‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource]Chapitre 138 sur 199 · MÉTHODE DES INDICES · texte numérisé non relu

MÉTHODE DES INDICES

La forme d'un organe résultant du développement relatif de ses différentes parties peut être exprimée parfois numériquement avec une grande clarté par le rapport arithmétique d'une dimension aune autre prise comme unité.

La technique cràniométrique et anthropométrique en général une fois arrêtée, on conçoit que de tels rapports calculés sur des chiffres exprimant avec exactitude des dimensions bien déterminées, indiqueront parfaitement les for-

Fig, 4y8 bis. — Crâne bracli yci'pliali' l'ig. ii'J. — Cràno doliclioi-t'plKiii' (iioriiia : crlicnlis). (normn verlicalis).

mes il décrire. La méthode des indices a été fort bien régularisée par Droca. On est convenu de rapporter tou jours la plus i)ctite mesure à celle qui est ordinairement la plus grande et d'exprimer la première en ceî??î<^mcs de la seconde. 11 suffit pour cela de multiplier la petite par 100 et de diviser le produit par la grande, en poussant jusqu'à la première ou la deuxième décimale, suivant la précisiondes mesures. Ainsi, pour exprimer la forme du crâne vu d'en haut, forme plus ou moins arrondie ou allongée, on calculera un indice qui a reçu le nom d'nirficc céphaliquc. d'après la valeur des deux diamètres

APERÇU CRA\'lOL0r;iUL7': • 511

tiansveisal maxiiiiuin et antéro-posiérieur maximum. Si ces deux diamètres

mesurent sur un crâne, le |)remier 160, et le second 195 millimètres, l'indice

cephalique sera ■= o2.0o, cest-a-dire (|uele diamètre transverse

sera au diamètre antéro-postérieur : : 82.05 : 100. On procède de la même manière ])Our tous les indices.

L'échelle d'un indice est ordinairement assez étendue : on la divise en trois tronçons, comjjrenant les indices faibles, moyens et grands, ou nu'crosé«ies (a^fxa, signe), mésosènu'S et mégasèmcs. Ces trois dénominations s'appliquent à toutes les sortes d'indices. Pour certains d'entre eux, les plus usités, elles sont remplacées par des noms indiquant plus explicitement le fait morphologique dont il s'agit. C'est ainsi que, |)0ur l'indice céphalique, la microsémie est appelée dolidwcëphnlie (ooïr/h;, allongé), la mésosémie mésaticéphalïe, (pcaâTioç, moyen), et la mégasémie ^jr^c/f^/cf/j/ia/ù' (j3pa;(;ùç, court), ces termes étant plus représentatifs. De même, pour l'indice nasal, les expressions générales de mégasème, mésosème, microsème, ont été remplacées par les termes deplatyrhinie, mésorhinie eileptorliinie, signifiant nez large, moyen, et étroit (relativement à sa longueur). (Juelques cràniologisles ont multiplié outre mesure les appellations de ce genre qui sont justifiées seulement lorsqu'il s'agit d'indices très usuels et importants.

Les indices les plus usités en cràniologie sont: 100 A

Indice = A B

Indice réplKiliqup Diani. transversal max. Diam. antéro-post. inax.

— rer/ical Diam. basio-bregmatiqiie. Idem.

— /raiisrcrso-verl/ca/ . . Idem. D. transversal max.

— frontal U. fi'nnlal minimiuii. Idem.

— stéplianique Idem. D. frontal max.

— du It'ou occipital . . . Largeur du trou. Longueur du trou.

— facial Longueur de la l'ace. D. bizygoniatique.

— nasal Largeur des narines. Ligne naso-spinale.

— orbitaire Hauteur orbitaire. Largeur orbitaire.

— palatin Largeur palatine. Longueur palatine.

Les divisions de l'échelle de chaque indice doivent être établies suivant des conventions bien arrêtées. Yoici les conventions adoptées pour quelques indices :

Mieroscmes. Mésosèmcs. Mcgusiinei.

Indice facial jusqu'il 6.5. !)!t de 66 à 68.99 09 et au delà.

— orbitaire — 82.9'.l de 83 à 88.99 89 —

~ vertical — 71.!)'i de 72 à 74.99 7,") —

Pour l'indice céphalique :

Dolichocéphalie. ...... jusqu'à 77.77

Mésaticéphalie de 77.78 ù, 80

Brarhycéphalie 80.01 et au delà.

l'nur l'indice nasal :

Leptorliinie jusqu'à 47.99

Mésorhinie île 48 à 52.99

Platvrhinie 53 et au delà.

