‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource] (volume 3)Chapitre 59 sur 190 · I. — GRANDI-: VEINE CORONAIRE · texte numérisé non relu

I. — GRANDI-: VEINE CORONAIRE

Elle commence à la pointe du cœur, monte dans le sillon ventriculaire antérieur en augmentant rapidement de volume, puis se coudant à angle droit et se dirigeant à gauche en même temps qu'en haut et en arrière, elle contourne la base de l'oreillette gauche, dans le sillon coronaire, et se termine à l'angle inférieur gauche de l'oreillette droite, près de la cloison interauriculaire.

De là deux portions ou branches : une branche, dite verticale, longitudinale ou ascendante, qui dans la position normale du cœur est oblique ; une branche, dite transversale ou horizontale, également oblique, et qui est vraiment la partie coronaire, car elle embrasse en couronne la demi-circonférence gauche du cœur. La branche verticale est située sous le péricarde viscéral, à gauche de l'artère coronaire antérieure.

La branche transversale, située un peu au-dessus de l'artère qu'elle recouvre, est moins apparente; car elle est masquée dans sa portion initiale par la graisse qui remplit souvent le sillon auriculo- ventriculaire, et dans sa portion terminale par une couche musculaire émanée de l'oreillette. Cette dernière portion présente une dilatation appelée ampoule par quelques auteurs et sinus coronaire par le plus grand nombre.

La grande veine coronaire est un vaisseau considérable, dont le calibre mesure en moyenne 1 cm. au niveau de la portion transversale.

Sinus coronaire. — Le sinus coronaire, portion terminale etampuUaire de la grande veine coronaire dont il se distingue extérieurement par son plus grand calibre, occupe l'extrémité postérieure du sillon coronaire gauche. Il a une longueur moyenne de 3 cm. sur 12 mm. de large. C'est en réalité la partie inférieure persistante de la veine cave supérieure gauche de l'embryon. Celle-ci, atrophiée sur presque tout son parcours et réduite à l'état filamenteux, ne se conserve dans sa partie terminale que sous la forme de la petiteveine de l'oreillette gauche el du sinus coronaire. Par conséquent ce sinus est un réservoir indépendant dont la grande veine coronaire elle-même, comme presque toutes

VEINES DU COEUR

les veines de la face postérieure du cœur, n'est qu'un allluent. Cette veine est séparéedu sinus par la valvulede Vieussens qui correspond ou non à un étranglement extérieur; elle peut même j)résenter un sinus propre, c'est-à-dire une dilatation en amont de son embouchure dans le sinus.

Trois caractères anatomiques distinguent le sinus coronaire des veines afférentes : sa forme ampullaire, sa structure musculaireet ses deux valvules ostiales. Il possède une tunique musculaire complète, annulaire, formée de fibres striées semblables à celles du cœur; sur sa paroi postérieure ou libre se surajoutent des fibres obliques émanées de l'oreillette. Son extrémité gauche, celle qui s(> conl inné avec la grande veine coronaire, est fermée par la valvule de

Fig. — Veines du cœur (d'après la figure de Hcnle modifiée et un dessin do Buy.)

Le cœur est vu par sa faoe postérieure ; le sinus coronaire est ouvert. La ligne rouge indique le trajet du péricarde.

Vieussens; son extrémité droite, qui s'ouvre dans l'oreillette, par la valvule de Thebesius. Il n'y a aucune valvule pariétale, c'est-à-dire entre les deux orifices.

La valvule de Vieussens est un mince croissant qui occupe le débouché de la veine coronaiie proprement dite dans le sinus. Elle est le plus souvent unique et insulfisante ; sa concavité regarde l'oreillette droite. Elle manque une fois sur cinq. — La valvule de Thebesius ferme l'orifice auriculaire du sinus. Celui-ci est creusé dans la couche des fibres musculaires verticales de l'oreillette; il occupe la partie postéro-inférieure de l'oreillctle droile, à côté de la cloison inter-auriculaire, immédiatement en avant de l'orifice de la veine cave inférieure dont il

SYSTÈME VEINEUX

est séparé par la valvule d'Euslachi. Son diamètre est de 12 mm. Tantôt il affleure la paroi, tantôt il est situé au fond d'une fossette que circonscrivent des fibres arciformes. La valvule unique, mince, semi-lunaire, souvent fenètrée ou réticulée, est placée à peu près verticalement. Son bord libre regarde en haut et il gauche, c'est-à-dire la cloison interanriculaire ; sa corne supérieure se continueavec la corne inférieure de la valvuled'Euslachi. Elle est toujours insuffisante sur le cadavre, et Haller prétend qu'il en est de même sur l'animal vivant ou mourant ; il aurait constaté un reflux veineux régulier comme dans les veines caves. Luschka pense au contraire que le reflux du sang doit être empêché par l'anneau musculaire sirié qui entoure le sinus et qui est une dépendance du muscle de l'oreillette.

