MUSCLES DE LA TÊTE
Envisagés dans leur ensemble, les muscles qui occupent la région de la tête peuvent être divisés en trois groupes. Les uns, en rapport avec la mobilité des téguments, s’insèrent, par une de leurs extrémités au moins, sur la surface profonde de la peau. D’autres, en rapport avec les mouvements du maxillaire inférieur s’attachent d’une part sur ce dernier os et, d’autre part, sur le crâne. D’autres, enfin, annexés aux organes des sens, occupent la cavité orbitaire, se dissimulent profondément dans l’épaisseur du rocher ou constituent la majeure partie de la langue. Renvoyant l’étude de ce dernier groupe aux organes des sens (voy. t. III), nous nous contenterons de décrire ici, dans deux articles distincts :
D Les muscles masticateurs ;
2° Les muscles peauciers de la tête.
ARTICLE I
MUSCLES MASTICATEURS
Les muscles destinés à la mastication sont représentés, chez les vertébrés inférieurs, par une masse musculaire unique, qui s’étend de la base du crâne au maxillaire inférieur ou mandibule.
Cette masse musculaire unique se différencie plus tard en un certain nombre de muscles distincts, au fur et à mesure que la fonction masticatrice prend de l’importance et que se compliquent les mouvements de la mâchoire inférieure. Déjà, chez les amphibiens et les reptiles, le muscle unique des vertébrés inférieurs s’est divisé en deux portions : une portion superficielle, qui s’étale sur le côté externe du maxillaire ; une portion profonde, qui se place sur son côté interne. Chez les mammifères, chacune de ces deux portions se différencie à son tour en deux muscles distincts : la portion externe forme le temporal et le masséter; la portion interne, \a ptéry g oïdien interne et le ptérygoïdien externe. Ces quatre muscles ont pour fonction commune d’élever le maxillaire.
L’abaissement de cet os est déterminé par un muscle qui prend également naissance sur la base du crâne et qui doit à sa forme chez l’homme le nom de digastrique : c’est V abaisseur de la mandibule de l’anatomie comparée. Ce cinquième muscle masticateur se trouve situé dans la région sus-hyoïdienne et, à l’exemple de tous les auteurs, nous le décrirons à propos des muscles de cette région.
1° — Temporal
Le muscle temporal (fig. 668 et 687), encore appelé crotaphyte (de xpoxacpo^, tempe), occupe la fosse temporale, dont il prend la forme et les dimensions. C’est
MYOLOGIE
un large éventail, dont la base est dirigée en haut et en arrière et dont le sommet correspond à l’apophyse coronoïde du maxillaire inférieur.
1° Insertions. — Ce muscle prend naissance, en haut ; i" sur la ligne temporale inférieure ( voy. Ostéol., p. li)8) ; 2'^ dans toute l’étendue de la fosse temporale ; 3° sur la face profonde de l’aponévrose qni le recouvre {aponé'ürose temporale,
Fig. 668.
Le muscle temporal droit, vu de face.
L'arcade zygomatique a été sciée à sa partie antérieure et à sa partie postérieure, puis réclinée en bas, pour laisser voir d’une part le faisceau jugual du muscle temporal, d’autre part l’insertion terminale du muscle sur l’apopliyse coronoïde.
1, temporal, avec : 1’, son faisceau jugual, soulevé sur une sonde cannelée; 1”, son tendon inférieur ou terminal. — 2, 2’, aponévrose temporale. — 3, masséter. — 4, apophyse coronoïde. — 5, conduit auditif externe. — 6, os pariétal. — 7, ligne temporale inférieure. — 8, ligne temporale supérieure. — 9, apophyse masto'ide.
voy. plus bas), mais dans ses deux tiers supérieurs seulement; 4° par quelques faisceaux, d’un développement très variable (fig. 668,1’), sur la partie moyenne de la face interne de l’arcade zygomatique {faisceau jugal) et jusque sur la face interne du tendon d’origine du muscle masséter.
