I II. — PIE-MÈRE CÉRÉBRALE OU CRANIENNE
La pie-mère cérébrale se distingue de la pie-mère spinale par plusieurs caractères tranchés. Elle est beaucoup plus mince, étant constituée uniquement par la couche interne, par conséquent plus transparente et moins solide ; elle est aussi plus vasculaire. Au moins est-elle ainsi sur la convexité du cerveau et du cervelet, car on trouve à la base, sur les pédoncules cérébraux, la protubérance et le bulbe, régions où la membrane tapisse de la substance blanche, une piemère de transition, plus épaisse, moins vasculaire, intermédiaire entre le type
PIE-MÈRE
cérébral et le type spinal. Dans ces mêmes régions, surtout au niveau de l'espace perforé antérieur et sur la face antérieure du bulbe, la pie-mère prend souvent une teinte sale, ardoisée ; nous avons dit que cette pigmentation, qu'on voit aussi sur la moelle, était très marquée chez certains animaux.
Son trajet est celui d'une toile collante rigoureusement appliquée sur la surface de l'encéphale. Elle ne couvre pas le cerveau en masse, comme l'arachnoïde, elle pénètre dans toutes les dépressions, notamment dans les scissures et les sillons ; elle s'y invagine, tapissant les deux faces et le fond, comme pour le sillon antérieur de la moelle, avec cette dilTérence qu'au cerveau les parties adossées de la membrane ne se fusionnentpas, quoi qu'on en ait dit. La surface réelle de la pie-mère serait donc considérable si on la déplissait, beaucoup plus vaste que la surface apparente, et égale à l'étendue de l'écorce supposée elle-même étalée. La pie-mère cérébelleuse otïre cette particularité qu'elle ne s'invagine ]ms dans les sillons, elle y envoie une cloison simple détachée de sa face profonde, comme dans les sillons ordinaires de la moelle ; cette disposition m'a paru exister même pour les grands sillons du cervelet, tels que le grand sillon circonférentiel. .le signale l'enveloppe que la pie-mère fournit à la tige et à la glande pituitaire, au moins à son lobe nerveux.
La. face externe n'émet aucun prolongement comparable aux ligaments dentelés. Elle n'est libre qu'en partie, car elle donne attache aux filauieiits du tissu sous-arachnoïdien bcaucou|) plus nombreux ici qu'à la moelle, étendus même en couche dense sur les saillies des circonvolutions. Ce même tissu séj)are au fond des sillons les faces opposées de la pie-mère. Eh certains points, au lieu d'attacher la pie-mère à l'arachnoïde, il l'attache à elle-même ; ainsi on voit (juelquefois sous la faux du cerveau, dans la partie antérieure où l'arachnoïde manque, les pie-mères adossées des deux hémisphères adhérer entre elles, ou même à travers le trou de la faux, ou bien contracter des adhérences avec le burd inférieur de cette même faux; de même la pie-mère cérébelleuse avec la circonférence antérie^ire de la tente.
La face interne, comparable en cela à celle de la pie-mère médullaire, donne naissance à un grand nombre de filaments qui pénètrent dans la substance cérébrale; mais au lieu de lames ou cloisons étendues en membrane et s'engageant dans de longues fissures, ce sont des prolongemenls coni(jues qui entrent par les entonnoirs de la surface dans les canaux vasculaires ; ils portent avec eux les vaisseaux nourriciers de l'écorce. Si le cerveau est frais, normal, surtout s'il y a beaucoup de liquide céphalo-rachidien, la ]ne-mère se laisse détacher du cerveau avec la plus grande facilité, sans conq)araison mieux qu'à la moelle, elle n'adhère en aucune façon ni en aucun point ; après le décollement on est surpris de voir (|u'il ne reste pas trace sur le cerveau de l'arrachement des filaments; on ne constate de trous appréciables, de piqueté ou de pointillé vasculaire que dans les espaces perforés antérieur et postérieur où les vaisseaux sont gros, ou bien ailleurs en cas de congestion réelle. Si la pie-mère s'enlève aussi aisément, c'est que les filaments vasculaires sont très fins, de forme conique, non anastomosés, et aussi que les vaisseaux sont entourés d'un système lacunaire qui les empêche d'adhérer à la substance nerveuse.
