DÉGÉNÉRATIONS SECONDAIRES ET ATROPHIES DE LA MOELLE
Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises des dégénérations entrevues dans les pyramides du bulbe par Gruveilhier, reconnues plus tard dans la moelle par Tûrck qui apporta
quinze observations de dégénération descendante et onze de dégénération ascendante, la plupart consécutives à des compressions de la moelle.
C'est ainsi qu'il put distinguer et déterminer le trajet du faisceau pyramidal antérieur et latéral, du faisceau cérébelleux et du cordon de Goli. Le mémoire de Bouchard [Dégénérât, second, de la moelle épinière. Arch. de médecine 18C6), a fixé la question dans ses traits essentiels. Elle s'est développée depuis par de nombreuses observations fournies les unes par les pathologistes, les autres par les expérimentateurs ; mais les notions fondamentales acquises dès cette époque n'ont pas sensiblement changé.
L'interprétation anatomique des dégénérations secondaires d'un faisceau de la moelle repose sur les deux données suivantes :
1° Toute fibre nerveuse est le prolongement cylindraxile d'une seule cellule nerveuse dont elle a émané embryologiquement et dont elle constitue l'expansion périphérique ; elle ne se fusionne pas avec une autre cellule, mais peut seulement entrer en contact avec elle. Elle est parcourue par le courant nerveux qui lui vient de sa cellule d'origine; ce courant parait être toujours centrifuge par rapport à la cellule, ou si l'on veut cellulifuge. Il n'y a d'exception que pour les nerfs sensitifs périphériques qui dépendent de cellules bipolaires, encore peut-on considérer la branche périphérique comme un prolongement protoplasmique modifié et admettre que la racine postérieure seule est vraiment
Part. dég. ■
,Part. dég.
Fig. 158. — Dégénérations secondaires.
Schémas de dégénératiOQS ascendante et descendante.
ARCHITECTURE DE LA MOELLE
Gall
Burdach
cylindraxile. Lo coui'anl qui so propage à travers la libre nerveuse ontrcticnt sa nutrition; la cellule est donc le centre trophiquc de son cylindre-axe, niais d'une façon indirecte, en ce sens qu'elle est son centre fonctionnel, car si elle sulfit à nourrir de courtes portions, sans gaine de myéline, il est dillicile d'admettre qu'elle entretienne chimiquement une fibre qui peut avoir 1 mètre de longueur et qui trouve dans sa myéline et sa gaine conjonctive un milieu nutritif réel.
En conséquence toute fibre séparée de sa cellule doit dégénérer (Waller) par inactivité, par cessation de fonction; ce bout périphérique amputé subit une désagrégation particulière lui donnant une teinte gris jaunâtre d'abord, plus tard gris transparent quand à la fibre atrophiée s'est substitué du tissu conjonctif de remplissage. Le faisceau dégénéré est donc toujours un ensemble de fibres détachées de leurs cellules nerveuses ; si la dégénération est ascendante, c'est que les cellules sont situées au-dessous du point d'interruption, et la partie supérieure altérée ne comprend que les bouts périphériques libres des cylindre-axes
et de leurs collatérales ; si elle est descendante, les éléments d'origine et les bouts centraux sont au-dessus, et les fibres se terminent à mesure qu'elles descendent. On peut donc con- Zonemarij. clure que le sens de la dégénération indique
la direction anatomique ^ c'est-à-dire la situation des cellules nerveuses ; il révèle aussi la Flechsig direction physiologique puisque la dégénéres-
cence du cylindre-axe tient précisément à ce qu'il n'est plus traversé parle courant nerveux qui lui vient de la cellule, mais cette déduction ne s'applique aux nerfs périphériques Piji\ lat. sensitifs qu'à la condition de considérer ces nerfs phériphériques, en aval de leur ganglion, comme des branches protoplasmiqucs cellulipètes, non comme des cylindre-axes à conduc- Lat. prof. (Iqjj ccllulifuge. En d'autres termes, la partie saine est la partie initiale du faisceau, le bout Gowers dégénéré est sa partie terminale.
Ces dégénérations sont très précoces, elles commencent dès les premiers jours après la lésion ; ce sont les dégénérations typiques les plus instructives. Il en est d'autres beaucoup plus tardives, qui ne sont peut-être pas identiques comme processus histologique et paraissent se rapprocher de l'atrophie simple : ce sont celles que provoque la suppression d'un organe. Ainsi plusieurs années après l'amputation d'un membre, on constate des dégénérescences dans le bout central des nerfs musculaires et des nerfs sensitifs et dans les cellules auxquelles ces nerfs aboutissent; c'est encore une forme d'inactivité fonctionnelle qui atteint l'élément tout entier, cellule et cylindre-axe et altère leur nutrition. De même la section du sciatique fait dégénérer à la longue les voies de conduction centripète devenues inutiles, c'està-dire le bout central des fibres sensitives, la racine postérieure et les cordons de Burdach et de Goll qui contiennent ses branches terminales.
