Muscles sus-hyoïdiens
Les muscles sus-hyoïdiens, tous situés au-dessus de l’os hyoïde, sont, comme les muscles sous-hyo’idiens, au nombre de quatre : le digastrique, le stylo- hyoïdien, le mylo-hyoïdien et le génio-hyoïdien.
1 ° — Digastrique
Le muscle digastrique (fig. 697, 16 et 701, 6j s’étend de la base du crâne à l’os hyoïde et, de là, à la partie moyenne du maxillaire inférieur. Il représente dans son ensemble comme une longue arcade, dont la concavité, dirigée en haut, embrasse à la fois la glande parotide et la glande sous-maxillaire.
Fig. fi99.
Muscle thyro-hyoïdien, vu en place.
1, osliyoïde, avec: 1’, sa grande corne, 1", sa pelile corne.
— 2, cartilage thyroïde. — 3, membrane IhyroliyoVdienne.
— 4, muscle thyro-hyoïdien. — 5, muscle sleruo-lhyroïdien. — G, corde ligamenteuse séparant les deux muscles. — 7, quelques faisceaux passant directement du sterno-thyroïdien au thyro-hyoïdien. — 8, muscle sterno-cléido-hyoïdien.
— 9, muscle omo-hyoïdien, érigné en haut. — 10, muscle constricteur inférieur du pharynx.
RÉGION DE L’OS HYOÏDE
Insertions. ^ Comme l’indique son nom, le muscle digastrique se compose de deux portions ou ventres, l’un antérieur, l’autre postérieur, réunis l’un à l’autre par un tendon intermédiaire :
a. Ventre postérieur. — Le ventre postérieur ou mastoïdien s’insère, en haut, sur le côté interne de l’apophyse mastoïde. dans une rainure spéciale, dite rainure digastrique (Ostéol., p. 160). Cette insertion d’origine se fait, en partie par des fibres charnues, en partie par des fibres tendineuses qui se prolongent sur la face interne et sur le bord supérieur du muscle. De la rainure digastrique, le ventre postérieur se porte obliquement en bas, en avant et en dedans et, après un parcours de 3 ou 4 centimètres, se jette sur le côté interne d’une lame tendineuse, enroulée en demi-cône, qui se transforme peu à peu en un tendon cylindrique ; c’est le tendon intermédiaire.
b. Tendon intermédiaire. — Le tendon intermédiaire, continuant la direction du ventre postérieur, atteint bientôt le muscle stylo-hyoïdien, le traverse à sa partie toute inférieure et arrive ainsi au-dessus du corps de l’os hyoïde. S’infléchissant alors sur lui-même, il se porte en avant et en dedans et, immédiatement après, donne naissance à des faisceaux charnus dont l’ensemble constitue \q ventre antérieur àvi m.w.'&Q.iQ.
c. Ventre antérieur. — Ainsi constitué, le ventre antérieur se dirige d’arrière en avant et un peu de dehors en dedans, vers le bord inférieur du maxillaire. Il vient finalement se fixer, un peu en dehors de la symphyse, dans une fossette spéciale que nous avons décrite en ostéologie sous le nom de fossette digastrique. Ici encore, comme dans la rainure digastrique, l’insertion du muscle se fait, en partie par des fibres charnues, en partie par de courtes languettes tendineuses.
d. Connexions du tendon intermédiaire avec Vos hyoïde. — ■ Au sortir de la boutonnière que lui offre le stylo-hyoïdien, le tendon intermédiaire du digastrique laisse échapper d’ordinaire, par son côté inféro-interne, deux ordres de fibres : des fibres internes, qui se portent vers la ligne médiane et s’y entrecroisent avec celles du côté opposé ; des fibres inférieures, qui descendent vers le corps de l’os hyoïde et s’y fixent solidement. Les fibres internes forment presque toujours une sorte de lame aponévrotique qui unit l’un à l’autre le tendon du côté droit et celui du côté gauche : c’est V aponévrose inter-digastrique de certains auteurs (fig. 700,5). Quant aux fibres descendantes, elles affectent parfois la forme d’une arcade ou d’une sorte de tunnel sous lequel s’engage le tendon. Mais cette disposition en tunnel est relativement rare ; plus rarement encore, on observe à son niveau une bourse séreuse destinée à favoriser le glissement du tendon.
Quoi qu’il en soit de la disposition, éminemment variable, de la lame fibreuse
Fig. 700,
Le tendon intermédiaire du digastrique dans ses rapports avec l’os hyoïde.
1, os hyoïde, avec 1’ sa grande corne du côté droit. — venlre postérieur du digastrique. — 3, sou ventre intérieur. — 4, 4, son tendon intermédiaire. — O, aponévrose interdigastrique, soulevée sur la pointe d’une sonde cannelée. — 6, stylo-liyoïdien. — 7, mylo-hyoïdien. — 8, liyo-glosse.
MYOLOGIE
qui unit le tendon intermédiaire à l’os hyoïde, cette lame est constante et c’est à elle, bien plus qu’à la boutonnière du stylo-hyoïdien, qu’est due la réflexion, à ce niveau du muscle digastrique.
L'interprétation du muscle digastrique, avec ses deux ventres insérés l’un et l’autre au corps de l’hyoïde, est extrêmement diflîcile, et son évolution phylogénique est encore fort obscure.
Les recherches d’anatomie comparative semblent établir cependant, que le digastrique des mammifères représente deux muscles, d’origine et de valeur différentes, qui étaient primitivement distincts et qui se sont fusionnées plus tard au voisinage de l’os hyoïde. De ces deux muscles, l’un (qui répond au ventre postérieur de notre digastrique) appartient manifestement au groupe des faisceaux musculaires qui vont du crâne au maxillaire; l'autre (qui répond au ventre antérieur) me paraît devoir être rattaché au système longitudinal qui, de cliaque coté de la ligne médiane, remonte du sternum à la symphyse mentonnière (m. s ter no-maxillaire) . Les deux muscles s’uniraient ensuite l’un à l’autre au-dessus de l’os hyoïde, et de cette union réciproque résulterait le tendon intermédiaire qui, chez l’homme, réunit le ventre postérieur au ventre antérieur.
La dualité primitive du digastrique est encore établie par son mode d’innervation : nous verrpns en effet, tout à l'heure, que le ventre antérieur et le ventre postérieur sont innervés par deux nerfs différents. Lisez, à ce sujet, les intéressantes recherches de Chaîne, Rouvière, Toldt, Buvoet (voy. p. 777).
2° Rapports. — Les rapports du muscle digastrique varient pour chacune de ses
trois portions :
cl) Le venlre postérieur, aplati de dehors en dedans, nous offre à considérer deux faces, l’une externe, l’autre interne. — La face externe est recouverte, immédiatement en avant de l’apophyse rnastoïde, par les trois muscles petit complexus , splénius et sterno-cléido-mastoïdien. Elle est encore en rapport, en haut avec la glande parotide, en bas avec la glande sous- maxillaire. — La face interne, à son tour, recouvre successivement (fig. 701) les différents muscles qui se détachent de l’apophyse styloïde ( bouquet de Riolan), la veine jugulaire interne, le nerf
Fig. 701.
Rapports des muscles styliens et digastrique avec les carotides et leurs branches.
grand
1, a|)opliyse rnastoïde. — 1’, trou auditif externe. — 2, apophyse stUoïde. 3, condylc du maxillaire inférieur. — 4, os hyoïde. — o, glande sous-maxillaire. — 6, 6’, ventre antérieur et venlre posLériei.r du digastrique. — 7, stylohyoïdien. — 8, my lo-liyoïdien. — 9, hyo-glosse. — 10, carotide primitive. — 11, carotide interne. — 12, carotide externe. - 13, artère tliyroïdienne supérieure. — 14, artère linguale. — l.'ï, 15’, artère faciale. — 16, artère occi-
pitale. — 17, artère auriculaire postérieure. — 18, artère transversale de la face. — 19. artère temporale superlicielle. — 20, artère maxillaire interne. — 21, veine jugulaire interne. — 22, veine faciale. — 23, nerf grand hypoglosse, avec 23, sa branche descendante.
