‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource]Chapitre 148 sur 199 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

STRUCTURE

Un coup d'œil J'eiiseinble sur un squelette encore pourvu des parties molles, qui relient entre eux ses divers os, permet de voir que le mode d'union des os est des plus variables. Envisagé d'une façon générale, il apparaît sous deux formes principales: tantôt l'union est cont'ujue, c'est-à-dire que la continuité entre deux pièces osseuses est établie par un tissu intermédiaire plus ou moins apparent, de nature cartilagineuse ou conjonctive ; — tantôt, au contraire, l'union est discontinue : il y a seulement contact entre deux pièces osseuses, comme on le voit dans la plupart des articulations des membres, et le tissu qui réunit ces extrémités est disposé à leur périphérie, allant d'un os à l'autre, sous forme do manchon.

L'union des os par conlinuilé s'établit de deux manières différentes : 1° par synchondrose quand le (issu intermédiaire aux deux os est cartilagineux ; 2° par synartlirose quand la continuité est établie par du tissu conjonctif. Nous avons vu par l'étude du développement que la synchondrose est le type primitif de la plupart des articulations ; je ne m'expli(|ue point qu'elle ait été considérée jusqu'à ce jour comme une variété de la synarthi'ose, alors qu'elle diffère de celle-ci par son développement, sa constitution et sa structure.

L'union discontinue, par simple contiguité, est appelée diarthrose.

Des moyens d'union si différents comportent, on le comprend, une mobilité fort différente. Nulle dans la synarthrose, peu apparente dans la synchondrose, la mobilité devient très grande dans les diverses variétés de la diarthrose ; de là le qualilicalif étrange à' arlicidations immobiles, donné aux synchondroses et aux synarthroses, tandis que les diartbroses sont dites articulations mobiles. Entre ces types extrêmes, il existe un type intermédiaire comprenant des articulations en partie contigui's, en partie continues, les anrpliiarllwoses.

L'étude du développement nous a montré comment a])paraissaienl les parties constituantes des articulations.

Nous allons étudier successivement, au point de vue de leurs caractères généraux, de la sli'ucture de leurs éléments, et de leurs subdivisions en genres : 1° les synchondroses ; 2° les amplilarthroses ; 3» les diarthroses ; 4° les synartJiroses.

§ L — SYNCHONDROSES

La synchondrose est essentiellement constituée par des surfaces osseuses mises en continuité par un cartilage interposé; elle n'a point de ligaments, [^e

312 ARTHROLOGIE

cartilage interposé est du cartilage hyalin ; c'est généralement un reste de l'ébauche cartilagineuse primitive. Le périchondre épaissi est en continuité avec le périoste de chacun des deux os et contribue à assurer la solidité du contact.

Les principaux types de synchondrose sont : l'union de la première côte avec le sternum, celle de l'apophyse styloïde avec le rocher, celle de la lame perpendiculaire de l'ethmoïde avec le vomer.

La plupart des synchondroses sont temporah'es, c'est-à-dire qu'avec l'âge elles disparaissent par ossification du cartilage intermédiaire. Sur le plus grand nombre, cette ossification ne se fait qu'à un âge avancé ; sur la synchondrose sphéno-occipitale la soudure des deux pièces osseuses se fait normalement et d'assez bonne heure.

§ TI. - AMPIIlARTimOSES

Les amphiarthroses, qui constituent le type intermédiaire aux synchondroses et aux diarthroses, sont parfois désignées sous les noms de symphyses, articulations semi-mobiles, articulatio7is mixtes. Luschka les a décrites sous le nom de lialbgelenke (demi-articulations) dans une monographie très remarquable (Luschka, die Halbgelenke des menschlichen Kœrpers, Berlin, 1858),

Les amphiarthroses présentent des surfaces osseuses planes ou légèrement déprimées vers le centre; ces surfaces sont revêtues d'une couche de cartilage hyalin qui occupe leur partie centrale et les aplanit. Les moyens d'union sont représentés par des ligaments interosseux extrêmement résistants, et par des ligaments péri-phénques en général peu développés. Le centre de l'article est occupé par un tissu mou, de structure spéciale, circonscrivant une cavité toujours mal limitée et qui peut manquer.

Les mouvements des amphiarthroses sont peu étendus mais très variés : on y constate tous les mouvements, depuis le simple glissement jusqu'à la rotation.

Les amphiarthroses doivent être divisées en deux ordres : {"les amphiarthroses typiques, représentées par les articulations des corps vertébraux entre eux; 2° les amphiarthroses à un degré d'évolution plus avancé, qui les rapproche des articulations parfaites ou diarthroses : on les appelle pour cette raison diarthro-amphiarthroses : la symphyse sacro-iliaque est le type de celles-ci.

Je ne puis consentir à conserver le qualificatif A'amphiarthrose imparfaite, cominunt'inent appliqué aux diarthro-amphiarthiroscs. Jamais qualificatif no fut plus injustement appliqué, puisque les diarthro-amphiarthroses représentent un type plus avancé, plus parfait d'amphiarthrose.

STRUCTURE. — Les amphiarthroses offrent à étudier : 1° la couche cartilagineuse qui encroûte leurs surfaces articulaires ; — 2° la couche de tissu qui les unit, c'est-à-dire le ligament interosseux.

Cartilage d'encroûtement. — Ce cartilage appartient à la variété dite hyaline. Il n'est cependant pas rare que sa substance fondamentale, surtout la zone qui confine au ligament interarticulaire, soit fibrillaire (par exemple à la symphyse pubienne).

STRUCTURE

Ligaments interosseux. — Ces foni.ations, que l'on observe au niveau de la symphyse pubienne, de l'aiTiculalion sacro-iliaque, entre les corps des vertèbres (disques intervertébraux), pour ne citer que quelques exemples, n'ont pas partout une constitution identique. Elles sont composées essentiellement par du fibro-cartilage ; parfois cependant en certiiins points leur structure est exclusivement fibreuse. Nous les étudierons ici dans leur forme typique, à la colonne vertébrale. Les autres seront étudiées avec les articulations aux({uclles elles a|)partiennent.

DiSQUEs JNÏERVEHTÉBHA.UX. — Les disqucs qui unissent les faces inférieure et supérieure de deux vertèbres superposées sont formés : 1° de couches périphériques, lamellaires, fibro-cartilagineuses et conjonctives disposées en anneaux, complets ou non, emboîtés les uns dans les autres; 2° d'une zone centrale, molle (noyau gélatineux des auteurs) formée do libro-cartihige (V.

fig. 483).

