‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource] (volume 3)Chapitre 135 sur 190 · G. DELAMARE · texte numérisé non relu

G. DELAMARE

LES LYMPHATIQUES

tonnent au niveau du col (Poirier), sous le frein du gland (Marchand), etc., etc.

Beaunis et Bouchard rejettent l'opinion suivant laquelle les réseaux lymphatiques cutanéo-mviqueux seraient sus-jacents aux vaisseaux sanguins : pour eux, les vaisseaux h^mphatiques sont partout et toujours plus profondément situés que les artères et les veines. Kanvier fait la même constatation. C'est, dit-il, une loi dont on comprend la signification physiologique, puisque les lymphatiques recueillent des matériaux que les capillaires sanguins n'ont pas voulu ou n'ont pas pu prendre. Poirier remarque que, si cela est vrai pour les réseaux d'origine, il n'en est plus de même pour les plus gros vaisseaux. Là, au contraire, on voit les vaisseaux lymphatiques superposés aux grosses veines qu'ils accompagnent de préférence; au creux poplité, au pli de l'aine, dans la fosse iliaque, à l'aisselle, au cou, etc., on constate que les gros lymphatiques et les ganglions qu'ils relient en chaîne sont immédiatement appliqués sur les grosses veines de ces régions ; quelques rares troncs seulement passent en arrière des veines. Nous ne connaissons guère d'exceptions à la loi étahlie par notre maître. Les chirurgiens qui ont souvent l'occasion de disséquer les chaînes lymphatiques dégénérées confirmeront cette disposition, heureuse en l'espèce.

Territoires lymphatiques. — Les réseaux d'origine d'un même organe ou d'une même région donnent souvent naissance à des collecteurs qui ahandonnent le réseau en des points difi'érents, constituant ainsi plusieurs pédicules distincts. Il semble donc, au premier ahord, étant donnée la continuité du réseau d'origine, qu'une injection poussée en un point quelconque de celui-ci remplira tout le réseau et pénétrera dans tous les collecteurs. En fait, sur certains organes dont les réseaux présentent un développement particulier et dans certaines conditions qui favorisent le passage de la masse, cette injection totale peut être obtenue. Mais il n'en est pas moins vrai que, normalement, la piqûre d'un point donné du réseau injecte de préférence certains collecteurs ; on est conduit à penser que chaque tronc des pédicules dessert plus particulièrement une portion déterminée de l'organe piqué. Il est donc logique d'admettre c{ue, dans ce réseau, cependant continu, il existe en réalité plusieurs territoires, et que chacun de ces territoires correspond à un groupe donné di> collecteurs. Certes, on ne saurait assez le répéter, l'indépendance de ces territoires est toute relative puisque dans les cas favorables on peut, par une seule piqûi-e, injecter la totalité des collecteurs; de même, leurs limites sont assez indécises.

On peut cependant, au moins pour certains organes, fixer avec une approximation suffisante leurs limites respectives. On peut donc apprécier leur étendue et, par conséquent, établir quelle est la voie lymphatique principale d'un organe donné. Or c'est là une notion dont l'importance pratique est considérable, car les processus néoplasiques exagèrent en quelque sorte cette disposition.

Inégale répartition. — Les lymphatiques sont inégalement répartis dans l'organisme. Et nous ignorons presque absolument le pourquoi de cette distri- Ijution, en apparence capricieuse. Déjà Sappey s'étonnait que le gros intestin possédât plus de vaisseaux blancs que l'intestin grêle. Ce fait montre bien que la teneur en lymphatiques d'une organe donné: n'est pas directement propor-

AXAToMiK (;i;m;i;ali>

liiiiiiH'lle à ses Iniiclidiis ;il)S(irl)aiili's. D'ailleurs la ncssil', donl la imiii|iii'Usi' ■saiiiL' est iniperméahk", possède des Ivtiipliatiques.

Leur uomi)re ne parait pas davanlage en rapport conslaiit avec ["('iaboralion des produits seci'étés puis excrétés j)ar les glandes, car, s'ils sont noniltreux dans la inaiu(dlc et le foie, ils sont j)lus rares dans le rein, 1(^ pancréas, le corps lliyroïde, tandis qu'on les trouve abondants sur le cciilrc ])lirénique.