RÉGION DE L’OS HYOÏDE
hypoglosse, la 'carotide interne, la carotide externe et deux de ses branches collatérales, la linguale et la faciale (voy. ces artères).
(3) Le centre antérieur repose dans toute son étendue sur le mylo-hyoïdien. Sur lui s’étalent l’aponévrose cervicale superficielle, le peaucier et la peau. Il est séparé de celui du côté opposé par un espace triangulaire, à base inférieure, dont faire est formée par les deux mylo-hyoïdiens arrivant au contact sur la ligne médiane. Nous avons dit plus haut que les deux ventres antérieurs étaient reliés l’un à l’autre, à leur partie postérieure tout au moins, par l’aponévrose interdigastrique.
y) Le tendon intermédiaire, enfin, est en rapport, en dehors, avec la glande sous-maxillaire, dont la partie inférieure descend jusqu’à l’os hyoïde ou même le dépasse. En dedans, il répond à l’hyo-glosse et au mylo-hyoïdien. 11 délimite, avec le bord postérieur de ce dernier muscle et le nerf grand hypoglosse (fig. 662), un tout petit triangle connu sous le nom de triangle de la linguale : c’est en effet dans ce triangle qu’il faut inciser le muscle hyo-glosse pour mettre à découvert l’artère linguale (voy. Angéiologie).
3° Innervation. — Chaque portion du muscle digastrique a une innervation qui lui est propre. Le ventre postérieur est innervé à la fois par un rameau du facial et nw rameau du glosso-pharyngien. Quant au ventre antérieur, il est innervé par le nerf mylo-hyoïdien, branche du dentaire inférieur, lequel, à son tour, provient du maxillaire inférieur ou troisième branche du trijumeau.
¥ Action. — Les deux ventres du digastrique étant innervés par des nerfs différents jouissent d’une action indépendante et doivent, dans la plupart des cas, se contracter isolément :
a) Le ventre antérieur, s’il prend son point fixe sur l’hyoïde, abaisse le maxillaire. Il joue, dans ce cas, un rôle important dans l’acte de la mastication ; c’est Vabaisseur du maxillaire {abaisseur de la mandibule de l’anatomie comparée). Si, au contraire, il prend son poids fixe sur le maxillaire, il élève l’os hyoïde.
P) Le ventre postérieur peut, lui aussi, prendre son point fixe sur le crâne ou sur l’os hyoïde : dans le premier cas, il porte l’os hyoïde en haut et en arrière ; dans le second cas, il porte la tête en arrière, devenant ainsi congénère des muscles extenseurs.
y) Enfin, quand les deux ventres du digastrique se contractent en même temps, ils élèvent l’os hyoïde.
Variétés. — Le digastrique peut ne pas traverser le stylo-hyoïdien et, dans ce cas, il passe soit en avant, soit en arrière. — Il peut se rendre directement de la base du crâne à la symphyse sans descendre sur l’os hyoïde (Tansini). Dans ce caSj son tendon intermédiaire est situé au-dessus de l’hypoglosse et de la linguale, disposition qu’il n’est pas indifférent de connaître pour la ligature de ce dernier vaisseau. — Platner et Mac Whinnie ont vu le ventre postérieur du digastrique s’insérer à l’angle du maxillaire, disposition normale chez les carnassiers ; j’ai observé cette insertion chez un microcéphale. — Les deux tendons intermédiaires droit et gauche peuvent se réunir sur la ligne médiane et former ainsi une arcade transversale d’où naissent les ventres antérieurs. — J’ai vu plusieurs fois les ventres antérieurs entièrement fusionnés sur la ligne médiane. — 11 n’est pas très rare de voir le ventre antérieur fournir un faisceau surnuméraire qui vient s’attacher, selon les cas, sur le raphé médian, sur l’os hyoïde, sur la fossette digastrique du côté opposé; le muscle anormal devient alors un muscle trig as trique . Cette anomalie est le plus souvent unilatérale; Wood, Macalister et nous-même l’avons observée cependant des deux côtés à la fois. — Walsham [Saint-Bartholomew’s Hospital Reports, 1881) a rencontré sur le ventre postérieur, dans un cas, une intersection et, dans un autre cas, un vrai tendon cylindrique.
Voyez, au sujet du digastrique, Morestin, Bull. Soc. anat., 1894, p. 801 ; Blanchi, Sid muscolo inlerdigastrico, Monit. zool., 1890; Bovero, Intorno ai muscoli digaslrici deiV osso ioide, Monit. zool. ital., 1895 ; Ghai.ne, Anat. comparée de certains muscles sus- hyoïdiens, Th. Fac. Sc. Paris, l9U0; Du MÊME, L'éoolùlion du digastrique, Bibliogr. anat., 1907 ; Rouvière, Étude sur le développ-
MYOLOGIE
phylogénique de certains muscles sus-hyoïdiens, Journ. de l’Anat., 1906 ; Du même, A propos de l'évolution du digastrique, Bibliogr. anat., 1907 ; Toldt, Der vord. Bauch d. Musc, digastricus Mandibulæ u. seine Varietâte?i beim Menschen, Sitz. Kgl. Akad. Wiss., Wien, 1907 ; Buvoet, Zur vergl. Morphol. d. Musc, digastricus Mandibulæ bei den Sdugetieren, Zeitschr. f. Morphol. u. Antliropol., 1908.
Muscle mento-hyoïdien. — Faisceau musculaire décrit par AIagalister, le plus souvent rubané, unilat rai ou bilatéral, s’étendant de l’os hyoïde à la symphyse du menton. Quelques-uns des l'aisceaux mento-byoïdiens se rattachent peut-être au système du peaucier ; il en est d’autres qui appartiennent manifestement au groupe des sterno-hyoïdiens.
Le stylo-hyoïdien (fig. 697,18 et fig. 701,7) est un muscle fort grêle, fusiforme, qui s’étend obliquement de l’apophyse styloïde à l’os hyoïde, au-dessus et en dedans du ventre postérieur du digastrique.
1° Insertions. — Il prend naissance, en haut, sur le côté externe de l’apophyse styloïde, tout près de la base de cette apophyse.
De là, il se porte obliquement en bas, en dedans et en avant vers l’os hyoïde. Un peu avant d’atteindre cet os, il se divise en deux faisceaux, pour laisser passer le digastrique {boutonnière du digastrique). Puis, il se reconstitue (je veux dire que ses deux faisceaux se rejoignent) et vient se fixer, à l’aide diune languette aponévrotique fort mince, sur la face antérieure du corps de l’os hyoïde, au voisinage de la grande corne.
2® Rapports. — Le stylo-hyoïdien accompagne, dans presque toute son étendue, le ventre postérieur du digastrique au-dessus duquel il est placé (fig. 712). 11 présente les mêmes rapports que ce dernier muscle.
3'^ Innervation. — 11 est innervé par un rameau particulier, le nerf du stylohyoïdien, issu du facial au-dessous du trou stylo-mastoïdien.
4® Action. — Le muscle stylo-hyoïdien est élévateur de l’os hyoïde.