Les couches annulaires pcripliériques sont déjà bien visibles sur des coupes fraîches, qui montrent des bandes allernativementblanches (tissu fibreux) et jaunâtres (fibro-cartilage).

Les fibres dans chacune de ces bandes sont orientées dans des sens difTérenfs ; d'une façon générale elles sont dirigées de haut en bas, mais toujours plus ou moins obliques par rapport aux surfaces articulaires.

La figure 48i rend compte de l'aspect d'une coupe transversale d'un disque intervertébral, passant par la zone périphérique; elle ne montre ([ue la moitié de l'épaisseur d'un disque. A la substance (oî') du corps de la vertèbre fait suite le cartilage d'encroùlement {c.liij) auquel succède le fibro-cartilage (F.c). Les fibrilles dont est composée presque exclusivement la substance fondamentale sont d'abnrd à peu près rectilignes et les cellules forment des séries plus ou moins netles. Plus en dedans les faisceaux fibrillaires sont ondulés et comme enclievélrés, ])uis ils s'écartent en ménageant dans leurs intervalles des interstices rem])lis par une substance fondamentale homogène et ])ar des cellules.

Celles-ci sont beaucoup plus volumineuses que dans les zones ])lus rapprochées de la surface articulaire; elles sont isolées ou groupées et émettent des prolongements de longueur variable mais très fins.

La zone coitrale, molle, du disque intervertébral est constituée, d'une part par du fibro-carlilage et du tissu conjonclif, d'autre pari, par les vestiges de la corde dorsale (Voir Ostéologie, p. 275). Dans le jeune âge on rencontre au centre du disque une cavité piriforme remplie par des cellules de grande taille, vésiculeuses, groupées en amas ou agencées en cordons, et enfouies dans une substance intermédiaire amorphe et semi-fluide. Ces cellules dérivent des élé-

Fig, 4 83.

Coupe passant au travers du disque (|ui unit la 2e vertèbre lombaire à la 3o (bnu)nie de 30 ans) (d'après Luschka).

C, couches périphériques annulaires ; — A, noyau central -, — B, prolongements mous qui formaient en parlie le noyau central et qui sont attirés au dehors lie la surface de section.

oii

ARTHROLOGIE

ments de la corde dorsale, proliférant activement. Chez l'adulte, le noyau inuqueux du disque intervertébral provient en partie de l'amas cellulaire

cordai primitif ; il est contenu dans une cavité de forme irrégulière dont la paroi, de consistance très molle, est formée par une substance fondamentale fibriliaire renfermant des cellules cartilagineuses.

Il est à remarquer que cette substance molle se mélange le plus souvent d'une façon assez intime avec les vestiges cordaux, de telle sorte que la cavité qui loge ceux-ci n'est pas, chez l'adulte, aussi bien limitée que chez l'enfant.

DIARTHROSES

Les diarthroses constituent le type actuellement le plus parfait d'articulation : elles ont pour attributs principaux : des surfaces indépendantes, des moyens d'union rejetés à la périphérie et une cavité articulaire bien circonscrite par une membrane dite membrane synoviale.

Leurs parties constituantes indiquées schématiquement dans la figure 485 sont les suivantes : 1° les cartilages articulaires (ca) qui recouvrent les surfaces en contact; — 2° la membrane synoviale (sy) qui limite en partie la cavité articulaire ; — 3" la capsule {c.iJ.a) et les ligaments périarti- 4" les ménisques interarticulaires et les bourrelets marginaux.

Pig. 484,

Coupe perpendiculaire à sa surface d'un disque intervertébral du veau.

ou, os (corps de la vertèbre) — c.lty, cartilage hyalin d'encroûtement —/''.c, fibro-cartilage (d'après P. Schief-

FERDECKEll et KOSSEL).

culaires ;

CARTILAGES ARTICULAIRES. — Les cartilages articulaires, appelés aussi cartilages d'encroûtement, forment à la surface de la substance osseuse une couche qui adhère solidement à cette surface dont elle reproduit la forme générale.

STRUCTURE

5io

Conformation extérieure. — l/ejja/ssenr du cartilage tfoneroùtemeiit n'est point uniforme ; elle varie en raison directe de la pression que supporte la surface articulaire dans ses diiïérentes parties. Plus grande en général sur les articulations des membres inférieurs, elle varie de 4 mm. (centre des cavités glénoïdes du tibia) à 1/2 mm. (cavité glénoïde de la pbaiangette). Lu loi de ]>ression qni règle l'épaisseur de ce revêtement cartilagineux ne paraît pas subir d'exception.

II ne faut plus dire que l'épaisseur des cartilaares varie suivant la forme de la sur-

face articulaire, qu'elle est plus grande au centre sur les surfaces convexes, à la périphérie sur les surfaces concaves. Sappey a refuté cette erreur par des mensurations très précises, montrant ([ue le revêtement cartilagineux de la tête fémorale et de la cavité cotyloïde est plus épais dans la moitié supérieure que dans l'inférieure. Morel et Duval remarquent également que dans les articulations métacarpo-pbalangiennes, le cartilage d'encroûtement est plus épais vers la partie palmaire des condyles juétacarpiens, parce que c'est dans la flexion que se font sentir les plus grands elTorts dans ces articulations; tandis que dans les articulations métatarso-pbalangiennes l'épaisseur maxima se trouve vers la partie dorsale des condyles métatarsiens, parce que c'est dans l'extension, par exemple quand on repose sur la pointe des ]Meds, que ces articulations subissent le maximum de pression.

L'étendue du revêtement cartilagineux est en rapport avec l'étendue des mouvements de la jointure et nullement en rapport avec l'étendue de la surface articulaire opposée. Com])arez à cet égard le revêtement cartilagineux de la cavité glénoïde de l'omoplate à celui delà tête humérale.

La face adhérente des cartilages est unie de la manière la plus intime à l'os sous-jacent, avec lequel ca/'<e7«{/e se continue. La. face libre est remarquable par l'extrême poli qu'elle présente : elle est humectée par un liquide filant de consistance onctueuse, ]ii synovie. — A la périphérie les cartilages s'amincissent : à la couleur blanc laiteux de leur partie épuisse succède un liseré bleuâtre ou rosé dû à la transparence du cartilage (jui, eu couche mince, permet d'ajtercevoir l'os sous-jacenl.

