‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource] (volume 2)Chapitre 122 sur 194 · I. — RUBAN DE REIL ou FAISCEAU SENSITIF · texte numérisé non relu

I. — RUBAN DE REIL ou FAISCEAU SENSITIF

Le ruban de Reil ici décrit est le rubaa médial oo ruban inférieur, ruban cortical d'IIœsel, leniniscus, laqueus, de la plupart des auteurs étrangers, ou encore \e faisceau sensitif. Nous étudierons successivement son origine racbidienne, son croisement, son trajet, son origine crânienne et sa terminaison.

1" Origine rachidienne ou spinale. — Le ruban de Reil, voie centripète, prend naissance à l'e.xtrémité inférieure du bulbe, dans les cordons postérieurs de cet oi'gane. Il a pour origine principale les cellules des noyaux de Goll et de Burdach, dont il représente le prolongement cylindraxile. Ces cellules par leurs prolongements protoplasmiques sont enlacées, articulées, avec les branches ascendantes des racines postérieures qui viennent déployer autour d'elles leurs arborisations terminales, et leur apportent les impressions des cellules sensitives des ganglions rachidiens. A leur tour, et par leur cylindre-axe, elles transmettent ces excitations dans deux sens dilïérents ; -les grandes cellules, groupées dans les noyaux externes, envoient leurs prolongements dans le corps restiforme et par là au cervelet ; les petites cellules, qui prédominent dans les noyaux internes, dirigent leurs prolongements nerveux vers le ruban de Reil et par lui vers le cerveau.

Les origines accessoires du ruban sont d'abord les fibres radiculaires directes, qui lui arrivent des racines postérieures sans s'être interrompues dans les noyaux de Goll ou de Burdach. L'existence de ces fibres n'est pas certaine, et en tous cas elles sont peu nombreuses; — en second lieu, les fibres du cordon antéro-latéral, également discutées, et que le ruban recevrait d'ailleurs plus loin, après son croisement.

2° Entrecroisement sensitif . — A peine nées des cellules des noyaux postérieurs, les fibres du ruban se dirigent en avant et en dehors, en décrivant de belles courbes parallèles à concavité interne autour du canal de l'épendyme ; ces fibres courbes sont les fibres arcif ormes internes. Dans leur passage à travers la substance grise, elles décapitent la corne postérieure de même que les faisceaux pyramidaux décapitent la corne antérieure ; cette tête, isolée désormais, servira de noyau terminal au nerf trijumeau. Arrivées en avant du canal central, les fibres arciformes se croisent à angle aigu ou à angle droit en traversant le raphé et passent du côté opposé, derrière les pyramides antérieures, dans le fond du sillon médian qu'elles comblent.

Les cordons postérieurs se croisent donc totalement par l'intermédiaire des fibres qui les prolongent. C'est là le croisement sensitif, croisement duruban, croisement supérieur parce qu'il se place au-dessus du croisement pyramidal moteur. 11 ne se fait d'ailleurs qu'après l'achèvement complet du croisement moteur, entre le niveau supérieur de celui-ci etl'extrémité inférieurede l'olive. Les deux entrecroisements sont étagés, superposés. Les fibres de Goll se croisent les premières; celles de Burdach ensuite.

Arrivées derrière les pyramides, les fibres, jusque-là horizontales et arciformes, se coudent pour devenir rectilignes et verticalement ascendantes. C'est au

STRUCTURE DU TRONC CEREBRAL

niveau de ce coude qu'elles recevraioni une paiiiodes libres du cardon anlérolaléral de la moelle. Plusieurs auteurs admeltent en elîet, à la suile d'Ivlinger, ([u'une partie des fibres du cordon anléro-latéral sont des fibres sensilives qui |)roviennent des cellules de la corne postérieure ojjposée par la voie de la coinniissnre blancbe antérieure. Ces fibres, étant déjà croisées dès leur origine, iraient se terminer dans le ruban de lîeil du mémo coté, lui-même aussi déjà croisé, ce qui au fond mettrait toutes les fibres des cordons ])osléri(Mirs et antérieurs sur le même [)ied. Il est bon d'ajouter (|u'on n"a pas la certitude de l'cxis-

..A'. ilr Ootl

Fiff. 31i. — lintrccroisemcnt sensitif.

