
2° Le sillon prérolandique inférieur, peu profond, entre les racines de Fet de F^ et continu ordinairement avec le second sillon frontal.
Première circonvolution frontale. — La première frontale, F* (frontale supérieure d'un grand nombre d'auteurs), est située sur le bord sagittal de l'hémisphère, entre la scissure sous-frontale en dedans et le premier sillon frontal /'\ prolongé lui-même par le sillon olfactif /b*. Seule des circonvolutions de son lobe, elle occupe les trois faces de l'hémisphère et possède par suite trois portions distinctes, une externe, une inférieure ou orbitaire, et une interne, que l'on a souvent considérées comme trois circonvolutions distinctes.
1° Portion externe ou dorsale. — Cette portion s'étend sur la partie la plus élevée de la face convexe, entre le bord sagittal et la deuxième frontale. Elle naît de la frontale ascendante par trois racines : une racine moyenne, super-
CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES.
ficielle, située sur le bord sagittal, c'est la racine normale ; une racine externe, accessoire, profonde, placée au-dessous de la précédente ; une racine interne, qui pi'ovient du lobule paracentral. De là elle se dirige d'arrière en avant, en diminuant de plus en plus, à tel point que dans le tiers antérieur elle est réduite à un pli étroit qui contourne en dedans le sillon fronto-marginal pour passer sur la face orbitaire.
^ hes plis cV anastonwse avec la deuxième frontale sont constants et nombreux. On en compte ordinairement trois.
2° Portion orbitaire (fig. 228). — Cette portion, décrite SOUS le nom de gyrus rectus, fait suite à la portion externe dont elle est la branche réfléchie ; elle est
Se s front Rolando
S pré roi
S. paracentr.
Plifronio limb.
ft ont. L
S. iniralimb. L'
Gr. s.mélop.
sus-oï'bit.
Inc. arquée
FiG. 213. — Face interne du lobe frontal.
Le lobe calleux teinté en gris, le lobule paracentral en rose.
limitée en dedans par la fente interhémisphérique, en dehors par le sillon olfactif qui loge le pédoncule olfactif, et elle s'étend de l'angle interne de l'hémisphère à l'espace perforé. Elle est étroite, un peu plus large en arrière (1 cm.) qu'en avant; son trajet est rectiligne. Elle est sur un plan inférieur à la partie voisine de F^ et se détache en un bourrelet saillant, plus marqué chez le nouveau-né, fortement accentué chez quelques microcéphales et chez les singes inférieurs, chez lesquels il constitue le rostre ou bec ethmoïdal (fig. 217); ce bec occupe la fosse ethmoïdale. On ne trouve à la surface du gyrus rectus qu'une incisui^e à peu près constante, en avant du sillon olfactif (incisure olfactive transverse).
3" Portion interne. — Cette portion (circonvolution frontale interne de quelques auteurs) occupe, sur la face interne de l'hémisphère frontal, tout ce qui est en dehors de la circonvolution du corps calleux, dont elle est séparée par la scissure sous-frontale, et avec laquelle elle présente des variations inverses
30i NÉVROLOGJE,
de développement. Le l)ord sagittal qui limite la frontale interne sur son contour excentrique n'est qu'une séparation topographique ; il n'y a ni sillon ui incisure, et la circonvolution est continue sur ce bord avec sa portion externe et sa portion orbitaire. Contrairement à la portion dorsale, la frontale interne va croissant d'arrière en avant et atteint son maximum d'expansion en avant et au-dessous du corps calleux. Sur sa partie inférieure, elle est coupée en sens sao-ittal par Yincisicre ms-orhitaire ou mllon rostral, et quelquefois au-dessus par le sillon métopique.
