‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource] (volume 2)Chapitre 176 sur 194 · IL — CIRCULATION ARTÉRIELLE DU CERVEAU · texte numérisé non relu

IL — CIRCULATION ARTÉRIELLE DU CERVEAU

Les artères du cerveau proviennent de deux sources, du système carotidien et du système vertébral.

La carotide interne sortant du sinus caverneux aborde perpendiculairement la base du cerveau et immédiatement, à l'angle externe du chiasma, se divise en éventail, donnant quatre branches, deux volumineuses antérieures, deux beaucoup plus petites qui sont postérieures, toutes dirigées horizontalement, par conséquent coudées à angle droit sur leur tronc d'origine. La branche antérieure est l'a cérébrale antérieure, la branche externe la c. moyenne ou sylvienne, la branche postéro-externe la choroïdienne antérieure, et la branche postérieure la communicante postérieure. Le système vertébral est représenté par le tronc basilaire qui, au bord supérieur de la protubérance, se bifurque en ses deux branches terminales, les cérébrales postérieures.

Le système carotidien estde beaucoup le plus important, car il représente les 2/3 des troncs d'origine; la surface de la section de l'a. basilaire étant 1, celle des deux carotides réunies est 2, rapport qui est un chiffre constant; aussi la ligature d'une carotide est grave pour le cerveau. Ajoutons que les hémorrhagies cérébrales se font surtout dans son domaine, que c'est elle qui charrie presque exclusivement les embolies, et qu'elle a sous sa dépen-

VAISSEAUX DE L'ENCÉPFÎALE

fiance le cerveau moteur et tous losceulrcs d'apliasie. Los carotides ilrnilc et .i»niicli(\ à, la base du cerveau, ont une surface sensiblement égale, et l'on ne peut a\ec tie Fleury attribuer le plus grand volume de l'hémisplière gauctic ( fait inconstant d'ailleurs) à la pré|)ondérance île la carotide gauche. Sur 57 sujets, Ehrmann a trouvé 3G lois les deux artères exaclcnicnt égales, o l'ois la gauche plus volumineuse et Ki lois la droite. Les cliill'res de Lœwenfeld sont dilï'érents. t2o sujets à artères anormales rde"20 à 00 ans, lui ont donné ; 12 l'ois égalité, 31 fois la droite plus large et 79 fois la gauche: la plus grande dillérenco atteignait 4 mm. dans la circonférence. Il faut dire que cet autcura tenu coniptcdes dill'érences les plus minimes.

I']n s'uiiissant dès loiir origiiu^, les arléres émanées des carotides et du tronc basiiaire constituent l'hexagone de Willis, c'est-à-dire une figure géoniéirique à six cotés. Les deux côtés rienres, qui, nées des carotides, se portent en avant et en dedans à la rencontre l'une de l'autre, et après un trajet de L'i nun. s'unissent par une anastomose transversale, la communicante antérieure. Celle-ci a une longueur moyenne de 2 à .3 mm. et un I). intérieur de I mm. ; elle figure l'angle antérieur InnKpu'' el quand elle est un peu plus longue, cet angle devient un petit côté d'heptagone. Les cotés moyens sont les communicantes postérieures, l'allés viennent de la carotide, marchent directement en arrière et s'unissent aux cérébrales postérieures; Icui' longueur esl de 1)1 mm., leur D. extérieur est de 1 mm. 5 (intérieur à I mm.) Aux côlés |)Ostérieurs répondent les a. cérébrales jjostéi'leurcs, ile|iuis leur origine du tronc basiiaire jusqu'au point où elles reçoivent les communicantes, ce (jui cories[)ond à une longueur moyenne de 1 cm. (Iliaque côté de riiexagoiie a donc de 1(1 à lo mm,, et les D. de sa surface sont de 2 cm. environ.