Structure. — La structure de la pie-mère cérébrale est bien simplifiée. Elle
NÉVROLOGIE
ne comprend que la couche interne de la pie-mère spinale, elle est réduite à l'intima pia, avec sa lame conjonctive, entre deux réseaux élastiques, et un revêtement endotliélial sur les faces libres du réseau élastique. La lame conjonctive n'est pas formée de fibres circulaires ; les fibres en quantité très variable s'entrecroisent en tous sens. La plupart des auteurs n'admettent sous l'intima ni le cuticulum cellulaire de Fleisch, ni l'espace épicérébral de Ilis. Dans les régions où la pie-mère est plus épaisse et prend le type spinal, comme au fond des confluents sous-arachnoïdiens ou sur l'isthme de l'encéphale, une mince couche externe s'ajoute à la couche profonde. Il n'y a pas de tissu adipeux. Les lipomes qu'on a observés à la surface du cerveau et que Virchow regarde comme ayant leur origine dans la pie-mère ou dans le tissu sous-arachnoïdien, naissent d'un tissu graisseux accidentel, hétérotopique. Il est cependant fréquent de voir une mince traînée adipeuse sur le raphé du corps calleux et sur celui du trigone, et il est d'autre part remarquable que le raphé calleux soit un siège d'élection pour les lipômes du cerveau. On a signalé aussi de petits amas graisseux dans le confluent inférieur, au voisinage des tubercules mamillaires, encore un siège des lipômes.
Ce que nous avons dit des vaisseaux et des nerfs de la pie-mère spinale s'applique à la pic-mère encéphalique. Les gros troncs artériels sont situés dans les espaces sous-arachnoïdiens ; le réseau des artérioles est non pas comme à la moelle entre les deux couches, puisque la couche externe fait défaut, mais appliqué sur la face externe de la pie-mère réduite à l'intima, pardes lamelles sous-arachnoïdiennes. Ce réseau est formé de branches plus grosses et plus rapprochées que celles du réseau médullaire, et c'est ce qui a valu à la méninge le nom de matrix vasculosa, chorion du cerveau ; mais cette prépondérance tient peut-être à la nécessité de nourrir luie plus grande quantité de substance nerveuse ; en tous cas la pie-mère de la base, qui recouvre de la substance blanche, est beaucoup moins vasculaire que celle de l'écorce grise. 11 ne paraît pas y avoir de capillaires; la piemère n'a pas de vaisseaux propres, elle est littéralement invasculaire. Le;^ veines sont grosses, nombreuses, peu flexueuses ; elles n'accompagnent pas les artères. — Nous avons discuté la question des lympliatiques à propos de la pie-mère rachidienne.
11 en est de môme des nerfs, Les plexus vasculaires des artères cérébrales, que Kœlliker a suivis jusque dans le cerveau sur des artères de 90 fx tirent leurs nerfs do deux sources : du sympathique, par les plexus de la carotide interne, de la vertébrale, de l'hexagone de Willis, et des nerfs crâniens de la base, notamment de l'ocul. mot. commun et du glosso-pharyngien, peut-être même directement do certains points du mésocéphale. Ces nerfs vasculaires ont-ils une double action physiologique? La pie-mère possède-t-elle des nerfs propres, sensitifs ? Il faut faire les mêmes réserves que pour la moelle. Sur la piemère qui entoure le bulbe olfactif du lapin, Lœwe a décrit des cellules ganglionnaires, plus tard il les a interprétées comme cellules tactiles. Cet exemple montre combien il serait imprudent de généraliser des faits isolés.
Toiles choroidieanes et plexus choroïdes. — De même qu'elle se replie et s'enfonce dans les sillons des hémisphères, de même la pie-mère se prolonge dans les deux grandes fentes transversales, dont l'une coupe le cerveau à sa base, grande fente de Bichat, et dont l'autre sépare en arrière le bulbe du cervelet, sur la voûte postérieure du quatrième ventricule. Ces replis qui s'avancent dans les ventricules constituent la, pie-mère interne ou intérieure, par opposition à la pie-mère externe, que nous venons de décrire sur la surface extérieure; ils ne diffèrent pas au fond des prolongements qui tapissent une scissure quelconque de la convexité. Au premier abord il semble que la pie-mère interne est complètement libre dans les ventricules et sans rapport de continuité avec leurs parois, mais en réalité elle ne fait que s'invaginer dans ces cavités comme un organe dans une cavité séreuse ; un feuillet viscéral épendymaire la recouvre
PIE-MÈRE
loLijovirs de son épilhéliuin, reste lui-iiièiue do l'ancienne parni d'une vésicule cérébrale. Non seulement la pie-nière interne est toujours apjjliiiuée intimement sur une surface nerveuse, mais il faut remarquer que cette surface nerveuse ventriculaire (le trigone excepté) a été extérieure à une certaine épo(jue embryonnaire. La pie-mère interne est donc celle ([ui recouvre des parties de la surface primitive de l'encéphale, qui sont devenues profondes par les inflexions du cerveau en croissance, et qui sont sur leur plus grande étendue restées à l'état de structure élémentaire.