De ces différentes zones d’insertion, les faisceaux charnus du muscle temporal se dirigent : les antérieurs, verticalement en bas; les moyens, obliquement en bas et en avant ; les postérieurs, horizontalement en avant. Us se terminent sur les deux faces, interne et externe, d’une lame fibreuse (fig. 668,6), qui a la même forme que le muscle lui-même et qui est d’abord cachée dans son épaisseur. Elle s’en dégage bientôt, diminue de largeur au fur et à mesure qu’elle descend et prend finalement
MUSCLES MASTICATEURS
la forme d’un fort tendon, de 1 ou 2 centimètres de largeur, lequel vient s’insérer à l’apophyse coronoïde du maxillaire inférieur. Cette insertion se fait à la fois sur le sommet, sur les deux bords et sur la face interne de l’apophyse, assez rarement sur sa face externe. A propos de l’insertion inférieure du muscle temporal, il est à remarquer que les fibres qui proviennent de la partie inférieure de la grande aile du sphénoïde forment, à la face profonde du muscle, un faisceau plus ou moins distinct, qui vient se terminer sur la lèvre interne du bord antérieur de la branche du maxillaire : il descend très bas jusqu’au voisinage de la dernière molaire.
Il résulte de la description qui précède que le muscle temporal se compose de deux plans de fibres : un plan superficiel, qui se r,end à la face externe du tendon : un plan profond, qui se rend à sa face interne. De ces deux plans, le second est, chez l’homme, de beaucoup le plus important des deux.
2° Rapports. — Aplati de dehors en dedans, le muscle temporal nous offre à considérer deux faces, l’une interne, l’autre externe, et trois bords, que l’on distingue en supérieur, antérieur et postérieur :
а) La face interne diffère, au point de vue rapports, suivant qu’on l’examine dans ses trois quarts supérieurs ou son quart inférieur. Dans ses trois quarts supérieurs, elle repose sur la paroi osseuse de la fosse temporale, à laquelle elle adhère intimement et dont elle est séparée par places parles trois nerfs temporaux profonds, par les trois artères temporales profondes et par les veines qui les accompagnent. Dans son quart inférieur, au-dessous de la fosse temporale, elle répond aux deux muscles ptérygoïdiens interne et externe, au buccinateur et à la partie toute postérieure de la boule graisseuse de Bichat.
P) La face externe est en rapport, en haut, avec l’aponévrose temporale, qui la recouvre et que nous décrirons dans un instant. Plus bas, au-dessous de l’insertion inférieure de l’aponévrose temporale, cette face externe, profondément située, répond à l’arcade zygomatique et au masséter.
v) Le bord supérieur, demi-circulaire, répond à l’angle d’union de l’aponévrose temporale et de la paroi crânienne.
б) Le bord postérieur, à peu près horizontal, occupe, dans la plus grande partie de son étendue, la gouttière qui est creusée à la base de l’apophyse zygomatique.
s) Le bord antérieur, presque vertical, très épais, arrondi et mousse, répond à la gouttière rétro-malaire. Il en est séparé par un paquet cellulo-adipeux, toujours très développé.
3° Aponévrose temporale. — L’aponévrose temporale est une lame fibreuse très résistante, resplendissante et nacrée, ayant la même forme générale que le muscle qu’elle recouvre. Ses dimensions verticales sont, cependant, beaucoup moindres ; car, au lieu de descendre jusqu’à la base de l’apophyse coronoïde, comme le fait le muscle, elle s’arrête à l’arcade zygomatique. Elle ne recouvre donc pas le muscle tout entier, mais seulement sa portion supérieure, celle qui occupe la fosse temporale. L’aponévrose temporale a exactement les mêmes limites que cette fosse.
Elle s’insère en haut: 1® sur la partie ascendante du bord postérieur du malaire ; 2° sur le bord postérieur de l’apophyse orbitaire externe ; 3° sur la ligne temporale tant que cette ligne est unique ; puis, après sa bifurcation, sur la ligne temporale supérieure, ainsi que dans l’intervalle compris entre cette ligne temporale supérieure et l’inférieure. De là, elle se dirige vers l’arcade zygomatique et se fixe au bord supérieur de cette apophyse.
Simple à son origine, l’aponévrose temporale se dirige à sa partie moyenne.
MYOLOGIE
quelquefois dans ses deux tiers inférieurs, en deux feuillets, l’un superficiel, l’autre profond : le feuillet superficiel se termine sur le bord supérieur du zygoma, parfois (fig. 669) sur sa face externe, un peu au-dessus de l’attache du masséter ; le feuillet profond se termine également sur ce même bord supérieur
Fig. G69.
La fosse temporale, vue sur une coupe vertico-transversale (sujet congelé, côté droit, segment postérieur de la coupe).