Si l'hexagone n'a rpie six artères formant ses six côtés, il en a davantage en comptant ses angles, car nous trouvons, à l'angle aiilérieui', la comm. antér-. ; à l'angle postérieur, le tronc basiiaire ; aux angles latéraux, les carotides, J)ix artères prennent donc part à sa constitution , même douze (piand les comm. post. naissent des a. sylviennes ; aussi le tiM'iue d'hexagone esl-il (juelquefois remplacé jjar celui de polygone ou de cercle arlériel de \\'illis.

Le volume de l'hexagone . et par suite celui du syslèinç artériel tntal du eei'v cau, n'est pas, connue on pourrait le croire, proportionnel à celui de la masse nerx i'usi'. Les surfaces lie section des gros vaisseaux varient dans de grandes lirnih's, celle de la carotide de .t à 0 mill. carrés, celle du tronc basiiaire de 5 ii 8,o ; et la somme de ces surfaces ne croit pas comme le poids du cerveau (Ehrinnnn , Ld'trpiifeld). Deux encéphales de même poids peuvent avoir une surface artérielle égale che/, le iiremier à 1. et chez le second à 1.8 presque au double. Les dillérences sexuelles ne sont pas nettes. L'âge inllue, en aug-

NÉVROLOGIE

montant progressivement le volume des artères ; ici, comme pour l'aorte [Beiu'ke], l'accroissement est physiologique jusque vers 40 ans ; au delà, le volume cesse de croître, ou si l'artère se dilate, c'est un fait d'ordre pathologique, lié à la diminution de l'élasticité.

Si l'on fixe une moyenne entre les chiffres extrêmes, on reconnaît que ces chiffres représentent d'un coté une insufïîsance vasculaire, de l'autre une vascularisation excessive. Ces deux types circulatoires sont tantôt en rapport avec un état semblable de l'arbre artériel de tout l'organisme, de l'aorte notamment, tantôt indépendants et propres au cerveau. Un tel état anatomique ne peut être sans influence sur les hémorrliagies , les ramollissements, ou sur les maladies inflammatoires. On peut aussi penser qu'une insulfisance organique des artères cérébrales doit s'opposer à la puissance et à la continuité du travad intellectuel, qu'elle favorise la fatigue et par suite l'apparition de toutes les névroses qui naissent de l'épuisement cérébral. C'est cette insurfisance dans le développement artériel, insulfisance congénitale, qui porte sur le calibre vasculaire et peut-être aussi sur la constitution de ses parois, que Lœwonfeld considère comme la tare organique, par laquelle s'expliquent la prédisposition aux héniorrhagies cérébrales et leur transmission liéréditaire. Les varices, les hémorrhoïdes nous offrent des exemples analogues d'imperfection vasculaire constitutionnelle (V. LœwenfcAd, Studicn (iber /Etiologie... der spontanen Ilirnblutungen, 1886).

L'hexagone entoure en couronne la selle tureique. Il est situi' dans le confluent sousarachnoïdien inférieur ou réservoir central, ses artères battent dans une couche liquide abondante et doivent tendre à soulever le cerveau. Ce confluent est divisé en deux loges pai' une cloison transversale ; les earotiiles et les communicantes posti'u'. occupent la loge antérieure, les cérébrales postér. la loge postérieure. Par sa continuité, le cercle artériel

Fig. 383. — Hexagone île Willis sur la base du crâne (d'après Bouhgeuy).

assure l'unité vasculaire du cerveau. Dans le sens antéro-postérieur, la continuité est établie par les communicantes postér. ; entre les moitiés droite et gauche, par la communicante antér. et par le tronc basilairc impair et médian.

L'hexagone n'est pas constitué de la même façon chez les animaux, du moins chez la plupart. Chez les rongeurs, le système vertébral est énorme; au contraire chez les ruminants et en général chez les animaux domesticfues, les vertébrales n'arrivent pas dans le crâne, le tronc basilaire est formé par les occipitales, branches de la carotide externe, et la carotide interne fournit les trois cérébrales, en même temps qu'elle reçoit dans une arcade transversale la fin de l'a. basilaire. Il n'y a pas de communicante postérieure ; le tronc basilaire communique avec la carotide interne d'abord par sa terminaison assez grêle, puis par une branche anastomotique qu'il envoie à la carotide dans le sinus caverneux, branche qui fait défaut ou est très grêle chez le cheval, volumineuse et à peu près constante chez l'âne. Cette môme anastomose a été plusieurs fois constatée chez l'homme, et coïncidait ordinairement avec des artères vertébrales peu développées. On comprend, d'après cette dis-