La pie-mère interne comprend : les toiles choroïdiennes et les plexus clioroï-
Corps calleux
Fig. 87. — Invaginations ilo la pio-nii''i'(i dans li?s fontes cérébrales; l'orniation (les loiles clioroïdiennes.
La pie-mère rouge. Vue schématique sur une coupe a-post.
des. Dans les ventricules cérébraux on trouve la toile choroïdienne supérieure ou du ventricule moyen et les plexus choroïdes des ventricules latéraux; dans le quatrième ventricule, la toile choroïdienne inférieure et les plexus choi'oïdes de ce ventricule. Les mots de choroïde ou chorioïde signifient en forme de chorion, par comparaison avec le chorion fœtal.
Toile choroïdienne supérieure ou du Ventricule moyen. — La toile chol'oïdiciMie su|)éri(>ure nu Niiile triangulaire, est c('lt(> partie de la ]tie-mère (jui recouvre le toit du ventricule moyen. C'est par la portion transversale de la fente de Bichat, sous le bourrelet du corps calleux, que s'engage la méninge vasculaire pour s'étaler au-dessous du trigone, au-dessus du toit ou paroi supé-
rieure du ventricule, paroi réduite à une lame épithéliale invisible à l'œil nu.
La toile choroïdienne a une forme triangulaire équilatérale, le sommet en avant; elle est sensiblement dans le plan horizontal. La face supérieure ou dorsale, convexe d'avant en arrière comme la courbe de la couche optique, concave transversalement, se moule sur la face inférieure du trigone qu'elle nourrit par de nombreux vaisseaux. La face inférieure ventrale repose sur la face supérieure des couches optiques et entre elles passe comme un pont par-dessus le ventricule moyen, fermé seulement par son invisible lamelle épithéliale. En arrière elle recouvre la glande pinéale et lui adhère sur sa partie postérieure. Les bords latéraux correspondent au sillon choroïdien de la couche optique; en dehors de ce sillon ils se renflent pour former les plexus choroïdes. Le sommet, placé en avant, est tronqué et bifide; il est en rapport avec la face postérieure des piliers antérieurs du trigone, entre les deux trous de Monro par où s'engagent ses deux pointes. La base, ou bord postérieur, s'étend en arrière le long de
Fig. 88. — La toile choroïdienne supérieure ou du S"! ventricule.
Yue par sa face supérieure. Plexus choroïde en rouge. Le corps calleux et le trigone ont été enlevés; sous la toile chor. sont les couclies optiques et le 3» ventricule.
la portion moyenne de la fente de Bichat, sous le corps calleux et sur les tubercules quadrijumeaux ; elle se continue à ce niveau avec la pie-mère cérébrale et cérébelleuse.
Dans l'épaisseur de la toile choroïdienne, eulre ses deux feuillets, on aperçoit d'abord les deux veines de Galien qui cheminent côte à côte d'avant en arrière, et se réunissent en un tronc unique, au niveau de la base après avoir momentanément divergé; elles reçoivent de chaque côté six veines dont les troncs s'irradient dans la toile, puis les plexus choroïdes du ventricule moyen.
Plexus choroïdes du ventricule moyen ou plexus ch. médians. — Les plexus choroïdes du ventricule moyen sont deux minces traînées de granulations rou-
PIE-MÈRE
ges, qui suivent le bord exierno des veines de Galien. On les voit bien sous l'ocui en observant la face inférieure de la toile choroïdienne. Comme les veines (|u'ils accompagnent, ces cordons sont d'abord parallèles et presque juxtaposés, puis divergents en ellipse. Ils font saillie sur la face inférieure de la toile (pi'ils refoulent dans la cavité ventriculaire, et qui se trouve entre eux déprimée en |i()ussière. En avant, les deux plexus sont réunis encore par un cordon de méiuc nature ou cordon d'union qui joint leurs deux extrémités derrière le trigone sur une étendue de h™'^; puis chaque extrémité s'engage dans le trou de Mcniro, rn devenant ])lexus choroïde latéral. En arrière, les plexus médians s'écartaut comme les veines de Galien longent les bords de la glande pinéale à laquelle ils adhèrent (|dexus chor. de la glande pinéale de Vicq d'Azyr), puis s'épaississent et s'unissent derrière la glande; en même temps la gouttière qui les sé|)arait s'élai'git en une niche dans laquelle s'encadre la glande pinéale, c'est le recessiis iwiealis do Ueichcrt, diverticule supérieur de la gl. ])inéale.