Coupe transversale du liulbe. Noyaux de Goll et de liurdach. Décapitation de la téte postérieure.

tence de ces fibres sensilives antéro-latérales, et ceux qui les admettent ne sont j)as (faccord sui' leur nombre ni sur leur longueur, ni même sur leur origine. Les uns n'yvoient (|ue des fibres courtes de second ordre, d'autres y font entrer même le faisceau de Gowers.

.'^ Trajet du ruban de ReiL — A partir de son coude, le ruban de Reil monli' vi>rticalement au-dessus et en ai'i-iéredu faisceau pvramidaL et tons deux faiblement séparés, occupant l'un la calotte, l'aulre le pied du ti'one cérébral, cbemiiient jusqu'à la base du cerveau.

Dans le bulbe, le ruban occupe la couche inlerolivairc (|u'il con>tilui' |)resque exclusivement. 11 est situé entre l'olive en dehors et le raphé en dedans, en

NÉVROLOGIE

arrière de la pyramide antérieure, par conséquent du faisceau pyramidal, en avant du noyau de l'hypoglosse et du faisceau longitudinal postérieur. A ce niveau, on l'appelle quelquefi»is portion sensitive des pyramides. Debove et Gombault ont même pensé qu'une partie des fibres était mélangée avec les fibres du faisceau pyramidal ; mais peut-être ces fibres saines qu'ils ont constatées au

Ituban (le Iteil (/'. sensit.)

. T. quad.

liithan lat.

' (/'. acoust.)

,/V. cocid.

■ Noy. cràii. sensit.

N. de Golt

iV. de Bm-d.

F. ant. lat.

Cord. post.

Fig. 315 — Le Ruban de Roil ou Faisceau sensitif.

La voie acoustique centrale (faisceau acoustique, rulian de Reil latéral) est sommairement indiquée en rouge. Figure schématique.

milieu d'une pyramide dégénérée provenaient-elles d'autres parties du bulbe, qui envoient quelques fibres dans la pyramide ou à travers elle.

En entrant dans la protubérance, le faisceau sensitif quittant la couche interolivaire se constitue à l'état de véritable ruban. Il s'élargit transversalement et s'aplatit d'arrière en avant. Le champ large et étroit qu'il occupe est situé dans la partie la plus ventrale de la calotte, immédiatement en arrière des fibres transversales les plus profondes; et dans la région inférieure, il est en arrière du corps trapézoïde qui le traverse en partie.

Nous le retrouvons avec les mêmes caractères dans la calotte du pédoncule cérébral. De plus en plus aplati, il s'étend du raphé à la face externe de l'organe ;

STRUCTURE DU TRONC CÉRÉRRAL

iIorri(''re lui (aii-dessiis) est le |M''(Iiiiicii lo (•('■rrlu'llciix su ikm'icii r prolonn-ô )ilns loin par le noyau rouye, en avant (au-dessous) le locus uiger f[ui le sépare du pied du pédoncule (Voyez fly. 33G).

4° Origine crânienne. — De mémo ijuo le faisceau |>yrainidai moteur possède un i'aiscoau destiné aux nerfs moteurs crâniens, de même la voie ascendante sensitive contientles fibres des noyaux sensitifs crâniens qu'elle recueille sur son passage. Elle s'accroît donc au fur et à mesure qu'elle s'élève dans le tronc cérébral, d'autant plus qu'elle reçoit non seulement les fibres des nerfs crâniens mais encore une partie des libres des ganglions écbelonnés dans ce trajet, notamment des noyaux du ruban de Reil, et|)eut-ètre même des fibres cérébelleuses. Les noyaux terminaux du glosso-pharyngien, du pneumogastrique et du i ri jumeau émettent des |)rolongements cylindraxiles ([ui traversent le raphé du bulbe ou du |)ont, à la façon des fibres arciformes de Burdacli, et vont sejoindre aux fibres de Reil.