1, paroi crânienne, avec 1’, petites ailes du sphénoïde. — 2, apophyse ptérygoïde. — 3, arcade zygomatique. — 4, maxillaire inférieur avec 4’, apophyse coronoïde. — 5, muscle temporal, avec 5’, ses faisceaux jugaux. — 6, aponévrose temporale, avec 0’ et 6”, ses deux feuillets de dédoublement. — 7, peau. — 8, tissu cellulaire sous-cutané. — 9, couche cellulo-adipeuse intraaponévrotique. — 10, couche cellulo-adipeuse sous-aponévrotique. — 11, aponévrose épicranienne. — 12, masséter. — 13, ptérygoïdien interne. — 14, 14’, faisceau supérieur et faisceau inférieur du ptérygoïdien externe. — 15, artère maxillaire interne. — 16, vaisseaux et nerfs temporaux profonds. — 17, nerf maxillaire supérieur, traversant le trou grand rond. — 18, nerf vidien, traversant le canal de même nom. — 19, artère et nerf dentaires intérieurs.
et un peu sur la face interne de l’arcade osseuse. Dans l’espace triangulaire, ou plutôt ovalaire (fig. 669,9), qui résulte de l’écartement . des deux feuillets se trouve un paquet cellulo-adipeux, au milieu duquel cheminent l’artère temporale profonde postérieure et quelques veines ordinairement peu importantes.
Par sa face profonde , l’aponévrose temporale est en rapport, en haut , avec le muscle temporal, qui, comme nous l’avons vu, prend sur elle un certain nombre de ses insertions. Plus bas, elle s’en trouve séparée par une nappe graisseuse (fig. 669, 10), qui augmente d’épaisseur au fur et à mesure qu’on se rapproche de l’apophyse coronoïde.
Sa face superficielle répond à la peau, dont elle est séparée toutefois par une expansion de l’aponévrose épicranienne (voy. plus loin) et par une couche cellulo - graisseuse , au sein de laquelle cheminent le nerf auriculo -temporal , l’artère temporale superficielle et la veine de même nom. Sur la face externe de l’aponévrose temporale, se trouvent encore les deux muscles auriculaires supérieur et antérieur.
4° Innervation. — Le muscle temporal est innervé par le temporal profond antérieur, le temporal profond moyen et le temporal profond postérieur, trois branches du maxillaire inférieur. Ces trois nerfs pénètrent le muscle par sa face profonde.
5° Action. — Le muscle temporal élève le maxillaire inférieur et l’applique contre la mâchoire supérieure. Par ses faisceaux postérieurs, à direction horizontale, il attire le condyle en arrière et le ramène dans la cavité glénoïde, lorsqu’il a été porté en avant par la contraction des deux ptérygoïdiens externes.
MUSCLES MASTICATEURS
Variétés. — J’ai vu, dans un cas, le plan superficiel du temporal faire complètement défaut. L’aponévrose, ne donnant insertion à aucune fibre, reposait sur le muscle, mais sans lui adliérer. — J’ai vu, sur plusieurs sujets, le faisceau issu de la partie inférieure de la grande aile du sphénoïde, descendre jusqu’aux molaires; le tendon du muscle peut, de même, prolonger ses insertions sur toute la hauteur du bord antérieur de la branche du maxillaire. — J’ai vu plusieurs fois aussi le tendon terminal, plus large que d’habitude, s'insérer sur toute l’étendue de l'échancrure sigmoïde. — Les fibres inférieures du temporal peuvent se fusionner plus ou moins avec les fibres du ptérygoïdien externe (Horner, Macaltster, moi-même). On voit parfois des fibres qui, du ménisque de l’articulation temporo-maxillaire, se rendent au tendon du temporal. Ces fibres forment dans certains cas un faisceau distinct, qui se fixe sur la base de l’apopliyso coronoïde ou même dans l’échancrure sigmoïde : c’est le temporalis minor de IIenke. — Le temporal, comme du reste tous les muscles masticateurs, est plus développé chez les nègres que dans nos races européennes. On sait que chez beaucoup de carnassiers, ou même dans ({uelques espèces simiennes, le temporal s’étend jusqu'à la ligne médiane du crâne. — A consulter Anthony, De l'action morpliol. des m. crotaphytes sur le crâne et le cerveau des Carnassiers et des Primates, G. R. Acad, des Sc., 1903.
2° — Masséter
Le masséter (faacjaq'üYip, de [aac7(jào;j(.ai, je mâche) est un muscle court, épais, de forme quadrilatère, couché sur la face externe de la branche montante du maxillaire inférieur.