Structnre. — Les carlilnges d'(^ncroùienient appartiennent à la variété dite cartilage hyalin ; ils sont formés par une substance fondarncnlide, creusée de cavités ou chondroplastes, ou capsules cartilagineuses, que remplissent des éléments cellulaires, les cellules car lïlaghieuses.

Fig. 485.

Coupe schématique d'une diarthroso.

E.a, extrémités articulaires des os, — c a, cartilages d'encroûtement ; — c.p.a. capsule articulaire ; — s//, synoviale ;son trajet est indiqué par une ligne pointiUee ; — csy, culs-de-sac synoviaux.

On remarquera que la partie de la synoviale correspondante a l'os est doublée par un prolongement du périoste.

La cavité articulaire, normalement virtuelle est ici considérablement élargie pour les besoins du schéma.

ARTIÎROLOGIE

Comme on peut le voir sur une coupe perpendiculaire d'un cartilage diarthrodial et de la couche osseuse sous-jacente (V. fîg. 48C), les capsules cartilagineuses, plongées dans une substance fondamentale apparemment amorphe,

diffèrent entre elles par leur forme, leurs dimensions et leur direction dans les divers points de l'épaisseur du cartilage. Dans la couche la plus superficielle, elles sont petites, aplaties ; leur grand axe est parallèle à la surface du cartilage; — au-dessous de ces cellules aplaties on en trouve d'autres plus arrondies et plus volumineuses ; — plus profondément et jusqu'à l'os les capsules sont très longues, et leur grand axe est perpendiculaire à la surface osseuse. 11 résulte de celte disposition de la couche profonde, que si l'on vient à briser un cartilage, sa tranche prend un aspect fibroïde, comme s'il était composé de fibres perpendiculairement implantées sur la surface osseuse.

11 ne convient point dans un traité d'anatomie descriptive d'insister sur les particularités

Pig. 486.

j^Coiipo d'un cartilage diarthrodial (d'après Sappey).

CM, carfcilaçe articul.iire ; orientation différente des de structure du cartilage, non capsules cartilagineuses suivant le niveau ; — os, zone , ostéoidu ; — a, os spongieux. plus que sur leurs propriétés de '

tissu. Toutefois il est une propriété qu'il importe de mettre en relief : je veux parler de l'extrême élasticité du cartilage d'encroûtement, élasticité telle que l'épaisseur d'un cartilage peut diminuer de moitié sous l'influence d'une pression pour reprendre ensuite ce que Poirier appelle Vépaisseur de repos.

Dans presque toutes les articulations, on trouve entre le cartilage articulaire et l'os une zone irrégulièrement épaisse (V. fig. 486, z.os.), constituée par de la substance osseuse incomplètement développée ; on l'a appelée pour cette raison couche ostéoide. On y voit au sein d'une substance fondamentale grenue, incomplètement calcifiée, des corpuscules arrondis ou allongés, isolés ou groupés, qui ne sont autre chose que des cellules cartilagineuses, plus ou moins atrophiées, à capsule épaissie et infiltrée de sels calcaires.

Chez les sujets âgés, les cartilages sont souvent très diminués d'épaisseur, parfois môme disparus ; il ne s'agit point là d'usure, mais bien d'ossification.

A la surface des cartilages articulaires (dans quelques articulations, dans la temporo-maxillaire, par exemple, peut-être aussi dans la sterno-claviculaire;,

STRUCTURE

on trouve une mince couche de tissu conjonctif qui s'épaissit avec les progrès de l'âge. Nous avons vu, par l'étude du développement, comment pouvait s'expliquer l'existence de ce revêtement.

On voit parfois en certains points d'une surface articulaire ou sur le bord réunissant deux facettes cartilagineuses, le cartilage d'encroùlenient faire place à du flbro-carlilage. Sappey nous a montré que le long du bord par lequel les deux cavités sigmoïdes du cubitus s'unissent, le cartilage d'encroûtement était remplacé par du fibro-cartilage. J'ai vu qu'il en était de même sur le bord tranchant qui sépare la trochiée liumérale du plan incliné qui descend vers le condyle. On trouvera plus loin (V. articulation scapulo-humérale) le résultat de mes recherches sur le revêtement cartilagineux de la glène scapulaire : au niveau de la tache que l'on rencontre parfois vers le centre de cette cavité, le cartilage d'encroûtement, s'amincit et fait place à du flbro-cartilage. La découverte de ce détail m'a permis de montrer combien étaient erronées certaines assertions produites dans ces temps derniers sur la physiologie de cette articulation. En effet,- le fibro-cartilage apparaît là où la pression ne s'exerce que temporairement ou faiblement, car, toujours, la loi de pression règle la production et l'épaisseur du cartilage <rencroûtement. Je ne doute pas que l'attention étant appelée sur ce point on n'arrive à trouver du fibro-cartilage en certains points de revêtements cartilagineux considérés jusqu'ici comme formés uniquement par du cartilage d'encroûtement (t^jiniEu).

Les cartilages articulaires sont constamment, à l'état physiologique, privés de vaisseaux et de nerfs. — On a cependant observé chez le fœtus et même chez le nouveau-né, dans certaines articulations, des vaisseaux qui s'étendaient sur la surface des cartilages. Le fait est sans doute réel; mais ces vaisseaux doivent être considérés comme appartenant à la couche moyenne de la zone intermédiaire et non au cartilage. En tous cas, chez l'adulte, il n'en reste plus la moindre trace.

SYNOVIALES. — La disposition des membranes synoviales peut être comparée à celle d'un manchon cylindrique, dont les extrémités s'inséreraient au pourtour des surfaces articulaires, exaclement à la limite de l'os et du cartilage d'encroûtement, sur lequel elles empiètent quelquefois légèrement.

Bichat, assimilant les synoviales aux grandes séreuses viscérales (plèvre, péritoine) les décrivit comme membranes closes de toutes parts, sacs sans ouverture, revêtant sans interruption loute la surface interne des cavilés articulaires, capsule fibreuse et surfaces cartilagineuses. Cette fanon de concevoir les synoviales fut longtemps adoptée ; cependant les travaux des histologistes modernes ont été impuissants à démontrer l'existence d'un revêtement quelconque, fût-ce une simple couche endothéliale à la surface des cartilages articulaires.

