‹ Traité d'anatomie humaine (volume 2)Chapitre 100 sur 166 · VAISSEAUX SANGUINS ET VOIES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

VAISSEAUX SANGUINS ET VOIES LYMPHATIQUES

1° Vaisseaux sanguins. — Les centres nervôux, comme tous les organes qui ont des fonctions importantes, sont très vasculaires. Ils reçoivent, en effet, comme nous le verrons plus tard, des troncs artériels volumineux : artère cérébrale antérieure, artère cérébrale moyenne, tronc basilaire, etc. .

484 SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

Nous ferons remarquer, tout de suite, que ces troncs artériels ne pénètrent pas dans la masse nerveuse au niveau d’un hile pour s’y diviser en branches et en rameaux, comme cela s’observe pour la plupart de nos viscères, le foie et la rate par exemple. Tout autre est le mode d’irrigation du névraxe. On conçoit, en effet, que des artères volumineuses, avec leurs brusques alternatives de retrait et d’expansion, ne pourraient se trouver en contact avec des éléments aussi délicats que le sont les neurones, sans jeter un trouble plus ou moins profond dans le fonctionnement de ces derniers. Se comportant donc ici d’une façon toute spéciale, les artères destinées au névraxe se ramifient tout autour de l’organe dans une membrane appelée pie-mère et ce n’est qu’à l’état de vaisseaux de petit calibre qu’ils abordent la masse nerveuse et pénètrent dans son épaisseur.

Histologiquement, les artères des centres nerveux ' (sauf celles de tout petit calibre) nous présentent encore quatre couches qui sont en allant de dedans en dehors (fig. 401) : 1° une couche endothéliale, formée par des cellules allongées

dans le sens du vaisseau ; 2° une couche élastique, très mince, ne possédant ni cellules ni noyaux, présentant çà et là de petits points clairs qui sont peut-être des trous {membrane fenêtrée de quelques auteurs); 3® une couche musculaire , formée par des fibres fisses disposées en travers par rapport à l’axe de l’arfère; 4® enfin, une couche conjonctive, appelée adventice.

Arrivées dans l’intérieur du névraxe, les artères cheminent en sens radiaire le long des cloisons névrogliques qui leur servent de support. Elles se divisent et se subdivisent, sans jamais s’anastomoser et, finalement, se résolvent en des réseaux de capillaires. Ces réseaux diffèrent, quant à leur disposition fondamentale, pour la substance blanche et pour la substance grise. — Dans la substamce blanche, qui est principalement formée par des fibres, les mailles du réseau sont allongées dans le sens de la direction de ces fibres. Suivant la remarque de Renaut, elles sont arciformes, c’est-à-dire recourbées en forme d’U, et s’agencent de telle façon que les branches des U superposées s’insèrent sur le plein des U placés au-dessus et audessous. — Dans la substance grise, les mailles du réseau capillaire diffèrent de celles du réseau précédent en ce qu’elles ont des dimensions à peu près égales dans tous les sens et, d’autre part, qu’elles sont beaucoup plus serrées. La richesse particulière du réseau vasculaire dans la substance grise est en rapport avec ce fait anatomique que cette substance est essentiellement constituée par des cellules nerveuses, au niveau desquelles les échanges nutritifs s’effectuent avec une activité plus grande que partout ailleurs.

Les réseaux capillaires des centres nerveux donnent naissance à des veinules, celles-ci à des veines, qui gagnent, par des trajets divers, la surface extérieure du névraxe. Ces veines suivent, tantôt le même trajet que les artères correspondantes, tantôt un trajet absolument indépendant.

Ce qui caractérise avant tout, au point de vue morphologique, les vaisseaux sanguins des centres nerveux, c’est qu’ils sont entourés par une gaine à signification

Fig. 401 .

Artère cérébrale de grosseur moyenne, déchirée de façon à montrer ses différentes couches dans leur ordre de superposition (d’après Obersteiner).

1, endothélium. — 2, membrane fenêtrée. — 3, tunique musculaire. — 4, adventice, avec 5, pigment .

ANATOMIE GÉNÉRALE 485

spéciale, qi^i se rattache à la circulation lymphatique et que nous allons décrire dans le paragraphe suivant.