1° Insertions. — Ce muscle (fig. 670,1) est constitué par deux faisceaux que l’on voit très nettement quand on les examine par leur face externe : un faisceau superficiel ou antéro-externe et un faisceau profond ou postéro-interne.
a. Faisceau superficiel. — Le faisceau superficiel (!''), le plus important des deux, s’insère, en haut, sur le bord inférieur de l’arcade zygomatique dans ses deux tiers antérieurs : cette insertion d’origine se fait à l’aide d’une aponévrose, très épaisse et très résistante, qui s’étale sur la face externe du muscle et s’y plonge jusqu’à sa partie moyenne, où elle se termine en un certain nombre de languettes plus ou moins effilées, mais toujours très irré- Le masséter,
vu par sa face externe,
avec rapports.
gnlières. Les fibres constitutives du faisceau superficiel se dirigent obliquement de haut en bas et d’avant en arrière :
1, masséler, avec : 1’, son faisceau profond ou postéro-interne ; 1”, son faisceau superficiel ou antéro-externe. — 2, buccinateur. — 3, boule graisseuse de Bicliat.
— 4, 4’, grand et petit zygomatiques. — 3, temporal, revêtu de son aponévrose.
— 6, parotide, dont la partie antérieure a été enlevée. — 7, canal de Slénon. — 8. carotide externe. — 9, artère faciale. — 10, artère temporale superficielle. — 11, artère transversale de la face. — 12, jugulaire interne. — 13, 13, ramifications du nerf facial. — 14, nerf auriculo-temporal. — 13, conduit auditif externe.
elles viennent se terminer sur l’angle de la mâchoire, ainsi que sur la partie infé-
rieure de la face externe de la branche montante.
MYOLOGIE
b. Faisceau profond. — Le faisceau profond (L) est situé en dedans du faisceau superficiel, qu’il déborde en arrière, comme nous le montre la figure 670. Les fibres qui le constituent s’insèrent à la fois sur le bord inférieur et sur la face interne de l’arcade zygomatique : il est souvent difficile, au voisinage de l'apophyse coronoïde, de les isoler entièrement des fibres correspondantes du temporal. De là, elles se portent obliquement et bas en en avant et disparaissent au-dessous des fibres du faisceau superficiel, qu’elles croisent sous un angle de 40 à 45°. Finalement, elles se fixent à la face externe de la branche du maxillaire depuis la zone d’insertion du faisceau superficiel jusqu’à la base de l’apophyse coronoïde.
c. Rapports réciproques des deux faisceaux. — Les deux faisceaux du masséter
diffèrent, comme on le voit, par leur situation, par leur direction, par leur importance. En haut et en arrière, ils sont nettement séparés par un interstice, que comble un tissu conjonctif lâche plus ou moins riche en graisse : Monro et, après lui, Theile ont même rencontré à ce niveau une sorte de bourse séreuse. Au delà de cet interstice, les deux faisceaux se fusionnent d’une façon plus ou moins complète pour prendre sur le maxillaire une insertion commune.
2° Rapports. — Le masséter, comme le temporal, nous offre à considérer deux faces, l’une externe, l’autre interne, plus quatre bords, que l’on distingue en supérieur, inférieur, antérieur et postérieur : a) La face interne ou profonde répond successivement: l°à la branche du maxillaire, dans presque toute son étendue; 2° à l’échancrure sigmoïde, au paquet vasculo-nerveux {paquet massétérin), qui la traverse (fig. 672) et au muscle temporal qui en forme le fond ; 3° à l’apophyse coronoïde et au tendon du temporal qui s’y insère; 4° au buccinateur, dont elle est séparée par une grosse masse cellulo-adipeuse, la boule graisseuse de Bichat.
fi) La face exteime ou superficielle est recouverte dans toute son étendue par une aponévrose que nous décrirons dans un instant, V aponévrose massétérine. Au delà de l’aponévrose, dans le tissu cellulaire sous-cutané, le muscle masséter répond à un certain nombre de formations importantes, savoir : 1° tout d’abord à trois muscles, le grand zygomatique (qui croise obliquement sa partie supérieure), le peaucier et le risorius '^qui croisent obliquement sa partie inférieure); 2° à l’artère transversale de la face, qui chemine d’arrière en avant, à 1 centimètre environ au-dessous de l’arcade zygomatique; 3° au prolongement antérieur de la parotide (voy. cette glande) et au canal de Sténon qui, lui aussi, chemine d’arrière en avant à 10 ou 15 millimètres au-dessous de l’artère; 4° aux ramifications, déjà fort nombreuses à ce niveau, des deux branches terminales du nerf facial.
7) Le bord supérieur est en rapport, dans toute son étendue, avec le bord inférieur du zygoma.
Fig. 671.