Lorsqu'une articulation présente un fibro-cartilage péri ou intra-articulaire, la membrane synoviale s'arrête toujours sur le bord adhérent du fibro-cartilage; c'est ainsi que dans les articulations pourvues de ménisque, la synoviale ne revêt point les faces de celui-ci, pas plus qu'elle ne revêt les cartilages articulaires : elle subit une interruption au niveau du bord adhérent du fibro-cartilage et reprend son trajet sur le bord opposé.

Les membranes synoviales, après avoir tapissé la face interne de la capsule fibreuse, se réfléchissent pour s'appliquer aux os sur lesquels elles remontent jusqu'au pourtour du cartilage d'encroûtement. Dans cette réllexion, les synoviales forment des culs-de-sac dont la profondeur est réglée par l'étendue des mouvements de l'articulation. Souvent ces culs-de-sac se prolongent fort loin, à plusieurs centimètres de l'articulation : cette dernière disposition n'est point primitive : elle résulte en général de la fusion d'une bourse séreuse musculaire ou tendineuse, primitivement isolée, avec la synoviale articulaire.

ARTHROLOGIE

Les membi'anes synoviales, minces et transparentes, sont en rapport par leur face externe avec la capsule fibreuse, et, au niveau de leur partie réfléchie, avec le périoste. A l'inverse des capsules fibreuses, qui sont quelquefois perforées ou réduites à quelques fibres clairsemées, comme aux points où les muscles viennent les doubler et pour ainsi dire les remplacer, les synoviales ne présentent jamais d'ouvertures ; là où le manchon capsulaire manque, la membrane synoviale existe, mince, transpaiente, bouchant la perte de substance par laquelle on la voit faire hernie lorsque l'on vient à insuffler la cavité articulaire. Ces membranes sont tantôt soudées intimement à la surface interne de la capsule articulaire qui les renforce; tantôt elles quittent cette capsule pour s'appliquer, après s'être réfléchies, sur une surface osseuse à laquelle elles n'adhèrent que faiblement; tantôt enfm elles sont presque nues, à peine doublées par une mince couche conjonctive.

Structure. — Les membranes syneviales sont constituées (V. fig. 487) : 1" par une couche de tissu conjonctif(c.y.) renfermant de fines fibres élastiques, des vaisseaux et des nerfs; — 2° par une couche interne (ce.) qui confine immédiatement à la cavité de l'articulation et dont la nature est encore un objet de controverses, sans compter que son existence même a été mise en doute. Les uns prétendent qu'elle est formée par une seule couche de cellules aplaties, juxtaposées par leurs bords, comme les éléments d'un endothélium; les autres décrivent un épithélium stratifié comprenant deux, trois ou quatre assises de grosses cellules aplaties pourvues d'un noyau arrondi (Kœlliker). Certains auteurs (Hermann et Tourneux) la considèrent comme étant de nature cartilagineuse :

'v ^ " ' " ^ "-^'-ii^^^ê^

Fig. 487.

Coupe perpendiculaire à la surface de la synoviale du genou (homme adulte).

c.j, couche interne conjonctive; — ce, couclie interne épitliéliale ; — g.c, grosses cellules groupées et sinaulant par places un épitliélium ; — V, vaisseaux.

elle serait alors constituée par une substance fondamentale homogène, légèrement granuleuse, englobant dans son épaisseur des cellules cartilagineuses modifiées. La coupe que représente la figure 487 montre nettement, tout à fait à la surface, une rangée, peut-être d'ailleurs discontinue, de cellules très aplaties; au-dessous, plongées dans une substance amorphe, des cellules à noyau ovoïde, orientées d'une façon variable, ici rassemblées par groupes et simulant un épithélium irrégulièrement stratifié, là isolées complètement. Ces cellules peuvent tout aussi bien être considérées comme des éléments conjonctifs que comme des éléments cartilagineux. Leurs caractères se rapprochent même davantage de ceux qu'offrent plus profondément des cellules indiscutablement conjonctives.

STRUCTURE

Prolongements. — Les synoviales ne possèdent ni glandes ni papilles, mais elles sont souvent pourvues de prolongements. Les uns soulèvent la face interne des membranes synoviales : ils ont reçu, suivant leurs dimensions, les noms de bout^relet adipeux, franges, villosiléSf etc. ; — les autres s'insinuent entre les faisceaux fibreux des ligaments et allectent souvent la forme de petits follicules.

1° — Saillies soidevanl la face interne des membranes synoviales. — Les saillies, qui soulèvent la face interne des membranes synoviales sont elles-mêmes de deux ordres : les niasses adipeuses et les vUlosités.

a). — Les ^nasses adipeuses, plus ou moins grosses, apparaissent aux points où dans les mouvements de l'article un écartement se pi'odnit entre les surfaces articulaires ; elles font l'office de masses de remplissage et servent, comme on dit, à combler le vide qui se produirait entre les surfaces articulaires dans certains mouvements. La plus grosse de ces masses se rencontre au genou où on la désigne sous le nom impropre de ligament adipeux. Mais il est peu d'articulations qui en soient dé])ourvues; je citerai : les masses adipeuses que l'on trouve à chaque extrémité du sillon transversal de la grande cavité signioïde du cubitus ; le bourrelet adipeux qui capitonne, dit-on, l'arrière-fond de la cavité cotyloïde; cette autre masse, peu connue, qui s'interpose entre la cupule radiale et l'humérus quand, dans l'extension complète de l'avant-bras, la cupule n'est plus en contact avec le condyle; enfui une autre masse constante au niveau du point où la synoviale de l'articulation scapulo-humérale communique par un large orifice avec la bourse séreuse du sous-scapulaire, formant ainsi ce qu'on appelle communément le prolongement sous-coracoïdien .

h). — Les franges ou villosités sont, à mon avis, des prolongements de même ordre que les précédents ; ils en diffèrent seulement par leur volume beaucoup moindre ; ils apparaissent à la surface interne de toutes les membranes synoviales, nombreux surtout au niveau des culs-de-sac et des interlignes articulaires. Comme les jirécédents, ils paraissent en rapport avec la nécessité d'occu- ]>er la place que crée l'écartement des os dans certains mouvements et de l'abandonner quand l'os y revient.

