‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource]Chapitre 139 sur 199 · VIL — CARACTÈRES ETHNIQUES DL CRANE · texte numérisé non relu

VIL — CARACTÈRES ETHNIQUES DL CRANE

On appelle ainsi les diiïérences que présente le crâne suivant les races. Ces caractères, comme les caractères sexuels du crâne, doivent èti'e établis par la méthode des moyennes, et les moyennes crâniologiques doivent être calculées chacune sur une série suffisante pour qu'elles soient stables, c'est-à-dire pour qu'elles ne puissent j)lus varier notablement parlefait de l'adjonction à la série étudiée d'un certain nombre de nouveaux cas. Broca a montré que, pour les mesures linéaires, des séries de 20 crànespeuvent fournir des moyennes stables à une ou deux unités près, à la condition que ces sériessoienl honiogè;ies quant à l'âge et au sexe, Pour les mesures cubiques, il faut des séries plus fortes : 40 à 50 crânes sont à peine suffisants. Il est donc absolument incorrect de baser des conclusions sur des moyennes calculées sur des séries de quelques crânes ainsi qu'on le voit faire à chaque instant par des auteurs inexpéi imentés. Il est indispensable, sauf jiour quelques recherches spéciales, que les séries formées en vue de l'étude d'unsexe, d'unerace, d'une population, d'une catégorie quelconque d'individus, soient composées en dehors de tout choix influencé pardes idées préconçues. Mais il faut éliminer pourtant des séries normales tous les crânes déformés pathologiquement.

On peut dire que toutes les races humaines ditTèrent entre elles cràniologiquement. Les caractères ethniques sont parfois assez prononcés et assez con-

OSTÉOLOGIE

stants chez tous les individus d'une même race pour qu'il soit possible de diagnostiquer celle-ci à la seule inspection du crâne. C'est ainsi qu'il est assez facile de distinguer un crâne typique de nègre, d'Européen, de Chinois, d'Australien, voire même un crâne de nègre ouoloi" ou de boschiman. Mais il ne faut pas oublier que dans une même population existent la plupart du temps des races différentes plus ou moins mélangées entre elles, et que même dans une race donnée parmi les plus pures, il existe de nombreuses variétés individuelles très propres à induire en erreur. Il faut savoir aussi que certains caractères, parmi ceux qui servent à différencier les races, peuvent se rencontrer dans des races très diverses d'ailleurs : exemple : la dolichocéphalie ou la brachycéphalie, la platyrhinie ou la mésorhinie, etc., etc. La différenciation des races doit donc être faite d'après plusieurs caractères anatomiques coexistants et non d'après un seul.

Caractères sériaires et hiérarchiques du crâne. — On appelle ainsi les caractères d'après lesquels on peut former des séries ordonnées conformément au degré du développement intellectuel. Dans une telle série viennent en tête les hommes supérieurs, puis les peuples civilisés, puis les sauvages, puis les microcéphales, les anthropoïdes, les singes inférieurs, les carnassiers, etc. Ces caractères sont, par exemple, ceux qui sont en rapport avec le développement absolu et relatif du lobe frontal^avec ledéveloppementdu crâne par rapporta la face. Mais il est rare que les séries hiérarchiques ainsi formées soient satisfaisantes d'un bout à l'autre en vertu de l'insuffisance de l'analyse actuelle anatomo-physiologique. Elles n'en constituent pas moins un moyen d'investigation précieux en anatomie comparative.

§ VIII. — DÉFORMATIONS CRANIENNES

On distingue les déformations pathologiques et les déformations arlificielies. Déformations pathologiques. — Parmi les premières on peut citer Icirnicro-

céphalie et V Iiydrocéphalie qui pourtant ne sont pas, à proprement parler, des déformations essentielles du crâne mais bien des ditTormités consécutives à

APEHÇU CH AN 10 LUGIyU E

l'arrêt de Jéveloppeineiil préiuaUiré du cerveau et de riiydropisie iiitra-crànienne. Nous traiterons de la microcéphalie à propos du poids de l'encéphale.

