CONSIDÉRATIONS ET FAITS PRÉLIMINAIRES
L'étude du poids de i'eocépliale et de ses dilféreiites parties est des plus importantes. Ce poids représente en effet numériquement, avec une précision très suffisante, le développement total des centres nerveux encéphaliques avec ses nombreuses variations corrélatives à des variations physiologiques. Cette corrélation, une analyse approfondie et l'anatomie comparative démontrent qu'elle n'est pas moins étroite que celle qui existe entre la forme générale du cerveau ou son plissement et son évolution physiologique dans la série des mammifères.
Les expressions poids de l'encéphale poids du cerveau sont très communément employées comme équivalentes. C'est rigoureusement une incorrection, puisque le cerveau n'est qu'une portion de l'encéphale; mais cette incorrection est très atténuée par le fait que les variations notables du poids encéphalique représentent en grande partie des variations du poids cérébral. Lorsqu'il s'agit spécialem(!nt du poids du cerveau, il est d'usage de désigner le cerveau par l'expression hémisplières cérébraux.
Les expressions poids et volume du cerveau ou de l'encéphale sont assez souvent employées l'une pour l'autre lorsqu'il ne s'agit que d'évaluations non chiffrées. Cette incorrection usuelle est atténuée par le fait que poids et vohtme expriment aussi bien l'un que l'autre le développement total des centres nerveux et d'une façon équivalente au point de vue physiologique.
Mesure du poids de l'encéphale. — La mesure du poids de l'encéphale ne peut fournir des résullals compai'ables que moyennant certaines précautions. Le procédé de Broca me paraît être le meilleur. Il consiste à trancher l'encéphale au niveau de lapartie inférieure du bulbe rachidien, aie laisser égoutter sur une table ou sur un linge pendant quelques minutes, dix au plus, et à le peser sans plus attendre et sans enlever la pie-mère dont l'ablation complète est parfois assez dirPicile. On ne doit pas laisser l'encéphale se dessécher par une évaporation difficile à évaluer.
Lt cadavre doit être aussi frais que le permettent les délais ordinaires des autopsies et ne doit pas avoir été injecté. L'encéphale ne doit pas avoir été plongé dans l'alcool.
La pie-mère doit être enlevée sur toute l'étendue du cerveau lorsqu'on veut peser séparément les différents lobes cérébraux. La perte de poids qui résulte de cette opération et d3 laperte du liquide céphalo-rachidien qui l'accompagne est, en moyenne, d'après les registres de Broca, de 56 gr, chez l'homme et de
POIDS DE L'ENCEPHALE
4U chez la fciuine. VA\e varie siiiviiiil le voluiiio (!iicrpluili((uc el suivant l'âge:
De 20 à 30 ans, environ 4o grammes.
De 40 à ;io — — ;■)() — Après GO — — (10 —
Celle perte varie iiHlividucllemeiit de 3(S à L'ÎO gr.
variété des procédés opéraldires [leut entraîner des erreurs considérables dans la comparaison des résultais oblenus par divers investigateurs.
D'aulres causes d'erreur inlei-viennent souvent dans la mesure du poids de rciici'phali' ou de ses (liv('rs(^s porlions. l*ai-nii ('('s causes, les principales sont l'atrophie sénile et l'atrophie causé(i par les maladies. D'après mes recherches, la deruiè>'e de ces deux causes i)iMil entraîner une déperdition do poids alteiguanl 140 grammes. La déperdilinn par atrophie sénile [)eut atteindre 300 grammes.
Poids de Vena-phalc et eapneilé erà))ienne . — ■ Il s'ensuit (|ue la mesure direcle du poids cni-i'iihaliiiui' ou du poids C(''rébral est très sujette à l'incerlitude lorsqu'il s'agit de connaître le dévelo[)[)ement quantitatif atteint à l'âge adulte et à l'état sain. Aussi la mesure de la capacité crânienne, comme Broca l'a fait justement obsei'ver, nous donue-t ello à ce sujet des chiiîres beaucoup plus dignes de confiance.
Elle ne varie point, en elfet, sous l'inllueuce de la vieillesse ou des maladies (jui n'intéressent pas dirt'clcment les parois du crâne.