Les plus fins de ces prolongements, auxquels on réserve le nom de villosités, sont lamelliformes ou liliformes, groupés parfois en bouquets; ils hérissent le bord libre des franges ou replis de la synoviale. On s'assure de leur multiplicité et de leurs infinies variétés en agitant une synoviale sous une mince couche d'eau.

Les prolongements synoviaux sont tantôt mous et jaunâtres, tantôt rouges, fermes et élastiques, différences qui s'expliquent par leur constitution essentiellement graisseuse dans un cas, leur richesse en vaisseaux et en tissu conjonctif dense dans l'autre. (Muller a décrit sous le nom de lipome arborescent des articulations le développement anormal de la graisse dans les franges synoviales).

Les prolongements vasculaires renferment, en effet, outre les vaisseaux, artérioles, veinules et capillaires, outre la couche interne qui se prolonge sur leur surface, une masse fondamentale de tissu conjonctif dans laquelle se trouvent parfois des cellules cartilagineuses. Les villosités ne sont que rarement vascularisées et sont composées par un axe conjonctif, renfermant qnel([uefois

ARTHROLOGIE

des cellules cartilagineuses, et revêtu par la couche interne commune à toutes les régions de la synoviale.

Quelle est la signification de ces prolongements qui flottent sur la surface interne des membranes synoviales ?Clopton Havers les considéra autrefois comme autant de glandes préposées à la sécrétion de la synovie. Lacauchie, en 1844, reprit cette opinion et les appela glandes en saillies.

Ce sont là opinions d'antan. L'avis général est « qu'ils servent à remplir les vides qui tendent à se produire par l'écartement des surfaces articulaires dans les mouvements. » C'est aussi mon opinion, bien que je la formule autrement.

Relativement à la forme villeuse des prolongements synoviaux internes, j'oserai aventurer l'hypothèse suivante : cette ténuité extrême, sorte d'effilochage dos prolongements, n'esl-ello point en rapport avec les répétitions incessantes des mouvements. Remarquons à l'appui que ces villosités se rencontrent dans les articulations qui sont le siège des grands mouvements, fréquemment répétés ; le genou est leur lieu d'élection. Je demanderai encore, bien que cela sorte un pou du sujet, si la même cause, répétition incessante de mouvements dans un milieu liquide ou gazeux, ne peut être invoquée pour expliquer la forme villeuse que prennent certaines tumeurs, vésicales, laryngées ou intestinales, lorsque leur structure le permet ; n'est-il pas vraisemblable que les papillomes des doigts se hérisseraient de prolongements s'ils ilottaient dans un milieu liquide, au lieu d'ôtre soumis aux frottements répétés comme à la main (Poirier).

2° — Prolongements folliculaires. — Les prolongements folliculaires, signalés par les Webcr,ont été étudiés par Gosselin (Recherch. sur les Kystes synoviaux de la main et du poignet , Mém. de VAcadém. de niéd., t. XVI, p. 391). Dans la plupart des articulations, on trouve de petits culs-de-sac synoviaux qui s'engagent entre les faisceaux fibreux des ligaments, et même entre les faisceaux de certains fibro-cartilages. Ces prolongements bursiformes sont de volume variable : Gosselin les a désignés sous le nom de cryptes ou follicides synoi'ipares, indiquant ainsi qu'ils jouent un certain rôle dans la production de la synovie. Je ne suis point de cet avis : ce sont des productions accidentelles, de simples prolongements de la synoviale entre les fibres éparses de la capsule fibreuse ou des fibro-cartilages ; ils sont rares chez les très jeunes sujets. Quant à leur rôle dans la pathogénie des ganglions, il est incontestable pour un certain nombre de ceux-ci ; mais il a été exagéré par Gosselin, car bon nombre de ganglions sont de véritables hernies synoviales (V. articulations du poignet).

Artères, veines et nerfs. — Les synoviales sont très riches en vaisseaux et en nerfs. Dans toute l'étendue de leur couche conjonctive existe un réseau à mailles serrées, dont les plus superficielles arrivent jusqu'au-dessous de l'épithélium (ou des cellules que l'on considère comme tel). Les capillaires de ce réseau ont parfois un calibre extrêmement réduit; il en est (V. fig. 487) dont le diamètre excède à peine celui d'un globule sanguin.

Les franges synoviales sont très riches en vaisseaux, artérioles et veinules. Celles-ci, plus volumineuses quecelles-là, sont flexueuses, s'enroulent et s'anastomosent entre elles. Les capillaires forment des anses à la périphérie du repli.

Dans l'épaisseur des synoviales, Krause a décrit des corpuscules nerveux ovoïdes situés sous l'épithélium ; il les considère comme différents des corpuscules de Paccini que l'on rencontre dans la capsule fibreuse.

STRUCTURE

Synovie. — Le liquide, la synovie, qui humecte constamment les surfaces articulaires pour en permettre le jeu, est clair, transparent, filant comme une huile épaisse. On constate, quand on l'examine au microcospe, qu'il renferme des cléments cellulaires aplatis et des noyaux libres plus ou moins déformés tenus en suspension dansun liquide incolore. Ces éléments ne peuventprovenir que de la couche interne (épithéliale) de la membrane synoviale, peut-être aussi de la surface cartilagineuse elle-même. On y voit également des gouttelettes graisseuses.

Au point de vue chimique la synovie est composée essentiellement par de l'eau (environ 9iO pour 1000), de la mucine (2 à 5 pour 1000), une assez forte proportion de substances alhuminoïdes (13 à 35 pour 1000), enfin des sels et très peu de corps gras. La teneur en mucine et en substances alhuminoïdes augmente notablement quand l'articulation fonctionne activement.

L'origine de ces produits, élaborés partout ailleurs par des éléments glandulaires, est ici mal déterminée. On a prétendu qu'il y avait de véritables cellules mucipares dansl'épithéliumde la synoviale, semblables à celles que l'on observe dans l'épithélium des muqueuses, mais le fait a été nié formellement de divers côtés. Ce que l'on sait du mécanisme de la sécrétion permet cependant d'affirmer que des éléments cellulaires prennent part à l'élaboration des substances organiques, mucine et albumine, dissoutes dans l'eau de !a synovie.

CAPSULE FIBREUSE ET LIGAMENTS. — J)ans loutes les articulations, un manchon fibreux va du j)ourtour d'une surface articulaire au pourtour de la surface opposée, formant ce (ju'on appelle la capsule fibreuse de l'articulation.