Coupe transversale du masséter un peu au-dessous de l’échancrure sigmoïde (côté droit, segment inférieur de la coupe).
1, maxillaire inférieur. — 2, masséter, avec 2', son aponévrose. — 3, buccinaleur. — 4, boule graisseuse de Bichal. - 5, ptérygoïdien externe. — 6, apophyse styloïde, avec les muscles siyliens. — 7, cai'otide interne. — 8, jugulaire interne. — 9, carotide exteime. — 10, 10’, artère maxillaire intenie, coupée sur deux points et très obliquement. — 11, tendon du temporal. — 12, parotide
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6) Le bord inférieur répond à l’angle du maxillaire et au bord inférieur de sa branche.
e) Le bord antérieur, légèrement oblique en bas et en arrière, répond sucessivement au maxillaire supérieur, au buccinateur, au corps du maxillaire inférieur. A sa partie tout inférieure, il entre en rapport avec l’artère faciale et la veine de même nom, qui passent du cou à la face en croisant obliquement le bord inférieur du maxillaire.
'Q) Le bord postérieur , enfin, est formé, en haut, par le faisceau profond du masséter, en bas par son faisceau superficiel. 11 est représenté ainsi (fig. 670j par deux lignes droites d’obliquité différente, qui se rencontrent, au tiers supérieur du muscle, sous un angle fortement obtus à sinus postérieur. 11 répond à la face externe de la branche montante, qui, en arrière de lui, est lisse et unie et ne donne insertion à aucun muscle. Remarquons, en passant, que l’articulation temporo- . maxillaire ne présente aucun rapport immédiat avec le masséter : comme nous le montre la figure 636, elle est située un peu en arrière du muscle.
3° Aponévrose massétérine. — Quadrilatère comme le muscle qu’elle recouvre, l’aponévrose massétérine s’insère, en haut, sur la face externe de l’arcade zygomatique, en bas sur le bord inférieur du maxillaire inférieur, en arrière sur le bord parotidien du même os.
En avant, elle contourne le bord antérieur du masséter et, après avoir tapissé une partie de sa face interne (fig. 671, 2’) vient se terminer, en partie sur le bord antérieur de l’apophyse coronoïde, en partie sur le bord antérieur et la face externe de la branche du maxillaire inférieur.
Comme on le voit, l’aponévrose massétérine forme avec la face externe de la branche du maxillaire une loge ostéo - fibreuse , que comblent les faisceaux du masséter.
Cette loge, fermée de toutes parts sur son côté externe, est ouverte en dedans et en haut, en regard de l’échancrure sigmoïde : c’est par cette ouverture (fig. 672, 2) que le muscle masséter reçoit ses principaux vaisseaux et son nerf (voy., pour plus de détails, les Traités d’anatomie topographique.)
4° Innervation. — Le masséter est innervé par le nerf massétérin, branche du maxillaire inférieur. Ce nerf, se portant de dedans en dehors, passe par l’échancrure sigmoïde du maxillaire inférieur et se perd dans la face profonde du muscle.
5° Action. — Comme le temporal, le masséter est un muscle élévateur du maxillaire inférieur.
Variétés. — La couche profonde du masséter peut être renforcée par un faisceau émanant du ligament latéral e.xterne de l’articulation temporo-maxillaire (Mac.^lister) . C’est là une disposi-
Fig. 672.
L’artère et le nerf massétérins, pénétrant dans le masséter.
1, 1, masséter, incisé transversalement un peu au-dessous de i'arcade zygomatique. — 2, échancrure sigmoïde. — 3, artère, veines et nerf massétérins, débouchant de cette échancrure pour se perdre à la face profonde du masséter. — 4, artère buccale, envoyant sur ce sujet un rameau au masséter. — O, ligament latéral externe de l’articulation temporo-maxillaire.
MYOLOGIE
tion fréquente. — Düméril [Bull, de la Soc. philom., vol. ÎII, p. 122) signale l’absence de l’un des masséters. — Une bourse séreuse, comme nous l’avons déjà dit plus haut, peut se développer entre les deux faisceaux constitutifs du muscle, ou bien entre le faisceau profond et l'aponévrose massétérine (Hyrtl). — Il est extrêmement fréquent de voir le faisceau profond du masséter se fusionner plus ou moins avec les faisceaux correspondants du temporal et du ptérygoïdien externe.
