ARTICULATIONS DU MEMBRE INFÉRIEUR
Adoptant pour le membre inférieur la même méthode descriptive que pour le membre supérieur, nous étudierons successivement, en allant de la racine du membre vers son extrémité libre :
1° Les articulations des os coxauxoo. os du bassin;
2'' V articulation de la cuisse avec le bassin ou articulation coxo- fémorale ;
ARTHROLOGIE
3° V articulation de la jambe arec la cuisse ou articulation du genou;
4® Les articulations des deux os de la jambe entre eux ou articulations péronéo-tibiales ;
3® V articulation du pied avec la jambe ou articulation du cou-de-pied ;
G*" Les articulations intrinsèques dit pied.
§ I. — Articulations des os coxaux ou os du bassin
Les deux’ os coxaux, constituant ce que nous avons appelé la ceinture pelvienne, s’articulent tout d’abord avec la colonne vertébrale, chacun avec la portion latérale correspondante du sacrum : c’est V articulation sacro-iliaque. Ils s’unissent ensuite l’im à l’autre, sur la ligne médiane pour former la symphyse pubienne. Enfin, par des ligaments, dits ligaments à distance, ils s’unissent, à droite et à gauche, aux parties latérales du sacrum et du coccyx : ces ligaments sont les deux ligaments sacro-sciatiques.
A la description de l’appareil ligamenteux du hassin nous rattacherons celle de la lame fibreuse qui, à l’état frais, comble le trou obturateur et qui, de ce fait, a reçu le nom de membrane obturatrice.
A. — Articulation sacro-iliaque
L’articulation sacro-iliaque, que la pluparl des auteurs rangent parmi les amphiarthroses ou symphyses, se rattache, en effet, à cette classe d’articulations par son peu de mobilité et par la couche de fibro-cartilage qui s’interpose entre ses deux surfaces articulaires. Mais elle se rattache aussi aux diarthroses, tout d’abord par la cavité qui est creusée à son centre et, puis, par la synoviale qui revêt ses ligaments. Nous devons donc la considérer comme tenant le milieu entre les amphiarthroses et les diarthroses, comme une diarthro-amphiarthrose (voy. p. 433j.
Surfaces articulaires. — Comme surfaces articulaires, nous avons : 1° du côté du sacrum, la facette auriculaire de cet os (p. 84j, que l’on a comparée tour à tour, en raison de sa forme, à un croissant, à une équerre, à un arc dont la concavité serait dirigée en arrière et en haut (fig. 546) ; elle répond aux deux premières pièces sacrées et à la partie supérieure de la troisième; 2® du côté de Vos coxal, une facette analogue, la facette auriculaire de Los coxal (p. 315), occupant la partie la plus reculée de la face interne de Los et correspondant exactement, comme forme et comme dimensions, à la facette homonyme du sacrum.
Considérées sur le squelette, les deux facettes auriculaires nous présentent, dans leur forme et dans leurs dimensions, des variations individuelles fort étendues. Elles mesurent, en moyenne, 55 millimètres de longueur sur 26 millimètres de largeur. A peu près planes chez le fœtus et chez l’enfant, elles se hérissent plus tard de rugosités irrégulières et souvent très prononcées. Sur l’os adulte, la facette auriculaire de l’os coxal est convexe de son bord pelvien à son bord dorsal; la facette auriculaire du sacrum, concave dans le même sens. Du reste, les deux surfaces s’emboîtent régulièrement : la facette auriculaire de l’os coxal représente assez bien un gros bourrelet ou demi-cylindre plein, naturellement incurvé en arc comme la facette elle-même; la facette auriculaire du sacrum, à son tour, représente une gouttière ou demi-cylindre creux, également incurvé
ARTICULATIONS DU BASSIN
en arc. Plus simplement, la surface de contact sacro-iliaque revêt la forme d’un arc concave en haut et en arrière, lequel est en creux pour le sacrum, en relief pour l’os coxal.
J’ai noté, d’autre part, que, sur la plupart des os coxaux, la partie la plus déclive de la facette auriculaire. celle qui répond à la ligne innominée ou un peu au-dessous de cette ligne, est concave ; autrement dit, son rebord inférieur se projette en dedans, de façon à former au-dessus de lui une sorte de facette horizontale, qui sert de support à la partie correspondante du sacrum. Cette disposition, dont l’importance est grande au point de vue du mécanisme des articulations du bassin dans la station verticale , se voit très nettement sur les coupes de l’os coxal qui sont pratiquées suivant la ligne innominée (fig. 542).
