‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource] (volume 2)Chapitre 48 sur 194 · ANOMALIES DE LA MOELLE · texte numérisé non relu

ANOMALIES DE LA MOELLE

11 n'est pas question ici des anomalies graves, des monstruosités, mais des simples asymétries.

La moelle peut être de longueur anormale. Koull'el l'a vue finir à la onzième vertèbre dorsale et dans un autre cas à la troisième lombaire. Peut-être les anomalies dans le nombre dos vertèbres ne sont-elles pas sans influence sur le niveau où la moelle se termine.

Le cône terminal est quelquefois bifide ; dans ce cas les deux branches de bifurcation aboutissent à un filum unique. Assez souvent il se termine par un renflement bulbeux, ou même par deux bulbes superposés: ces renflements correspondent au ventricule terminal.

On a fréquemment signalé le dédoublement du canal central, mais il semljle que dans tous les cas on a affaire à une altération sénile ou pathologique, à un cloisonnement longitudinal par végétation épithéliale ou névroglique. Le canal peut être déplacé à gauche ou à droite. La forme de sa section est quelquefois très variable sur un court trajet.

Un connaît deux cas d'ectopie simple de la colonne de Clarke. Dans le premier concernant un jeune homme de 16 ans, mort de pleurésie, la colonne reportée très en avant de chaque côté occupait la commissure postérieure et la région intermédiaire aux deux cornes. Cette anomalie n'existait qu'à la région dorsale, la région lombaire supérieure était normale, la région dorsale supérieure et cervicale ne put être examinée. {Pick. Ueber eine abnorme Lagevumj ... Arch. f. Psych., 1871). Ce n'est probablement là qu'une anomalie réversive, car cette situation de la colonne de Clarke est normale chez certains mammifères, le rat, le chien (Lenhossék). — Dans le second cas, observé chez une femme de 28 ans, la colonne était dissociée en deux groupes cellulaires, un très petit à la place habituelle, un autre aberrant en plein faisceau de Bunlach, sur le trajet des racines postérieures internes: cette disposition n'était bien marquée f[u'à droite et n'occupait que le quart supérieur lombaire sur une longueur de 1 centimètre. (Musso, Un seconda caso di anomale conformasione... Rivisia sperim. di fren... 1887).

Rien de plus commun que les asymétries de la substance grise, abstraction faite bien entendu des asymétries artificielles produites par l'obliquité des coupes ou par une déformation de la moelle pendant le durcissement. Tantôt ce sont les cornes antérieure ou postérieure qui difîèrent de forme ou de volume avec celles du côté opposé, tantôt la moitié droite n'est pas iilontique à la moitié gauche ; ou bien c'est une colonne cellulaire qui sur son trajet longitudinal est très irrégulièrement disposée, se renfle, s'amincit ou même disparait momenfanément. Ces asymétries sont toujours bornées à un segment delà moelle.

Los hélérotopies de substance grise ne sont pas très rares. Kronthal (Von der Hetero-

iopie Neurologisches Centralblatt, 1892) en a rassemblé 19 observations, auxquelles

il faut ajouter un cas ultérieur de Feist. Elles consistent dans ce fait que, par une malformation embryologique, une partie de la substance grise se trouve ou détachée de la masse centrale ou dédoublée, c'est-à-dire qu'il y a par exemple deux cornes postérieures du même côté ; l'ilot ectopiquc est tantôt entouré par les faisceaux de la substance blanche, tantôt traversé par eux. Ces malformations peuvent no siéger que d'un seul côté. Elles sont orilinairement très restreintes comme extension, limitées à une seule paire rachidicnne : rarement elles se prolongent sur plusieurs centimètres. 11 est probable qu'elles sont fréquentes, à en juger par analogie avec ce qu'on a observé pour le cervelet, et si on n'en cite pas un plus

NÉVROLOGIE

grand nombre de cas, c'est qu'il est rare qu'on étudie histologiquement une moelle sur toute sa longueur. Le laboratoire de Mendel où toutes les moelles sont systématiquement débitées et étudiées en coupes sériées a fourni à lui seul quatre observations d'hétérotopie.

Sur ces vingt observations, trois concernent des animaux et dix-sept l'espèce humaine. Parmi ces dix-sept, six proviennent d'établissements d'aliénés. Kronthal soutient que ces anomalies ne sont point indifférentes, qu'elles constituent pour le sujet qui en est porteur un lieu de moindre résistance, un point faible qui le prédispose aux maladies de la moelle sous l'influence d'une cause occasionnelle, un traumatisme, une maladie infectieuse. Il se fonde sur ces faits à coup sûr remarquables, que lo sur ces dix-sept sujets (j'ajoute le cas de Feist), seize avaient en même temps une lésion acquise de la moelle, myélite, sclérose, dégénération fasciculée ou en foyer, 2o douze ont contracté ces lésions terminales alors que leur maladie première n'était pas une cause suflîsante pour les provoquer, au moins à l'état ordinaire (phtisie, pneumonie, paralysie pseudo-hypertrophique, saturnisme...), 3o dans certains cas la myéhte accidentelle était justement localisée au segment de moelle atteint d'hétérotopie.

Dans la substance blanche, on a noté la fréquente déviation du sillon médian postérieur qui prend une forme arquée, et surtout les asymétries du faisceau pyramidal. Rappelons aussi la présence de cellules nerveuses aberrantes au milieu des faisceaux, signalées par de nombreux observateurs et tout récemment encore par Sherrington et par Waldeyer.

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