Les libres du trijumeau, ainsi que Ilœsel l'a reconnu dans deux cas de dégénéralion secondaire, nées du noyau sensitif et de la colonne cellulaire de la racine spinale, se croisent dans le raphé comme fibres arciformes internes, dans un champ médullaire situé entre le pédoncule cérébelleux supérieur et le locus cœrulcus, poursuivent un instant leur trajet dans la calotte à l'état de faisceau isolé, puis se mêlent au ruban |)rincijial et partagent sa terminaison.

La partie vestibulaire du nerf acoustique possède une voie centrale complexe (Â'œ//i/,e)'). De ses noyaux sensitifs, novau dorsal, noyau de Deiters, racine descendante, partent des fibres qui vont en plusieurs directions : d'abord dans le cervelet, ])ar un fort faisceau qui naît surtout du noyau de Deiters et qui suit le pédoncule moyen pour aboutir à tous les noyaux ganglionnaires centraux et à l'écorce du vermis supérieur, — |)nis au ruban de Reil, en se croisant dcfns le raphé; — d'autres au noyau d'origine du moteur oculaire externe avec lequel elles forment une association remarquable ; — d'autres enfin moins bien connues iraient soit dans le cordon latéral de la moelle, soit dans les voies acoustiques centrales du nerf cochléaire.

5° Terminaison du ruban de ReiL — Nous n'avons pas en ce moment à étudier la icrminaisdu cérébrale du f.iisceau sensitif; nous n'en donnerons ([u'iine indication sommaire. L'aboutissant final du ruban de Reil est l'écorce cérébrale, ])rincipalemcnt celle des circonvolutions centrales ou rolandiques. Flechsigel llœsel estiment que les 5/6 des fibres y parviennent. On admet que la plupart vont directement, de leur noyau d'origine à l'écorce du cerveau ; que d'autres subissent une inlerruplion momentanée dans les tubercules quadrijumeaux antérieurs, dans la couche optique et le noyau lenticulaire. Sans doute un certain munlire, celles qui servent aux réflexes, s'y terminent même complètement.

Nous avons signalé la terminaison dans l'écorce cérébelleuse d'une ]iartie des fibres du nerf vestibulaire, qui n'ajqjartiennent pas d'ailleurs an ruban de Reil.

Origine du ruban — Hœ-el (Di^ Contralwimlun.iîon... Arrh. f. Psi/rh.. 1892) se fonde sur un cas de dcgonéralion secondaire pour soulcnir ([ne les libres du niliaii proviennent bien du noyau interne Je Burdacli et partiellement aussi du noyau de GoU, mais

que, contrairement à l'opinion générale, elles ne prennent qu'une part très restreinte au croisement sensitif. Elles se croisent par faisceaux isolés, comme fibres arquées internes de la formation réticulaire. D'après lui, le croisement sensitif, composé de fibres du noyau de GoU et de la partie la plus inférieure du noyau de Burdach, ne prend aucune part à la couche interolivaire ; ses fibres, destinées surtout au cervelet, contournent l'olive ou traversent la pyi'aaiide et se jettent dans le corps restiforme. Seule la partie la plus élevée du croisement appartiendrait aux fibres qui doivent aller constituer le faisceau sensitif.

Faisceaux du ruban de Reil. — Bechterew distingue, d'après l'époque de leur développeuient, plusieurs faisceaux dans le ruban de Reil ; 1" le faisceau interne, constitué par les libres de Goll. Ces fibres occupent d'abord la partie postérieure de la couche interolivaire, puis la portion interne du ruban ; elles vont aboutir directement à l'écorce cérébrale ou à la couche optique; 2" le faisceau externe, qui contient les fibres de Burdach et qui abandonne ses fibres au tubercule quadrijumeau antérieur et au noyau lenticulaire ; 3° le faisceau épars, formé de fibres fines, disséminées sur toute la largeur du ruban principal, depuis le bord inférieur de la protubérance jusqu'à son bord supérieur. Ce faisceau représente les fibres centrales des nerfs crâniens sensitifs; aussi s'accroit-il constamment, à mesure qu'il monte. Dans le pédoncule cérébral, il sortdu ruban, traverse la partie externe du locus niger, et se place dans le pied au-dessus du faisceau pyramidal qu'il suit à travers la capsule interne jusqu'au lobe pariétal.