Parmi les plis de passage nous signalerons plus particulièrement celui qui unit l'extrémité du corps calleux avec l'extrémité de la première frontale, pli fronto-limbique inférieur. Presque toujours superficiel et étroit, il ferme à sa partie initiale la scissure sous-frontale. Il est au centre d'une petite région de transition, de forme quadrilatère, que Broca a appelée le carrefour de l'hémisphère {iig. 226). Le carrefour, haut de 10 mm., large de 5, est limité en haut par le bec du corps calleux, en bas par l'espace perforé, en arrière par la lame terminale et la commissure blanche antérieure, en avant, mais d'une façon inconstante, par Vincisure moquée qui peut communiquer avec la scissure sousfrontale ou avec le sillon sus-orbitaire ou même avec tous les deux. Ce qu'il y, a de remarquable dans ce champ cortical, c'est qu'il est un aboutissant et un lieu de passage pour l'union du lobe calleux avec la première frontale (pli frontolimbique inférieur), les nerfs de Lancisi et le pédoncule du septum lucidum en haut, la racine olfactive interne et la bandelette diagonale en bas.
Premier sillon frontal. — Sillon olfactif. — 1° Premier sillon frontal. — Le premier sillon frontal, /"*, sillon frontal, supérieur, sépare sur la face externe la première circonvolution frontale de la seconde. Il est généralement peu profond et coupé en deux ou trois tronçons par les anastomoses de F^ à F'-.
2° Sillon olfactif. — Le sillon olfactif /b', sillon orbitaire interne, est situé sur la face orbitaire du lobe frontal, entre le gyrus rectus et la deuxième frontale; il est la continuation apparente du premier sillon frontal, mais n'a en réalité rien de commun avec lui. Son nom lui vient de ce qu'il loge le pédoncule et le bulbe olfactifs, qui sont appliqués contre lui par un pont arachnoïdien.
Ce sillon est remarquable par son apparition précoce, sa constance, l'absence totale d'interruption par des plis d'anastomose. Il se dirige d'arrière en avant, mais en obliquant vers la fente interhémisphérique. Son extrémité antérieure dépasse le bulbe olfactif. Son extrémité postérieure, élargie en fossette, contient la tubérosité olfactive ; le plus souvent elle se recourbe en dehors en forme de crochet à concavité antérieure.
Deuxième circonvolution frontale. — La deuxième frontale, F-, ou encore frontale moyenne, est située sur la partie moyenne de la face externe et de la face inférieure, entre le premier et le second sillon frontal. Elle comprend deux portions : une externe ou dorsale, et une inférieure ou orbitaire.
1" Portion dorsale ou externe. — Elle naît par deux racines : l'une supérieure, volumineuse, superficielle, qui se détache du milieu deF« et suit d'abord
=! olfae
Inc inierméd.
S. en H
un trajet ascendant; elle constitue le pied de la deuxième frontale; — l'autre inférieure, profonde, qui provient du pied de F^.
De la fusion des deux racines résulte une puissante masse lobulée, riche en plis et en incisures, qui fait de F^ la plus large des trois frontales, et dans laquelle on reconnaît des flexuosités transversales rapprochées, anastomosées par leurs coudes avec les circonv^olutions voisines. Elle atteint son maximum de développement au niveau du bord orbitaire qui est presque entièrement occupé par son épanouissement. Fréquemment elle est dédoublée, en arrière par une branche antérieure du sillon prérolandique, en avant par une longue incisure, dite sillon frontal moyen; ce dernier va lui-même se jeter dans le sillon fronto-marginal qui coupe horizontalement le rebord orbitaire.
2" Portion orbitaire. — Cette portion de F^ occupe à elle seule les deux tiers de la face orbitaire entre le gyrus rectus de F^ et la portion orbitaire de F^. Elle est séparée de ces deux circonvolutions en dedans par le sillon olfactif fo^ ou sillon orbitaire interne, en dehors par le sillon orbitaireexterne,/'o-. Sa limite postérieure n'est pas nettement définie; on est pourtant à peu près d'accord aujourd'hui pour la fixer à la branche transversale du sillon en H que l'on voit au milieu de la face orbitaire.