Variétés. — Le stylo-hyoïdien peut faire défaut (une fois sur deux cents, d’après Hallet). — Dans un cas de Mac Whinnie, l’absence du stylo-hyoïdien coïncidait avec un ventre postérieur du digastrique considérablement grossi. — La boutonnière pour le digastrique manque aussi quelquefois, mais bien rarement ; cette boutonnière peut, d’autre part, se prolonger jusqu'à l’os byoïde, transformant ainsi le stylo-hyoïdien en un muscle biceps. — Il n’est pas très rare de rencontrer, en arrière du stylo-byoïdien normal, un faisceau surnuméraire {stylo- hyoïde us aller d’Amixus, petit stylo-hyoïdien de Gavarü, stylo-hyoïdien profond de Sappey, qui s’insère d’une part dans le voisinage du sommet de l’apophyse styloïde, d'autre part sur la petite corne de l’os hyoïde. Des cas de triple stylo-hyoïdien ont été rapportés par Hyrtl et par Gruber. — Chudzinsky a observé, sur un nègre, un stylo-hyoïdien qui s’insérait dans la région sus-hyoïdienne par trois faisceaux distincts :
Parmi les muscles surnuméraires qui se rattachent au stylo-hyoïdien, il convient de mentionner (voy. pour plus de détails, Testut, Anomalies musculaires, p. 288) :
1° Le stylo-maxillaire, signalé pour la première fois par Galori (Bologne, 1868), qui se rend de l’apophyse styloïde à l’angle du maxillaire ;
2» Le hyo-maxillaire [hyo-angularis de Macalister) qui va de l’os hyoïde à l’angle du maxillaire : le stylo-maxillaire et l’hyo-maxillaire sont deux formes incomplètes du stylo-hyoïdien ordinaire (voy., à ce sujet, Macalister, The varielies of styldïd muscle, in Journ. of Anat. and Phys., nov. 1870) ;
L'occipito -hyoïdien, qui se détache de l’occipital, au-dessous de l’insertion du trapèze, et qui se rend de là à l’os hyoïde ; ce muscle, signalé pour la première fois par Perrin {Journ. of Anat. and Phys., 1872, p. 251), a été retrouvé depuis par West {Ibid., 1^73, p. 160), par Curnow {Ibid., 1874, p. 379) et par M. Flesch [Varietaten Beobachtungen, etc., Würzbourg, 1879);
4° Lq pétro-hyoïdien, signalé par Galori, dont le nom seul indique suffisamment les insertions.
3"^— Mylo-hyoïdien
Situé au-dessus du ventre antérieur du digastrique, le mylo-hyoi'dien (fig. 701
RÉGION DE L’OS HYOÏDE
et 702) est un muscle aplati et irrégulièrement quadrilatère, constituant avec celui du côté opposé le plancher de la bouche.
1° Insertions. — Il prend naissance, en haut, sur la ligne oblique interne ou ligne mylo-hyoïdienne du maxillaire inférieur.
De là, ses faisceaux se portent en bas et en dedans vers la ligne médiane et s’insèrent : 1° les postérieurs, sur l’os hyoïde lui-même (face antérieure de l’os); 2® les antérieurs, sur un raphé aponévrotique médian {ligne blanche sus-hyoï-
Les deux mylo-hyoïdiens, vus en place par leur face supérieure.
1, maxillaire supérieur, avec 1’ sa branche. — 2, condyle. — 3, apophyse coronoïde. — 4, os hyoïde. — 5, muscle mjlo-hyoïdien. — 6, raphé unissant les deux muscles. — 7, 7’, génio-hyoïdicn. — 8, génio glosse. — 9, temporal. — 10, ptérygoïdien externe. — 11, ptérygoidien interne. — 12, artère et nerf dentaires inférieurs.
dienne) qui s’étend de cet os à la symphyse du menton. Il n’est pas rare de voir quelques faisceaux du mylo-hyoïdien passer sans s’interrompre d’un côté à l’autre.
2° Rapports. — Au point de vue de ses rapports, le mylo-hyoïdien nous offre à considérer une face superficielle, une face profonde et un bord postérieur. — Sa face superficielle ou inférieure est recouverte par le ventre antérieur du digastrique, par la glande sous-maxillaire, par le peaucier du cou. — Sa face profonde ou supérieure, tournée du côté de Isr bouche, répond aux muscles stylo-glosse, hyo-glosse, génio-hyoïdien, aux nerfs lingual et grand hypoglosse, au canal de Wharton, à la glande sublinguale et, par places, à la muqueuse buccale. — Son bord postérieur, couché sur l’hyo-glosse, est embrassé par la glande sous-maxillaire (voy. cette glande) et contourné de bas en haut par la glande de Wharton.
3® Innervation. — Il est innervé par le nerf mylo-hyoïdien (branche du dentaire inférieur), qui jette sur sa face inférieure des rameaux toujours multiples.
4® Action. — Le mylo-hyoïdien élève de bas en haut l’os hyoïde ; mais il soulève en même temps la langue, l’applique fortement contre la voûte palatine et joue ainsi un rôle important dans le premier temps de la déglutition.
Variétés. — Elles sont peu nombreuses : nous avons déjà indiqué sa réunion partielle avec le
MYOLOGIE
muscle du côté opposé et avec quelques autres muscles voisins. — J’ai constaté plusieurs fois la disparition complète du raphé sus-hyoïdien et la fusion totale des deux mylo hyoïdiens en un muscle unique. — La division du muscle en deux portions a été signalée par Mac Wuinnie et par Macalis'ier. — J’ai vu, sur deux sujets, les libres les plus postérieures former un faisceau entièrement distinct.
— Génio-hyoïdien
Le génio-hyoïdien (fig. 697,18’ et fig. 703,1), situé au-dessus du précédent, est un petit muscle de forme cylindroïde, qui s’étend, à droite et à gauche de la ligne
médiane, de l’os hyoïde à la symphyse du menton.
Insertions. — En haut, le génio-hyoïdien s’insère sur l’apophyse géni inférieure à l’aide de courtes fibres tendineuses.
De là, il se porte obliquement en bas et en arrière, s’élargit peu à peu au fur et à mesure qu’il s’éloigne du maxillaire et, finalement, vient se fixer sur la partie moyenne de la face antérieure de l’os hyoïde. Sa ligne d’insertion hyoïdienne (fig. 263, 1) est représentée par une sorte d U couché (d), dont la concavité dirigée en dehors embrasse le bord interne du muscle hyo-glosse.
2^ Rapports. — Les deux génio - hyoïdiens , droit et gauche, sont en contact immédiat sur la ligne médiane : un simple interstice celluleux, souvent peu distinct, les sépare l’un de l’autre. Recouverts en bas par le mylo-hyoïdien, qu’il faut sectionner pour les mettre à découvert, ils répondent, par leur face supérieure ou buccale, à la glande sublinguale, au génioglosse, à la muqueuse du plancher de la bouche.
3^ Innervation. — Le génio-hyoïdien est innervé par le grand hypoglosse, qui envoie à sa face profonde quelques filets très grêles.
4® Action. — Ce muscle a une double action : il est élévateur de l’os hyoïde, s’il prend son point fixe sur le maxillaire inférieur; il est abaisseur du maxillaire, s’il prend son point fixe sur l’os hyoïde préalablement immobilisé par la contraction de ses muscles abaisseurs.
Variétés. — Le génio-hyoïdien peut présenter des connexions plus ou moins intimes avec les deux muscles de la langue qui l’avoisinent : le génio-glosse et l’hyo-glosse (Macalister). — Il
Fig. 703.
Les deux génio-hyoïdiens, vus par leur face inférieure, après incision et réclinaison en avant des deux mylo-hyoïdiens.
1, 1’, géiîio-hyoïdiens, droit et gauche. — 2, 2 , niylo-hyoïdien du côté droit, divisé en deux tronçons. — 3, ventre antérieur du digastrhjue droit, également divisé eu deux tronçons. — 4, sou tendon intermédiaire. — 5, fossette destinée a l’insertion du ventre antérieur. — 6, hyo-glosses du côté droit. — 7, ptérygoïdien interne. — 8, 8, glande sublinguale. — 9, stylohyoïdien. — lu, bord inférieur du maxillaire inférieur. — 11, os hyoïde.
RÉGION PRÉVERTÉBRALE
peut se fusionner entièrement cavec celui du côte opposé et constituer ainsi un muscle impair et rr»édian. — Ma.caustrr signale, d’après IIormer, comme une anomalie du génio-hyoïdien, la présence d un faisceau accessoire qui prendrait naissance sur la grande corne de l'os hyoïde. Cette insertion sur la grande corne, passée sous silence par Gruveilhier et Sappey, est considérée comme normale par Theile.
ARTICLE III
RÉGION PRÉVERTÉBRALE
Les muscles de la région prévertébrale sont directement appliqués, comme leur nom rindique, sur la face antérieure de la colonne vertébrale. Ils sont au nombre de trois de chaque côté ; le grand droit antérieur de la tête, le petit droit antérieur de la tête^ le long du cou.
1°— Grand droit antérieur de la tête
Le grand droit antérieur de la tête (fig. 704,2), le plus superficiel des muscles prévertébraux, est un muscle aplati et triangulaire, s’étendant de l’occipital aux apophyses transverses de la colonne cervicale.