Plexus choroïdes des Ventricules latéraux. — Ces plexus choroïdes sont la i)artie de la pie-mère invaginée dans les ventricules latéraux dont elle a refoulé
Corps en lieu j: Trigone Plcr. chor. lat.
... Vent. lut.
Vciiicxci'rch.deG.
.. l'Ie.rus c/ior. iiieil.
Couche optiij}ie
Z' veniric.
Fig. 89. — ^ Disposition de la loile et des plexus elioroïdcs.
Une coiipe frontale (vertico-transv.) a ouvert les trois ventricules et sectionné les plexus perpendiculairement. Une ligne pointillée indique l'épitliélium des cavités et celui des ple.xus.
la paroi interne; ils se continuent en haut avec la toile choroïdienne, en bas avec la pie-mère de la base du cerveau.
Chacun d'eux, droit et gauche, occupe l'étage supérieur et l'étage inférieur du ventricule latéral; il est donc conformé en U placé de champ et ouvert en avant; les branches de l'U ne sont pas rectilignes, mais ondulées.
Dans l'étage supérieur ou corne frontale du ventricule, le plexus très étroit serpente d'avant en arrière, en rapport par sa face supérieure avec le corps calleux, par sa face inférieure avec la couche optique qu'il suit et qu'il recouvre sans lui adhérer. Le bord externe, frangé, découpé, esl libre, quelquefois replié par-dessus le bord externe du trigone. Le bord inlerne est adhérent, ou plus
NÉVROLOGIE
exactement il est continu avec le bord externe de la toile clioroïdienne, ce que l'on verra bien en enlevant avec précaution le trigone cérébral; le plexus choroïde n'est donc à ce niveau que l'épanouissement latéral de la toile, il est son véritable bord externe renflé pour contenir les vaisseaux. A ce même point de jonction, l'épendyme du ventricule moyen et celui du ventricule latéral se réfléchissent et s'adossent pour se continuer, le premier sur le plexus choroïde, le second sur la toile clioroïdienne ; entre les deux culs-de-sac la pie-mère du plexus
Noy.
caudé
Tr. de
Monro
Couche optique
Plexus choroïdes
Veine.
Les ventricules lat. sont ouverts par leur face supérieure ; au milieu le trigone laissé en place empêche de voir la toile clioroïdienne sous-jaoente.
adhère directement à la couche optique, elle lui donne et elle en reçoit de nombreux vaisseaux. Ainsi se trouvent clos et séparés l'un de l'autre le troisième ventricule et le ventricule latéral, occlusion fragile d'ailleurs, facilement rompue dans les grandes hémorrhagies qui inondent les deux ventricules. En avant, le plexus choroïde de plus en plus étroit passe par le trou de Monro, le longe si l'on aime mieux, et se réunit en arc à l'extrémité antérieure du plexus médian correspondant; les plexus des deux ventricules forment donc un système continu en double triangle juxtaposé. En arrière, le plexus se réfléchit autour du pédoncule cérébral, sur lequel s'enroule le ventricule, pour passer dans l'étage inférieur.
PIE-MÈRE
Le plexus choroïde no donne pas de prolongement à la corne occipitale, mais au moment où il se réiléchit il présente un renflement noueux, qui atteint jus- (pi'à 3'"™ d'épaisseur et par son bord postérieur épais, très convexe, l'ait saillie dans la corne occipitale. Ce renllemcnl porte le nom de glomus (peloton); il correspond aux extrémités de la base de la toile choroïdienne. On y trouve assez souvent des kysti\s.
Dans l'élage inférieur, corne temporale, le plexus clioro'idc suit une direction anléro-postérieure, il est beaucoup plus large que dans sa jiarlie supérieure et s'étale sur la corne d'Amnion qu'il recouvre en grande partie. Là encore son bord externe est libre, flottant; son bord interne est continu, non plus avec la toile, mais avec la pie-mère qui tapisse les deux lèvres de la fente de Bichat.
structure de la toile choroïdienne supérieure. — I^a /o//e rltoroïdienne est. composée do lieux reiiillels pie-mériens, puistja'elle est vin repli de la pie-mùrc extérieure. 11 y a un l'eiiillel supérieur qui n'est autre que la pic-mère du trigone ; il provient d'ailleurs de la soudure do dou.ï feuillets latéraux du cerveau embryonnaire ; et un feuillet inférieur qui s'applique sur la paroi supérieure du ventricule moyen, paroi réduite à une couche épithéliale; c'est là l'épithélium de la toile, il ne lui appartient pas en propre. En avant et sur les côtés, les deux feuillets en se rejoignant circonscrivent entre eux un sac aplati. En arrière les deux feuillets s'écartent, l'un pour monter sur le corps calleux, l'autre pour descendre sur les tubercules quadrijumeaux ; cet écartement, qui correspond à la base, laisse le sac ouvert on arrière, et c'est par là que pénètrent les artères et le tissu sousaraclinoïdien du confluent supérieur qui va remplir le sac, c'est par là aussi que sortent les veines de Galien.