Veines afférentes. — La grande veine coronaire a pour territoire le cœur gauche et la partie avoisinante du cœur droit ; elle répond à l'artère coronaire gauche ou antérieure et à la majeure partie de l'artère coronaire droite. Ses branches afférentes sontles unes superficielles, visibles extérieurement, les autres profondes, intra-musculaires. Elles proviennent des deux ventricules, des deux oreillettes, du cœur gauche principalement, et des cloisons interventriculaire et interauriculaire. On les distingue en veines propres, qui sont plus ou moins constantes et ont reçu un nom, et veines accessoires, plus petites, plus variables et sans nom spécial. Elles sont antérieures ou postérieures, ascendantes ou descendantes.

Les veines propres sont toutes situées sur la face postérieure. Elles comprennent :

1° La veine oblique de Voreillette gauche ou veine de Marshall. Elle descend obliquement en bas et à droite sur la face postérieure de l'oreillette gauche, depuis les veines pulmonaires gauches jusqu'à l'entrée du sinus coronaire. Marshall a montré qu'elle est un reste fœtal, parfois ligamenteux, de la partie correspondante de la veine cave supérieure gauche.

2° Ija veine du bord gauche ou veine marginale.

i'* La veine postérieure du ventricule gauche, qui occupe le milieu de la face postérieure du ventricule.

4° La veine médiane ou interventriculaire postérieure, grosse veine de 0 mm. de diamètre, qui, née ordinairement par deux branches de la pointe du cœur où elle s'anastomose avec l'origine de la grande veine coronaire, parcourt de bas en haut le sillon médian postérieur et se jette dans le sinus coronaire. Son orifice est presque toujours muni d'une valvule simple ou paire. Elle reçoit surtout des veines du ventricule gauche. Son extrémité supérieure peut être dilatée en sinus.

S° La petite veine coronaireou coronaire droite, trèsinconstante, qui appartient au cœur droit et répond à la partie horizontale de l'artère coronaire droite. Née au voisinage du bord droit du cœur, elle se dirige horizontalement en arrière et à gauche dans la partie postérieure et droite du sillon coronaire et se jette dans le sinus coronaire, quelquefois dans la veine médiane ou même dans l'oreillette.

Anastomoses. — Le système coronaire, aussi bien artériel que veineux, n'est pas un système complètement fermé; les vaisseaux du cœur communiquent avec

VEINES DU COEUR

ceux des organes voisins. Les artères coronaires fournissent a l'aorte et à l'artère pulmonaire des vasa vasornm anastomosés avec les artères bronchiques, mé- (liaslines et péricardiqnes, branches de la mammaire interne. De même il existe deux veinet^ collatérales, qui, nées de la face antérieure du cœur, traversent le péricarde, et se rendent l'une dans le plexus veineux aortique, l'autre dans le plexus pulmonaire; à leur tour ces plexus se déversent dans la diaphragmatique supérieure gauche, branche du tronc innominé gauche. La première provient de la face antérieurede l'infundibulum par plusieurs racines qui se réunissent en un tronc de 2 mm. de diamètre, lequel aboutit au plexus aortique antérieur, formé de vaisseaux assez volumineux. La seconde a ses racines dans le sillon ventriculaire antérieur et sa terminaison dans le plexus veineux de l'artère pulmonaire. Toutes deux communiquent avec les veines du système coronaire. (Voyez : Béraud, De la. circulation collaté raie du cœur : — Gaz. méd. de Paris, 1862.)

On a vu quelquefois la veine oblique de l'oreillette gauche perforer le péricarde,s'anastomoser avec la veine satellite du nerf |)hi éni(|ue et se déverser dans l'intercostale supérieure gauche ou dans le tronc innominé gauche. Enfin très exceptionnellemeiil, il persiste une veine cave supérieure gauche qui vadu tronc innominé au sinus coronaire.

De leur c(j[é les veines du cœur de toutvolume sont largement anastomosées entre elles, ordinaii'ement par des arcades à concavité supérieure. Elles communiquent sur tout leur trajet, au niveau de leurs origines, notamment vers la pointe du cœur, et au niveau de leurs troncs, par des branches transversales. C'est ce que l'on constate par des injections fluides et encore bien mieux jiar des injections au mercure.

Structure. — Contrairement à l'opinion de nos classiques français, on rencontre des valvules dans les veines coronaires et leurs branches, chez le |)lus grand nonihre des sujets. Ces valvules sont toujours ostiales, c'est-à-dire situées il l'embouchure d'une veine dans un tronc plus gros, et jamais pariétales, sur le trajet du vaisseau. Les plus constantes, outre celle de Thebesius, s'observent : au débouché de la veine coronaire dans le sinus (valvule de Vieussens), à l'emboucliure de la veine médiane et à celle de la veine postérieure du ventricule gauche. Elles sont simples, incomplètes ; seules la veine médiane et la grande veine coronaire, à leur ouverture dans le sinus, peuvent posséder une paiie valvnlaire complète. Leur forme est semi-lunaire et laisse une fente en boutonnière. Elles sont le plus souvent insuffisantes. Il est pourtant des cas oùl'on ne peut injecter la veine coronaire à contre-courant.

La veine oblique de l'oreillette gauche, étant une portion de la veine cave f(etale, n'estjamais valvulée.

Page 1