ANOMALIES DES MEMBRES
trois variétés peuvent se présenter simultanément, se combiner, donnant ainsi lieu à des anomalies complexes.
1" Arrêts de développement. — - Si le développement s'arnHe à ce moment de révolution embryonnaire, où le membre supérieur ne se dessine encore que comme un bourgeon, cet arrêt porte le nom à'ectromélie (de ExTpcow, avorter, et u-i'/oç, membre), et le monstre affecté de cet avortement d'un ou de plusieurs membres est dit ectroméle. — Si le développement s'arrête quand la palette palmaire s'est déjà dessinée, mais adhère directement, sans pédicule, à la racine du membre, le monstre est dit phocoméle (pliocomélie, de tptixvj, phoque, et uDo:;, membre), parce que le membre semble sorti immédiatement tle l'épaule ou de la hanche, comme chez les Phoques. Enfin, lorsque le développement s'arrête, alors que la main est détacliée du tronc, on a un monstre hé?nimèle, c'est-à-dire un sujet sur lequel les segments du membre existent en totalité ou en partie, mais n'ont pas acquis leur entier développement (rj/jt'.ouj, demi, fxO.oç, membre).
A la main, l'arrêt de développement donne lieu à dos difformités différentes, sui-s-ant 1;» phase à laquelle il est survenu; synda.ctyl ie ou coalescence des doigts: ectrodactylie, qui peut être considérée comme résultant de la non division de la masse primitivement unique qui formait les doigts, et sans doute aussi de la destruction de quelqu'un d'entre eu.v; brachydaclylie, dans laquelle les doigts plus courts sont dépourvus d'un ou de deux des segments qui les composent.
La symélie (cùv, avec, et fJ-O^aç, membre) est une anomalie dans laquelle les membres inférieurs, à peu prés complets, sont soudés par leur face interne. — Dans Vnromélie (de ôupà, extrémité postérieure, et p-ifo;, membre) les membres inférieurs fusionnés n'ont point de pieds et se terminent en pointe, en queue de sirène. Ces anomalies paraissent se rattacher à ces difformités complexes dans lesquelles le développement a été arrêté par des causes multiples. Dareste a montré expérimentalement le grand rôle joué par la compression exercée par l'amnios dans ces atrophies avec .soudure. Lannelongue a insisté sur le rôle joué par des processus pathologiques du fœtus ou de ses enveloppes : il n'est pas douteux que des ulcérations, des adhérences, des cicatrices survenant pendant la vie intrautérine puissent interrompre ou pervertir le bourgeonnement régulier des membres; certains cas de syndactylie, d'ectrodactylie, d'amputations congénitales doivent rentrer dans cette catégorie de vices de développement.
2° Anonialies réversives, ou pa?' atavisme. — C'est surtout aux segments terminaux des membres que l'on rencontre ces anomalies : leur forme la plus fréquente est la pohjdactylie (de TTG/'ur, nombreux, et (î<iy.-u)o?. doigts), caractérisée par l'existence d'un ou de plusieurs doigts surnuméraires. Vient ensuite la réapparition de certains os carpiens (os central, par ex.) perdus au cours de l'évolution phylogénique.
A côté des cas d'hyperdactylie vraie, consistant dans la réapparition, soit au bord radiotibial, soit au bord cutiito-péronéen de la main et du pied, de doigts ou d'orteils perdus au cours de l'évolution phylogénique, il faut signaler ces cas assez fréquents, surtout au pouce, où le doigt se termine par une phalange bifide ou se montre dédoublé sur une plus ou moins grande partie de sa longueur. Albrecht considère cette fausse hyperdactylie comme une dactyloschise atavique: en effet, chez certains poissons (la raie, par ex.), chaque rayon de la nageoire se divise vers son extrémité distale en deux doigts secondaires (V. développement des membres).
§ m. — HOMOTYPIE DES MEMBRES TIIORACîQUES ET ABDOMINAUX
Comme on l'a vu par la lecture du développement, comme nous l'avons vérifié au cours de nos descriptions, les membres thoraciques et abdominaux sont construits sur le même type ; mais les fonctions spéciales à chaqu^e membre ayant déterminé à la longue des modifications, il est nécessaire de bien établir les homotypies.
1° Homotypie des ceintures thoracique et abdominale. — L'apparition du métaptérygium (humérus, fémur) sur les parties latérales des ceintures divise, nous l'avons vu, chacune de leurs moitiés en deux plaques, l'une dorsale (scapulum, ilium), l'autre ventrale (coraco-procoracoïde, ischio-pubis). Puis, par suite de la non-chondrification de la plaque ventrale en un point, apparaît un trou (coraco-procoracoïdien, ischio-pubien) qui subdivise
OSTÉOLOGIE
cette plaque eii deux pailies secondaires, l'une antérieure (procoracoïde, pubis), l'autre postérieure [coracoïde, ischion). Gela étant donné, il est très facile d'établir l'homotypie des deux ceintures. Il est évident que le segment dorsal de l'une (scapulum) répond au segment dorsal de l'autre (ilium), que le segment ventral antérieur de la première Iprocoraco'ide) a pour homotypiquo le segment ventral antérieur de la deuxième (pubis) et que le segment ventral postérieur de celle-là (coracoïde) est représenté par le segment ventral postérieur de celle-ci (ischion). Nous pouvons donc résumer ces homotypies, en quelque sorte évidentes, par le tableau suivant :
i Scapulum Iléon 1
Épaule. < Procoracoïde .... Pubis > Bassin.
