‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource]Chapitre 140 sur 199 · VIIT. — POIDS DES OS ET ANALYSE PONDÉRALE DU SQUELETTE · texte numérisé non relu

VIIT. — POIDS DES OS ET ANALYSE PONDÉRALE DU SQUELETTE

De longues recherches d'anatomie comparative sur le développement quantitatif des différentes parties du squelette ont été entreprises par M. Manouvrier en 1878. En raison des difficultés qui rendent difficilement mesurables le volume et la surface des divers os, il s'est adressé au poids, qui représente bien la masse totale de ces organes, qui permet de les comparer entre eux à ce point de vue sur chaque individu très exactement et qui permet même de faire un certain nombre de comparaisons suffisamment précises entre des os provenant de divers squelettes lorsque ceux-ci sont une fois bien desséchés.

Cet auteur a envisagé d'abord les trois parties du squelette qui lui ont paru avoir le plus d'intérêt comme se rattachant d'une façon suffisamment spéciale ou importante à trois grands ordres différents de fonctions : l'innervation, la nutrition, la locomotion. Ces trois parties ont été le crâne, la mandibule et les fémurs dont les variations pondérales ont été étudiées comparativement dans différentes espèces et surtout dans l'espèce humaine suivant l'âge, le sexe, la race, la taille, etc.

Extrayons d'abord du mémoire de M. Manouvrier (1) quelques chiffres bruts : Poids absolu. — Le poids total du squelette entier après macération ordi-

(1) L. Manouvrier, Rech. d'Annt. comparât, et philos, sur les caractères 'tu crâne el du cerveau : I" mémoire : sur le âéwelop. quantitatif conip. 'le V encéphale et de diverses parties du squelette (thèse méd. Paris, 1882 et Soc. zool. de France).

APERÇU CRANIOLOGIQUE

iiaire et dessiccation s'est élevé en moyenne à 4400 gr. pour 10 hommes ; le poids maximum a été de 5103 gr. pour un homme de forte taille, et le minimum de 3800. Le poids du squelette d'une femme de taille un peu au-dessus de la moyenne a été de 3204 gr.

C'est le poids du fémur qui varie le plus parallèlement avec le poids total du squelette, si l'on considère des adultes. Il varie surtout à peu près parallèlement au poids du squelette des membres. Le poids du crâne et celui de la mandibule présentent au contraire des variations particulières extrêmement étendues.

Le poids des fémurs est très faible chez les enfants soit relalivement au poids total du squelette, soit relativement au poids total du squelette des membres.

Le poids absolu du crâne à l'âge adulte, mesuré par plusieurs analomistes sur des séries insuffisantes, a donné les moyennes suivantes d'après les mesures de Broca et de Manouvrier :

Parisiens du xii'^ siècle .

(il hommes

613 gr.

i2 femmes

— du xn'' au xvir

— modernes .

Parisiens réunis . . . .'

Assassins français. .

Hommesdistingués (coll. GàW]

Nègres d'Afrique

Nègres d'Océanie . . . .

Bengalis (Hindous) . . . ,

Un géant français (2"'10) .

Un nain — (1"'04) .

La seule influence manifeste sur le jjoids du crâne qui ait été ainsi démontrée est celle de la taille, ce mot étant employé avec sa plus large acception.

Sauvage, opérant sur les chiffres consignés dans les registres d'observations de Broca, n'a pas trouvé de différence sensible entre la moyenne du poids du crâne chez les vieillards et celle des adultes, contrairement aux résultats obtenus par Tenon et par Dupuytren (1). Mais M. Manouvrier attribue ce fait à ce que le crâne subit, chez les vieillards, tantôt une atrophie et tant(M une éburnation qui maintient la moyenne sénile au niveau de celle des adultes.

Pour le poids absolu de la mandibule (dents comprises), voici quelques-unes des principales moyennes obtenues par cet auteur :

Parisiens (Assassins) .

Hindous, Parias Nègres d'Afrique .

Id. d'Océanie .

Microcépliales adultes

1 orang femelle

2 gorilles mâles

29 hommes . Moy.

13 femmes : Moy,

1 gorille femelle

(1) Sauvage, [{ech. sur Votât scmie du crâne (Thèse méd. Paris, 1870).

OSTÉOLOGIK

Dans toutes les races lu différence sexuelle du poids de la mandibule est très grande.