Les artères viennent de trois sources ; des choroïdiennes postérieures (branche des cérébrales postérieures), des cérébelleuses supérieures par des rameaux récurrents, et des branches terminales de la choroïdienne antérieure. Les veines se jettent dans la veine de Galien ou dans un de ses affluents. On ne connaît pas de nerfs.
Les plexm chorotdea sont des touffes vasculairos de la pie-mère des ventricules. Ils ont un aspect granuleux. Il faut les observer à la loupe et dans l'eau ; on reconnaît alors que ces granulations, auxquelles la présence d'une anse vasculaire donne une teinte i-ougeâtre, sont des lamelles frangées, ou plus exactement des touffes de vaisseaux conlenues dans des végétations conjonctives. Luschkaa donné à cette végétation le nom de villosité choroïdienne. Le type est une inflorescence pédiculée, longue de l"im3 àSn"' avec division en lobes et en lobules, ordinairement disposés en grappe. Il y a des villosités scssiles ; il en est do courtes et peu ramifiées^ d'autres avec des lobules tertiaires. Elles sont espacées ou serrées en velours.
La. vi/losilé choroïdienne osl composée : 1° do tissu conjonctif lâche et mou, à fibres conjonctives minces, clair-semées, plus pauvre encore en fibres élastiques ; c'est surtout à la périphérie que la structure est indécise; 2" d'une anse capillaire au milieu de l'atmosphère conjonctive; 3" d'un revêtement épithélial. Les anses capillaires très larges et très contournées donnent aux lobules de la villosité leur forme papillaire; elles naissent du réseau capillaire interposé entre l'artère et la veine principale, ou encore directement d'une branche artérielle. L'épithélium qui recouvre la surface libre du plexus choroïde et par conséquent de chaque villosité ne lui appartient pas originellement ; c'est l'ancienne paroi do la vésicule embryonnaire hémisphérique qui ne s'est pas transformée en substance nerveuse et dont le revêtement épondymaire a seul persisté. Il est à une seule couche ; les cellules cubiques ont des angles allongés par lesquels elles s'enchâssent ; elles sont granuleuses, possèdent un noyau central très net et un gros grain réfringent que l'on présume être une matière grasse colorée. Chez les embryons de mammifères, ces cellules sont ciliées. En considérant cette persistance du revêtement épithélial en même temps que la transformation de ses cellules, qui ne sont pas identiipies à celles de l'épendyme bien que continues avec elles, on a considéré la villosité choroïdienne comme une glande d('vaginée, chargée de sécréter le liquide céphalo-rachidien des ventricules, opinion qui est sans démonstration directe.
Les artères des plexus choroïdes lui viennent de la choroïdienne antérieure pnur la partie qui occupe la corne temporale, de la choroïdienne postérieure pour le plexus de la i'i)rne IVontale. Ces vaisseaux ne fournissent pas seulement aux plexus, mais encore à la iiaroi nerveuse. Il y a une veine principale, la veine des plexus choroïdes, qui se rend ilans la veine de Galien, Fohmann a décrit des vaisseaux lymphatiques dont le tronc collecteur longerait cette même veine do Galien. On ne connaît pas de nerfs.
NÉVROLOGIE
Les foncliom des plexus choroïdes paraissent avoir leur plus grande activité clans la vie foetale et se rapporter surtout à la nutrition et à l'accroissement du cerveau (Ltischka). Ceci n'implique pas qu'ils soient sans usage dans la vie adulte, et probablement ils sont des organes sécréteurs du liquide ventriculaire. Mais leur plus grande activité à l'époque du développement cérébral est indiquée par ces deux faits, qu'ils sont alors proportionnellement plus vastes et plus vasculaires, et qu'ils subissent de bonne heure des dégénérescences semblables à celles de la glande pinéale. On y voit apparaître des granulations graisseuses, du pigment brun, des corps amylacés, des concrétions de cholcstérine, des concrétions calcaires do carbonate et phosphate de chaux (sable cérébral, psammome) qui peuvent atteindre chez le cheval de vastes dimensions, enfin des kystes cjue nous avons dit être fréquents surtout dans le glomus de la corne occipitale.