Bechterew mentionne encore, d'abord le ruban latéral, le plus précoce de tous les faisceaux, que nous allons décrire comme faisceau acoustique; puis le faisceau inédian accessoire qui occupe près du raphé la partie interne de la couche ou région de Reil. Ce dernier faisceau à développement très tardif, postérieur à la naissance, n'aurait avec Reil que des rapports de contiguïté, car il ne serait autre que le faisceau géniculé du faisceau pyramidal, ayant pénétré du pied pédonculaire dans la calotte protubérantielle et se distribuant aux noyaux des nerfs crâniens moteurs.

Hœsel dans ses derniers travaux reconnaît quatre parties différentes: 1" le rî<6a/i cortical, partie fondamentale de la voie senîitive, qui va sans interruption des cordons postérieurs à l'écorce cérébrale ; 2° le ruban du pied, de Flechsig, qui va probablement à l'insula en passant par le globus pallidus et qui dans le pédoncule cérébral est situé dans le pieil, audessus du faisceau pyramidal ; 3'^ le ruban mêdial, qui me semble correspondre au faisceau géniculé des Français, faisceau accessoire de Bechterew ; 4° le ruban du thalamus, qui se perd dans la couche optique.

Dégénérations du ruban de Reil. — On a observé des dégénérations du ruban, les unes expérimentales, les autres pathologiques.

Les dégénérations expérimentales ont été provoquées par Gudden et par Monakow en extirpant le lobe pariétal. Dans ce cas, l'atrophie est descendante et a pu être suivie jusque dans le noyau de Goll et la partie externe du noyau de Burdach, eux-mêmes atteints dans certains cas par la dégénération. Inversement, Véjas, puis Singer et Miinzer, en détruisant les noyaux des cordons postérieurs, ont vu se produire une atrophie ascendante à travers les fibres arciformes internes homolatérales, et le ruban de Reil centrolatéral jusqu'au corps trapézoïde dans quelques cas, jusqu'à la couche optique dans d'autres.

Les observations de dégénération pathologique sont rares, peut-être parce que ces lésions sont profondes et ne se voient pas à l'œil nu, et qu'elles échappent à un examen superficiel; on en compte à peine huit ou dix cas. Tantôt il s'agit d'une lésion de l'hémisphère (lésion corticale, foyer dans la capsule interne, porencéphalie), et dans ce cas la dégénération descendante s'est propagée jusqu'aux noyaux de Goll et de Burdach opposés et même au noyau sensitif du trijumeau, les deux noyaux du cordon postérieur pouvant être atteints isolément ou simultanément; tantôt et le plus souvent, c'est une lésion du tronc cérébral, tumeur, foyer hémorrhagique, qui provoque une dégénéralion ascendante ou même tout à la fois ascendante et descendante.

Il reste donc acquis qu'on peut faire dégénérer le ruban de Reil en attaquant une quelconque de ses extrémités, les noyaux du cordon postérieur ou les circonvolutions centrales, et qu'une interruption du faisceau sur son trajet peut provoquer une dégénération dans les deux sens, ascendant et descendant. Il faut en conclure que le ruban contient deux espèces de fibres, ayant chacune leur origine et par suite leur centre trophique à une extrémité opposée, des fibres centripètes et des fibres centrifuges. Les fibres centripètes à dégénération ascendante, sont les vraies fibres sensitives^ issues des cellules des noyaux de la moelle et des noyaux des nerfs crâniens. Les fibres centrifuges, à dégénération descendante, qui viennent du cerveau ou des ganglions opto-striés ou d'autres noyaux inférieurs, sont analogues aux fibres centrifuges que nous signalerons plus loin dans les voies sensorielles, dans les voies centrales acoustique, optique et olfactive. Un certain nombre d'entre elles

STRUCTURE DU TRONC CÉRÉBRAL

fonctionnent comme voie fie retour rétlexe à i[nel([ue centre ganglionnaire ; niais la signilication de beaucoup d'entre elles est inconnue.

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