‹ Traité d'anatomie humaine (volume 2)Chapitre 17 sur 166 · SYSTÈME DE L’ARTÈRE PULMONAIRE · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE L’ARTÈRE PULMONAIRE

L’artère pulmonaire transporte le sang veineux du ventricule droit aux deux poumons. Veineuse par son contenu, elle est artérielle par son origine, son mode de distribution et sa constitution anatomique, d’où le nom de veine artérielle

{vena arteriosa) que lui donnaient les anciens anatomistes. Nous rattacherons à l’artère pulmonaire le canal artériel du fœtus et aussi le ligament artériel qui, chez l’adulte, représente le reliquat de ce dernier vaisseau.

Origine et trajet. — Le tronc de l’artère pulmonaire (fig. 114) se détache de la base du cœur, où elle fait suite, comme nous l’avons vu (p. 21) à l’infundibulum du ventricule droit. De là, elle se porte obliquement de bas en haut, de droite à gauche et d’avant en arrière, en décrivant dans son ensemble une légère courbe à

Artère pulmonaire et ses ramifications, vue antérieure.

1, poutnoa droit. — 2, poumon gauche. — 3, trachée-artère. — 4, oreillette droite. — .5, ventricule droit. — 6, auriculc gauche. — 7, ventricule gauche. — 8, crosse del’âorte. — 9, artère carotide primitive gauche. — 10, sous-clavière gauche. — 11, tronc brachio-céphalique artériel. — 12, veine cave supérieure. — 13, artère pulmonaire, avec, 13, ses ramifications. — 14, 14’, veines pulmonaires. — 15, 15, ramifications bronchiques.

Fig. 114.

2 E I Boulenaj

Devv

ANGÉIOLOGIE

concavité dirigée en arrière et à droite. Son diamètre mesure en moyenne 30 millimètres. Après un parcours qui varie ordinairement de 45 à 55 millimètres, elle se divise en deux branches fortement divergentes ; une branche droite, qui se rend au poumon droit, c’est V artère pulmonaire droite; une branche gauche, qui se rend au poumon gauche, c’est V artère pulmonaire gauche.

2° Rapports. — Le tronc de l’artère pulmonaire est situé, en partie dans le péricarde, en partie en dehors du péricarde. Nous pouvons donc, au point de vue de ses rapports, le diviser en deux portions : une portion inférieure onintra-péricardique et une portion supérieure ou extra-péricardique .

a. Portion intra-péricardique. — La portion intra-péricardique (fig. 115,2)

représente la plus grande partie du vaisseau. Nous avons vu, en efl'et, en étudiant le péricarde, que le sac fibreux se fusionnait avec la paroi antérieure de l’artère pulmonaire à 50 millimètres au-dessus de l’origine du vaisseau.

a) En avant, la portion intra-péricardique de l’artère pulmonaire répond donc au péricarde et, par l’intermédiaire de celui-ci, à la paroi antérieure du thorax. L’artère pulmonaire projetée sur le plastron sterno-costal (fig. lf)4, 5) se trouve située immédiatement en dehors du bord gauche du sternum, entre le bord supérieur du troisième cartilage costal et le bord supérieur du deuxième.

(3) En arrière, l’artère pulmonaire repose sur la face antérieure de l’oreillette gauche, dont elle est séparée par un double feuillet séreux (fig. 75) constituant le sinus transverse de T H El LE (voy. Péricarde),.

'() A gauche, eWe est en rapport avec l’auricule gauche et, tout à fait en bas, avec la portion initiale de l’artère coronaire gauche, qui la contourne de dedans en dehors et d’arrière en avant. La limite supérieure de la zone de contact avec l’auricule est ordinairement marquée, sur le côté gauche du vaisseau, par un petit repli semi-lunaire qui rappelle exactement, bien qu’avec des dimensions beaucoup moindres, le repli semi-lunaire pré-aortique, ci-dessus décrit (voy. p. 77).