2° Voies lymphatiques. — Les centres nerveux sont entièrement dépourvus de réseaux lymphatiques canaliculés. La lymphe y circule : 1° dans les intervalles qui séparent des éléments histologiques, espaces inter organiques; 2° dans les gaines, ci-dessus indiquées, qui entourent les vaisseaux, les gaines lymphatiques.

a. Espaces interorganiques. — Ces espaces, décrits tout d’abord par Obersteiner, puis par Klebs, par Rossbvch et Sehrwald, sont situés comme leur nom l’indique, entre les éléments nerveux et leurs éléments de soutien. Ce ne sont, bien entendu, que de simples interstices, sans revêtement endothélial, tels qu’on les rencontre dans bon nombre de viscères (fig. 402).

L’existence des espaces lymphatiques péricellulaires n’est pas admise partons les histologistes et, pour plusieurs d’entre eux, ces espaces ne seraient que des productions artificielles, provenant de ce fait que, sous l’influence des réactifs durcissants auxquels on soumet les segments nerveux destinés à l’étude, les corps cellulaires se rétractent et diminuent de volume, laissant autour d’eux une sorte de vide, dont les dimensions sont naturellement en rapport avec le degré de la rétraction. L’objection n’est certes pas sans valeur, mais elle n’est pas non plus sans réplique : car nous pouvons parfaitement admettre que la rétraction que subit le corps cellulaire du fait des réactifs n’a fait qu’agrandir et rendre plus nette une cavité qui existe normalement. Deux faits militent en faveur de cette dernière interprétation : le premier, c’est qu’on rencontre parfois, autour des cellules nerveuses, des corpuscules lymphatiques doués de mouvements amiboïdes ; le second, c’est que, sous l’influence d’un processus inflammatoire ou à la suite d’un simple œdème, ces corpuscules lymphatiques se multiplient au point de former de véritables traînées plus ou moins continues.

Il existe donc, tout autour des éléments nerveux, des espaces lymphatiques, qui séparent ces derniers des éléments voisins, espaces très étroits et pour ainsi dire virtuels dans les conditions physiologiques ordinaires, mais susceptibles de s’élargir, soit {sur le sujet rivant) sous Faction de certains processus morbides tels que l’inflammation et l’œdème, soit {sur le sujet mort) à la suite d’une injection expérimentale poussée dans l’épaisseur du névraxe.

b. Gaines lymphatiques. — Robin a constaté le premier, en 1858, tout autour des vaisseaux des centres nerveux, l’existence d’une membrane, qui les enveloppe à la manière d’un cylindre creux ou d’un manchon, en laissant un intervalle entre elle et le vaisseau : c’est, si l’on veut, un tube membraneux d’un diamètre plus grand, dans lequel se trouve inclus, libre et flottant, le vaisseau sanguin. Telle est la gaine lymphatique (fig. 403).

La paroi de cette gaine, toujours très mince, est une dépendance de l’adventice, comme nous le verrons plus loin. Histologiquement, elle est constituée, du moins pour les gros vaisseaux, par des faisceaux extrêmement minces et délicats de tissu conjonctif, le long desquels se disposent de simples noyaux ou de véritables cellules

Fig. 402.

Espaces lymphatiques des rentres nerveux : une portion de la corne d’Ammon (d’après Obersteiner).

1, substance nerveuse. — 2, un capillaire sanguin. — 3, gaine lymphatique {espace de His). — 4, 4, deux cellules nerveuses autour desquelles se trouvent des espaces lymphatiques, dits espaces péricellulaires ; dans ces espaces se voient des corpuscules lymphatiques.

plates, fusiformes ou losangiques (Lépine). Sa surface extérieure répond aux éléments nerveux. Sa surface intérieure regarde le vaisseau, dont elle est séparée par un intervalle qui varie, suivant les cas, de iO à 30 g.

Cet espace circulaire qui sépare le vaisseau de la gaine précitée, est cloisonné çà et là par de fines trabécules, qui s’étendent de sa paroi externe à sa paroi interne. Il est comblé par un liquide clair et transparent, qui, au point de vue de sa signification morphologique, doit être considéré comme de la lymphe. Il renferme, en proportions variables, des corpuscules lymphatiques, des granulations graisseuses et parfois même de « véritables gouttes d’huile, pouvant atteindre 1 centième de millimètre et même plus » (Robin). On y rencontre aussi, dans certains cas et en

dehors de tout état pathologique, des grains d’hématoïdine, qui, vraisemblablement, sont arrivés la en traversant la paroi du vaisseau. D’après Lépine, ces granulations d’hématoïdine seraient situées, non pas dans la cavité périvasculaire elle-même, mais dans l’épaisseur de la gaine.