2° Deux ou plusieurs éléments nerveux peuvent s'aligner et s'associer pour former des chaînes à plusieurs anneaux ; ce sont ces anneaux que Waldeyer appelle des neurones ou unités nerveuses, chaque neurone étant constitué par une seule cellule avec ses prolongements nerveux et protoplasmiqucs. Dans cette chaîne, les anneaux se commandent entre eux et les anneaux intermédiaires sont actionnés par l'anneau initial qui étant leur centre fonctionnel devient par ce fait leur centre trophique. Il peut donc y avoir des dégénérations secondaires qui, aprèsavoir atteint un premier faisceau, s'étendent à un second système de fibres auquel le premier transmettait l'excitation physiologique, et l'interprétation des résultats pourrait induire en erreur, si on méconnaissait la dualité des voies dégénérées. Ainsi les racines postérieures envoient aux cellules de la colonne de Clarke de nombreuses collatérales qui entrent en contact avec ces cellules et leur communiquent l'excitation venue par les nerfs sensitifs; à leur tour ces cellules ont leur cylindre-axe qui passe
Interm.
: Fondam. ant.
Turek
V'\g. 159. — Dégénérations secondaires.
Figure schématique indiquant le mode de dégenération de chaque faisceau. Bin blanc, dégéiiér. descendante; en gris, dégénér.
ascendante ; en rayé gris et blanc, dégénér. mixte, partie ascendante, partie descendante. Le sens ascendant prédomine dans le f. fondam. ant.
NÉVROLOGIE
dans le faisceau cérébelleux direct et va actionner les éléments du cervelet. Si ce cylindreaxe est coupé ou comprimé, séparé de la cellule de Glarke, il dégénérera en sens ascendant ; mais il pourra en être de mémo si les collatérales excitatrices que les racines postérieures envoyaient à ces cellules viennent à s'atrophier, ainsi qu'il arrive dans l'ataxie locomotrice. C'est pourquoi l'on peut voir dans les périodes avancées de cette maladie les cellules de Clarke et les fibres cérébelleuses ascendantes dégénérer à leur tour. Inversement Marchi a constaté que l'ablation du cervelet faisait dégénérer non seulement les fibres cérébelleuses descendantes, mais encore les racines antérieures dont le centre fonctionnel est dans les cellules radiculaires. Ces dégénérations par contre-coup, qui atteignent certains couples nerveux, paraissent être assez fréquentes, surtout dans le vaste domaine des racines postérieures. Il semble aussi que ce soient des dégénérations tardives, comme celles qui succèdent à la suppression d'un organe et avec lesquelles elles présentent plus d'une analogie.
Les dégénérations sont ascendantes ou descendantes, suivant qu'elles ont lieu au-dessus ou au-dessous du point d'interruption, c'est-à-dire de la lésion qui les détermine; elles sont dites aussi à court ou à long trajet d'après l'étendue de leur parcours.
Aux dégénérations descendantes se rattachent : le faisceau pyramidal antérieur et latéral et le système des fibres cérébelleuses descendantes, notamment celles du faisceau intermédiaire. Ce sont toutes des voies centrifuges, qu'on peut considérer comme motrices.
Les dégénérations ascendantes comprennent ; les faisceaux de GoU et de Burdach dans leur presque totalité, le faisceau cérébelleux direct et le faisceau de Gowers. Ces voies centripètes sont toutes des voies sensitives directes on indirectes.
Les voies courtes qui entourent immédiatement l'axe gris, c'est-à-dire le faisceau fondamental antérieur, le faisceau latéral profond et le faisceau ventral du cordon postérieur, dégénèrent sur un court trajet, et dans les deux sens, car la grande majorité des cylindre-aies de ces cellules de cordon se divise en branches ascendantes et descendantes. La branche ascendante étant la plus longue, le sens ascendant prédomine dans la dégénération; au moins est-ce ce que l'on constate pour le faisceau fondamental antérieur.
Les racines postérieures arrivées dans la moelle se divisent en deux branches, une ascendante à trajet long ou moyen, l'autre descendante, à trajet court. Il s'ensuit que la dégénération des faisceaux de Burdach et de Goll qui contiennent ces racines est double, en très petite partie descendante, en long parcours ascendante; cette dernière direction est même la seule qu'on ait connue pendant longtemps.
Fig.