La capsule fibreuse est constante ; mais son épaisseur est loin d'être uniforme ; en certains points elle est fort épaisse ; en d'autres, on la trouve amincie et composée seulement de quelques faisceaux clairsemés. Les points renforcés ont reçu le nom de ligaments. Il importe de bien spécifier que les ligaments ne sont, en général, que des points renforcés d'une capsule fibreuse, allant, à la façon d'un manchon, d'une extrémité articulaire aune autre ; ils constituent des parties diiférenciées de la capsule articulaire par leur fonction. Ils sont parfois disposés régulièrement, par paires, soit sur les côtés de l'articulation (ligaments latéraux), soit en avant et en arrière (ligaments antérieur et postérieur). Leur position est commandée par les mouvements de l'article.

Si, en général, les capsules fibreuses s'insèrent au pourtour des surfaces cartilagineuses, il peut arriver que l'insertion soit reportée un peu au delà, à une distance variable en rapport avec fétendue des mouvements de la jointure. Parfois même, il semble que le manchon fibreux ne s'insère pas sur l'os mobile et forme autour de lui une collerette circulaire ou demi-circulaire (partie postérieure de l'articulation coxo-fémorale, articulation radio-cubitafe supérieure); mais à y regarder de près, cette collerette circulaire n'est cpi'une bande de renforcement; au-dessous d'elle, on peut toujours retrouver des fibres très éparses représentant la capsule fibreuse.

Dans certaines articulations (scapulo-humérale, coxo-fémorale), la capsule garde l'aspect typique d'un manchon fibreux réunissant les deux segments articulaires; dans d'autres (genou et coii-de-picd), les parties renforcées ou ligaments apparaissent seuls à première vue, car, en certains points, la capsule n'est

ARTHROLOGIE

plus représentée que par des fibres éparses entre lesquelles la membrane synoviale est visible et fait bernie.

Quel([ues auteurs modernes s' étant laissé abuser par cet aspect se contentent de décrire à ces articulations des ligaments et négligent de rappeler le manchon fibreux dont les ligaments ne sont que des points renforcés. Il faut se garder de tomber dans cette erreur, déjà relevée par Morel et Mathias Duval. La forme et la force de ces ligaments sont assez variables ; leur dissection n'est guère qu'une séparation artificielle du reste de la capsule ; aussi est-il souvent difficile de distinguer leur limite précise.

La longueur des capsules fibreuses est en rapport avec les mouvements de l'article ; il y a des articulations lâches, comme la scapulo-humérale, et des articulations serrées, comme le cou-de-pied et le coude ; on comprend que les luxations ou déplacements articulaires soient plus fréquentes dans les articulations lâches,

A côté de ces ligaments qui apparaissent nettement comme des renforcements de la capsule fibreuse, il en est d'autres qui se détachent plus ou moins de celleci et paraissent avoir une existence propre. A l'articulation du genou, le ligament latéral interne est, à n'en pas douter, un point renforcé de la capsule, tandis que f externe paraît à première vue indépendant d'elle ; il lui appartient cependant, à mon avis; mais l'interposition du tendon poplité et d'une partie du tendon bicipital lui ont donné une sorte d'autonomie ; on peut par une dissection attentive mettre en évidence, en certains points, sa continuité avec la capsule fibreuse articulaire. A l'épaule, le ligament coraco-huméral n'appartient pas à la capsule : il a une existence propre et paraît être le vestige d'un tendon qui, dans certaines espèces animales, va s'insérer jusqu'à la tête humérale, tandis que, chez fhomme, il est interrompu par l'apophyse coracoïde.

Ces faisceaux indépendants de la capsule, comme le ligament coraco-huméral, sont dits ligaments accessoires ou auxiliaires ; ils sont parfois situés assez loin de l'articulation, tels les ligaments sphéno et stylo-maxillaires. On doit cependant les décrire avec f articulation, dans le mécanisme de laquelle ils jouent un rôle manifeste.

Pseudo-ligaments. — On trouve dans certaines articulations des tendons qui traversent la cavité de l'article, soit qu'ils fassent hernie sur l'une des parois, soit que, complètement dégagés, ils traversent librement fintérieur de l'articulation ; tel le tendon du sous-scapulaire, à demi dégagé ; tel le tendon du biceps, complètement dégagé dans l'articulation scapulo-humérale : mais on ne saurait accorder à ces tendons le nom de ligaments.

Dans farticulation coxo-fé morale, un ligament, le ligament rond, paraît inclus dans la cavité articulaire. Il a été longtemps décrit, en raison de l'apparence, comme ligament intra-articulaire : nous savons aujourd'hui qu'il n'est autre chose qu'un débris de tendon séparé chez l'homme de son corps musculaire, avec lequel il est en continuité chez beaucoup d'espèces animales.

Au genou, les ligaments croisés sont encore décrits par quelques anatomistes comme ligaments intra-articulaires. Or ils sont, malgré l'apparence, parfaitement en dehors de farticulation ; ce ne sont, je le démontrai plus loin, que des

STRUCTURE

faisceaux renforcés de la capsule avec laquelle ils sont en conf inuih'" ; ils représentent le renforcement du ligament postérieur de Tarticulation.

Tous ces tendons ou ligaments, même ceux qui, librement dégagés, traversent l'article, comme le tendon du biceps, sont revêtus d'une enveloppe synoviale ; ils sont donc nettement en dehors de la cavité de celle-ci. Je ne connais de véritables ligaments intra-articulaires que dans les ampliiarlhroses.

Remarquons avec Gegenbaur que l'on donne souvent le nom de ligaments à des organes qui font office de ligaments, bien qu'ils n'en aient pas la valeur anatomique. Certains replis séreux, enveloppant des vaisseaux, comme on en rencontre dans le péritoine et les plèvres, sont désignés sous le nom de ligaments; dans d'autres cas, ce sont de simples bandeleltes de tissu conjonctif tassées par les mouvements des organes voisins.

Parmi ces pseudo-ligaments, il faut comprendre des a]>pareils ligamenteux provenant des aponévroses des muscles ; à mon avis, certaines membranes interossetises,([\x<î tous les anatomistes considèrent comme des ligaments vrais, doivent être rangées également dans les pseudo-ligaments ; ce sont surtout des membranes d'insertion : telles les membranes obturatrices qui ferment le trou sous-pubien.

Les ligamenls jannes, qui l'éunissent les arcs postérieurs des vertèbres, forment une catégorie à part dont il sera traité avec les articulations de la colonne vertébrale.