La taille influe sur les dilïérences ethniques du poids uiandibulaire. Mais à taille égale, les races inférieures ont un poids mandibulaire plus élevé que les races civilisées.

Les assassins ont en général une mandibule plus lourde que les hommes de même race.

Les microcéphales ont un poids mandibulaire élevé relativement à leur taille. Les singes anthropoïdes ont une mandibule énorme relativement à leur taille, si on les compare à l'homme.

Comparaison du poids du crâne au poids du reste du squelette. — Rapport ou indice crânio-squelettique : — Le crâne est d'autant plus lourd par rapport au reste du squelette que l'âge est moins avancé. Chez le nouveau-né le crâne arrive à surpasser le poids du reste du squelette.

Sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, la femme adulte se rapproche plus que l'homme du type de lajeunesse. Les hommes de faible stature occupent un rang intermédiaire entre les femmes et les hommes de forte taille.

Comparaison du poids du crâne au poids des fémurs. — Le rapport du poids des fémurs au poids du crâne = 109 constitue l'indice crânio-fémoral. Ce rapport a pu être calculé sur un nombre de cas beaucoup plus grand que le précédent ou indice crânio-squelettique. 11 a d'ailleurs la même signification.

Dans chacune des races étudiées, l'indice crânio-fémoral a été toujours plus élevé chez les hommes grands que chez les petits et plus encore chez les hommes que chez les femmes.

La plupart des femmes (83 0/0) ont le crâne plus lourd que les fémurs. La plupart des hommes (81 0/0) ont au contraire les fémurs plus lourds que le crâne. L'indice crânio-fémoral fournit donc un caractère sexuel des plus tranchés.

Les différences ethniques de l'indice crânio-fémoral n'ont pu ressortir des recherches faites, se trouvant masquées par l'énorme influence de la taille.

L'indice crânio-fémoral s'est élevé, chez un géant de 2"'10, à 132 et chez un nain de l'"04 il est descendu à 49. La moyenne de 40 hommes de diverses races a été de 123 et la moyenne de 20 femmes a été de 87.

Chez les anthropoïdes le poids des fémurs est plus grand que chez l'homme par rapport au poids du crâne, malgré l'addition à ce dernier poids d'un poids facial énorme. L'indice crânio-cérébral a été en moyenne 141.3 pour 4 gorilles mâles et 107.4 pour 2 femelles.

On peut poser, en somme, sur ce chapitre, tes conclusions suivantes :

1" Le poids du crâne augmente en général avec le poids du squelette, mais non proportionnellement à ce dernier.

2° Le poids du crâne est d'autantplus grand par rapport au poids du squelette que celui-ci est moins élevé.

3° L'importance pondérale du crâne dans le squelette diminue suivant l'ordre de la série suivante : Enfant, femme, homme de faible stature, homme de forte taille, anthropoides.

Ces divers faits démontrent que le poids du crâne subit une influence considérable indépendante, au moins en partie, du développement général du sque-

A PRRCU SUl! ELKTTOLOGIQIJ E

lette. Cette intlueiice est celle du développement quantitatif de l'encéphale. Elle est si grande que, dans les conclusions précédentes, on pourrait remplacer le mot crâne par le mot encéphale sans altérer la réalité des faits.

Ici ressort bien l'utilité de l'étude pondérale du squelette et apparaît le parti que l'on peut tirer de cette analyse au point de vue physiologique. Nous montrerons, par le fait, dans le chapitre consacré à l'encéphale, comment les faits ci-dessus et ceux qui suivent ont servi de base à l'interprétation des variations du poids cérébral .

Comparaison du poids du crâne à sa capacité cubique ou au poids de l'encéphale. — Le rapport du poids du crâne à sa capacité — l(jÛ conslituel'ijidice crà)HO-cérL'br<(I. Plus l'indice est élevé et |)lus le crâne est lourd par rap- |)ort à sa capacité et à son contenu.

Voici quelques chifl'res à ce sujet :

1° nACES ET ESPÈCES :

Parisiens- modernes. 70 hommes. Moy. =41.4. — 30 femmes. Moy. = 40.1

Parias de rinde . . 20 — — 42.0 — —

Nègres d'Afrique .31 — — 46.4 5 — — 45.9

Néo-Calédoniens. 22 — — 48.2 — 16 — — 43.0

3 Microcéphales 46.3 à 63.6

2 Chimpanzés jeunes 60.4

i Orang femelle 98.5

3 Gorilles mâles 132 à 179.7

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