f Coracoïde Ischion )
Ces homotypies sont faciles à obtenir chez les vertébrés qui ont les trois pièces de la ceinture thoracique aussi distinctes que celles de la ceinture abdominale. Chez l'homme, la comparaison de l'épaule et du bassin a olTert pendant longtemps de très grandes difficultés. Tous les anatomistes sont d'accord pour reconnaître que l'ilium a pour homotypique le corps du scapulum. Mais quelle pièce représente le pubis, quelle pièce l'ischion? Pour Gegenbaur, l'apopliyse coracoïde constituerait un véi-it,able coracoïde et serait, par conséquent, l'homotypique de l'iscliion. Quant au proracoïde, il ferait entièrement défaut, et par suite, le pubis ne serait pas représenté à l'épaule. Le tableau ci-dessous indique les homotypies de l'épaule et du bassin de l'homme, d'après Gegenbaur :
^ Scapulum (cot^ps) Ilion 1
Épaule. < Pubis I Bassin.
' Coracoïde (apophyse coracoide). Ischion I
A la suite de longues et patientes recherches sur l'ostéologie, et surtout sur la myulogie comparée, A. Sabatier (comparaison des ceintures antérieure et postérieure dans la série des vertébrés, Montpellier, 1880) est arrivé à dos résultats im peu différents de ceux de Gegenbaur. S'appuyant sur son principe fondamental que : les os élant faits pour les muscles (nous devons dire pur) plus encore que les muscles pour les os, il serait rationnel d'établir les homologies osseuses sur l'étude des parties musculaires plus encore que de faire dépendre uniquement les homologies musculaires de l'étude des os, Sabatier est arrivé à trouver dans l'épaule de l'homme non seulement le coracoïde, mais aussi le procoracoïde. C'est ce dernier même qui serait de beaucoup le plus développé des deux, car il ne serait autre que l'apophyse coracoïde. Cette apophyse serait donc l'homotypique du pubis : quant au coracoïde, il correspondrait au point osseux complémentaire qui se développe au sommet de la cavité glénoïde, et ce point glénoïdicn serait l'homotypique de l'iscliion. Le tableau suivant résume les déterminations du professeur de Montpellier :
l Scapulum (corps) Ilium. ■ ■ • j
Épaule. | Procoracoïde (apophyse coracoïde) . Pubis . . . Bassin.
( Cora^coïde (point f/lénoïdien) . . . Ischion. . . \
La clavicule, à moins qu'elle ne soit représentée par l'arcade ilio-pubiennc (Huxley) n'a pas son homotypique au bassin.
2" Homotypie du bras et de la cuisse, de l'avant bras et de la jambe, de la main et du pied — Nous avons vu comment jusqu'à la neuvième semaine de la vie fœtale, les membres thoraciquos et abdominaux étaient orientés de la même façon, ayant leur face de flexion (palmaire, plantaire) tournée vers l'axe du corps, c'est-à-dire vers l'axe veiiébrosternal, le radius et le pouce, le tibia et le gros orteil placés du côté de la tète, le cubilus et l'auriculaire, le péroné et le cinquième orteil dirigés vers l'extrémité caudale. Nous avons exposé comment chaque membre, subissant, au niveau de son articulation avec la ceinture correspondante, un mouvement de rotation inverse de 90", la face de flexion du membre thoracique devenait antérieure, et celle du membre abdominal postérieure. A la suite de cette rotation, h radius et le pouce, le tibia et le gros orteil deviennent internes, le cubitus et l'auriculaire, le péroné et le cinquième orteil, externes. Enfin nous avons dit comment Huxley, Albrecht, Kœlliker, Alexis Julien, A. Sabatier, pour établir l'homotypie des membres, les ont simplement ramenés à leur position primordiale.
Il nous faut maintenant préciser ces homotypies. Pour cela, nous avons eu recours aux mémoires des deux anatomistes français, Alexis Julien et A. Sabatier, qui ont traité cette question avec le plus de soin. Ces deux auteurs sont arrivés à des conclusions à peu près identiques, mais par des voies un peu différentes.
IIU.MUTYPIE DES MEMBRES THURACIUEES ET ABDOMINAUX
Le tableau qui suit est emprunté au travai! bres, Congrès inlernational d'Anllir., 1878, el
BRAS //llJllf l'IIS
Bord antérieur
Face postérieure
Grosse tubérosité .
Bord et face externes
l'Ipicondyle
Petite tubérosité
Bord et l'ace internes