VI. — MÉCANIQUE ARTICULAIRE
La forme spéciale qu'affectent les surfaces articulaires est en relation causale avec leur fonction ; c'est pourquoi considérées dans une même articulation, elles nous apparaissent avec des variétés qui s'écartent plus ou moins d'un type général, suivant que l'articulation a été plus ou moins conformée, déformée si l'on veut, par la répétition de mouvements spéciaux. L'étude attentive des articulations conûrme pleinement la loi : la fonction fait Vorgane.
En effet à côté des caractères généraux de forme qui se retrouvent identiques sur une même articulation chez tous les individus, on constate facilement des caractères spéciaux en rapport avec l'exercice auquel a été soumise la jointure. L'étendue des surfaces articulaires peut doubler chez certains individus par la répétition habituelle d'un même mouvement, comme le montre la dissection des articulations chez des bateleurs [hommes caoutchouc ou désossés] .
Donc, à côté des traits généraux, hérités, résultant eux-mêmes d'actions physiologiques exercées pendant le cours des générations, nous trouverons chez les divers individus des caractères particuliers créés par la fonction; chez d'autres sujets, nous verrons même apparaître des articulations nouvelles.
Nous ne pouvons entrer davantage dans ces considérations générales sur la mécanique articulaire : elles sont plutôt du ressort de la physiologie. Les travaux de Duchenne de Boulogne ont élucidé en partie le fonctionnement de la mécanique humaine dont Marey a formulé les lois (E. U. Marey, la Machine animale, Paris, 1873).
A propos de chaque articulation, nous essaierons l'étude physiologique de ses mouvements. Les résultats que nous consignerons ne seront pas toujours en parfait accord avec les notions classiques de mécanique articulaire. La cause de ces divergences devra être cherchée dans ce fait que nous ne nous sommes point bornés à des expériences sur le cadavre, mais que nous y avons ajouté, à l'exemple de Gerdy et de Duchenne de Boulogne, l'observation du vivant. Nous sommes convaincus qu'il y a entre le ligament mort et le ligament vivant autant de différences que celles qui séparent le muscle dans ces deux états.