La surface de cette portion est excavée pour se mouler sur la face orbitaire; sa forme est irrégulièrement quadrilatère ou d'autres fois cunéiforme à base antérieure, suivant les variations du sillon en //.
En arrière, elle s'unit sur la partie externe du trigone olfactif avec la première et la troisième frontales pour constituer un point commun d'anastomose, considéré comme le pôle frontal. En avant, elle est lobulée soit par les branches sagittales antérieures du sillon en // qui la limite, soit par une incisure intermédiaire.
Le sillon en H qu'on voit au centre de la face orbitaire est un sillon constant chez l'homme et les primates. A côté de sa forme typique en H, c'est-à-dire avec deux branches latérales externe et interne unies par une branche transversale, on observe les formes les plus variées en X, en K, en Z, et surtout la forme triradiée, c'est-à-dire à trois branches diversement combinées, dont le centre est en général à l'angle orbitaire externe.
s. orh. ext.
- Pôle tempor.
FiG. 214. — Face inférieure du lobe frontal (lobule orbitaire).
Deuxième sillon frontaL — Sillon orbitaire externe. — 1° Deuxième sillon frontal. La deuxième frontale est longée sur son bord inférieur par le deuxième sillon frontal, f'\ ou frontal inférieur, qui la sépare de la troisième circonvolution frontale. Ce sillon est parallèle à f\ dirigé comme lui en sens
POIRIER ET CHARPy. — III. 20
NÉVROLOGIE.
sagittal, mais un peu plus court. Il naît, en arrière, du sillon prérolandlque inférieur, que beaucoup d'auteurs considèrent comme sa branche postérieure ou ascendante, se dirige d'arrière en avant en décrivant une courbe à concavité inférieure, et après un court trajet, arrivé à la base du cap de la troisième frontale, se bifurque en deux branches transversales.
2» Sillon orbitaire externe (Hervé). Sur la face orbitaire, parallèlement au sillon olfactif ou sillon orbitaire interne fu', parallèlement aussi au jambage externe du sillon en // et à o ou 10 mm. en dehors de lui, se trouve constamment le sillon orbitaire externe /"o^ cj[ui est un sillon indépendant, ne s'unissant ni à la scissure de Sylvius ni aux sillons marginaux du bord sourciller. C'est lui qui sépare le bord interne de F'^ du bord externe de F'.
Troisième circonvolution frontale. — La troisième frontale, F'',
.. Rolando
S. prérol.
S. diagonal
Sylv. horiz. Cap Sylv. ascend.
FiG. 215. — Troisième circonvolution frontale.
Hémisplière gauche du cerveau de Gambetta (d'après HerTé). — La troisième frontale est teinte en roi pied en rouge plus foncé; la partie basilaire du pied est indiquée par des hachures.
i-e, le
appelée encore frontale inférieure, et par les Anglais circonvolution de Broca, parce qu'en 1861 Broca a découvert qu'elle était le centre du langage, est située sur la partie inférieure du lobe frontal, entre le deuxième sillon frontal et la scissure de Sylvius. Son bord supérieur convexe est en beaucoup de points mal séparé de F^ en raison des nombreuses anastomoses qui les unissent ; son bord inférieur concave est au contraire nettement délimité par la profonde scissure de Sylvius. C'est surtout la troisième frontale qui ferme la scissure et recouvre l'insula; aussi la non-occultation de l'insula indique-t-elle presque toujours un développement imparfait de cette circonvolution (voy. fig. 2.33).
La troisième frontale présente dans son trajet la forme d'un M, c'est-à-dire qu'elle subit deux inflexions autour des deux branches de la scissure de Sylvius qui s'enfoncent entre les angles de l'M, de la branche ascendante et de la branche horizontale. Les trois premiers jambages de l'M appartiennent à la
partie dorsale ou externe de la circonvolution, laquelle occupe la région latérale inférieure de l'os frontal en empiétant sur le pariétal; le dernier jambage, celui de gauche si nous regardons un cerveau gauche, représente la portion orbitaire. A son tour la portion dorsale se subdivise en deux parties, le pied et le cap.