Toile choro'idienne inférieure ou du quatrième ventricule. — La toile
choroïdienne inférieure est un repli de la pie-mère invaginée dans la fente transversale qui sépare en arrière le bulbe du cervelet, fente cérébrale postérieure ou inférieure. Elle est obliquement dirigée en baut et en avant, plus près de la verticale que de l'borizontale, et située entre la mince voûte épithé-
liale du quatrième ventricule dans sa moitié postérieure et la face inférieure du cervelet qui proémine en arrière sur cette voûte ventriculaire.
Sa forme est celle d'un triangle à base antéineure, tournée par conséquent en sens inverse de la toile cboro'idienne supérieure. Elle mesure d'avant en arrière de 13 à 20 mm. Sa face inférieure , ventrale, est mince ; elle recouvre en pont le plancher du quatrième ventricule ou plus exactement le feuillet épitbélial qui ferme en voûte ou en toit cette cavilé, et qu'on appelle chez l'embrjon la membrane obturante. Sa face supérieure, dorsale, tapisse le vermis inférieur et les tonsilles cérébelleuses. Les bords correspondent aux bords du plancher dans sa moitié postérieure, par conséquent au.x corps restiformes. La base, dirigée en avant, est la ligne où se replie la pie-mère invaginée ; elle répond à la luette et au bord libre des valvules de Tarin. Le sommet est en arrière, à la pointe du calamus, au niveau de l'obex; c'est là qu'est percé le trou de Magendie qui fait communiquer la cavité du ventricule avec l'espace sous-arachnoidien postérieur.
Dans l'épaisseur de la toile choroïdienne rampe par place l'artère cérébelleuse postérieure et inférieure.
Plexus choroïdes du quatrième ventricule. — Luschka a bien montré qu'ils sont disposés comme ceux de la toile choroïdienne supérieure. Il a distingué des plexus médians et des plexus latéraux.
PIE-MRRE
Les plexus médians sont deux minces traînées de granulations qui cheminent dans la toile d'arrière en avant, l'une à côté de l'autre, en relief sur la face inférieure qu'elles occupent. En arrière ils finissent par un léger renllement, ou bien sortent i)ar le trou de Mayendie et se prolongent sur la face inférieure du vermis. En avant ils sont reliés par un cordon d'union transversal, situé au niveau du nodule de la luette et tout à fait comparable au cordon qui unit les plexus médians du ventricule moyen. Du point de jonction partent les plexus laléraux.
Les plexus latéraux sont transversalement dirigés dans la base de la toile, depuis l'extréuiilé antérieure des plexus médians avec lesquels ils se conti-
Cenelet
. 4'" ventricule
,. Plex. c/ior. trans.
. Feuillet stip.
Pr. -\-^.
Magendie
Canal epemly.
Fig. 92. — Toile choroïilicnne du 4e ventricule (rougo), en coupe antéro-postérieure.
Les deux feuillets sont très écartés pour montrer le réseau sous-araclinoïdien et ses vaisseaux. Une ligne pointillée indique l'épitliélium de la cavité ventric. et du canal de l'épendynie.
nnent jusqu'aux angles latéraux du ventricule. A ce niveau c.-a.-d. dans le diverlicule latéral {recessus lateralis), ils s'amincissent pour sortir du ventricule parle trou de Luschka. Leur extrémité externe, renflée en massue et contournée, est libre à l'extérieur (fig. 93). On voit sans préparation sa masse granuleuse sur le pédicule du lobule du pneumogastrique, car à ce niveau elle a rompu la mince paroi ventriculaire et produit le trou de Luschka par où elle est sortie. C'est à cette partie extérieure qu'on donnait autrefois le nom de plexus cli. du pneumogastrique ou encore celui à'Ala (Reichert). Elle correspond sur la dure-mère à la région du sac endolymphatique.
Schwalbe fait remarquer que les plexus choroïdes médians et latéraux du cerveau et du bulbe figurent de part et d'autre un T dont la branche verticale serait dédoublé ; le T est régulier pour le quatrième ventricule, tandis que dans les ventricules laléraux les branches transversales s'inclinent en arrière. l\n outre, les trois extrémités du T des plexus choroïdes du quatrième ventricule sont libres extérieurement dans l'espace sous-arachnoïdien, car elles sortent en arrière par le trou de Magendie, sur les côtés par les trous de Luschka.