La capacilij du crâne ne nîprésento pourtant jias exactement le volume de l'encépliale, en raison de {'('■paisseur plus ou moins cjrando des méninges et de la quantité variable du liquide cépliato-rachidien. réalité, le \ oluuie cubique du crâne dépasse toujours le volume de l'encépliale, mais d'um' ([uautiti? dont les variations compensent précisément, d'ordinaire, les piM-tcs \i)liimi.' subies pai' l'eneépbale. La capacité crânienne peut être considérée cduimi' repri'seatant d'uni' fai;ou proportionnelle le maximum de voluine atteint par l'encéphale cliez les diU'érents individus, et c'est ce maximum qu'il est le plus int('ressant île conuaitre. Les diirérences individindles, on plus ou en moins, se compensent uiutuelliMiient et facilement dans les movennes, de sorte que la mensuration do la capacité du crâne fournit sur le dévelopiiement quantitatif de l'encéphale les n'sultats les meilleurs el les plus couqiarables enln.' euv, à la condilion que cet te uiensuiviliou suit eirectuée suivant un pL'iicédé irrépruchalili' au puiul de vue de la, légul.irité et toujours identii[ue.
Non seulenuMit la capacité du crâne indique , avec plus de sûreté que la balance, le dé\eloi)pement quantitatif de l'encéphale, mais encore elle conslitue toujours pour les races anciennes et le plus souvent pour les populations sauvages actiudles runi(|ue moyen d'évalualimi de ce développeiuent. Comparée au poids de l'encéphale directement mesuré, elle permet d'évaluer la perle de poids subie [)ar l'encéphale sous l'inllueuce de la vieillesse et des diverses uuiladies.
Pour ces motifs, j'ai fait, en 1879, dos recherches dans h^ but d'obtenir un coefficient moyen i\ l'aide duquel on pût transformer eu nombres exprimant le poids encéphalique les nombres exprimant la capacité cubique du crâne mesurée ])ar le procédé de cubage de Lîroca.
Ce coefficient, ou équivalent pondéral de la capaeité crânienne, est en moyenne 0, 87. 11 suffit de multiplier par 0,87 la capacité du crâne pour obtenir le poids de l'encéphale indemne de toute atrophie sénile et avec la seule diminution subie moveunemeut parle fait de la maladie, c'est-à-dire tel qu'elle
NÉVROLOGIE
existe en moyenne chez les sujets dont on pèse directement l'encéphale, et avec une approximation certainement supérieure à celle que l'on obtient avec les pesées directes entachées, comme on vient de le voir, de nombreuses causes d'incertitude.
Il va sans dire que l'emploi de ce coefficient n'est valable qu'à la condition d'opérer sur des capacités crâniennes obtenues rigoureusement au moyen du procédé du cubage de Broca, procédé décrit dans ses Instructions crâniologiques, mais exigeant un apprentissage très minutieux sous la direction d'une personne exercée.
Il importe en elïet de savoir qu'une inûmo capacité crânienne, liien que toujours exprimée en centimètres cubes, peut être représentée par des nombres très différents, suivant le procédé de cubage employé. Il ne s'agit pas, en effet, de centimètres cubes d'eau ou de mercure, mais bien de centimètres cubes de grains de plomb (Broca) ou de grains de moutarde (Flower), etc. introduits et tassés dans le crîine d'une certaine façon, mesurés ensuite dans des récipients gradués où ils sont tassés encore d'une certaine façon. Tout cela est minutieusement réglé, de telle sorte que les centimètres cubes obtenus sont toujours comparables entre eux et représentent proportionnellement mais non absolument les volumes mesurés. — L'oubli de ces détails a déjà entraîné des erreurs très fâcheuses.
Le coefficient moyen 0,87 m'a été fourni j)ar des séries de cas de provenance européenne, asiastique cl africaine. Ses variations ethniques, si elles existent, doivent donc être très faibles. Quant à ses variations individuelles, elles sont énormes, de 0,64 à 0,95 sur les 52 cas utilisés par moi. La grande étendue de cet écart provient évidemment des pertes considérables subies par le poids encéphalique sous l'influence de la vieillesse et des maladies. Les variations de l'équivalent pondéral de la capacité crânienne sont assez intéressantes pour mériter une étude spéciale. Je renverrai à ce sujet aux indications exposées dans mon mémoire sur la quantité dans l'encéphale {\), où l'on trouvera également des renseignements détaillés sur les diverses questions étudiées dans le présent chapitre.