Reprenant d'arrière en avant les divisions de F^ sur un type schématisé, nous aurons donc les parties suivantes : 1° le pied, qui est situé en arrière de la branche ascendante de Sylvius; 2° le cap, qui occupe tout l'espace compris entre la branche ascendante et la branche horizontale ; 3" la portion orbitaire ou tète, placée en avant de la branche horizontale. Chose remarquable, à chacune des trois portions correspond une structure histologique différente (Betz) et vraisemblablement une fonction spéciale. La fonction du pied est seule connue, elle préside au langage articulé ; la portion orbitaire se rattache peutêtre aux centres olfactifs.
1° Pied de F^ — Le pied deF% ou partie operculaire des auteurs étrangers, naît de la partie inférieure de la frontale ascendante par une racine qui est en règle générale unique et profonde. Il forme un lobule quadrangulaire, plus haut que large, bordé en avant par la branche sylvienne ascendante, en arrière par le sillon prérolandique, en bas par le commencement de la branche postérieure de Sylvius, en haut par le deuxième sillon frontal p. Il mesure 30 mm. de hauteur sur 15 à 20 en largeur. C'est la partie la plus tardive dans son développement; elle ne se forme qu'un mois avant la naissance, et ne commence à fonctionner, comme on sait, qu'un an plus tard. Le bord supérieur est presque toujours uni'à F^ par une ou deux anastomoses.
Généralement la surface du pied est divisée en deux parties par le sillon diagonal de l'opercule (Eberstaller). Ce sillon descend obliquement en bas et en avant sur une longueur qui peut atteindre 3 cm., et sépare deux parties inversement conformées, une partie antérieure ou ascendante, à grosse extrémité supérieure, une partie postérieure ou basilaire, à grosse extrémité inférieure. La partie basilaire est la partie la plus large de F^ ; en haut, elle se bifurque pour donner le pli d'anastomose avec F^ et pour s'unir avec la partie ascendante; en bas, elle se réunit encore avec cette même partie. La partie ascendante qui longe la branche verticale de Sylvius établit la continuité avec le cap de F^.
De la présence et des variations de ce sillon dépendent les formes simples ou compliquées du pied de F^. Une erreur fréquente consiste à le prendre pour une seconde branche ascendante de Sylvius et à reconnaître la présence de deux caps ; mais le sillon diagonal se distingue d'une branche sylvienne vraie en ce que : 1° il est oblique en haut et en arrière, et non pas vertical ou incliné en haut et en avant ; 2° il ne coupe pas la totalité du bord inférieur de F^ et, par conséquent, n'est pas une émanation du sillon circulaire de l'insula.
2'' Gap de F^. — Le cap, ou partie triangulaire des auteurs allemands, est compris entre la branche ascendante de Sylvius, qui le sépare delà partie ascendante du pied, et labranclie horizontale antérieure, qui le sépai-e de la portion orbitaire. C'est lui qui forme la partie frontale de l'opercule fronto-orbitaire et
[CIIARPV.]
NEVROLOGIE.
qui conlrII)uo le plus à recouvrir l'insula, notamment la première circonvolu tion /' avec laquelle il est souvent uni par un pli.
Sa forme est celle d'un triangle ou delta. Le sommet qui regarde en bas et un peu en arrière répond à la bifurcation de la scissure de Sylvius, par conséquent au coude qui marque la fin de son tronc transversal. La grandeur de son angle mesure le développement du cap. La base est longée en arrière par le deuxième sillon frontal, et coupée perpendiculairement par sa branche transversale terminale qui s'enfonce au milieu de la surface, jusque près du sommet, divisant ainsi le cap en deux plis, l'un antérieur, l'autre postérieur. Elle est unie avec la deuxième frontale par un ou plusieurs plis anastomotiques ; on en compte ordinairement deux.