NÉVROLOGIE
structure. — La structure de la toile choroïdienne inférieure et cl<3 ses plexus est la même que pour ceux des ventricules du cerveau. Là aussi la pie-môre invaginée forme un sac plat à deux feuillets ; le feuillet supérieur est la pie-mère cérébelleuse, le feuillet inférieur est la pie-mère de la mince voûte épilhéliale du ventricule, ce feuillet est donc sur sa face inférieure tapissé par un épithélium qui se continue avec l'épondyme. Dans le sac fermé en avant seulement, au niveau des plexus latéraux, sont contenus : d'abord du tissu sousarachnoïdien, émanation de celui qui occupe le confluent postérieur, puis des artères, quelques veines et les lacis vasculaires des plexus choroïdes. Les artères nourricières viennent de la cérébelleuse inférieure et d'une branche ascendante de la spinale postérieure.
Cervelet Plex. méi!.
Ilecessus
; '■ Plexus
Bulbe {flic, aitt.) Tissu snus -arach.
Fig. 93. — Plexus choroïdes du recessus latéral. Dessin schématique d'une coupe transversale passant par la base du bulbe (en partie d'après Hess).
Les plexus latéraux (rouge) sont coupés dans le sens de leur longueur; adroite, ils sortent par le trou de Lusohka , à gauctie on les suppose n'ayant pas enoore perforé l'écorce nerveuse.
Benedikt a décrit (1874) des nerfs dans la toile choroïdienne inférieure, mais il s'agissait probablement de ces formations nerveuses avortées que nous signalerons plus loin sous le nom de ligula, d'obex...
Les plexus choroïdes latéraux sont d'une manière générale plus développés chez les animaux que chez l'homme, ils sont énormes chez le cheval. Jusqu'au cinquième mois fœtal, les plexus occupent le demi-cercle po.stérieur du plancher ventriculaire, et sont constitués par de nombreux vaisseaux développés dans le tissu réticulé qui s'étend entre le bulbe et le cervelet. Cette forme et cette situation ne persistent que très rarement chez l'homme adulte, et chez quelques animaux (l'at); l'enfoncement profond de l'artère cérébelleuse postérieure et inférieure dans le ventricule indique encore la situation originelle des plexus. Bientôt ceux-ci, refoulés par le cervelet, se rapprochent de la ligne médiane et de là s'étendent transversalement dans le sens de la moindre résistance ; ils repoussent la capsule nerveuse et la pie-môre, les perforent (trous de Luschka) et sortent sous l'arachnoïde emportant avec eux des restes de la paroi ventriculaire qu'ils ont détruite (tœniœ, ligulœ).
ESPACES OU CAVITÉS LYMPHATIQUES
En se superposant les méninges liniitent entre elles des espaces ou cavités, remplis par du liquide. Entre la dure-mère et l'arachnoïde (feuillet viscéral) est la cavité subdurale ou cavité arachnoïdienne ; entre l'arachnoïde et lapie-mère, l'espace sous-arachnoïdien. Nous avons déjà fait observer que la pie-mère spinale contenait entre ses deux couches une mince fente lymphatique ; nous avons dit aussi que la plupart des anatomistes n'admettaient pas entre la piemère et la surface des centres nerveux les espaces épispinal et épicérébral décrits par His.
ESPACES OU CAVITÉS LYMPHATIQUES
1 1, CAVITÉ SUBDURALE OU CAVITÉ ARACIINOIDIENNE
Si nous adoptons le terme de cavité ou d'espace subdural, qu'il aurait mieux valu appeler sous-durai, au lieu des anciennes dénominations de cavité araclinoïdienne ou intra-araclinoïdienne, c'est que d'abord il tend à prévaloir par l'usage, et qu'ensuite il prête moins à la confusion avec l'espace sous-arachnoïdien. La cavité subdurale est comprise entre la dure-mère et l'arachnoïde. Pour Bichat et pour tous nos classiques à sa suite, c'est une véritable cavité séreuse; le feuillet viscéral est l'arachnoïdevisible par-dessus la pie-mère, le feuilletpariélal est l'arachnoïdcinvisible (jui réduiteà un endothélium avec ou sansmembrane
Fig. 94. — Les trois méninges. Conpo sclii''matii[iic passant, par une scissure lie l'écoree cérébrale.