Les gaines lymphatiques s’observent à la fois sur les veinules et sur les artérioles,

mais elles sont toujours plus développées sur ce dernier ordre de vaisseaux que sur le premier. Au moment où l’artère devient capillaire vrai, l’espace lymphatique se termine par une sorte de cul-de-sac : ce n’est pas que la gaine cesse brusquement d’exister, mais elle s’applique, à ce niveau, contre la paroi du capillaire, en ne laissant entre elle et le vaisseau aucun vide. Du côté périphérique, les gaines lymphatiques s’étendent jusqu’à la surface extérieure du névraxe et, là (fig. 403), s’ouvrent dans les espaces sous -arachnoïdiens, qui deviennent ainsi leur rendez-vous commun. Vice versa, on peut dire, avec autant de justesse, que les gaines lymphatiques des vaisseaux des centres nerveux sont des prolongements intra-cérébraux et intra-spinaux des espaces sous-arachnoïdiens.

Nous ajouterons, en ce qui concerne la constitution anatomique des gaines lymphatiques, que Eberïh a signalé l’existence, sur l’une et l’autre de leurs parois, d’un rex)èlement endothéliale continu. Ce revêtement endothélial se rencontrerait de même sur les fines trabécules qui vont d’une paroi à l’autre. De ce fait, les gaines lymphatiques deviennent comme autant de « séreuses minuscules, qui se sont développées à l’état de poches distinctes, pour former un organe protecteur et atténuateur des actions mécaniques qui se passent entre les vaisseaux et les tissus nerveux ambiants » (Renaut).

Fig. 403.

Coupe transversale d’une circonvolution cérébrale et de ses enveloppes ; gaines advenlitielle et péri-adventitielle (demi-schématique, imitée de A. Key et Retzius).

1. 1. vaisseaux. — 2, feuillet viscéral de raracluioïde. — 3, espaces sous-arachnoïdiens (en bleu). — 4, pie-mère, s'enfonçant en forme d’eni onnoir dans la substance cérébrale et se continuant avec 1 adventice du vaisseau. — • 5, espace lymphatique adventitiel. — 6, espace lymphatique périadventitiel.— 7, espaces épicérébraux de Mis. — 8, substance cérébrale.

Gaines péri-adventitielles, espaces épispinaux et épicérébraux. — Les gaines lymphatiques périvasculaires que nous venons de décrire dans les centres nerveux se trouvent situées, tantôt dans l’épaisseur de la tunique adventice des vaisseaux, tantôt, comme c’est le cas pour les vaisseaux de tout petit calibre, entre cette tunique adventice et la tunique musculaire. Elle est donc Suivant les cas, mlra-adventitielle ou sous-adventUielle .

A la suite de quelques injections heureuses, His (1865) a constaté, tout autour de la gaine

ANATOMIE GÉNÉRALE

adventitielle, urne deuxième gaine qui entoure la première à la manière d’un manchon et qui, par conséquent, se trouve limitée, d’une part par la tunique adventice du vaisseau, d’autre part parles éléments histologiques constitutifs des centres. Cette deuxième gaine se distingue nettement de la première par sa situation ; elle est sus-adventitielle ou périadventitielle. His affirme, du reste, que les deux gaines sont entièrement indépendantes l’une de l’autre, je veux dire ne communiquent sur aucun point. Du côté central, les gaines périadventitielles font suite vraisemblablement aux espaces ci-dessus décrits. Du côté périphérique, elles viennent aboutir à

un système de lacunes, qui se trouvent creusées entre la surface extérieure des centres nerveux et la pie-mère qui les recouvre ; ce sont, suivant les régions (moelle, cervelet, cerveau) que l'on considère, les espaces épispinaux, les espaces épicérébelleux et les espaces épicérébraux de His.

Admises par les uns, considérées par d’autres comme des productions artificielles, les gaines périadventitielles me paraissent avoir la même signification que les espaces péricellulaires. Ce sont de simples interstices , à peu près virtuels dans les conditions ordinaires , mais susceptibles, après des piqûres suivies d’injection ou bien dans certaines conditions pathologiques, de s’élargir et d’acquérir ainsi une capacité réelle. Comme dans les gaines adventitielles, la lymphe y circule de dedans en dehors et vient très probablement se jeter, soit par simple filtration, soit grâce à des communications encore mal connues, dans les espaces sous-arachnoïdiens.

ARTICLE IV

Page 1