Par contre, il semble (|uc la lexture du tissu conjonctif anibiani iniluence leur nombre comme leur l'orme. I.e tissu conjonctil' est-il làcbe, leur tendance liabidielle à coniluer les rend sinusiens ou saccil'oi'nies. Enormes, ils sont rares. I.c (issu est-il assez dense pour s'opposer à cette dilatalion et h cette fusion, ils demeurent nombreux mais plus grêles. Ainsi, Regaud observe (pie, dans un même organe, considéré cbe/, des espèces dillérentes, les radicules lympball(pies augmentent ou diminueni sui\ant cpie la ti'ame conjonctive est serrée ou lâche, en un mot, suivant ipie le drainage de la lynqihe est diriicile ou facile.

Maintenant, les lympliatiques existent-ils dans toutes les parties de l'organisme'? Sappev, nous le savons, niai! leur exislence dans les tissus conjonctifs et osseux, dans les séreuses viscérales el ariieulaires, dans les parois artérielles, dans les muqueuses urétéro-vésicales et dans le svstème nerveux.

Il est bien établi (|ue le tissu conjouclif est le siège à peu près exclusif des \ aisseaux blancs dont la présence dans les tendons et les aponévroses, démou- Irée par Ludwiget Schweigger-Seidel, est certaine. Budge, après Cruiksbanks, iirugmanns et Bonamv. a retrouv('' les 1\ inpbatiques osseux. Tillmanns a décrit les lym])baf itpies des séreuses articulaires. Et, pour ceux des séreuses viscérales, on ne saurait, depuis les travaux de Recklinghausen et de Ranvier, nier leur existence. I^es recherches des lloggan. d'Albarran, de l'asteau et de (lerota démontreni la r(''alit('' des lvmj)hati(|ues vésicaux.

Malgré les al'iirmalions de Hunier. ('.ruiksb;uii<s, jMascagni, Laulb et Rrescliet, l'existcMice des l\'m|ihali(|ues arlériels, ([uoiqiie vraisemblable, est encore incertaine.

En ce ([ui concerne le svsième nei'veux. la ([ueslion est loin d'être définitivement résolue. El de fait, on a décrit ici, comme voies de la lymphe, des vaisseaux blancs ordinaires, des gaines périvasculaires, des espaces neurogliques el même des l'entes séreuses. 3lasiagni, t'ohmann, .Vrnold et Brescbet ont figuri'' des lymphatiipies injectés par eux à la surface du cerveau. Sappey a lieusé (pi'il s'agissait là d'injeclions poussé(>s dans les veines ou dans le tissu cellulaire et son opinion a généralemeni prévalu. Cependant, Poirier affirme a\'oir vu des \-aisseaux Ivmpluil iques iudisculaliles h la surface externe du cerNcau, dans le [issu de la nK'niiige mnlle et dans la dure-mère.

(Juant aux gaines ])érivasculaires de Robin et de llis, si leur existence est indéniable, leur signification est plus disculée. Leur nature lymphatique, d'abord |)res(|ue nni\('rsellenient admise, est maintenant contestée. Renaut nie rendolhélium autrefois décrit par llis et Eberth; pour lui ces gaines sont de sinqtles émanalicms de la partie amorphe de la menibrana prima refoulée par les vaisseaux sanguins.

Si les c.s/y'cc.s i''luili(''s par Oliersteiner, Friedmann, Paladino, Klebs, Rosskacb, Schrwald, Kadvi, d'Abundo et (îuillain paraissent avoir, physiologii|ii<'ment, la signification de voies Ivmplia li(jues, leur morphologie ne permet rdiini.n i;i cfiaiii'V. — II. 74

[DEI.AMMŒ.]

LES LYMPHATIQUES

pas de les ranger parmi les vaisseaux blancs ordinaires. Il en est de même pour le canal de l'épendyme et pour les cavités séreuses. Nous aurons, du reste, l'occasion d'étudier plus lard les affinités morphologiques des séreuses et des lymphatiques.

Structure. — l*ar leur structure, les vaisseaux lymphatiques appartiennent, les uns au type des rapillain's, les autres à celui des troncs collecteurs.