3" Portion orbitaire. — La portion orbitaire, la première qui commence à se dessiner chez le fœtus, fait plus manifestement suite à la portion dorsale que ce n'est le cas pour les autres frontales; c'est elle qui constitue l'opercule orbitaire. Elle est composée de deux branches coudées à angle droit. La branche externe, dirigée dans le sens antéro-postérieur, est comprise entre la branche antérieure de S}dvius et le sillon orbitaire externe; la branche interne, dirigée transversalement, forme le bord postérieur de la face orbitaire, entre le sillon en H qui est en avant et l'espace perforé qui est en arrière. On admet communément aujourd'hui que cette portion se prolonge jusqu'à l'angle orbitaire
interne, au niveau du tri- ■"^' ' "'^ gone olfactif, et s'unit à
ce niveau avec la première et la deuxième frontales.
Là serait donc le vrai pôle frontal, d'oii partiraient comme des méridiens les trois circonvolutions pour s'irradier jusqu'à la frontale ascendante en franchissant le bord sourcilier.
Signalons en terminant les anastomoses que la troisième frontale contracte avec le lobe de l'insula, plus particulièrement avec l'insula antérieur, à l'aide de petits plis, dits plis obliques ou marginaux, qui s'entre-croisent ou se fusionnent avec une ou plusieurs des trois circonvolutions insulaires antérieures.
Bibliographie. — Nous possédons sur la troisième circonvolution frontale deux monographies importantes : 1" celle de Rîjdinger : Zur Anatomie des Sprac/i-centrums, 1882, avec 50 dessins; 2» celle de Hervé : La Circonvolution de Broca, Thèse de Paris, 1888.
Variations de la troisième circonvolution frontale. — La troisième frontale manque chez les singes inférieurs ou n'est représentée que par une portion orbitaire très courte; il n'y a aucune branche antérieure ou ascendante de Sylvius. Avec les anthropoïdes apparaît une troisième circonvolution, constituée aux dépens de F^; mais il n'y a encore qu'une branche de Sylvius, que l'on assimile à notre branche horizontale antérieure malgré sa direction ascendante, et une seule flexuosité autour de cette branche. La portion
1" front.
Pôle front.
y front.
.... S. orb. exi.
.. Z' front.
FiG. 21G. — Le pôle frontal (d'après Hervé).
CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES.
dorsale ne peut donc pas se diviser en pied et cap, et avec l'absence du cap on voit manquer les deux premières circonvolutions insulaires qui lui correspondent. Il n'y a plus qu'une partie arquée avec deux branches et un genou, étendue de la racine de Fa à la portion orbitaire. Ce type inférieur se rencontre quelquefois chez l'homme, sur des cerveaux dégradés ou sur des cerveaux de sourds-muets.
Le type humain normal comprend deux branches sylviennes et deux flexuosités. La troisième frontale ne paraît pas être au point de vue de son volume influencée par la taille du sujet, comme le sont les rolandiques. D'après Rûdinger, elle est de forme plus simple et de diamètres moindres chez la femme que chez l'homme, et cela dès l'enfance. D'après lui aussi, elle offre en général un développement proportionnel à l'intelligence et aux facultés oratoires du sujet, comme le lui a montré l'étude de 17 cerveaux d'hommes célèbres; chez eux, la circonvolution est plus vaste, plus complexe, plus incisurée, l'asymétrie bila-
Rolando
Br. unique de Sylvius
Rostre elhm.
FiG. 217. — Type élémentaire de la 3° frontale.
Circonvolution arquée, une seule branche de Sylvius, une seule inflexion. — Cerveau d'orang (d'après Gratiolet) .
térale est plus marquée, et il est plus fréquent de voir la circonvolution gauche supérieure à la droite. Toutefois je remarque que sur le cerveau du grand orateur Gambetta, la 3"= circonvolution frontale droite, et en particulier son pied, était bien plus développée que la gauche qui ne présente rien d'excessif, à en juger du moins par les dessins d'Hervé, qui sont considérés comme exacts.