1° Insertions. — Il prend naissance, en haut, sur la face inférieure de l’apophyse basilaire, en avant du trou occipital.
De là, il se porte obliquement en bas et en dehors et se divise en quatre faisceaux, lesquels viennent se terminer, par autant de tendons distincts, sur les tubercules antérieurs des troisième, quatrième, cinquième et sixième vertèbres cervicales.
2^^ Rapports. — Le grand droit antérieur de la tête recouvre, en arrière, les muscles petit droit antérieur de la tête et long du cou, qui le séparent de la colonne vertébrale. En avant, il est recouvert immédiatement par une aponévrose, Vaponévrose préeertébrale (voy. plus loin, p. 791). Par l’intermédiaire de cette aponévrose, il répond, sur un plan plus superficiel, à la jugulaire interne, à la carotide interne, au pharynx et aux deux nerfs pneumogastrique et grand sympathique.
3° Innervation. — Il est innervé par des rameaux multiples (3 ou 4), qui se détachent ordinairement de la première et de la deuxième arcade du plexus cervical profond.
4° Action. — Le muscle grand droit antérieur fléchit la tête sur la colonne vertébrale et les premières vertèbres cervicales sur les vertèbres suivantes. Quand il se contracte d’un seul côté, il fait exécuter, en outre, à la tète et aux vertèbres précitées un léger mouvement de rotation, en vertu duquel la face s.e porte du côté du muscle qui se contracte : à droite, dans les contractions du muscle droit ; à gauche, dans les contractions du muscle gauche.
Variétés. — Le nombre de ses faisceaux transversaires peut varier en plus ou en moins. — Quelques-uns de ses faisceaux transversaires peuvent s’insérer sur l’atlas ou sur l’axis. — Grüber a rencontré, sur deux sujets, un faisceau anastomotique, qui franchissait la ligne médiane, pour se terminer du côté opposé à celui où il avait pris naissance.
2“ — Petit droit antérieur de la tête
Le petit droit antérieur de la tête est un petit muscle quadrilatère, situé en arrière du précédent, entre l’occipital et l’atlas (fig. 704, 3).
1° Insertions. — Il s’insère, en haut, sur la face inférieure de l’apophyse basilaire, un peu en avant du trou occipital. De là, ses fibres se portent obliquement en bas et en dehors et viennent se terminer, en partie (les plus internes)^ sur la
Musc'es profonds du cou.
1. apophyse basilaire de l’occipital. — 2, grand droit antérieur de la tète. — 3, petit droit antérieur de la tête. — 4. droit latéral. — 4’, trou déchiré postérieur. — 5, faisceaux supérieurs du long du cou. — 5’ faisceaux inférieurs, et 5”, faisceaux intermédiaires de ce même muscle. — 6. scalène postérieur, avec 6’, son insertion à la seconde côte. — 7, scalène antérieur. — 8, 8, 8, 8, muscles intertransversaires antérieurs. — 9, 9. in ter transversaires postérieurs. — 10, 11, première et seconde côtes. — 12, artère sous-clavière — 13, veine sous-clavière. — Cvii, septième vertèbre cervicale. — Di, Dm, première et troisième vertèbres dorsales.
face antérieure des masses latérales de l’atlas, en partie (les plus externes) sur la portion voisine de l’apophyse transverse de la même vertèbre.
2 ’ Rapports. — Le petit droit nous offre à considérer deux faces, l’une antérieure, l’autre postérieure. — Sa face antérieure est recouverte par le grand droit dans la plus grande partie de son étendue. Elle déborde un peu ce dernier muscle en dehors et répond, en ce point, au ganglion cervical supérieur du grand sympathique, ainsi qu'à la carotide interne. — Sa face postérieure repose sur l’articulation atloïdo-occipitale. En dehors de cette articulation, elle entre en rapport avec le droit latéral de la tête (fig. 704, 4j, dont les fibres ont une obliquité de sens contraire.
RÉGION PRÉVERTÉBRALE
3° Innervation. — Le muscle petit droit antérieur de la tête est innervé par la branche antérieure du premier nerf cervical.
4° Action. — Envisagé au point de vue de son action, le petit droit antérieur
1, scalène antérieur. — 2, 2’, scalène postérieur. — 3, 3’, tendons d’origine de ce dernier muscle. — 4, grand droit antérieur de la tête soulevé et érigné en dedans pour laisser voir ses insertions sur les tubercules antérieurs des apophyses transverses. — 5, petit droit antérieur de la tête. — 6, droit latéral de la tête. — 7, intertransversaires antérieurs. — 8, intertransversaires postérieurs. — 9, laisceaux inférieurs du long du cou. — 10, apophyse basilaire de l’occipital. — 11, première côte. — 12, artère sous-clavière. — 13, veine sous-clavière.
fléchit la tête et lui imprime en outre, quand il se contracte d’un seul coté, un léger mouvement d’inclinaison latérale.
Variétés. — J’ai constaté, sur un sujet, l’absence du petit droit antérieur. — Sur un autre sujet et du côté droit seulement, j’ai observé un faisceau surnuméraire, qui naissait sur l’axis et venait SC confondre avec les faisceaux internes du petit droit antérieur. Ce faiceau axoido-basilaire peut parfois (deux fois sur cent, d’après Gruber) conserver son indépendance dans toute son étendue.
Deux autres petits muscles surnuméraires peuvent apparaître dans cette région, savoir :
a) Le muscle petit druit intermédiaire {M. rectus anticus médius seu minimus de Gruber), situé entre le grand droit et le petit droit ordinaire et s’étendant, comme ce dernier, de la masse latérale de l’atlas à l’apophyse basilaire ;
P) Le muscle petit droit interne {M. atlantico basitaris de Gruber), situé, comme son nom l’indique, en dedans du petit droit antérieur et réunissant le tubercule antérieur de l’atlas à
MYOLOGIE
l’apophyse basilaire (voyez, à co sujet, Ghuber, Arch. f. Anal. u. Phys., 1876, et Virchow's Arch., 1881 ; Tkstüt. Bull. Soc. cVAnat. et de Physiol. de Bordeaux, 1882).
3° — Longducou
Le long du cou (fig. 704, 5,5’ et 5”) est un muscle allongé et souvent fort grêle, situé au-dessous du grand droit antérieur de la tête. 11 s’étend depuis l’atlas jusqu’à la troisième vertèbre dorsale.
1° Insertions. - Depuis l’intéressant mémoire que Luschka a consacré à ce muscle (/>cr lange Halsmuskel des Menscfien, in Muller’s Arch., 1854), on décrit au long du cou trois portions distinctes : une portion oblique descendante, une portion oblique ascendante, une portion longitudinale.
a) La portion oblique descendante iohliquus superior colli, de Luschka) prend naissance sur le tubercule antérieur de l’atlas et vient s’insérer, après un trajet oblique en bas et en dehors, sur les tubercules antérieurs des troisième, quatrième, cinquième et sixième vertèbres cervicales par autant de digitations distinctes.
portion oblique ascendante [obliquas inferior colli, de Luschka) prend naissance sur le corps des deuxième et troisième vertèbres dorsales. Puis, se portant obliquement en haut et en dehors, elle vient se terminer par deux ou trois digitations sur les tubercules antérieurs des cinciuième et quatriè mcNQviehve^ cervicales.
y) portion longitudinale, enfin [rectus colli, de Lu>chka), couchée en dedans des portions précédentes, un peu en dehors de la ligne médiane, est constituée par des faisceaux à direction verticale, qui prennent successivement des insertions sur le corps des trois premières vertèbres dorsales, sur le corps des trois ou quatre dernières cervicales, sur la crête de Taxis et jusque sur le tubercule antérieur de l’atlas.
2" Rapports. — Le long du cou repose directement, par sa face profonde, sur la colonne vertébrale et sur ses ligaments. Sa face superficielle ou antérieure répond au grand droit antérieur de la tête et aux différents oi ganes, énumérés ci-dessus, qui recouvrent ce dernier muscle.