30 Ptérygoïdien interne
Situé en dedans de la branche du maxillaire, le ptérygoïdien interne est un muscle épais, de forme quadrilatère, qui s’étend de l’apophyse ptérygoïde au
1, muscle ptérygoïdien interne du côté droit. — 1’, 1”, portion inférieure et portion supérieure de ce même muscle, réséqué à gauche. — 1, faisceau inférieur et 2’ faisceau supérieur du muscle ptérygoïdien externe. — 3, carotide externe. — 4, artère maxillaire interne. — 0, artère dentaire inférieure. — G, libro-cartilage interarticulaire de l’articulation temporo-maxillaire. — G’, ligament latéral externe de cette articulation . — 7, muscle mylo-hyoïdien. — 8, muscle géniohyoïdien. — 9, muscle génio-glosse. — 10, arcade zygomatique. — 11, épine de Spyx.
maxillaire inférieur. On le désigne quelquefois, en raison de sa situation et aussi en raison des analogies de structure qu’il présente avec le masséter, sous le nom de masséter interne.
1*^ Insertions. — 11 prend naissance, en haut, dans toute l’étendue de la fosse ptérygoïde (p. 246j, c’est-à-dire sur la face externe de l’aile interne de l’apophyse
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ptérygoïde, sur la face interne de son aile externe, dans le fond même de la fosse et, enfin, sur la face postérieure de l’apophyse pyramidale du palatin (voy. fig. 238). Cette insertion se fait, en dedans, par une large aponévrose, qui se prolonge sur le tiers supérieur de la face interne du corps musculaire. Sur les autres points, elle se fait en partie par des libres charnues, en partie par de courtes fibres tendineuses.
De la fosse ptérygoïde, les fibres du ptérygoïdien interne se portent obliquement en bas, en arrière et en dehors, vers l’angle du maxillaire inférieur. Elles se fixent, à la fois, sur la partie interne de cet angle et sur la face interne de la branche montante, soit directement, soit à l’aide de languettes tendineuses disséminées dans l’épaisseur du muscle. La zone d’insertion inférieure du ptérygoïdien interne s’étend ordinairement depuis le bord inférieur de la branche du maxillaire jusqu’à l’oriüce supérieur du canal dentaire.
2° Rapports. — Le muscle ptérygoïdien interne est profondément situé entre le squelette facial et la portion supérieure du canal alimentaire.
a) En dedans^ il est en rapport avec le pharynx et avec le muscle péristaphylin externe, qui longe verticalement sa ligne d’insertion sur l’aile interne de l’apophyse ptérygoïde. Il est séparé du pharynx (voy. Pharynx) par un espace angulaire à sinus postérieur, Yespace maxillo-pharyngien, dans lequel cheminent les deux carotides, la jugulaire interne et les cinq nerfs grand sympathique, glosso-pharyngien, pneumogastrique, spinal et grand hypoglosse.
P) En dehors, le ptérygoïdien interne répond tout d’abord au muscle ptérygoïdien externe, dont il est séparé par une aponévrose plus ou moins nettement différenciée, V aponévrose interptérygoïdienne. Plus bas, après s’être séparé du ptérygoïdien externe, il forme avec la branche du maxillaire un espace angulaire, dans lequel nous voyons descendre (fig. 674) le nerf lingual, le nerf dentaire inférieur et les vaisseaux homonymes. Plus bas encore, le ptérygoïdien interne répond directement à l’os, sur lequel il s’insère. A ce niveau, comme nous le montre la figure 679, il n’est séparé du masséter que par l’épaisseur de la branche du maxillaire. 11 n’est même pas rare de voir les deux muscles, quand ils sont très développés, déborder l’un et l’autre le bord inférieur du maxillaire et entrer ainsi en contact par leurs fibres superficielles.
3® Innervation. — Le ptérygoïdien interne est innervé par une branche du maxillaire inférieur, le nerf du ptérygoïdien interne : il pénètre le muscle au niveau de sa face interne et au voisinage de son bord postérieur.
4° Action. — Le ptérygoïdien interne est encore un élévateur du maxillaire inférieur. En outre, en raison de son obliquité, il imprime à cet os de légers mouvements de latéralité, mouvements qui sont surtout sous la dépendance du muscle suivant.
Variétés. — Le ptérygoïdien interne est un muscle peu variable. — Il reçoit parfois un faisceau surnuméraire de l’apophyse pyramidale du palatin. — Par contre, il peut donner naissance au stylo-glosse (Moser). — Dans un cas signalé par Gruber, il envoyait un faisceau au ligament stylo-maxillaire. — 11 peut, au voisinage de l’apophyse ptérygoïde, se fusionner plus ou moins avec le péristaphylin externe.