On appelle liorizontal du crâne le plan tangent à la face inférieure des condyles de l'occipital et au point alvéolaire. C'est le |)Ian de Hroca, adopté par cet analomiste comme étant d'une détermination facile et comme étani [)aral-

OSTÉOLOGIE

Icle en général à la direction du regard horizonlal, indiquée sur le crâne |)ar une longue aiguille passant par le trou optique et par le centre de l'ouverture orbitaire. Four les représentations graphiques ou photographiques du crâne et pour

Fig. 460. — Crâne brachycépliale Fig. 4G1. — Crùiie dolichocophalu

(norma lateralis). (norma lateralis).

la mesure de certaines projections, il est indispensable que le crâne soit posé horizontalement.

On peut obtenir facilement au moyen du stéréographe de Broca des dessins de projections crâniennes mathématiquenientexacles sur lesquelles on ponit faire

Fig. 402. — Angles auriculaires et plan horizontal de Broca.

une foule de constructions linéaires pour l'étude des caractères crâniologiques. Cj est ainsi que l'on forme, par exemple, les angles auriculaires de Broca, servant à évaluer le développement relatif des diverses grandes régions du crâne.

APERÇU CRANIOLOGIQUE

Ces angles ont ponr sommet commun le, centre du trou auditif etsont formés par des lignes nommées }'rt(/oj?,s au finilai rcs aboutissant : l"au point alvéolaire, 2° à l'ophryon, 3» au iiregma, 4" an iauibda, 5" à l'inion, 6° au hasioiul^es angles ainsi foi niés sont : l'angle facial, l'angle frontal, l'angle pariétal, l'angle occipital supérieur et l'occipital inférieur. Ils sont mesuréssur lesdessins à l'aide du rapporteur. On mesure également la longueur des diversrayons auriculaire, alvéolaire, ophryal, bregmatique, lambdoïdien, iniaque et basial.

On peut tracer et mesurer sur les dessins stéréographiques divers angles ciaprès qui peuvent être aussi mesurés sans le secours du dessin, au moyen de goniomètres spéciaux.

SUnalion et direction du Iroii occipital. (Je trou occupe une situation ])lus ou moinsreculée sur le crâne. Il est situé chez l'houime dans la région moyenne du crâne et un peu plus eu avant chez l'enfant que chez l'adulte. Chez les très jeunes anthropoïdes sasituation esta peu près la même que chez l'homme, mais chez les anthropoïdes adultes il se recule en même temps que l'os occipital lout entier de telle sorte que son plan qui était d'abord à peu près horizontal et même légèrement dirigé en haut et en avant arrive à être dirigé en bas et en avant. Le recul et le changement de direction du trou occipital sont deux faits corrélatifs l'un à l'autre dont la cause est rallongement considérable que subit la

Recul et changement de ilireclion du Iruii occi|iital.

l^ig. 403. — Chez l'anthropoïde: arrêt. Fig. 4(11. — Clicz l'homiiie.

précoce de la croissance de la région frontale.

partie postérieure B) de la base du crâne, soit absolument, soit relativement à la partie frontale (I^F) de celte base et à la voûte crânienne. M. Manouvrier a démontré ce fait en 1884 au moyen de la superposition de profils encéphaliques ou endocrâniens de plusieurs anthropo'ides jeunes et d'adultes de même espèce. Il a montré parce moyen et par diverses mesures que la distance E F comprise entre la gouttière optifpie et la paroi antérieure interne du frontal est

OSTÉOLOGIE

aussi grande chez le jeune anthropoïde de trois ou quatre ans que chez l'adulte tandis que la distance E 0 comprise entre la gouttière optique et le basion s'accroît beaucoup. La région frontale tout eiUière du jeune et celle de l'adulte sont superposables. La longueur de la voûte crânienne tout entière reste également fixe. Il résulte de ces faits et de l'agrandissement du trou occipital que ce trou se trouve reporté en arrière, qu'il change en même temps de direction et que la partie po'stérieure de la voûte crânienne subit une sorte de soulèvement grâce auquel les parties inférieures et centrales du cerveau peuvent s'accroître en volume, mais non le manteau cérébral. Les figures ci-dessus montrent ces faitsdans toute leur évidence. La figure 164 fait voirqu'il en est autrement chez l'homme, où toutes les régions du crâne, sans exception, sont plus grandes chez l'adulte que chez l'enfant. M. Manouvrier a rapproché ces faits des différences dans le développement intellectuel entre l'enfant et l'adulte chez l'homme et chez les anthropoïdes. Ils ont été confirmés depuis 1885 par les recherches de Lissauer, de Tœroek et de Deniker.