O) A droite, elle répond dans toute son étendue à la partie ascendante de la crosse aortique, à laquelle elle est unie par un tissu cellulaire lâche : la pulmonaire, suivie de bas en haut, est d’abord située en avant de l’aorte (voy. fig. il, p. 13); mais plus haut, par suite de son obliquité, elle vient s’appliquer sur le côté interne de ce dernier tronc artériel, qu’elle enlace ainsi dans un demi-tour de spire.

b. Portion extra-péricardique . — La portion extra-péricardique de la pulmonaire est relativement très courte. Elle est en rapport : V en arrière, avec la bifurcation de la trachée ; 2'^ en avant, avec le poumon gauche, dont elle est séparée par la plèvre; 3° à gauche, également avec le poumon gauche ; 4° à droite, avec la crosse aortique.

Fig. 115.

L’arlère pulmonaire dans ses rapports avec le péricarde.

I. aorte, avec 1’, tronc bracliio-cé{)liali(|iie. — 2, artère pulmonaire, avec 2”, sa branche gauclie. — 3, veine cave supérieure . — 10, artère coronaire gauche. — 11. cul-de-sac situé entre l’aorte et l'angle de bifurcation de la pulmonaire. — 12, autre culde-sac situé sur le côté posléro-externe du tronc brachio-céplialiipie.

ARTÈRE PULMONAIRE

dl5

3° Branches terminales. — Le tronc de l’artère pulmonaire se bifurque, avonsnous dit plus haut, en artère pulmonaire droite et artère pulmonaire gauche. Chacune d’elles se porte vers le poumon correspondant et s’y termine suivant une modalitéquenousétudieronsplus tard, à propos des poumons. Nous nous contenterons ici de décrire les artères pulmonaires depuis leur origine jusqu’au hile du poumon. Ces deux artères présentent dans leur longueur et surtout dans leurs rapports des différences notables et, de ce fait, méritent chacune une description spéciale.

a. Artère pulmonaire droite. — L’artère pulmonaire droite, la plus importante des deux, mesure en moyenne 5 ou 6 centimètres de longueur sur 22 millimètres de diamètre. Du point de bifurcation de la pulmonaire, elle se porte horizontalement de gauche à droite et un peu d’avant en arrière vers le hile du poumon droit.

Dans ce trajet, elle repose immédiatement sur l’oreillette droite (fig. 116,3), en formant, comme nous l’avons vu à propos du péricarde (p. 76), la voûte du sinus transverse de Theile.

Elle est en rapport : en arrière, avec la bronche correspondante; en avant, avec la portion ascendante de l’aorte et avec la veine cave supérieure, qu’elle croise perpendiculairement; en bas, avec l’oreillette droite; en haut, tout d’abord avec la crosse aortique, puis avec la crosse de l’azygos.

b. Artère pulmonaire gauche. — L’artère pulmonaire gauche (fig. 115, 2) est à la fois plus courte et moins volumineuse que la droite : elle ne mesure, en effet, que 3 centimètres de longueur sur 19 millimètres de diamètre. Comme la précédente, elle gagne le hile du poumon correspondant en suivant un trajet légèrement oblique de dedans en dehors et d’avant en arrière. Elle répond successivement : en arrière, h la bronche gauche; en avant, au poumon gauche et, tout près du hile, aux veines pulmonaires gauches, qui croisent obliquement sa direction en descendant du poumon vers l’oreillette gauche ; en bas, à l’oreillette gauche; en haut, à la crosse aortique, à laquelle elle est unie par une sorte de ligament, le ligament artériel, que nous décrirons dans un instant. Il convient, auparavant, d’étudier l’artère pulmonaire du foetus et de décrire un canal spécial, le canal artériel, dont le ligament artériel n’est que le reliquat chez l’adulte.