4° — Ptérygoïdien externe •
Le muscle ptérygoïdien externe (fig. 673 et 674), situé en dehors du précédent, est logé dans la fosse zygomatique. Il revêt la forme d’un large éventail ou, plus
MYOLOGIE
exactement, celle d’un cône dont la base répond à la base du crâné et dont le sommet occupe le côté interne de l’articulation temporo-maxillaire.
1° Insertions. — Ce muscle prend naissance, à la base du crâne, par deux faisceaux : l’un supérieur ou sphénoïdal, l’autre inférieur ou ptérygoïdien :
aj Le faisceau supérieur ou sphénoïdal s’insère sur cette partie de la grande aile du sphénoïde qui forme la voûte de la fosse zygomatique. Cette insertion se fait, en partie par des fibres charnues, en partie par des fibres tendineuses très courtes.
p) Le faisceau inférieur ou ptérygoïdien s’insère, comme son nom l’indique, sur la face externe de l’apophyse ptérygoïde et, tout en bas, sur la partie externe de l’apopbyse pyramidale du palatin. Ici, encore, l’insertion se fait à la fois par des fibres charnues et par de courtes languettes tendineuses.
De leur surface d’insertion crânienne, les deux faisceaux constitutifs du ptérygoïdien externe se portent l’un et l’autre vers le côté interne de l’articulation temporo-maxillaire, en suivant, le faisceau supérieur une direction horizontale, l’inférieur une direction oblique en haut et en dehors. xVrrivés à l’articulation, le plus souvent même avant de l’atteindre, ces deux faisceaux, séparés jusque-là par un petit espace triangulaire à base interne, se fusionnent plus ou moins en un muscle unique et, finalement, viennent se fixer : i° sur le côté interne du col du condyle ; sur la partie correspondante du ménisque interarticulaire.
2° Rapports. — Au point de vue rapports, nous pouvons considérer au muscle ptérygoïdien externe, une face supérieure, une face externe et une face interne :
a) La face supérieure répond à la voûte de la fosse zygomatique, représentée, comme on le sait, par la portion horizontale de la grande aile du sphénoïde. Entre elle et l’os cheminent, de dedans en dehors, le nerf massétérin et le nerf temporal profond moyen, deux branches du maxillaire inférieur. Le buccal, autre branche du maxillaire inférieur, passe dans l’interstice celluleux qui sépare les deux faisceaux du muscle.
P) La face externe ou mieux antéro-externe répond successivement, en allant d’avant en arrière (voy. la coupe horizontale représentée dans la figure 477, p. 477) : l*" au masséter (à travers l’échancrure sigmoïde) ; 2° à l’apophyse coronoïde du maxillaire et au tendon du temporal qui s’y insère ; 3° à la boule graisseuse de Bighaï. Sur cette face, comme sur la suivante, se trouve un plexus veineux très développé, bien visible sur la ligure 477.
Muscles ptérygûïdiens du côté droit, vus par leur côté interne.
■ 1, 1’, ptérigoïdien interne. — 2, ptérygoïdien externe, réséqué à sa partie moyenne. — 3, trijumeau, érigné en haut. — 4, nerf dentaire inférieur. — 4’, nerf mylo-hyoïdien. — 5, nerf lingual. — 6, carotide externe. — 7, muscle génio-giosse. — 8, muscle génio-liyoïdien.
MUSCLES MASTICATEURS
y) La face interne ou mieux postéro-interne est successivement en rapport (fig. 674), en allant de dedans en dehors : 1® avec le ptérygoïdien interne, qui croise presque à angle droit son faisceau inférieur ou ptérygoïdien ; 2° avec les nerfs lingual, dentaire inférieur et auriculo-temporal, trois branches du maxillaire inférieur ; 3® souvent aussi avec l’artère maxillaire interne. Les rapports que présente cette artère avec le ptérygoïdien externe varient beaucoup suivant les sujets. Tantôt (et c’est, selon moi, la disposition la plus fréquente), la maxillaire interne contourne de dedans en dehors le bord inférieur du ptérygoïdien externe et gagne ainsi la face externe de ce muscle, qu’elle suit désormais jusqu’à la fosse ptérygo-maxillaire, où elle se termine. Tantôt l’artère, conservant sa situation profonde, chemine tout d’abord entre les deux ptérygoïdiens et, arrivée au voisinage de l’apophyse ptérygoïde, traverse de dedans en dehors l’interstice compris entre les deux faisceaux d’origine du ptérygoïdien externe, pour se rendre à la fosse ptérygo-maxillaire et, de là, au trou sphéno-palatin (Voy. Angêiologie).