L’interligne sacro- iliaque , vu par sa face antérieure ou endo-pelvienne, revêt, dans son ensemble la forme d’un S iliaque (fig. 543) . Dans sa moitié supérieure, au-dessus de la ligne innominée, il est concave en dedans : le sacrum s’avance vers l’os coxal. Dans sa moitié inférieure, au-dessous de la ligne innominée, il est, au contraire, concave en dehors : c’est l’os coxal qui, maintenant, s’avance vers le sacrum. 11 est à remarquer, cependant, que la courbure inférieure est quelquefois peu marquée; à son niveau, l’interligne est alors représenté par une ligne droite.
Comme on le voit, les surfaces par lesquelles le sacrum et l’os coxal entrent en contact sont loin d’être simples. Les deux os se pénètrent réciproquement sur plusieurs points : ils se juxtaposent en s’engrenant.
A l’état frais, les surfaces auriculaires du sacrum et de l’os coxal sont recouvertes l’une et l’autre par une couche de cartilage hyalin, que revêt à son tour une lame de fibro-cartilage. Ces deux couches se voient très nettement, grâce à la coloration spéciale de chacune d’elles, sur des coupes de sujets congelés (fig. 544) et l’on constate alors que, si la couche cartilagineuse est à la fois très- développée sur les denx os, la couche fibro-cartilagineuse est beaucoup plus épaisse sur le sacrum que sur l’os coxal : sur ce dernier os, elle est tellement mince qu’elle est difficilement perceptible. Les deux couches réunies mesurent, en moyenne,
1 millimètre à \ millimètre et demi d’épaisseur sur la facette auriculaire du sacrum; 4 à 5 dixièmes seulement, sur la facette auriculaire de l’os coxal.
Fig. ;J42.
Coupe de l’articulation sacro iliaque, faite suivant un plan passant par la ligne innominée (côté droit, segment postérieur de la coupe).
1, sacrum. — 2, os iliaque. — 3, inlerligne articulaire. — 4, partie inférieure de la facette auriculaire de l’os iliaque, faisant saillie en dedans et servant de support à la partie correspondante du sacrum 4’. — 5, ligament sacro-iliaque postérieur.
Fig. o43.
L’interligne articulaire sacro -iliaque, vu par sa face antérieure ou endopelvienne (côté droit).
1, sacrum. — 2, os iliaque. — 3, ligne innominée. — 4, interligne sacro-iliaque. — 5, grande échancrure sciatique.
ARTHROLOGIE
Ce revêtement cartilagineux et fibro-cartilagineux, jeté sur les facettes auriculaires, les modifie peu dans leur configuration générale. Il ne régularise pas
davantage leur surface : très irrégulière sur l’os sec, elle est encore très irrégulière, plus irrégulière même sur le cadavre. « Des prolongements villiformes, très irréguliers, inégaux de volume et inégalement répartis , la recouvrent cà et là en grand nombre.
La consistance de ces prolongements est si faible que Bichat d’abord , et Blandin plus tard les ont considérés comme une synovie plus ou moins concrète. Examinés sous l’eau, ils flottent à la manière de franges synoviales. Les deux cartilages, cependant^ sont loin d’offrir le même aspect. Ils ont, au contraire, un aspect si différent qu’au premier coup d’œil on peut les distinguer fun de l’autre : celui du sacrum est presque uni ; celui de l’os iliaque est granuleux, il semble formé d’une myriade de petits globules demi transparents et juxtaposés. » (Sâppey.) J’ai vu plusieurs fois ces myriades de globules rap})ele]‘ exactement, par leur aspect et par leur colocation grisâtre, ces corps à surfaces irrégulièrement mamelonnées qui ont séjourné quelque temps dans les fontaines pétrifiantes.
Au point de vue histologique, les lames cartilagineuse et fibro-cartilagineuse qui s’étalent sur les facettes auriculaires du sacrum et de l’os coxal ne dilfèrent pas des cartilages et des tibro-cartilages articulaires.