Dans les capillaires, la lymphe coule plutôt qu'elle ne circule ; dans les troncs même les plus petits, sa circulation est très active. Le bleu de Prusse injecté ne tarde pas à disparaître (Ranvier).

Les capillaires, dépourvus de valvules, se réduisent à un endothélium; toujours valvulé, l'endothélium des troncs collecteurs est entouré d'une gaine

Fio. .'ii3. — Tronc lyniphaliciue de I;i sous-sérouse gastri([ue de l'homme (pièce opératoire). Endothélium lymphatique imprégné de nitrale d'argent.

conjonctive, élastique et musculaire. Le développement de cette musculature est assez variable : c'est ainsi que certains troncs du pannicule adipeux sous-cutané ne sont pas musclés (veinules lymphatiques de Renaut) ; c'est ainsi que le canal thoracique de l'homme, plus musclé que celui du chien, est un lymphatique propulseur au même titre que les troncs plus petits auxcjuels Renaut j'éserve cette dénomination.

Troncs collecteurs. — A quelques variantes près, tous les troncs lymphatiques ont, quel que soit leur calibre, une même structure fondamentale.

Schématiquement, on peut admettre que la paroi du canal thoracicjue est formée de trois tuniques : interne ou endotbéliale, moyenne ou musculaire, externe ou conjonctive. En réalité, la tunique interne, endothéliale, est doublée d'une

gaine conjonctive diffuse dans laquelle sont irrégulièrement répartis les éléments élastiques et musculaires.

Les cellules endothéliales, découvertes avant celles des vaisseaux sanguins, sont plates et allongées suivant l'axe du vaisseau; leurs bords, rectilignes au voisinage de la sous-clavière, sont ondulés plus bas. C'est, dit Ranvier, la forme élémentaire d'une disposition qui va se montrer très accusée dans les capillaires. Il n'en faut pas moins retenir que, ni dans le canal thoracicjue, ni dans les vaisseaux mésentériques du lapin, les cellules endothéliales n'ont la forme caractéristique en feuille de chêne. L'endothélium du canal thoracique se

Fio. oi'p. — Coupe transversale du canal thoracique de chien.

AXATOMIE CKNKHALE.

[inursuil, dans la sous-cla\i(''r(' (■(niniic le l'crall ccliil (riinc M'inc colla Irrale. Kciiaut a l'ail la mrine consLataLioa chez le clicx al : ce l'ail lui parait inilikn' en l'aNciir (le r(iri,L;iiu' \('ineiiso et du développenieiil cenlririi.iic du canal tlKjraci(|iie. Les \ al\ ules sont de simples replis de l'einlolliéliuin ; sur leur face inlerne, les cellules resseniblent à celles qui tapiss(>nt la paroi du vaisseau; sur leiii' lace exierne, elles sont polygonales et à peu près égales dans toutes leurs dinieiisions.

Sur une coupe transversale, ces cellules sont loin de présenter toutes le même aspect : les unes ont un protoplasnia lioinogène et assez abondant; leur noyau, o\-(iï(le. |)r(''senle un ou deux grains de clironuiline; les autres jiossèdent une mince bordure pi'otoplasmi(|ue de laquelle s'écliajipent de petites granulations spliérif|ues colorées par certains colorants acides (éosiue, liclitgriin). Le noyau de ces dernières cellules est [)lus allongé, plus aplati (|Me celui des précédentes; il se colore de l'acon (lilTuse et inlense presque toujours. Il s"agit dans ce cas de cellules (|ui s(^ di'lruisent, peut-être, en sécrétant. En elTet, les li-avaux d'ileidenbain. (rifamburger, donnent à penser i[ue l'endotliélium l\uipliaii(|ue, loin d'être une sinqjle inenibi'ane douée de proprii'lés ])bysiques, joue un r(')le aclil" dans Félaboralion de la lymplie. {{anvier a d"ailleurs démontn'' la r(''alit('' bislologi([ue de cette l'onction sêcrétoire de rendotliélium lynq)liatique. 11 a c(uislaté f|ue les cellules des vaisseaux lyni- |)liaiiqnes de l'oreille du la()in ('daboreut à l'état normal une substance byaline, très dill'éreule de r(''lêidii)e. Cette substance se gonlle comme la

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