3® Innervation. — Gomme le précédent, il est innervé par une ou deux branches nerveuses provenant du maxillaire inférieur.
4® Action. — Le muscle ptérygoïdien externe prend constamment point fixe sur le crâne , son point mobile sur le condyle du maxillaire. Comme ce point mobile est placé en arrière et en dehors du point fixe (fig. 675, A), la contraction du muscle a pour effet de porter en avant et en dedans le condyle sur lequel il s’insère. Voilà le principe . Il nous reste maintenant à en faire* l’application dans les trois cas suivants :
Les deux muscles se contractentils simultanément?
Les deux condyles (fig. 675, B) se déplacent ensemble :
ensemble, ils se
A, les deux muscles ptérygoïdiens externes sont à l’état de repos. — B, les deux muscles ptérygoïdiens externes sont contractés : le menton, tout en restant sur la ligne médiane, s’est porté en avant. — C, un seul ptérygoïdien, le droit, s’est contracté : seul le condyle droit s’est déplacé pour se porter en avant, tandis que le menton s’est porté à gauche de la ligne médiane. — D, un seul ptérygoïdien, le gauche cette fois, s’est contracté : on voit que le condyle gauche s’est déplacé pour se porter en avant, tandis que le menton s’est porté à droite de la ligne médiane.
{xx, ligne médiane ; la ligne pointillée, dans les figures B, C et D, indique quelle est la situation du maxillaire à l’état de repos des muscles.)
G Fig. 675. D
Schéma destiné à montrer le mode d’action du muscle ptérygoïdien
MYOLOGIE
portent en avant et, le maxillaire tout entier suivant ce mouvement de progression, les arcades dentaires inférieures dépassent en avant les arcades dentaires supérieures.
2° Un seul muscle se contracte-t-il? Seul, le condyle sur lequel il s’insère se déplace (fig. 675, G.). L’autre cond}de reste immobile et le maxillaire exécute autour de ce dernier un mouvement de rotation, qui a pour effet de porter le menton du côté opposé.
3° Si les deux ptérygoïdiens externes se contractent alternativement et suivant un rythme régulier (fig. 675, D), le menton se porte alternativement à droite (contraction du muscle gauche) et à gauche (contraction du muscle droit) et les molaires inférieures glissent dans tous les sens sur les molaires supérieures : ainsi se trouve constitué le mouvement de diduction ou de trituration (voy. Arthro- LOGiE, p. 479), qui caractérise la mastication chez les ruminants.
En résumé : 1° la contraction simultanée des deux ptérygoïdiens externes détermine des mouvements de projection en avant du maxillaire inférieur ; 2" la contraction isolée et alternative de ces muscles détermine des mouvements de latéralité ou de, diduction, en vertu desquels le menton se porte du côté opposé au muscle qui se contracte.
Variétés. — Theile a vu manquer le chef sphénoïdal du pLérygoïdien externe. — La région des ptérygoïdiens présente parfois des faisceaux surnuméraires, dont le plus important est le pterygoideus propi'ius de Henle, qui se rend de la crête temporale du sphénoïde au bord postérieur de l’aile externe de l’apopliyse ptérygoïde (voy. à ce sujet Wagstaffe, Journ. of. Anat. and Phys., vol. V. — Macvlister signale (six cas) un faisceau partant de la même crête et ahoutissaiTt à la tubérosité du maxillaire. — On a vu un faisceau se rendre de l’aile externe de l'apophyse ptérygoïde au ligament sphéno-épineux. — Le Ugame7it ptérygo-éplneux de Civiniivi (voy. OsTÉOLOGiE, p. 133), allant de l’aile externe de l’apophyse à l’épine du sphénoïde, peut être renforcé ou même remplacé par des faisceaux charnus (Theile).
A consulter, au sujet des muscles masticateurs : Kaczaxder, Beitr. z. Enlwick. der Kaumuskulatur, Mitt. d. embryol. Instit. in Wien, 1883; — Dalla Rosa, Bas posleinhryonale Wachslum des mensclil. Schlafemuskels, etc., Stuttgart, 1836; — Pauigi, Salle inserzioni dei muscoli masticafori alla mandibola e sulla morfologia del condylo nelVaonio, Arch. per l’Antropologia, 1890; — PoLAND, Variations of the exlernal pterygoid muscle, .lourn. of. Anat. and PhysioL, 1890; — Ledouble, Anomalies des muscles masticateurs de l'homme, Bibliogr. anat., 1893.
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