§]V. — ANGLES CRANIOMÉTRIQUES

Angle facial. — On connaît l'angle facial au moyen duquel Damperreprésen • tait les variations du prognathisme. Cet angle CAO, formé parl'inlersection de

Fig. iG;). — Angle facial de Camper: angle spliénoïfial de Welcker.

deux lignes, l'unedile /(oriroM/ff/e passant parle trou auditif et le bord inférieur de la région nasale, l'autre dite /'ocia/c tangente au front et aux dents incisives.

APRRÇU CRANIOLOlilQUK

suffisait pour exprimer approximativement les grandes différences existant sous ce rapport entre les animaux et l'homme, entre l'enfant et l'adulte, entre le nègre et l'Européen, différences d'ailleurs très sensibles à l'œil. Il était incapable, toutefois, de mesurer ces dilférences avec une précision suffisante et celte incapacité a survécu aux nombreuses tentatives faites par Cuvier, Cioquet, Jacquart, etc. pour le perfectionner. 11 varie en effet non seulement d'après le degré de proéminence des mâchoires par rapport au crâne, mais encore d'après la hauteur verticale de la face et d'après la situation du Irou auditif de telle sorte que des différences de plusieurs degrés dans cet angle peuvent exprimer des caractères aiiatomiques très divers qui doivent être étudiés séparément (L. JManouvrier). Cet auteur a montré que, dans le prognathisme, c'est-à-dire dans la proéminence de la face en avant du crâne cérébral, il importe de distinguer séparément, non seulement la proéminence de la région maxillaire et celle de

Fig. 4U(). — Angle île Daiibeiiton et, angle basilaire de Bruca.

la région nasale, mais encore celle de la })arlie antérieure et inférieure de l'os frontal à laquelle s'attache la paroi antérieure de la face. — L'angle de Daabcnton T 0 D a été destiné à apprécier numériquement la direction du trou occij)ital par rapport à une ligne supposée fixe passant par l'opisthion et par le bord inférieur de l'orbite. Broca a remplacé ce dernier point de repère, mal choisi, par le fo'mt nasal indépendant des variations de longueur de la face. L'angle bafiila'tre de Broca, T B N, remplaçant avantageusement l'angle de Daubenton, a son sommet an basion (lig. 462).

L'angle basilaire de Broca et l'angle de Daubenlon ont d'ailleurs la même

OSTÉOLOniE

signification. Ils peuvent être mesurés très rapidement au moyen du goniomètre occipital de Broca. Voici quelques chiffres de cet auteur indiquant les grandes variations de Vangle hasilaire:

88 Auvergnats . . . 14°7 Max. 24° Min. 2» 123 Parisiens modernes 17°4 — 28° — .'J" 48 Nègres .... 25°7 — 37° — 12°

Singes anthropoïdes et pilhéciens de ofo à 45''5.

L'angle sphénoïdal de Welcker (fig. 465) N E B exprime, par ses grandes variations, le développement relatif de la hase du crâne, mais, comme l'angle facial de Camper, il varie sous l'influence de facteurs divers qui rendent ambiguës-ses petites variations (L. Manouvrier). Voici quelques-uns des chiffres ohtenus par Welcker :

30 hommes allemands

6 — nègres 14i°

4 anthropoïdes 167'

4 chats 170°

3 chiens 161°

Cet angle ne possède pas une assez grande valeur analytique pour être employé tel quel en anthropologie.

Vangle pariétal de Quatrefagex a servi ù mesurer la largeur de la face par rapport à la largeur de la région frontale du crâne. Il indiquait si les arcades zygomatiques étaient invisibles ou plus ou moins visibles, le crâne étant vu par sa face supérieure (crânes cryptozyges et phénozyges). Mais il est bien plus simple d'exprimer ce caractère par le rapport du diamètre frontal maximum au diamètre bizygomatique = 100.

§ V. — CAPACITÉ DU CBANK

La mesure do la capacité du crâne est très importante comme founiissani les meilleurs renseignements sur le volume de l'encéphale. Mais cette mesure est assez difficile et ne donne des résultats exacts qu'entre des mains très expérimentées. Le cubage du crâne a été parfaitement régularisé par Broca ; il ne donne pas la capacité crânienne en cenliinètres cubes d"cau ou de mercure, mais en centimètres cubes de grains de plomb soumis à un tassement déterminé de telle sorte que les chiffres obtenus sont proj)ortionnels à la capacité vraie du crâne. 11 existe d'autres procédés que celui de Broca suffisamment exacts, mais les chiffres obtenus par des procédés différents ne sont pas comparables entre eux. Ces détails doivent être connus pour éviter des erreurs et des confusions. Les chiffres qui suivent ont été obtenus par Broca lui-même et par M. Manouvrier au moyen du môme procédé très correctement suivi :

APERijlJ CKANIOLOGIQUE

l lo lit lilf'S •

Parisiens des catacombes

Franco (âge do la pierre polie)

— lépor|ues gauloise et iiii'i'ovinc' )

Auvergnats de Saint-Nectairo . .