3° Innervation. — 11 est innervé par des filets, à la fois très courts et très grêles, qui se détachent des branches antérieures des quatre premiers nerfs cervicaux, tout près de leur émergence.
4° Action. — Le muscle long du cou est fléchisseur de la colonne cervicale. Ouand il se contracte d’un seul côté, il communique en outre à cette colonne un léger mouvement d’inclinaison latérale.
Variétés. — Le développement du long du cou est très variable ; très nombreuses aussi sont les variations portant sur le nombre et l'étendue de ses faisceaux constitutifs. — Il peut présenter des connexions plus ou moins intimes avec plusieurs muscles voisins, notamment avec les intertransversaires et avec le scalène antérieur. — Meckel et Theile parlent de la possibilité, pour le muscle long du cou, de remonter ses attaches jusqu’à l’apophyse basilaire (corps de la première vertèbre crânienne) et Ghuber en signale deux cas. — Dans un autre cas, le faisceau occipital du long du cou se fusionnait, avant d’atteindre le crâne, avec un muscle axoïdo-basilaire.
ARTICLE IV
APONÉVROSES DU COU
Depuis l’époque déjà éloignée (1811) où Allan Burns nous donna la première description des aponévroses cervicales jusqu’à nos jours, le plus grand nombre des anatomistes et aussi bon nombre de chirurgiens ont étudié et décrit les
APONÉVROSES DU COU
aponévroses cervicales : et pourtant, il serait peut-être bien difficile de rencontrer' dans la littérature anatomique deux descriptions qui se ressemblent entièrement. On dirait vraiment, pour employer une expression aussi pittoresque que judicieuse de Malgaigne, que les aponévroses du cou sont un véritable Protée, revêtant une forme nouvelle au fur et à mesure qu’elles se trouvent sous les yeux d’un observateur nouveau. De telles divergences au sujet de ces aponévroses relèvent en partie sans doute des méthodes différentes que chaque observateur apporte dans leur étude ; mais elles ont pour cause avant tout les variations individuelles, tel feuillet qui présente chez l’un tous les caractères des vraies aponévroses, descendant chez un autre aux proportions plus modestes d’une simple toile celluleuse.
Que faire alors au milieu de tant de variations ? Ce qu’il faut faire, c’est ne pas se perdre dans les détails, c’est bien se placer dans l’esprit une disposition typique de ces organes, un véritable schéma auquel il sera toujours facile de ramener les dispositions particulières, quels que soient leur siège et leur étendue. C’est ce schéma que nous allons essayer d’esquisser.
Nous admettrons, avec la plupart des auteurs, trois aponévroses cervicales :
Une aponévrose superficielle ;
2° Une aponévrose moyenne ;
3° Une aponévrose profonde ou prévertébrale .
§ J. — Aponévrose cervicale superficielle
Placée immédiatement au-dessous de la peau, l’aponévrose superficielle entoure le cou et la nuque à la manière d’un manchon ou d’un cylindre creux. Partie de la ligne médiane antérieure, où elle s’entrecroise avec elle du coté opposé en formant le raphé médian antérieur ou ligne blanche cervicale, elle se dirige en dehors et rencontre tout d’abord le bord antérieur du muscle sterno-cléido-mastoïdien. Elle se divise alors en deux feuillets, l’un qui passe en avant de ce muscle, l’autre qui passe en arrière : arrivés sur le bord postérieur du sterno-cléido-mastoïdien, ces deux feuillets se réunissent de nouveau, après avoir fourni, comme on le voit, une gaine complète au muscle précité, la gaine du sterno-cléido-hyoïdien. Notre aponévrose cervicale, ainsi reconstituée, traverse d’avant en arrière le triangle sus-claviculaire et atteint le trapèze. Là encore, elle se partage en deux feuillets, qui revêtent, l’un la face superficielle, l’autre la face profonde du trapèze et viennent finalement se fixer aux apophyses épineuses des vertèbres cervicales et dorsales. Ainsi entendue, laponévrose cervicale superficielle nous offre à considérer au point de vue descriptif; deux surfaces, l’une extérieure, l’autre intérieure, et deux circonférences, l’une supérieure, l’autre inférieure.
Surface extérieure. — La surface extérieure est en rapport avec la peau, dont la séparent par places le muscle peaucier, les nerfs sous-cutanés et les veines superficielles ; la plus importante de ces veines est la jugulaire externe, que nous avons déjà vue {p. 761) cheminer entre le peaucier et l’aponévrose. Tous ces organes, dits sous-cutanés, sont en réalité situés dans un dédoublement du fascia superficialis.
2® Surface intérieure. — La surface intérieure répond aux différents organes qui occupent les importantes régions du cou et de la nuque. De cette surface
MYOLOGIE
s’échappent, de chaque côté, trois prolongements : un prolongement latéral, le prolongement sous-maxillaire et le prolongement sous-parotidien.
a. Prolongement latéral. — Le prolongement latéral (fig. 706) représente une cloison placée de champ entre l’aponévrose cervicale superficielle et les apophyses transverses de la colonne cervicale. Partie de la région sus-claviculaire, elle se porte vers les scalènes et se divise, en atteignant ces muscles, en deux feuillets : l’un, antérieur, qui vient se fixer aux tubercules antérieurs des vertèbres cervicales, après avoir fourni une gaine au scalène antérieur ; l’autre, postérieur, qui
Fig-. 706.
Coupe transversale du cou, pratiquée au niveau de la sixième cervicale.
1, aponévrose cervicale superficielle, se dédoublant sur 2, le sterno-cléido-mastoïdien. — 3, aponévrose cervicale moyenne, se dédoublant sur les 4, 4’ muscles sous-h joïdiens. — 5, omo-hy«ïdien. — 6, aponévrose cervicale profonde ou prévertébrale. — 7, larynx. — 8. cor ps thyroïde. — 9, œsopha.m. — 10, nerf récurrent. — 11, artère carotide primitive. — 12, veine jugulaire interne. — 13, nen pneumogastrique. — 14, veine jugulaire antérieure. — 15, vaisseaux thyroïdiens. — 16. veine jugulaire externe. — 17, artère et veine vertébrales. — 18, un nerf du plexus brachial. — 19, canal rachidien. — 2u, nerf phrénique. — 21, ne’f grand sympathique. — 22, nerf spinal. — 23, scalène antérieur.
— 24, scalène postérieur. — 23, trapèze. — 26. angulaire de l’omoplate. — 27, splénius. — 28, 28’, les deux complexus.
— 29, muscles des gouttières vertébrales. — 30, peaucier. — 31, peau. — 32, tissu cellulaire sous-cutané.
enveloppe de même le scalène postérieur et vient s’attacher ensuite aux tubercules postérieurs des vertèbres précitées. Entre ces deux lames se trouve un espace important, Vespace intermédiaire aux deux scalènes, où prennent place l’artère sous-clavière et les troncs nerveux d’origine du plexus brachial. Constatons, avant d’aller plus loin, que les deux prolongements latéraux que nous venons de décrire divisent, à la manière de rloisons, la cavité circonscrite par notre aponévrose cervicale en deux grandes régions : l’une, placée en arrière de la colonne vertébrale, c’est la région rétro-vertébrale ou région de la nuque; l’autre, placée en avant, c’est la région anté-vertébrale ou région du cou proprement dite.
b. Prolongement sous-maxillaire . — Le prolongement sous-maxillaire répond
APONÉVROSES DU COU
à la région sus-hyoïdienne. En quittant l’os hyoïde, auquel elle adhère, l’aponévrose cervicale superficielle fournit une gaine aux deux ventres du muscle digastrique, puis se divise en deux feuillets : un feuillet superficiel, qui gagne le hord inférieur du maxillaire et qui n’est autre que l’aponévrose cervicale superficielle elle-même ; un feuillet profond ou prolongement sons-maxillaire de cette aponévrose, ordinairement très mince, souvent même mal différencié, qui passe en dedans de la glande sous-maxillaire, s’applique contre le mylo-hyoïdien et vient se fixer, avec ce dernier muscle, sur la ligne oblique interne du maxillaire. Entre ces deux feuillets se trouve une loge prismatique et triangulaire que complète en dehors le maxillaire lui-même; elle est comblée (fig. 707), par la glande sous-maxillaire.
c. Prolongement parotidien. — Le prolongement parotidien, situé en arrière et en dedans de la parotide, présente avec le prolongement précédent de grandes analogies. Il se sépare de l’aponévrose cervicale superficielle au moment où cette aponévrose abandonne le bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien pour se porter sur le masséter. Contournant immédiatement la glande parotide de dehors en dedans et d’arrière en avant, il entre successivement en rapport : 1° avec l’apophyse styloïde, à laquelle il adhère et au niveau de laquelle il jette des gaines sur ^ les muscles styliens ; 2® avec le pharynx; 3° avec le bord postérieur du muscle ptérygoïdien interne ; 4° avec le bord postérieur de la branche du maxillaire, sur lequel il s’insère en se fusionnant à ce niveau avec l’aponévrose massétérine (voy. p. 731).