VAISSEAUX DE L'ENCÉPHALE

liiisitinn. la ligature .siniull.ancc dos Jeux caroliilcs priiiiil.ivns ost constanimonl nim lcllc c\\i'/. je chcv ai : elle siippi'iinc !apros([iio totalité du sang encépliali(|ue, drs ti'oi.^ ri r.'liiMlcs p. Il- la carotide iiiteriK; et du trône, basilaire |iar la earotidi^ externe qui l'ournil 1rs orcipilali's, origines de ee trône; le sang ne peut plus ai'ri\x'r ipir |)ai' les anastomoses des Ncrli'liralcs, d'ailleui-s pi'u dr>vidop]ii;es, avec les oecipitales el, par eellcs-ei au trône, hasilaire ; niais à son tour, le trnric liasilairo n'a av(^e le système carotidii'U (p-.e d(? trrs petites anastomoses. 11 n'en siîr.iit p.i.s de même chez l'Ane, le cliicii ou le lapin.

( liiez riiommi', li's anomalies de l'hexagone sont très IViMpicnles. Voiei les plus eommunes nlis{T\'('('s sur .'17 siiji'ls des ileu\ sexes [par Eliriiin nii | ,

Communicante antérieure — Si. x fois longue de (i ;i s mm. : ilouze l'nis cciui'lc au piiiiil ipiil yii\,i,il l'usidu di's diMjx eiM'ébrales ; — douze l'ois doulile, donture' li'rs ]irlili': une fois triplr : deux fois en Y; — quatre fois très lar.ge ; srpt fois petite, ou ue"'mr iiliforme.

La eomuninicante anti'rieurc fait liéfaut chez la brebis. Cluv, le chien, l'ànc, le cheval, chez certains singes et anormalement chez l'homme, elle rsl ri'uqilacée par la fusion plus ou moins l'temlue des deux ci'n'dM'ales antérieures formant une sorte de tronc basilaii'c.

Communicante post. — 1 1 fois ti'és \-olumincuse a\ ec nTédu-alc posté'r. i^n'le : l' fois des diMix cùtés, et 2 fois d'un seul coté, dont 5 a gnurhe et i .'i ilroite. Il semlilc dans ces c'is (|ur la cérébrale postérieure, qui, d'abord étroite, devient subiti.'UKMit très r-i'osse après a\ iiir reçu la communicante, nait di' la carotidi; el non du Irone basilairi^ : celle inler|iictalidti est probablement exacli', car chez beaucdup d'animaux l.i c('rél)rale pnsir^iicni-e est une branche carotidienne, et l'anomalie s'explique pai' In n'version. — 17 fois les eoinmunicantcs sont a;U -dessous du D. moyen, petites (ciicdnf'i'. inlér. de 1 mm. a 1 mni..'i,iu lieu di^ 2 à 3 Jiormal) ou lili fdi-nn;'s (circonf. intér. iiilViieure a 1 mni.l: (i luis iruu seid ci'ili'. Il l'ois des deux d'iliis à la fois. Lonibrosoet (iiaeomini dut si^'oalé son \-olnme anormal chez les criminels.

Mentionnons encon' d'autres anomalies graves et rares ; l'alisence d'une communicante postérieure, une carotide donnant les deux sylviennes ou bien les deux cérébrales antérieures. Dans un cas cité par Knndrat, ligature de la carotide, mort 27 heures après, eni i''phalnmalacie do la moitié du cerveau, la carotide interne fournissait les trois cé'ré- IiimIi^s, le tronc basilaire se ternunait dans les céndjelleuses inférieures et celles-ci n'avaient a\ee les (•(■'l'idirales postér. que des anastomoses liliformes.