Bretons-Gallots

Chinois . . . .

Nègres d'Afrique

§ VI. — DIFFÉRIvXCES SKXUELLES DU CRANE

(les diiréreiices constituent des caractères sexuels secondaires^, c'est-à-dire indirectement liés à la sexualité.

Elles sont nombreuses et assez tranchées, en général, pour qu'un observateur

Fig. 467. — Type masculin.

un |K'u exercé puisse déterminei', d'après elles seules, le « sexe d'un crâne » avec un risque d'erreur qui ne dépasse guère 1/20, à la condition toutefois de

OSTÉOLOGIE

déclarer le sexe douteux dans les cas ambigus dont la proportion est de 1 o environ.

Les caractères féminins du crâne sont dus à deux causes générales, d'ailleurs liées entre elles : 1» l'infériorité de la femme sous le rapport de la masse squelettique et musculaire ; 2° sa supériorité sous le rapport du poids relatif de l'encéphale (L. Manouvrier) dont les preuves seront données plus loin. Ces caractères féminins sont: le faible poids et le moindre volume absolus du crâne bien que ce poids et ce volume soient plus considérables que chez l'homme, relativement au reste du squelette (Manouvrier), l'épaisseur moindre des parois, la surface plus lisse et la moindre saillie de toutes les crêtes, aspérités ou apophyses servant aux insertions musculaires : protubérance et crêtes occipitales externes, crêtes sus-mastoïdienne et temporales, apophyses masloïdes, styloïdes, zygomatiques, orbitaires, etc. Les condyles de l'occipital sont aussi plus min-

Fifi;. 408. — Type IV'iiiiinn.

ces. La glabelle et les bosses sourcilières sont plus ou moins com])lèlement ell'acées. Les rebords orbitaires sont plus délicats: le rebord supérieur est presque tranchant et fait très souvent défaut du côté interne. La région inférieure et antérieure ou faciale de l'os frontal est moins haute que chez l'homme (P. Broca). Les sinus frontaux sont nuls ou petits. Le front s'élève plus verticalement, présente une courbure à plus petit rayon. La région du vertex est aplatie. Les bosses frontales et pariétales sont plus saillantes. I^es crêtes temporales restent plus éloignées de la suture sagittale. Les contours et la surface de la région faciale sont aussi plus arrondis et plus lisses. Les fosses canines sont moins profondes. Les deux maxillaires ainsi que les dents sont moins volumineux. L'ensemble de

APERÇU CRANIOLOGIQUE

laface est d'ailleurs plus petit, relativement au cràiie, et la voûte crânienne est plus étendue relativement à labase. La région fi'ontale est plus développée relativement à l'ensemble du crâne. Le prognathisme alvéolaire est souvent plus prononcé que chez l'homme (Topinard), mais c'est à cause de la moindre proéminence des régions nasale et frontale de la face. En décrivant ces derniers caractères sexuels, M. Manouvrier a montré que d'après l'étude comparative de l'évolution crânienne dans la série des vertébrés et dans l'espèce humaine, ils constituent une supériorité morpliologiq.ue incontestable, en rapport avec la supériorité du développement relatif de l'encéphale dont l'interprétation sera donnée ultérieurement. Ces caractères de supériorité se retrouvent, il est vrai, en partie, quelques-uns même plus accentués chez l'enfant ; mais il en est un qui domine tous les autres et qui existe chez lafemme sans exister chez l'enfant; c'est le développement relatif de la région frontale par rapport au reste du crâne, la capacité intérieure de l'os frontal féminin arrivant à égaler absolument et par suite à surpasser relativement la capacité frontale de l'homme.

Tout cela est d'ailleurs en rapport avec l'infériorité de la taille féminine coïncidant avec l'égalité du développement intellectuel dans les deux sexes, ainsi qu'on le montrera dans le chapitre consacré au poids du cerveau.

Il faut ajouter ici que beaucoup de crânes masculins présentent certains caractères féminins plus ou moins nombreux et accentués, et vice versa. La description précédente s'applique seulement à la généralité des cas. Dans le diagnostic du sexe d'après le crâne, c'est sur plusieurs caractères à la fois qu'il faut se baser.

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