Le coin sache. — Nous savons ([ue dans la station d(djout lo poids du tronc, cliargé ou non. repose sur la base du sacrum, qui le transmet ensuite au.v membres intérieurs par l’intermédiaire des os coxau.v. Pour remplir un pareil rôle, le sacrum a besoin d’étre solidement uni aux os propres du bassin et l’on reconnaîtra sans peine que l’espèce d’engrènemeiit, signalé ci-dessus, ({ui caractérise l'articulation sacro-ilia<]ue, ses ligaments puissants et son peu de mobilité sont, à ce sujet, des conditions essentiellenumt favorables. Il y en a une autre, qui ne l'est pas moin& et que nous indiquerons tout de suite, c’est la forme même du sacrum, lequel s’enfonce entre les deux os coxaux à la manière d’un coin. Cette disposition en coin, admise par la gi-ande majorité des auteurs, est nettement rejetée par certains auteurs. Elle a, par conséquent, besoin d’être précisée. A cet etfet, nous e.xaminerons successivement les facettes auriculaires du sacrum ; 1" dans le sens de la longueur de Vos ; 2“ dans le sens antéro-postérieur ou mieux dorso-pelvien.
a) Dans le sens de la longueur de l’os, la disposition en coin n’est pas douteuse. Si l'on nu'sure, à l’aide du compas-glissière, la distance qui sépare les deux facettes auriculaires à leurs deux extrémités, on constate que cette distance est toujoui-s moins élevée pour leur extrémité inférieure que yjour leur extrémité supérieure. En examinant à ce sujet dix sacrums, j'ai obtenu les moyennes suivantes : pour la distance supérieure, 116”“', .5 ; pour la distance inl'érieure, soit une différence de 23“““. 3 en faveur de la première. Les deux facettes auriculaires du sacrum sont convergentes, comme les deux facettes latérales d’un coin. Le sacrum, dans le sens de la longueur de Vos, est donc un véritable coin.
[;) L'est-il encore dans le sens dorso-pelvien ? Tandis que la grande majorité des auteurs, soit anatomistes, soit accoucheurs, répondent par Taftirmative, d’autres, môme parmi les classiques, enseignent que le sacrum est plus large du côté pelvien que du côté dorsal, ce (|ui revient à dir<^ qu'il est un coin renversé, un coin à base pelvienne, et que toute pression e.xercée de haut en bas sur sa face dorsale tend à le projeter dans le bassin ; si, dajis les conditions ordinaires, (juand il a à supporter la colonne vertébrale et le poids «lu tronc, il reste en place, il doit (;ette stabilité
Coupe transversale de l’articulation sacro-ilia(|ue, passant par le premier trou sacré (sujet congelé, segment inférieur de la coupe).
1, sacrum, avec 1’, le premier trou sacré postérieur. — 2, os iliaque. — 3, iulerligiic articulaire. — 4, ligament sacroiliaf|ue anlérieui-, — o, ligament sacru-iliaque postérieur, sou plan superficiel, avec a’, sou plan proi'ond ou ligament iuterosseux. — 6, nue grosse veine, coupée oljliquemcnt.
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aux ligaments puissants qui le rattachent à la tubérosité iliaque (fig. 518) et qui deviennent ainsi, pour lui, de véritables ligaments suspenseurs. De ces deux opinions on ne peut plus contradictoires, la première est de beaucoup la plus rationnelle : c'est aussi celle (jui est la vraie. Tout d’abord, les coupes vertico-transversales du bassin passant par les articulations sacroiliaques. celles de Lksshaft, de Allen Thompson, les miennes pratiquées sur des sujets congelés, montrent nettement que les deux facettes auriculaires du sacrum sont plus rapprochées l'une di' l’autre du côté pelvien que du côté dorsal. D’autre part, les mensurations directes, prises sur des sacrums isolés, nous amènent aux mêmes conclusions. Sur dix sacrums, nous avons mesuré, mon préparateur M. Bert et moi, la distance en ligne droite qui sépare les deux facettes auriculaires, comparativement sur leur bord pelvien et sur le point correspondant de leur bord dorsal. Nous avons pris ces deux mensurations comparatives, à la fois sur le tiers supérieur de la facette auriculaire, sur son tiers moyen et sur son tiers inférieur. Voici les moyennes obtenues ;