On peut avoir besoin, parfois, de convertir des poids encéphaliques en capacités crâniennes. Ilsuffit pourcelade multiplier les poids par le coefficient 1,15, équivalent cubique moyen du poids de l'encéphale.
D'après tout ce qui précède, il est clair qu'il serait absolument illusoire, même toutes précautions prises, de tabler sur des différences individuelles de 10, 20 et 30 grammes il'encéphale pour se livrer à dos appréciations physiologiques. S'il s'agit de groupes d'individus à. comparer entre eux, de telles différences entre les moyennes méritent au contraire d'être prises en considération, mais àla condition que les moyennes soient calculées sur des séries comprenant au moins 40, 50 ou 60 cas. C'est là une condition trop souvent méconnue et dont l'oubli a entraîné déjà maintes fois les plus singuliers écarts d'interprétation.
Densité des centres nerveux encéphaliques. — La mesure ' de cette densité est une opération assez délicate exigeant des précautions multiples si l'on veut obtenir des chilTres exacts. C'est la principale cause des divergences qui existent sur ce sujet entre les auteurs. En outre les variations suivant l'âge et le sexe n'ont pas été établies sur un nombre suffisant d'observations, les variations individuelles étant considérables.
(1) L. MA.MOUVRIER, Mémoire sur l'interprétation de ta quantité dans l'encéphale. {Mém. de la Soc. d'AntItr. de Paris, II" série, t. III.)
POIDS DK L'ENCÉPHALE 735 Voici un rt'sumé dos [)riiici|iaux rrsiillals [)iil)lii''s : D'après Lc^tret el Mélivler :
Matière cérébrale. Densité 1.028
lyai^rès Mnsclienhroek .... 1.031
D'après Peacocii ('M intlividus) :
Encé|. haie en bloc . . . 1032 à 1039, nioy. : 1036
Cerveau (lioinnies) . . . 1030 à 1038, — 1034
— (renunes) . . . 103t à 103j, — 1035 Cervelet (hommes) . . . 1 036 à lOi-i-, — 1040
— (femmes) . . . 1038 àl(li.|, — 1041
D'après Sa)tkee. (73 indivltlus) :
Cerveau, subst. orise . . 1028 à lOiO, — 1034
— — blanche. . 1l)32àl0i8, — 1041
D'après Ck. Baslian (40 individus):
Cerveau, subst. grise — 1030
— — blanche — 1040
D'après Dan'dL'wsky :
Cerveau en bloc (chien , 1031), homme. — 1041
Sub-^lance grise — 1029, — — 1038
— blanche — 1035, — — • 1043
D'après Biickiiill (125 aliénés) :
Cerveau en bloc .... 1036 à 1052, — lOil
— subst, grise . . . 1030 à 10i8, — 1037
— — blanche. . 1033 à 1040. — 1039 Cervelet en bloc .... 1030 à 1053, — 1041
Le fait qui ressort le plus clairement de ce tableau est (|ue la densité de la substance blanche est supérieureà celle de la substance grise, car, sur ce point, les résultats sont concordants.
La densité cérébrale serait j)lusélevée chez l'Iiumme que chez le chien d'après les chiffres de Danilewsky.
La dilTérence sexuelle constatée par Peacock est trop faible pourétre acceptée comme résultat ferme.
Desmoulins, puis M. Debierreont avani é' ipie lad(Misitédu cerveau est accrue chez les vieillards ; mais les chilTres publiés à ra|)j)ui de ce fait sont insuflisaiits.
Il semble, d'après les clulfres de Bnehnill, i|ue la densité cérébrale soit accrue en moyenne chez les aliénés; mais il n'est pas certain que les observations de cet autour soient exactement comparaliles à celles des autres.
En divisant par la densité moyenno île l'encéphale (1,030) le poids moyen ISoS gr., on obtient, comme volume absolu, 1310 centimètres cubes. .\vec la densité 1.030, ce volume deviendrait 1318 c. c. Les variations de la densité des centres nerveux ne sauraient donc empêcher de considérer prati(iuemenl le volume du cerveau comme étant proportionnel à son poids. L'étude des vari,■llil)a^i de la densité suivant le sexe, l'âge, la race, les maladies, n'en possède pas moins un intérêt spécial.
NÉVROLOGIE