Inversement l'arrêt de développement de F^ a été observé maintes fois chez les races inférieures, chez les sujets d'intelligence défectueuse et chez les sourds-muets de naissance. Giacomini signale chez trois sourds-muets sa petitesse, ses faibles inflexions, l'absence de ses plis d'anastomose avec F^. Rûdinger la trouve, sur 5 sourds-muets, plus simple, plus petite à gauche, alors que le côté droit est normal ou même volumineux; l'atrophie porte surtout sur le pied, le cap et la première temporale. Il a vu aussi sur des microcéphales la circonvolution tout à fait rudimentaire ou même à peu près absente, en même temps que l'insula était resté lisse.
Ce sont là des faits positifs dont l'importance est considérable. Il importe de signaler, en opposition, des faits négatifs que peuvent expliquer la transmission héréditaire de formes acquises ou toute autre coTidition, et qui ne sauraient infirmer le résultat général; ils doivent seulement nous imposer une extrême réserve dans l'appréciation des cas particuliers et dans la reconstitution posthume de l'intelligence ou de l'élocution du sujet d'après l'étude de sa troisième frontale. Ainsi Eberstaller l'ait observer, ce que tous les anatomistes savent par expérience, que les cerveaux des salles de dissection présentent fréquemment un F^ très compliqué; il a vu cette circonvolution parfaitement normale sur trois sourdsmuets et sur deux crétins. De même Calori a constaté son développement habituel chez des sourds-muets et chez deux idiots qui ne pouvaient parler.
[charpy:
NEVROLOGIE.
Type quaternaire du lobe frontal. — En 187G Benedikt avança que le cerveau des criminels possédail comnio caraclcre distinclif un type à quatre circonvolutions longitudinales, produit par le dédoublement de la première frontale; c'était, suivant lui, une anomalie réversive ramenant le cerveau humain au type Carnivore, la première frontale se résolvant en ses deux éléments primordiaux, les deux sagittales supérieures des mammifères. 11 y avait dans celte affirmation une première erreur, le dédoublement se produisant plus souvent aux dépens de F^ que de F^; en second lieu, l'assimilation de notre première frontale aux deux pariétales supérieures des carnivores est de tous points inadmissible; enfin Benedikt ne prouvait pas par des chiffres précis que le type quaternaire fût plus fréquent sur le cerveau des criminels que sur celui des sujets normaux. Plus tard en 1879 (Ànatomische Studien an Verbrecher-Gehirnen, Wien, 1879), il reconnut que F' n'était pas
Rolando
1" fr.
T fr.
Sylvhcs Cap
Fjg. 218. — Type quaternaire du lobe frontal (d'après Giacomini).
Hémisphère droit.
seule à se dédoubler, mais il maintint ses conclusions premières basées dès lors sur 87 cerveaux de criminels qui se décomposaient ainsi : 42 cerveaux à .3 circonvolutions
à 4 circonvolutions
complètes 27 incomplètes 13
le même sens, dix de
Schweckendick, crurent un mo-
5 — à 5 circonvolution Bientôt des observations se succédèrent dans quatre de Hanot, trois de Bouchard (de Bordeaux), etc.. et leurs auteurs ment que le type à quatre frontales était le stigmate principal, tvpique, du cerveau criminel. .11'
Cette hypothèse ne tarda pas à être renversée par les deux faits suivants : 1» le dédoublement d une frontale est aussi fréquent sur les cerveaux normaux que sur les autres, cest ce qua établi Giacomini ( Fanera délie Chronvoluzioni, 1882); on a pu croire au début a une fréquence plus grande sur les cerveaux criminels parce qu'on les étudiait avec plus de soin que les autres; 2»le cerveau humain dérive, non pas du type Carnivore, mais du type simien binaire, qui en se dédoublant produit chez l'homme l'ébauche normale d'un type quaternaire. Lelui-ci dans son développement n'est donc pas une anomalie atypique, réversive, mais bien au contraire l'exagération d'une forme normale, une anomalie progressive.