l'n ;,'i-and nondîre de ces anomalies .jouent un l'ôle considérable dans rinlei-i iqitidn di^ la circulation à la suite tl'une ligature de la carotide ou d'une obstiaiclion d'un point de l'hexa^'one par tlirombosi» ou embolie. Les plus iniportanti's sont r(''trdilesse des cérébrales pdsl(''rieures et celle des communicantes postérieures; dans les deux <-as, les communications entre le système carotidien et le système vertébral sont insullisantcs pour qu'ils puissent se suppléer. Ebrmann fait remarquer que li> chilfreiles accidents cérébraux gra\'es à la suite il(^ l.a " liLrature d'une carotide (21 p. lOil) cdïneide a\'ee celui ib's anomalies de riiexaLTdni' l'end.anl les anastomoses insuflisantes (2+ p. liHl).

Les ;momalies de l'hexagone sont plus l'reipn'nles idnv, li's aliénées (pu^ elev les su.jets ndniiaiix. Krii,'erio, sur 37 cerveaux d'aliénés, a uoti'' 21 fois d'iuqiorlantes auduialies vasculaires. Loudjroso, sur 71 cerveaux de criminels, si.trnale 2li anonialii'S. l't notamment une fois l'absenci» des communicantes ])dst(''rieiu'es et 18 fois la grossiMir anormjile de ces mêmes conununicantes. Mori [ Rivisla . <l i frenialvia . 18!) 'i l a ('tudii' cmiiparativement 3.T cer\'eaux normaux et 3."i cerveaux d'nlii''nés. Les cerveaux normaux ont fourni 22 anomalies, dont 13 des cérébrales et Odes cérébelleuses; les autres, 33 anomalies, dont 3>2 des cerelir.iles et 1 des cérédielleuses. Il y avait, dans le premier cas, 13 enei''phales s.aus .anomalies, et dans le second 2 seulement sur 3."i. 11 faut noter .aussi que la ]iluparl des auciuialies chez les su.jets sains ire^|)ril , inul en ('danl nidins iidmbreuses. (■Liienl be.iueonp plus insignitiantes (division précoce, dilfi''renee de ealibrel, tiindis (pie chez les .ilieiev- un ^'rand nmnbi-e étaient des anomalies complexes, graves, rappelant des types (pn^ l'dii observe (diez les inanmiifères non primates. Ces anomalies comprenaient sur ci\s nn'-mes cerveaux d'aliénés :

10 fois, la (■(■■n'dir. posti''!'. naissant de la carol. interne : .') fois, l'absi'nee de la communie. |iosli''rieui(> : 2 fois, la. eommnuic. anh'r. doulile :

.'i fois, une artèie accessoire ilu corps calleux.

Sur les anomalies di' riiexa;,'one. voyez : l-JInvnniin, Thèse ile Strasiiour.::, l.S.'iS : — Laiitanl. Anomalies îles artères de la liaseile l'encéphale. Thèse de l'ai'is, 181)3.

NÉVROLOGIE

Les vaisseaux qui naissent de l'hexagone ou du prolongement de ses artères constitutives et des autres artères de la base, sylvienne et choroïdienne, peuvent être réparties en trois catégories : les a. corticales destinées aux circonvolutions, les a. centrales pour les ganglions intra-cérébraux, et les choroïdiennes pour les plexus choroïdes des ventricules.

Quelques artérioles se rendent en outre à la surface nièuie de la base du cerveau, surtout aux organes inscrits dans Thexagone. Ainsi le chiasma optique reçoit ses artères de la communicante antérieure, de la carotide et de la communicante postér.; le nerf optique à son origine, de la cérébr. antér. ; la bandelette optique, de la communie, post. en avant, et de la choroïdienne antér. en arrière ; les tubercules mamillaires ont deux branches de la communie, postér. ; cette même artère fournit au tuber et à la tige pituitaire un vaisseau qui s'y divise en rameaux ascendants et descendants. La glande pinéale est alimentée par la cérébrale postérieure, près de sa division et quelquefois par la fin de l'a. du corps calleux, branche de la cérébrale antérieure {Duvet).

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