Ce prolongement, on le voit, entoure dans ses parties profondes la glande parotide et, de ce fait, constitue les trois parois postérieure, antérieure et interne de la loge parotidienne (voy. Parotide). 11 présente, à son passage sur la paroi latérale du pharynx, une solution de continuité, véritable ouverture à travers laquelle s’échappe un prolongement (prolongement pharyngien) de la glande parotide.
Les deux loges parotidienne et sous-màxillaire sont séparées l’une de l’autre par une cloison fibreuse, nouvelle dépendance de l’aponévrose cervicale superficielle, qui s’étend du bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien à l’angle et à la face interne du maxillaire (voy. t. IV, Glandes salivaires).
Fig. 707.
Coupe vertico-transversale de la loge sous-maxillaire.
1, maxillaire inférieur. — 1’. canal dentaire. — 1, os lijoïdc. — 3, mylohyoïdien. — 4, aponévrose cervicale superficielle, se dédoublant au niveau de î’os hyoïde et formant : 4’, un fouillol supérieur, qui tapisse le mylo-hyoïdicn ; 4”, un feuillet inférieur, qui forme en bas la loge sous-maxillaire. — 5, peaucier du cou. — ci, peau et tissu cellulaire sous-cutané. — 7, loge sous-maxillaire.
(La flèche indique les différents plans qu’il faut traverser pour pénétrer de la région sus-hyoïdienne dans la loge sousmaxillaire).
3° Circonférence supérieure. — La circonférence supérieure de l’aponévrose cervicale superficielle est fortement inclinée d’arrière en avant et de haut en bas : son point le plus élevé se fixe, en effet, sur la protubérance occipitale externe, tandis que son point le plus déclive s’attache à la symphyse mentonnière. Entre ces deux points d’insertion extrêmes, la circonférence supérieure de l’aponévrose cervicale superficielle se fixe successivement (abstraction faite de ses prolongements sous-maxillaire et parotidien, qui nous sont déjà connus) : I ° sur le bord inférieur du maxillaire ; 2° sur l’aponévrose massétérine; 3® sur le tubercule zygoma-
MYOLOGIE
tique ; 4^ sur la portion cartilagineuse du conduit auditif externe ; 5° sur la face externe de l’apophyse mastoïde; sur la ligne courbe supérieure de l’occipital.
4y Circonférence inférieure, espace sus-sternal. — En procédant d’avant en arrière, nous voyons l’aponévrose cervicale superficielle s’attacher, en bas, sur la fourchette du sternum, sur le bord antérieur de la clavicule, sur l’acromion et sur le bord postérieur de l’épine de l’omoplate. Au delà de cette épine, l’aponévrose descend le long de la face postérieure du trapèze et se confond, au-dessous de ce muscle, avec l’aponévrose d’enveloppe du grand dorsal.
L’insertion à la fourchette sternale mérite de nous arrêter quelques instants. Si nous suivons l’aponévrose cervicale superficielle, en nous tenant sur la ligne médiane et en allant de haut en bas, nous constatons que, un peu au-dessus du sternum, cette aponévrose, simple jusque-là, se divise en deux feuillets légèrement divergents (fig. 708), f un antérieur, l’autre postérieur : ils viennent se fixer en bas, le premier sur la lèvre antérieure , le second sur la lèvre postérieure de la fourchette sternale.
Ils circonscrivent
ainsi, par leur écartement réciproque , une space triangulaire à base inférieure. Cet espace a reçu le nom d'espace sus-sternal et il suffit de jeter les yeux sur la figure 709 pour se faire une idée très nette de son mode de constitution : en arrière, il est délimité par le feuillet postérieur de dédoublement de faponévrose cervicale superficielle; en avant, par le feuillet de dédoublement antérieur de cette même aponévrose; en haut, par l’angle dièdre résultant de l’écartement des deux feuillets précités; en bas, par la fourchette sternale. Latéralement, l’espace sus-sternal s’étend, adroite et à gauche, jusqu’au bord antérieur du muscle sternocléido-mastoïdien .
Vu de face, après injection d’une substance coagulable dans sa cavité, l’espace sus-sternal nous apparaît encore avec une forme triangulaire, mais, cette fois, la base est en haut, le sommet en bas. 11 comble exactement l’espace, de même con-
Fig. 708.
Coupe vertico-médiane des aponévroses du cou.
1, os liyoïdc. — 2, sternum. — O, li'onc veineux bracliio-céplialifiuc gauclie. — 4, aponévrose cervicale superficielle, se dédoublant en bas el délimitant ainsi un espace triangulaire où cliemiiitj une petite veine 4’. — O, aponévrose cervicale moyenne, eut ornant en bas le tronc veineux bracliio-cépbalique et envoyant des expansions, 5’ vers le péricarde, 5” vers la colonne vertébrale.
Fig. 709.
Le creux sus-sternal, vu sur une coupe sagittale.
1, sternum. — 2, aponévi’ose cervicale superficielle, avec ; 2’ et 2”, ses deux feuillets de dédoublement antérieur et postérieur. — 3, creux sus-sternal. — 4, anastomoses entre les deux veines jugulaires antérieures. — 5, ganglions sus-sternaux. — 6, trachée-artère. — 7, crosse aortique, avec 7’, l’origine du tronc brachiocéphalique. — 8, tronc veineux brachio-céphalique gauche. — 9, corps thyroïde. — 10, restes du thymus. — 11, tissu cellulaire prétrachéal, avec quelques ganglions et quelques veines thyroïdiennes. — 12, peau et tissu cellulaire sous-cutané.
APONÉVROSES DU COU
figuration, qui sépare, dans leur portion initiale, les deux muscles sterno-cléidomastoïdiens. Sa hauteur est de 3 ou 4 centimètres.
De chaque coté, l’espace sus-sternal envoie un prolongement transversal, qui vient se placer en arrière du sterno-cléido-mastoïdien, immédiatement au-dessus de l’extrémité interne de la clavicule. Ce diverticulum, de forme arrondie ou ovalaire, mesure 15 à 20 millimètres de largeur, sur une hauteur à peu près égale. Il communique avec la cavité principale par un orifice relativement étroit, qui répond naturellement au hord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien (voy. pour plus de détails, les Traités (T anatomie topographique).
L’espace sus-sternal renferme, au milieu d’une masse cellulo-graisseuse : 1° les deux jugulaires antérieures, avec l’anastomose transversale qui les relie l’une à l’autre, quelques autres veines de moindre importance ; 2° un certain nombre de ganglions lymphatiques.
§ II. — Aponévrose cervicale moyenne
L’aponévrose cervicale moyenne remplit l’espace compris entre l’omo-hyoïdien d’un côté et l’omo-hyoïdien du côté opposé. Elle s’étend, dans le sens vertical, de l’os hyoïde au sternum et, dans le sens transversal, d’une omoplate à l’autre. Ainsi délimitée, l’aponévrose cervicale moyenne nous présente deux faces (l’une antérieure, l’autre postérieure) et trois bords (un bord inférieur et deux bords latéraux).
Face antérieure. — La face antérieure répond dans la plus grande partie de son étendue à l’aponévrose cervicale superficielle, dont la sépare seulement une nappe fort mince de tissu cellulaire.