4° Artère pulmonaire du fœtus, canal artériel. — L’artère pulmonaire nous offre chez le fœtus une disposition toute spéciale, en raison des relations intimes qu’elle présente avec le canal artériel et, par l’intermédiaire de celui-ci, avec l’aorte thoracique. Pour bien comprendre ces rapports, il est nécessaire d’avoir bien présent à l’esprit le mode de distribution des artères sus-cardiaques au début de leur, développement.

a. Simple aperçu embryologique. — Chez l’embryon (fig. 117, A), les artères forment une double série d’arcs ou de crosses {arcs aortiques) qui, partant du cœur, se réunissent dans l’aorte descendante. Il y a, de chaque côté, cinq paires d’arcs aortiques superposés, que l’on nurtiérote de 1 à 5 en allant de haut en bas. La plupart de ces arcs disparaissent, en partie tout au moins, et chez le fœtus il

Fig. 116.

Coupe sagittale du cœur pour montrer les rapports de l’artère pulmonaire droite.

1, cœur (ventricule gauche). — 2, aorte. — 3, artère pulmonaire droite. — 4, sac fibreux du péricarde. — 5, péricarde séreux, avec : 6, son feuillet pariétal ; 7, son feuillet viscéral ; 8, sa cavité. — 9, 9’, points de réflexion antérieur et postérieur de la séreuse. — 10, sinus transverse.

ANGEIOLOGIE

n’en reste plus que deux (fig. 117, B) : 1® le quatrième arc du côté gauche, formant la crosse aortique ; 2° le cinquième arc du même côté constituant un gros vaisseau qui s’étend du ventricule droit à la crosse aortique. — Sur le trajet de ce dernier vaisseau (parfaitement représenté dans la figure schématique 117, B et aussi dans

les deux figures 118 et 119) naissent de petits troncs, l’im droit, l’autre gauche, qui se dirigent chacun vers le poumon correspondant : ce sont les branches droite et gauche de l’artère pulmonaire. Leur point d’émergence divise le cinquième arc en deux portions : la portion interne ou proximale, celle comprise entre le cœur et l’émergence des branches pulmonaires (teintée en violet dans les figures 118 et 119), représente le tronc de l’artère pulmonaire ; la portion externe ou distale, celle comprise entre l’émergence des branches pulmonaires et l’aorte, constitue le canal artériel ou conduit de Botal. — Comme on le voit, le canal artériel n’est autre que la partie externe du cinquième arc aortique gauche ; il fait suite au tronc de l’artère pulmonaire et fait communiquer celui-ci avec l’aorte.

b. Trajet et dimensions du canal artériel. — Continuant la direction de la pulmonaire, à laquelle il fait suite, le canal artériel se porte obliquement d’avant en arrière et de droite à gauche, et vient s’ouvrir à la terminaison delà crosse aortique. Il mesure, en moyenne, de 10 à 12 millimètres de longueur : Géhard, sur 100 sujets examinés, a trouvé des minima de 4 millimètres et des maxima de 20 millimètres. Son diamètre, sur le fœtus à terme, mesure 4 ou 5 millimètres à sa partie moyenne, 6 ou 7 millimètres à ses extrémités : le canal artériel n’est donc pas exactement cylindrique, mais légèrement évasé à chacune de ses extrémités. Les orifices, par lesquels il s’ouvre dans la pulmonaire et dans l’aorte, sont arrondis ou plus ou moins ovalaires. Du reste, il est partout librement perméable et ne présente aucune trace de valvules, pas plus à ses extrémités qu’à sa partie moyenne.

c. Ses rapports. — Le canal artériel est, dans toute son étendue, extra-péricardique. — Il est en rapport : 1° en avant, avec les filets cardiaques du pneumogastrique et avec des ganglions lymphatiques ; 2° en arrière, avec la bronche gauche et avec le récurrent du même côté; 3° à droite, avec la crosse aortique; 4° à gauche, avec la plèvre médiastine gauche, avec le pneumogastrique et avec le récurrent, qui contourne son bord gauche de dehors en dedans et de bas en haut. — Projeté sur les deux parois thoraciques antérieure et postérieure, le canal artériel correspond, sur la postérieure à la sixième côte, sur l’antérieure au deuxième espace intercostal gauche tout contre le bord du sternum.

d. Sa structure. — Gérard, à qui nous devons une excellente étude du canal artériel, le rattache au t^^ie des artères musculaires et donne de sa structure la

Arcs aortiques (d'après R.a,thke) ; A, disposition primitive ; B, état défiiiitif.