Les déformations pathologiques essentielles du crâne sont dues à la synoslose pré ma luréede certaines su turcs, entraînant l'arrêt de développenient dans le sens perpendiculaire à la suture synostosée et un excès de développement compensateur dans la direction de cette suture (Virchow). Les deux principales déformations de ce genre sont la seaphocépha- Ue (ojcatjjoç, bateau) produite par la synostose prématurée de la suture sagittale (fig. 'iG9) et Vacrocéphalie produite par la synostose prématurée de la suture coronale (fig. 470). Ces deux déformations ne sont pas très rares et sont compatibles avec un développement intellectuel très complet. Une déformation du même genre, plus rare peut-être, est la trlgonocéphallc produite par la synostose prématurée de la suture raétopique ou médio-frontale, d'où résulte un

rapprochement plus ou moins prononcé des bosses frontales, donnant an crâne vu d'en haut, dans les cas extrêmes, une forme triangulaire. La trigonocéphalie, intéressant la largeur du lobe frontal, entraîne l'infériorité intellectuelle.

La déformation crânienne la plus fréquente est la plagioccphalie (7r)ayio;, oblique) caractérisée par la prédominance de l'un des côtés du front et j)ar la proéminence de l'occipital du côté opposé. Cette déformation (fig. 471) est compatible avec un développement intellectuel normal. On l'a atti'iljuéo à tort à des synostoses prématurées, car beaucoup de crânes très fortement plagiocéphales ont cependant toutes leurs sutures parfaitement libres. On l'a attribuée aussi à la compression prolongée de l'un des côtés du crâne au niveau de la région pariétale inférieure et postérieure par suite d'un défaut de variation dans la position de l'enfant au berceau, mais il n'y a pas de preuves à cet égard et M. IManouvrier a pu observer un cas formellement contradictoire.

Fis. 471 .

I^lagiocéplialie.

Déformations artificielles. — Elles sont produites parfois intentionnellement par cer tains jjeuples et au moyen de compressions variées, exercées avec des appareils également variés, sur le crâne des enfants du premier âge. Telle est la macrocéphalie assez fréquente chez certains peuples anciens et même modernes du sud-est de l'Europe et signalée déjà par Hérodote. Les Indiens de la Bolivie, les anciens Aymaras produisaient une déformation très analogue. Chez les Mahuas, la déformation consiste dans un aplatissement du crâne de haut en bas.

En France, on aobservé dans le Limousin, dans la région de Toulouse, dans les Deux-Sèvres, en Normandie, une déformation crânienne présentant une grande analogie avec la déformation macrocéphalique. Cette déformation est produite sous l'influence de ditîérentes sortes de coiffure ayant toutes pour effet de comprimer la région frontale à sa partie antéro-su])érieure, la région occipitale inférieure servant de point d'appui. De cette compression résulte un aplatisse-

OSTÉOLOGIE

ment de la région comprimée et un allongement compensateur dans le sens antéro-postérieur. Grâce à cette compensation spontanée la déformation toulousaine

etlimousine ne paraît pasaltérer, du moins quantitativement, le développement cérébral et intellectuel. Il est possible que cette déformation du crâne, qui tend à disparaître, ait été primitivement intentionnelle et le soit encore quelquefois, maisM.Manouvrier, d'après les renseignements recueillis par lui dans une partie du Limousin, s'est assuréque les Fig, 472. — Déformation toulousaine el limousine enfants sont ainsi déformés contrairement à l'intention de leurs parents qui restent simplement fidèles à la mode de coiffure traditionnelle. On coiffe le nouveau-né d'un bonnet ou « serre-téte » attaché par un lien passant sous l'occiput, probablement dans le but de maintenir les os du crâne, et que l'on change ensuite rarement. Ce bonnet de dessous n'est pas d'abord trop serré, mais ne tarde pas à le devenir par suite de la croissance très rapide du cerveau à cetâge, et il en résulte que la tète, serrée circulairernent suivant un plan sousoccipito-frontal, ne s'agrandit plus qu'en arrière.

Page 1