2° Face postérieure. — La face postérieure entre successivement en rapport avec le larynx, le corps thyroïde, la trachée, le phaiynx, l’œsophage et le paquet vasculo-nerveux du cou; elle jette sur ces différents organes des expansions celluleuses qui les entourent à la manière de gaines. Ces gaines, qu’on peut isoler avec un peu d’habileté manuelle, sont toujours très minces, tellement minces qu’elles ne méritent en aucun cas le nom d’aponévroses. La plus importante d’entre elles est celle qui entoure le paquet vasculo-nerveux du cou ; elle a la forme d’un manchon, renfermant côte à côte la carotide primitive, \d. jugulaire interne et le nerf pneumogastrique. Le nerf grand sympathique, situé en dehors de cette gaine, repose, un peu en arrière et en dehors d’elle, sur l’aponévrose prévertébrale.
3° Bords latéraux. — Les bords latéraux répondent aux omo-hyoïdiens, qu’ils engainent: ils décrivent, comme ces muscles, une longue courbe à concavité dirigée en haut et en dehors. Avec le plus grand nombre des anatomistes, j’estime que l’aponévrose cervicale ne dépasse pas en dehors les omo-hyoïdiens. La disposition la plus ordinaire paraît être la suivante : dans les points où l’omo-hyoïdien est croisé par le sterno-cléido-mastoïdien, l’aponévrose en question adhère assez intimement parfois à la gaine de ce dernier muscle; mais, en dehors de ces points, tant dans la région sus-claviculaire que dans la région sous-hyoïdienne, elle se perd insensiblement dans le tissu cellulaire voisin.
4° Bord inférieur. — Le bord inférieur de l’aponévrose cervicale moyenne s’étend d’une échancrure coracoïdienne à l’autre.
Elle se comporte un peu différemment suivant les points où on l’examine. — Sur la ligne médiane d’abord, l’aponévrose cervicale moyenne se fixe à la lèvre postérieure de la fourchette sternale. Mais, en s’y fixant, elle envoie sur le tronc
veineux brachio-céphalique gauche une forte expansion qui, après avoir entouré ce vaisseau, vient se terminer sur le péricarde. Au niveau de la clavicule (fig. 710), elle s’attache sur le bord postérieur de cet os etenvoie de même sur les gros troncs veineux situés en arrière, veine sous-clavière et veine jugulaire interne, des expansions très résistantes, qui les entourent et se fixent ensuite, sur la première côte, sur l’aponévrose du sous-clavier, voire même sur l’aponévrose prévertébrale. — Dans le voisinage de V apophyse coracoïde, ces expansions, jetées sur les muscles sous-claviers, s’engagent jusque dans l’aisselle et entrent ainsi en connexion avec les aponévroses de cette région.
L’aponévrose cervicale moyenne se fixe donc, au niveau de l’orifice supérieur du thorax, sur tous les points, osseux ou fihreux, qui peuvent lui offrir une surface d’attache : sternum , clavicules , première côte, péricarde, aponévrose du sous-clavier. Richet l’a décrite sous le nom d' aponéerose omo-claviculaire, dénomination qui me paraît devoir être abandonnée comme ne rappelant que deux de ses insertions, l’insertion à l’omoplate et l’insertion à la clavicule. Paulet substitue à la dénomination précitée celle A'aponéerose onio-hyoïdo-claviculaire ; cette dénomination est meilleure, mais elle est encore trop restreinte, puisqu’elle ne rappelle nullement l’insertion à la première côte et au sternum. Je propose, à mon tour, de lui donner le nom ^aponévrose Ihoraco-hy didienne , qui a le double avantage d’être fort court et de rappeler, à la fois, son attache supérieure à l’os hyoïde et son attache inférieure sur les éléments squelettiques du thorax.
Dans le voisinage de la ligne médiane, l’aponévrose thoraco-hyoïdienne se dédouble au niveau des muscles sterno-cléido-hyoïdien, sterno-hyoïdien et thyro-hyoïdien, pour former à ces muscles autant de gaines distinctes.
11 résulte de la description qui précède que les grosses veines de la base du cou sont doublées, sur tout leur pourtour, d'une enveloppe fibreuse dépendant de l’aponévrose cervicale moyenne. Une pareille disposition a pour résultat, on le conçoit, de rendre les parois de ces vaisseauv plus ou moins incompressibles et de favoriser ainsi la circulation de retour. Au moment de l’inspiration, en efiét, alors que la pression atmosphérique tend à repousser vers la cavité du thorax tous les organes du cou, les vaisseaux précités, résistant à cette pression, conservent leur calibre ordinaire : de ce fait, le sang peut y circuler librement pour descendre dans le thorax, où l’appelle le vide produit par l’inspiration. Rappelons, en passant, que cette disposition anatomique, heureuse à l'état normal, peut parfois devenir désastreuse ; elle favorise, en effet, et par le même méranisme, l'entrée de l’air dans une veine accidentellement ouverte, accident qui est presque toujours mortel.
Cette action de l’aponévrose cervicale moyenne sur le calibre des grosses veines du cou me paraît indiscutable. Mais je ne puis accepter, pour ma part, que la nature nous ait donné ce feuillet aponévrotique pour remplir un tel rôle. J’accepte moins encore l’assertion émise par Richet relativement aux fonctions du muscle omo-hyoïdien qui, se contractant à clia({uc inspiration, tendrait l’aponévrose moyenne et dilaterait ainsi les veines en question. Outre que cette contraction des omo-hyoïdiens au moment de l’inspiration a été supposée, mais non démontrée, l’opinion à laquelle elle sert de base est peu compatible avec certains faits empruntés, soit à l’anatomie comparée, soit à l’anatomie anormale. L’anatomie comparée nous apprend, en effet, que l’orno-hyoïdien fait défaut chez un grand nombre de mammifères, notamment chez le chien
Fig. 710.
Coupe verticale et antéro-postérieure des aponévroses du cou, pratiquée dans le triangle susclaviculaire.
1, clavicule. — 2, première cèle. — •3, muscle omo hyoïdien, coupé perpemliculairemeul à sa longueur. — 4, muscle sous-clavier. — 5, muscle grand pectoral. — 6, veine sous-clavière. — 7, aponévrose cervicale superficielle, se conl'oudaiil, en bas avec l’aponévrose (|ui lecouvre le grand pectoral. — 8, aponévrose cervicale moyenne, se conrondaut en bas avec la gaine du sous-clavier et l'ournissant nue envclo|)pe au tronc veineux. — 9, ai)onévrose clavi-peclorale.
APONEVROSES DU COU
et ]e chat, sans que la circulation veineuse du cou ait le moins du monde à soufFiir de l’absence de ce muscle. L'anatomie anormale, de .son côté, nous a fait connaître un certain nombre de sujets (faits de Cheselden, Schultze, Otto, Waleet, Buchner, moi-même, etc ), qui manquaient d’omo-hyoïdien, sans compensation par un autre muscle, et chez lesquels on n’avait vraisemblablement pas noté de troubles circulatoires dans la région du cou. La chirurgie s’élève à son tour contre l’opinion de Richet, en nous montrant qu’on peut impunément, dans les opérations pratiquées sur le cou, sacrifier l’omo-hyoïdien (voy. à ce sujet Terrier, ÜEsophagotomie externe, p. 97, et Tillaux, Anat. topogr., 6° édit., p. 460).