A : 1 à 5, les cinq arcs aorliques. — a, bulbe artériel. — a'\ aorte descendante. — c, carotide.

B ; n, tronc aortique. — h, canal artériel. — c, carotide primitive. — c , carotide externe. — c”, carotide interne. — P, artère pulmonaire. — p, ses braucbcs. — s, artère sous-clavière. — w, artère vertébrale.

ARTERE PULMONAIRE

description suivante. Tl possède, comme les artères, trois tuniques, interne, moyenne et externe. — La tunique interne comprend : 1° l’endothélium ordinaire aux vaisseaux artériels ; 2^ une couche conjonctive élastique, dont les éléments sont disposés en strates et sur la surface interne de laquelle est appliqué l’endothélium. — La tunique moyenne se compose : 1° de la vitrée ou lame élastique interne; 2° de nombreuses couches de fihres musculaires lisses. Ces fihres musculaires, disposées circulairement, forment des faisceaux séparés les uns des autres par des faisceaux de fihres conjonctives et élastiques. A la périphérie, les éléments

Fig. 118. Fig. 119.

Cœur du foetus, vue antérieure (l’auricula droite Le même, après ouverture longitudinale des est érignée en haut). cavités gauches.

1, auricule droite. — 2, ventricule droit. — 3, veine cave supérieure. — 4, oriûce aortique. — 4’, crosse de l’aorte. — 4 , aorte descendante, — 5, tronc braciiio-céphaliqufî. — 6, artère carotide gauclie. — 7, artère sous-clavière gauche. — 8, veines pulmonaires gauches. — 8’, veines pulmonaires droites. — 9, artère pulmonaire. — 9’, 9”, branches de l’artère pulmonaire. — 10, canal artériel. — 11, artères et veines coronaires. — 12, auricule gauche. — 13, ventricule gauche. — 13 , cavité ventriculaire gauche. — ii, trou de Botal. — 15, valvule mitrale. — 15, ses cordelettes tendineuses. — 16 , ses piliers charnus. — 17, coupe de la paroi ventriculaire gauche. — 18, coupe de la paroi auriculaire gauche.

conjonctive- élastiques se condensent de façon à constituer une sorte de limitante externe qui sépare la tunique moyenne de la tunique externe. — La tunique externe ou adventice est essentiellement constituée par des faisceaux ondulés de fibres conjonctives, qui se confondent insensiblement, à la périphérie de la tunique, ; avec le tissu cellulaire lâche péri-artériel. Des vaisseaux assez volumineux {vasa vasorum) circulent dans la partie la plus superficielle de l’adventice.

e. Oblitération du canal artériel. — Durant la vie intra-utérine, le poumon, ne fonctionnant pas encore en tant qu’organe de l’hématose, n’a nullement besoin de recevoir beaucoup de sang. Aussi les branches des artères pulmonaires sont tellement réduites dans leurs dimensions que l’on peut les considérer alors comme de

ANGEIOLOGIE

simples collatérales du cinquième arc aortique gauche, tronc aortique constitué, comme nous l’avons déjà dit plus haut, par le tronc de l’artère pulmonaire et par le canal artériel.

Il résulte d’une pareille disposition anatomique que la presque totalité du sang veineux passe du ventricule droit dans l’aorte et se distribue ultérieurement, intimement mélangé au sang artériel, aux viscères abdomino-pelviens, aux membres inférieurs et aussi et surtout (par les artères ombilicales) au placenta, le véritable organe de l’hématose fœtale.

Immédiatement après la naissance, la respiration pulmonaire succédant à la respiration placentaire, les deux artères pulmonaires droite et gauche atteignent rapidement le développement qui leur est propre. Par contre, le canal artériel n’ayant plus désormais aucun rôle à jouer, s’affaisse, diminue de calibre et finit même par s’oblitérer. Il s’atrophie de plus en plus et n’est plus représenté, chez l’adulte, que par un simple cordon fibreux, qui s’étend obliquement de la bifurcation de l’artère pulmonaire, ou plutôt de l’origine de l’artère pulmonaire gauche à la face inférieure de la crosse aortique : c’est le ligament artériel, que nous avons déjà signalé ci-dessus et que nous allons décrire dans un instant.