Rapports. — Par leur face interne, les capsules et leurs renforcements répondent à la synoviale et aux fibro-cartilages péri ou interarticnlaires, dans les articulations où ceux-ci existent. — Par leur face externe, ils sont en rapport avec les muscles et les tendons. En général, les niuscles adhèrent aux ligaments capsulaires par un tissu conjonctif assez lâche ; (juelques-uns de leurs faisceaux viennent parfois se terminer sur la capsule, formant ce qu'on appelle les muscles tenseurs ou l étracteurs de la synoviale. — Les tendons, lorsqu'ils viennent au contact d'un ligament capsulaire, se confondent en partie avec celui-ci et le renforcent, tels les tendons des sus et sous-épineux à l'articulation scapulo-humérale. Là où il est suppléé par un tendon, le ligament capsulaire s'amincit ; parfois même il disparaît conqdètement et le tendon pénètre dans l'articulation, comme il arrive pour le tendon du sous-scapulaire dans la même articulation.

Structure. — Les capsules et les ligaments, périarticulaires ou interosseux, sont presque exclusivement formés par du tissu fibreux disposé en lames plus ou moins épaisses, ou en faisceaux parallèles. Leur structure rappelle de très près celle des temlons. Au milieu des faisceaux conjonctifs on trouve des libres élastiques fines dont l'abondance varie selon les endroits et des cellules disposées en files isolées. Ce n'est que rarement, et au voisinage de l'insertion des capsules ou des ligaments sur les bourrelets marginaux (fibro-cartilagineux), que l'on observe, à c(Mé des cellules de nature nettement conjonctive, des éléments cartilagineux.

Dans les capsules et les ligaments périarticulaires les vaisseaux sont très abondants. Sappey a beaucoup insisté sur leur richesse en éléments vasculaires et nerveux; grâce à sa méthode thermo-chimique, il a pu isoler ces divers éléments

554 ARTHROLOGIE

de la trame fibreuse, dans laquelle ils sont pour ainsi dire noyés; nous reproduisons ici la figure qui représente ces éléments dans le Traité d'Anatomie de Sappey.

Vaisseaux. — Les artères émanent des branches artérielles voisines ; elles s'insinuent dans l'interstice des faisceaux fibreux, s'anastomosent et donnent nais-

Fig. 488.

Vaisseaux et nerfs du ligament capsulaire de l'arliculation coxo-féinorale, d'après Sappey

(Grossiss. de 100 diamètres).

a, artère ; — v, veine, satellite de l'artère ; — )i,îi, lilets nerveux suivant le trajet des vaisseaux.

sanceà des réseaux plus ou luoins riches qui s'étendent dans la couche externe, conjonctive, de la synoviale, là où cette membrane adhère à la capsule.

Aux artérioles font suite des capillaires généralement disposés en arcades anastomosées, auxquels succèdent les veines. Celles-ci accompagnent les artères, au nombre de deux on seulement de une seule par branche artérielle.

Nerfs. — Des nerfs se distribuent à toutes les parties fibreuses des articulations, accompagnant ou non les artères et les veines. Les uns sont vraisemblablement des nerfs vaso-moteurs, les autres des nerfs sensitifs; leur mode de terminaison n'est pas encore entièrement connu. On sait cependant qu'il existe sur leur trajet des corpuscules de Paccini (appelés aussi corpuscules de Vater). Les corpuscules sont particulièrement abondants sur la face de flexion des articulations. C'est l'articulation du coude qui en possède le plus (96) ; les articulations phalangiennes en ont chacune de 15 à 22; les articulations métacarpophalangiennes de lOà 31 ; celles du carpe 10 ; l'épaule 8 ; le genou 19 ; la hanche 3.

FIBRO-CARTILAGES : BOURRELETS MARGINAUX ET MÉNISQUES. — On

rencontre dans les diarthroses des fibro-cartilages : les uns sont disposés sur le pourtour des surfaces articulaires : ce sont les fibro-cartilages périarticidaires ou bourrelets marginaux ; les autres sont situés entre les surfaces articulaires et constituent les fibro-cartilages inter articulaires ou ménisques.

Bourrelets marginaux. — Ces appareils fibro-cartilagineux se rencontrent sur un grand nombre d'articulations diarthrodiales : ils sont disposés sur le

STRUCTURE

pourlour des cavités arliculaires, sous la forme de bourrelets ou de croissants. A la hanche, à l'épaule, ils atîectent la forme de bourrelets annulaires et prisniati(jues : on les trouve encore à l'extrémité supérieure de toutes les phalanges de la main et à l'extrémité postérieure de toutes les phalanges du pied. Quelle que soit leur forme, ils augmentent la cavité de réception dont ils prolongent les bords, devenus ainsi plus saillants ; aussi aux phalanges des doigts et des orteils les rencontre-t-on du côté où le mouvement est le plus étendu.

Ménisques. — On rencontre les fibro-cartilages interarticulaires dans certaines articulations, dont les surfaces articulaires ne se correspondent pas, comme au genou et à la temporo-maxillaire ; ils sont là, dit-on, |)our rétablir la concordance entre les surfaces.

Cette explication de l'existence des fibro-cartilages interarticulaires est loin de me satisfaire. Il a été démontré, au moins |)our l'un d'entre eux (V. Poirier, la Clavicule et ses articulations, Joiirn. de VAnat. et de la Plnjs., IS'.)0) que telle n'était pas la signification de tous les ménisques et que certains étaient les vestiges d'éléments squelettiques disparus au cours de l'évolution dans le squelette humain. Je crois que la même signification sera accoi'dée à plusieurs d'entre eux quand nous aurons mieux comparé noti e anatomie à celle des autres espèces animales.

Pour d'autres, je vois leur raison d'être bien plus dans le mécanisme des mouvements de l'article que dans la nécessité de rétablir une concordance qui existerait si la nature des mouvements (glissement au genou, par exemple) ne s'était opposée à ce que l'os se modelât sur l'os opposé (V. articulation du genou).

Parmi les ménisques, il en est qui séparent co!iq)lètement les surfaces articulaires à la façon de disf[ues entiers ; d'autres sont perforés, ou au contraire épaissis en leur centre ; d'autres encore, plus incomplets et réduits à une partie de leur périphérie, affectent la forme de croissants ou de derni-lunes.