Dans un important mémoire publié en 1876 [Ueber den Musc, omo-hydideus und seine Schlüssel- ■beinverbindung, in Morph. Jahrb., p. 243), le professeur Gegenbaur a jeté sur l’aponévrose cervicale moyenne un Jour tout nouveau. Après avoir établi que le tendon inlermédiaire de Tomohyoîdien a toute la valeur d’une intersection aponévrotique et ne représente, à ce titre, qu’un vestige des cloisons connectives qui décomposent en segments transversaux la musculatui'e de l’embryon, Gegenbaur, faisant une excursion sur le terrain de l’anatomie comparée, rappelle que dans certaines espèces de vertébrés (sauriens, notamment le platydactylus el Vuromnstix), le sterno-hyoïdien et l’omo-hyoïdien sont fusionnés en une lame musculaire unique qui, partant de l’os hyoïde, se porte en s’élargissant sur le thorax et l’épaule. Une disposition analogue se rencontre jusque chez le phoque, d’après les dissections d’HuMPHRY. Tirant de pareils faits les conclusions qu'ils renferment, je n’hésite pas à considérer, avec Gegenbaur, l’existence d’un muscle unique sterno-omo-hyoïdien comme étant la disposition primitive et typique de la constitution anatomique des vertébrés, et à déduire, comme corollaire, que là « où, chez les mammifères, existe une division en un premier muscle naissant du sternum et un deuxième muscle naissant de l’omoplate, cette division est le résultat de l’absence de la portion claviculaire ». L’aponévrose cervicale moyenne, qui réunit de chaque côté l’omo-hyoïdien au sterno-hyoïdien, doit donc être considérée comme le reliquat des faisceaux cléido-hyoïdiens qui ont disparu ei que l’anatomie anormale fait, du reste, reparaître de temps à autre : il n’est pas rare, en effet, de voir l’aponévrose cervicale moyenne remplacée, sur une étendue plus ou moins grande (j’en ai rapporté de nombreux exemples), par des faisceaux charnus qui s’étendaient de la clavicule à l’os hyoïde.
Voyez à ce sujet Testut, Les anomalies musculaires expliquées par V anatomie comparée, 1884, p. 251, et Marcondes Rezende, Thèse de Rio-Janeiro, 1884.
§ ] Il . — Aponévrose cervicale profonde ou prévertébrale
L’aponévrose cervicale profonde s’étale au-devant des muscles prévertébraux^ d’oîi le nom à'aponévrose prévertébrale sous lequel on la désigne le plus souvent. Elle affecte, dans son ensemble, une forfne quadrilatère et nous présente par conséquent deux faces et quatre bords :
1° Face antérieure. — La face antérieure est en rapport, sur la ligne' médiane , avec le pharynx et l’œsophage, auxquels elle se trouve unie par une couché de tissu cellulaire lâche. Sur les côtés (fig. 711), elle répond à la carotide et à la jugulaire interne et complète pour ainsi dire, en arrière, la gaine de ces vaisseaux.
Le pneumogastrique est renfermé lui aussi dans cette gaine, occupant l’angle dièdre postérieur que
A, sixième cervicale. — B, cartilage thyroïde. — C, cartilage aryténoïde.
1. pharynx. — 2, sterno-cléido mastoïdien. — 3, peaucier du cou. — 4, omo-hyoïdien. — 5, sterno-cléido-hyoidien. — 0, thvro hyoïdien. — 7, scalène antérieur. — 8, sealèue postérieur. — ■ 9, muscles prévertébraux.
rt, carotide interne. — b, jugulaire interne. — c, jugulaire externe. — d, artère et veines vertébrales. — e, ax’tère thyroïdienne supérieure. — /', pneumogastrique. — g, gra d sympathique. — h, phrénique. — i, branche descendante de l’hypoglosse. — j, branches antérieures des nerfs cervicaux.
Fig. 711.
Coupe transversale du cou passant par la partie supéri ure de la sixième cervicale (côté droit, segment supérieur de la coupe).
MYOLOGIE
forment en s’adossant Tune à l’autre l’artère et la veine. Quant au, grand sympathique, il repose, ainsi que nous l’avons dit plus haut, sur l’aponévrose prévertébrale, en arrière et un peu en dedans de la gaine précitée.
2^ Face postérieure. — La face postérieure recouvre les muscles prévertébraux (grand droit antérieur, petit droit antérieur et long du cou) et jette autour de chacun d’eux une gaine celluleuse, toujours fort mince.
S*" Bords. — Par ses quatre bords, l’aponévrose prévertébrale se fixe comme suit : en haut, sur l’apophyse basilaire de l’occipital ; latéralement, sur les apophyses transverses des vertèbres cervicales (fig. 711), où elle se continue avec l’aponévrose duscalène antérieur et, par son intermédiaire, avec l’aponévrose cervicale superficielle. Enfin, en bas, elle s’amincit graduellement et se confond, à la hauteur des premières vertèbres dorsales, avec le tissu cellulaire du médiastin postérieur.
§ IV. — Loges interaponévrotiqües du cou
En résumé, les aponévroses du cou, au nombre de trois, circonscrivent en avant de la colonne vertébrale quatre loges distinctes, dont le mode de formation et les
limites respectives apparaissent très nettement sur des coupes de la région, soit horizontales, soit sagittales.
Ce sont, en allant d’avant en arrière (fig. 712) :
1“ Une première loge ou loge sous - cutanée , comprise entre la peau et l'aponévrose cervicale superficielle et renfermant le peaucier, la veine jugulaire externe et les nerfs sous-cutanés;
1, apophyse basilaire de l’occipital — 2, os hyoïde. — 3, maxillaire inférieur. — 4, sternum. — 5, [)eaii.
— 6, apophyse cervicale superficielle.
— 7, aponévrose ct^rvicale moyenne.
— 8, aponévrose cervicale profonde.
— 9 , colonne vertébrale . — xx , limite conventionnelle entre le cou et le thorax.
A, loge superficielle, comprise entre la peau et l’aponévrose cer\ icale superficielle. — B. deuxième loge, comprise entre l’aponévrose cervicale superficielle et l'aponévrose cervicale moyenne. — C. troisième loge comprise entre l’apnévrose cervicale moyenne et l'aponévrose cervicale profonde. — /U tpiatrièrne loge ou loge prévertébrale, comprise entre l’aponévrose cervicale profonde et la colonne vertébrale.
Coupe vertico-médiane du cou, pour luontrer ses différentes (Les flèches placées au-dessous des aponévroses et les quatre loges qu’elles circonscrivent. lettres A. B, C, D. indiquent la di-
rection des collections liquides, qui :
bipassent en avant du sternum pour la i)remière loge; fi) sont arrêtées par le sternum pour la deuxième; y) descendent librement dans le thorax pour la troisième et pour la quatrième.)
APONEVROSES DU COU
2° Une deuxième loge, comprise entre l’aponévrose cervicale superficielle et l’aponévrose cervicale moyenne et contenant la veine jugulaire antérieure et les muscles hyoïdiens ;
S'' Une troisième loge, celle-ci très vaste et très importante, limitée en avant par l’aponévrose cervicale moyenne, en arrière par l’aponévrose prévertébrale et renfermant le corps thyroïde, le larynx, la trachée, le pharynx, l’œsophage, le grand sympathique, les carotides, la jugulaire interne, et le nerf pneumogastrique, ces trois derniers organes contenus dans une gaine commune ;
4"^ Une quatrième loge, enfin, ou loge prévertébrale, comprise entre l’aponévrose prévertébrale et la colonne cervicale et occupée par les trois muscles prévertébraux.
En ce qui concerne les relations de ces loges avec les différentes régions du thorax, il suffit de jeter un coup d’œil sur la figure 712 pour s’apercevoir : 1° que la première loge se continue librement avec le tissu cellulaire sous-cutané de la face antérieure de la poitrine ; 2° que la deuxième loge est fermée, en bas, par la fourchette sternale et par la face supérieure de la clavicule ; 3° que les deux autres loges, enfin, s’ouvrent librement dans la cavité thoracique. Ces dernières notions, on le conçoit, ont en pathologie et en médecine opératoire une importance considérable (voy. , pour plus de détails, les Traités d’anatomie topographique).
Voyez, au sujet des aponévroses du cou, parmi les travaux récents : Meiuvec, Veber die llalsfasie. in Anatomische Hefte, Bd. 1, 1891; — Poulsen,. Ueôer die Fascien und die inter fa^ ci cden liaume des Halses, 1896; — Du même, Sur les abcès du cou. Semaine médicale, 1895; — Grube», Ueber das Spathim intra-aponoreuticLiin sus-sternale, Mém. de l'Acad. de St-Pétersb., 1867 ; — Taguch[, Der supraslernale Spaltraum des Halses, Arch. f. Anat., 1890 ; — Fayet, Les apo7iévroses cervicales, Th. Paris, 1895; — Trolard, Du squelette fibreux viscéral et vascido-nerveux du cou et du thorax, Journ. de PAnat., 1900.