La question de l’oblitération du canal artériel a inspiré de nombreux travaux parmi lesquels nous citerons ceux d'ÀLVAUKNo.v (18GÜ), de Sch.wz (1869), de Strass.mann (1894) et de Géhahü (1900). Trois points ont principalement attiré l’attention ; 1» la date de V oblitération ; 2° le mécanisme de l'oblitération ; > le processus histolof/i(jne de l'oblitération.

a) Les auteurs ne sont pas d'accord sur la date même à la([uelle s’elfectue l’oblitération du canal artériel. Les divergences sur ce point, abstraction laite des variations individuelles, proviennent de ce que l’on a confondu occlusion fonctionnelle et occlusion anatomi(|ue. 11 me parait rationnel d'admettre que, au moment même où s’établit la fonction respiratoire, le canal artériel s’alfaisse et cesse de fonctionner, je veux dire ne reçoit plus de sang de la pulmonaire et n’en transmet plus à l'aorte, c'est Yocclusion fonctionnelle. Mais il ne s'ensuit pas qu’il est réellement fermé : il possède encore, et il la gardera quelque temps, sa perméabilité ; si le sang n’y circule pas, il se laisse traverseï* avec la plus grande facilité parmi stylet et parles injections, h’ occlusion anatomi({ue. l'occlusion vraie, celle ({ui aboutira à l’oblitération définitive du canal artériel ne commence que dans les premiers jouis de la vie extra-utérine et, d’autre part, s’effectue lentement, très lentement. Pour Hehnutz, l’oblitération se produit dans les (juinze premiers jours de la vie intra-utérine et on devrait considérer comme anormaux les faits dans lesquels le travail d’occlusion ne s’effectue que trois semaines après la naissance. De son côté, Gérard nous apprend ([u'il n'a jamais trouvé le canal artériel occlus à la naissance, non plus que dans les dix premiers jours. Alvare.nga, qui a examiné plusieurs centaines d’enfants de un jour à douze ans, a constaté à son tour que, chez tous les sujets âgés de moins de trente jours, le canal artériel avait conservé un certaine perméabilité. On peut admettre, en thèse générale, (mais ici comme ailleurs on rencontrera des exceptions) (jue le travail d'ohlilérat'ion anatomique commence dès les premiers jours qui suivent la naissance et n'est réellement terminé que vers le quarantième ou le cinquant'ième jour. Les observations faites chez l’homme et chez les animaux (Goubeaux) tendent à établir que ce travail d’oblitération se manifeste d’abord sur le côté du canal artériel qui répond à la pulmonaire, et puis, s’étend de proche en proche du côté de l’aorte.

(j) Le mode d’ oblitération du canal artériel a beaucoup préoccupé les anatomistes et les physiologistes. et les opinions les plus diverses ont été émises sur le mécanisme en vertu duquel elle se produit. Sans entrer dans la discussion de tout ce qui a été dit à ce sujet, nous indiquerons les raisons principales des transformations morphologiques que l’on a constatées. Lorsque la circulation cardio-pulmonaire s'établit, les deux branches de l’artère pulmonaire acquièrent brusquement un développement considérable et deviennent en réalité des branches terminales, de simples collatérales qu’elles étaient jusqu’alors. Le canal artériel, de son côté, devient de plus en plus petit par rapport à elles et, d’autre part, il ne se trouve plus placé directement sur le trajet du sang veineux détourné vers les poumons. A ces changements de calibre, qui s’opposent déjà à une facile circulation dans le canal, viennent s'ajouter (Schwanz) des déplacements et des tiraillements de ce canal qui tendent encore à gêner le passage du sang à son intérieur. On peut, en effet, considérer au canal artériel deux extrémités ; 1° une extrémité aortique, maintenue fixe par sa continuité avec l’aorte, fixée elle-même à la paroi postérieure du thorax par du tissu conjonctif et surtout par les intercostales qui naissent à ce niveau ; 2° une extrémité pulmonaire, située vers le point où le péricarde se réflécliit sur les gros vaisseaux et susceptible de subir des mouvements assez étendus comme les vaisseaux eux-mêmes sur lesquels elle s’insère. 11 résulte de ces mouvements que l'orifice pulmonaire du canal artériel, tiraillé de