Les fibro-cartilages interartieulaires adhèrent par leur périphérie à la capsule fibreuse de l'articulation ; leurs faces répondent à la cavité de l'article et sont en contact avec les os. Tls ne sont point revêtus par la synoviale qui s'avance à ])eine de 1 ou 2 millimètres sur leur bord adhérent. Cependant on a trouvé à leur surface un revêtement analogue à un endothélium.

Structure. — Les fibro-cartilages péri et interartieulaires sont constitués |tar des faisceaux de tissu fibreux entrecroisés et très compacts, entre lesquels sont logées des cellules conjonctives souvent munies de prolongements, et des cellules cartilagineuses disséminées irrégulièrement ou agencées en séries linéaires, notamment dans les couches profondes. Ils renferment une notable proportion de cellules adipeuses qui se montrent surtout en grand nombre sur le trajet des artères et des veines; vers le centre du cartilage, ces cellules deviennent plus rares; sur les parties privées de vaisseaux, elles disparaissent (Sappey).

A la surface articulaire des bourrelets et sur les deux faces des ménisques on trouve une couche assez épaisse d'éléments cartilagineux, plongés dans une substance fondamentale vaguement fibrillaire. Cette couche, toutefois, se continue insensiblement avec la zone sous-jacente manifestement fibreuse. En

ARTHROI.OGIE

somme, bourrelets et ménisques sont, d'après la plupart des auteurs, des organes fibro-cartilagineux.

Des observations récentes (Apolant) tendent cependant à prouver qu'il ne s'agit pas là de tis§u fibro-cartilagineux vrai, mais d'un tissu que Ton peut désigner sous le nom de tissu chondroïde, intermédiaire au tissu tendineux et au tissu fibro-cartilagineux. Ce tissu cbondroïde serait caractérisé ainsi : sa substance fondamentale est faite de fibrilles et les cellules comprises dans les interstices de celles-ci sont ovales ou sphériques, d'aspect vésiculeux, parfois munies de courts prolongements ; elles ressemblent beaucoup aux cellules cartilagineuses. La différence capitale qui sépare cette variété do tissu du fibro-cartilage, c'est que sa substance fondamentale est de nature collagène alors que celle du fibrocartilage est chondrigène.

Vaisseaux et nerfs. — Les belles recherches de Sappey ont rectifié et complété nos connaissances sur la vascularisation et l'innervation des fibro-cartilages; tous sont vasculaires, mais tous ne le sont pas au même degré.

Les divisions et les subdivisions des artères s'avancent jusqu'à la partie moyenne des fibro-cartilages, exceptionnellement jusqu'à leur bord tranchant ; ils se terminent là par des anses capillaires qui affectent des dispositions variées, et se continuent par les veines.

Les fibro-cartilages reçoivent des nerfs, qui accompagnent les vaisseaux en se divisant et se subdivisant, pénétrant ainsi jusqu'à la même profondeur. Leur volume égale et même surpasse celui des artères (Sappey).

CLASSIFICATION. — De nombreuses classifications des diarthroses ont été proposées; la meilleure est sans contredit celle qui prend pour base la configuration des surfaces articulaires, encore est-elle imparfaite.

Prenant donc pour base la configuration des surfaces articulaires, nous rencontrons dans les diarthroses des genres divers :

i" Uénarthrose, constituée par deux surfaces ou segments de sphères, l'une convexe, l'autre concave(épaule, hanche, articulation métacarpo-phalangienne).

2° La condylienne : les surfaces articulaires sont deux segments d'ellipsoïde, l'un plein (condyle), l'autre excavé.

3° V emboîtement réciproque : une surface articulaire est concave dans un sens et convexe dans le sens opposé; l'autre inversement conformée s'emboîte dans la première : le cavalier est articulé avec sa selle par emboîtement réciproque ; c'est pourquoi l'on donne parfois à ce genre de diarthrose, le nom d'articulation en selle.

4" La trochléenne, dans laquelle deux condyles réunis par une gorge et formant ainsi une sorte de poulie, entrent en contact avec une surface présentant deux cavités pour les condyles et une crête mousse répondant à la gorge.

S" L'articulation en pas de vis : variété de l'articulation trochléenne dans laquelle la gorge articulaire affecte un trajet spiroïde. L'articulation du coude est la seule articulation de ce genre.

6° La trochoïde, dans laquelle deux surfaces en segments de cylindres se meuvent l'une sur l'autre.

1" Uarthrodie dans laquelle des surfaces planes glissent l'une sur l'autre.

Les articulations dont les surfaces ne se correspondent pas et dans lesquelles

STRUCTURE

des fibro-cnrtilages intorarticulaires ôlablissent la rniifiguité sur une plus large surface doiveiil former un ordre à pari, ; — parmi elles nous citerons l'articuiatiou lemporo-maxiliaire qui présente doux condyles coaptés par un mcuisque, l'articulation du genou, la sterno-claviculaire.

§ IV. — SYNARTHROSES

Les synarthroses se rencontrent au crâne et à la face ; la plupart revêtent la forme de suLures ; missi suture est-il devenu à peu près synonyme de synarthrose.

Les os qui s'articulentpar synarthrosesont maintenus en contact par une bande étroite de liss\i conjonctif, dont les faisceaux parallèles entre eux sont tendus d'un os à l'autre. Les éléments cellulaires conjonclifs logés dans leur intervalle sont assez abondants.

On dislingue plusieurs variétés de sutures, suivant la configuration des surfaces en contact :

1° Lorsque les surfaces s'engrènent par de nombreuses aspérités ou dentelures, la suture est dite dentée; telles les sutures interpariétales et pariéto-occipitales.

2" Si les os viennent en contact par des surfaces à peu près lisses, comme on le voit dans l'union des os du nez entre eux et avec la branche montante du maxillaire supérieur, la suture est dite harmonique.

3° Quand les surfaces se niellent en contact par un large biseau, la suture est dite squameuse ou écalUcuse ; telles les sutures que l'on rencontre dans la fosse temporale : la suture temporo-pariétale en est le type parfait.

40 Une variété de syiiarthrose constituée par deux surfaces articulaires dont l'une enlaillée en rainure reçoit l'autre conformée en crêle mousse ou tranchante, a reçu le nom de sclùndijlèse ; c'est une suture par enclavement. L'articulation de la base du vomer avec la crête médiane du sphénoïde est le type de la schindylèse.

Page 1