basalc tapisse la face interne de la dure-mère. Sa nature séreuse sembledémon- Irée par ces faits, que la cavité est close, les deux feuillets se raccordent en certains points, grâce aux gaines arachnoïdiennes des vaisseaux et de la tige pitiiitaire, et que les injections qu'on y pousse aboutissent à de véritables lymphatiques, vaisseaux et ganglions, comme nous le verrons jilus loin. Ajoutons que les gros vaisseaux en se plaçant et en se ramifiant dans l'espace sous-arachnoïdien séparent nettement l'arachnoïde de la pie-mère. Une partie de l'école allemande au contraire considère l'arachnoïde viscérale et la pie-mère comme inséparables, constituant la méninge jnolle ; elle n'en est pas moins obligée d'admettre entre la dure-mère et l'arachnoïde un espace endothélial, l'espace subdural, et de le décrire à peu près comme le décrivait Bichat. Si l'on veut généraliser, il j)araît plus logique de réunir la dure-mère avec l'arachnoïde, et non celle-ci avec la pie-mère, et de considérer la dure-mère spinale et le feuillet interne de la dure-mère crânienne comme élant le feuillet pariétal delà séreuse, feuillet qui est toujours beaucoup plus épais que l'autre, comme on le voit pour le péricarde.
La cavité subdurale est comme toute cavité séreuse un espace capillaire, en simple fente sur la coupe ; les deux feuillets glissent l'un sur l'autre, à peine
mouillés par le liquide arachnoïdien. Ce liquide n'existe donc qu'en très minime quantité ; il faut sur l'animal vivant racler les parois de la cavité pour en recueillir un peu ; il est un peu plus abondant après la mort par transsudation cadavérique, encore n'est-ce pas lui qui coule quand on extrait un cerveau (c'est le liquide céphalo-rachidien) ; il peut augmenter notablement dans certains cas d'atrophie cérébrale, d'hydrocéphalie externe. Sa nature chimique est vraisemblablement celle des sérosités ordinaires de la plèvre et du péritoine, liquides légèrement visqueux, alcalins, coagulables par la chaleur. L'espace subdural du crâne se continue avec celui de la moelle qui s'étend jusqu'au sommet du cône durai. Tous deux sont semblables; celui du cerveau est traversé par les vaisseaux et les nerfs qui vont de la surface cérébrale à la surface osseuse et sont engainés par un repli de la séreuse de sorte qu'ils ne sont pas au sens littéral contenus dans la cavité ; celui de la moelle par les racines nerveuses et par les dents du ligament dentelé, également engainées par l'arachnoïde; Cruveilbier signale en outre entre les deux faces de nombreux etrainces filaments d'union, plus abondants à la région cervicale; on les voit surtout le long du raphé postérieur de l'arachnoïde,
La cavité arachnoïdien ne est la vraie cavité séreuse des centres nerveux, celle qu'on peut assimiler aux cavités pleurale, péricardique, péritonéale, avec des différences notables toutefois : l'absence dehile vasculaire, l'absorption du feuillet pariétal par une membrane fibreuse autonome, f interposition d'une autre membrane sécrétante entre le feuillet viscéral et l'organe nerveux. Cet espace séreux sert probablement à faciliter les mouvements du cerveau et de la moelle en permettant le glissement des deux feuillets l'un sur l'autre. L'origine du liquide arachnoïdien est inconnue. Ses voies d'écoulement ne sont pas nettement déterminées, et peut-être est-il simplement résorbé par les vaisseaux sous-jacents. En tous cas l'espace subdural ne communique pas avec la cavité sous-arachnoïdienne ; c'est ce que montrent les injections expérimentales, et aussi les hémorrhagies qui s'y produisent ; celles-ci n'envahissent pas l'espace sous-arachnoïdien ; elles donnent lieu à un caillot mobile et non adhérent comme ceux de ce dernier espace. Expérimentalement on a constaté que les injections poussées dans l'espace subdural trouvaient une issue et pénétraient: 1° dans les vaisseaux lymphatiques et les ganglions profonds du cou, et dans les lymphatiques de la muqueuse nasale. Rappelons à ce propos que les anatomistes qui ont cru avoir injecté de véritables lymphatiques dans la méninge molle auraient suivi ces vaisseaux le long des veines à travers les trous de la base du cràne,jusque dans les ganglions cervicaux supérieurs ; 2" danslesnerfs périphériques qui possèdent des espaces séreux continus avec ceux de la moelle et du cerveau, ainsi que nous fexposerons plus loin ; 3° dans les lacunes et fentes lymphatiques de la dure-mère, par les stomates de l'endothélium. Toutes ces voies ont été observées chez les animaux ; il n'est pas démontré qu'elles existent chez l'homme; chez lui les expérimentateurs, qui n'ont d'ailleurs opéré que sur le cadavre, pensent que le liquide s'écoule à peu près exclusivement dans les lacunes veineuses et les tissus de la dure-mère en passant par la petite cavité subdurale des granulations de Pacchioni.
ESPACES OU CAVITÉS LYMPHATIQUES