ARTÈRE PULMONAIRE

diverses façons, n’offre pas des conditions convenables pour la pénétration du sang et, comme conséquence, que le canal lui-même se trouve détourné du trajet direct du courant sanguin. Voilà, pourquoi il s’affaisse et s’atrophie. Peut-être faut-il faire intervenir encore, dans ce fait de l’abandon du canal artériel par le sang pulmonaire, la question des pressions intra-vasculaires: à la suite de l'établissement de la respiration pulmonaire, en effet, la pression dans l artère pulmonaire, primitivement supérieure à la pression intra-aortique, devient inférieure à celle-ci, condition qui, on le conçoit, empêche le courant sanguin de la pulmonaire de se diriger vers l’aorte.

y) Histologiquement, l’oblitération du canal artériel qui succède à son affaissement et à son atrophie, est due, ainsi que l’a établi Kôluker, à une prolifération conjonctive de la tunique interne de l’artère (endartère). Par suite de cette prolifération conjonctive, il se forme sur un point quelconque de la paroi vasculaire une saillie, qui, s’accroissant sans cesse, s’avance dans la lumière du canal, atteint la paroi opposée et se fusionne avec elle : du canal, il ne reste plus alors, comme nous le montre nettement la figure ci-contre (fîg. 120), que deux fissures latérales, qui finissent elles-mêmes par disparaître, sur les points au moins où Fig^ 120.

1 oblitération est totale. Gé- Coupe transversale du canal artériel en grande parlie oblitéré, chez un enfant R.\RD incline à penser, mais de vingt-deux mois (d’après Gérard).

saris pouvoir en fournir la i, tunique celluleuse. — 2, tunique musculaire. — 3, lame élastique de l’endartère preuve directe Ciue l’accole- liypeitroplûée et à peu près régulièrement. — 4, 4’, vestiges de la lumière du

* ’ ^ canal, montrant que l’oblitération ne se fait pas d’un seul bloc par l’accolement et

ment que nous venons de la soudure de toute la surface à la fois de la cavité du canal.

signaler entre la saillie con-

jonctive et la paroi opposée « se produit simplement par fusion, puis enchevêtrement de l’endothélium ». 11 suppose, d’autre part, que « la soudure épithéliale sert de pont aux fibres conjonctives qui envoient à leur intérieur du véritable tissu cicatriciel ». Ce processus oblitérateur se poursuit jusqu’au milieu ou même jusqu’à la fin de la deuxième année. Une fois terminé, le canal artériel a tous les caractères extérieurs d'une formation conjonctive ; il est devenu le ligament artériel, que nous pouvons maintenant décrire.

S"* Ligament artériel. — Le ligament artériel est un cordon fibreux, de coloration blanchâtre, cylindrique ou plus ou moins aplati, large de 2 à 4 millimètres, allant de l’artère pulmonaire gauche à l’aorte. Morphologiquement, il est, comme nous venons de le voir, le reliquat fihreux du large canal, le canal artériel, qui, chez le fœtus, unit la pulmonaire à l’aorte.

a. Origine et trajet. — Il prend naissance, en bas, sur le côté supérieur de l’artère pulmonaire gauche, à 2 ou 3 millimètres de son origine, autrement dit un peu en aval de la bifurcation du tronc de l’artère pulmonaire. De là, il se porte obliquement en haut, en arrière et en dehors et vient se terminer sur la face inférieure de la crosse aortique au moment où la crosse va devenir aorte descendante. Parsuite du développement considérable qu’ont pris, chez l’adulte, l’aorte et l’artère pulmonaire gauche, le ligament artériel est profondément situé entre les deux vaisseaux, de telle sorte que, pour l’avoir sous les yeux, il faut à la fois élever la crosse aortique et érigner, en has, la branche gauche de l’artère pulmonaire.

b. Rapports. — Le ligament artériel est comme noyé dans une couche celluleuse plus ou moins riche en graisse. Ses rapports sont naturellement ceux, indiqués plus

ANGÉIOLOGIE

haut, du canal artériel lui-même. Il répond : e7i avant, au plexus cardiaque et,

plus particulièrement, aux filets que le pneumogastrique envoie à ce plexus ; à un ou deux ganglions qui le séparent, à ce niveau, de la plèvre médiastine gauche ; 2° en arrière, à la bronche gauche; 3® à droite, à l’aorte ; 4® à gauche, au pneumogastrique et au récurrent gauches. Le récurrent, on le sait, descend en avant de l’aorte, contourne d’avant en arrière le bord gauche du ligament artériel, remonte ensuite

sur la face postérieure de ce ligament et, finalement, passe en arrière de l’aorte.

En ce qui concerne les extrémités de notre ligament artériel, elles répondent, l’une à la face supérieure de l’artère pulmonaire gauche, l’autre à la face inférieure de l’aorte : l’une et l’autre se fusionnent intimement avec la paroi du vaisseau correspondant. En regard de ces extrémités, sur la paroi interne des vaisseaux, on rencontre parfois des traces des deux orifices pulmonaire et aortique du canal artériel : tantôt une petite fossette conoïde, tantôt une simple dépression arrondie ou linéaire.

Mais le plus souvent, chez l’adulte, on ne trouve aucun vestige des orifices en question.

c. Structure. — Envisagé au point de vue de sa structure, le ligament artériel ne possède que des éléments conjonctifs et des éléments élastiques. On y retrouve encore, cependant, les trois tuniques qui caractérisent les artères, mais ces tuniques, l’interne surtout, se trouvent profondément modifiées. A son centre, se voit une lumière étroite, plus ou moins interrompue par places, reste de la cavité large et toujours béante que présentait le cordon fibreux, alors qu’il était canal artériel.

Variétés. — Elles sont relativement rares. — Le tronc de la pulmonaire peut naître du ventricule gauche (voy. Aorte). — On l’a vu fournir une artère coronaire surnuméraire : cette artère s’anastomosait avec les coronaires aortiques dans un cas de W. Krause ; avec la sous-clavière droite et la crosse de l’aorte dans un cas de Brooks. — Les deux branches de la pulmonaire peuvent être doubles. — La gauche peut envoyer un rameau à la sous-clavière du même côté. — La droite, dans un cas de Breschel, envoyait un rameau au tronc artériel brachio-céphalique. — Quant au canal-artériel, il peut être double ; par contre, il peut manquer. On l’a vu s’ouvrir dans le tronc bracbio-céphalique et même dans l'artère sous-clavière gauche. Il peut persister, avec ou sans réduction, chez l’adulte : cette disposition coexiste le plus souvent avec la persistance du trou de Botal. La persistance du canal artériel a naturellement pour conséquence la cyanose ou maladie bleue.

Fig. 121.

Le ligament artériel, vue antéro-latérale gauche.

1, crosse de l’aorle, avec les trois troncs qui naissent de sa convexili^. — t, artère pulmonaire avec : 2’, sa branche droite ; 2”, sa brandie gauche, fortement érignée en bas. — 3, feuillet viscéiMl du péricarde. — 4, veines pulmonaires gauches. — 5, veine cave supérieure. — G, œsophage — 7, trachée. — 8, bronche gauche. — G, ligament art'^riel. — 10, pneumogastrique gauche. — il, 11’, récurrent gauche. — 12, 12’, nerfs phréniques droit et gauche. — 13, ganglion de Wrisberg et plexus cardiaque. — 14, ganglions lymphatiques. — 15, auricule gauche.

Page 1