MUSCLES DU COU
Le cou, intermédiaire à la tete et au thorax, nous présente des muscles, à la fois très nombreux et très importants, dont le principal rôle est de mouvoir la tete, la colonne vertébrale et l’os hyoïde. Ces muscles se disposent symétriquement à droite et à gauche de la colonne vertébrale, les uns sur les côtés, les autres sur le plan antérieur ou sur le plan postérieur. Ceux qui sont situés en arrière de la colonne constituent les muscles de la nuque ; nous les décrirons dans le chapitre suivant, en même temps que les muscles de la région postérieure du tronc, dont on ne saurait les séparer. Les autres, ceux qui se développent sur les côtés et en avant de la colonne, forment les muscles du cou proprement dits : ce sont les seuls que nous étudierons dans le présent chapitre. Nous les répartirons en trois régions, savoir :
1° La région latérale du cou;
2^ La région de Vos hyoïde ;
3'^ région prévertébrale.
ARTICLE I
REGION LATÉRALE DU COU
La région latérale du cou comprend cinq muscles, disposés en deux couches : une couche superficielle et une couche profonde. — La couche superficielle nous présente successivement : 1° immédiatement au-dessous de la peau, le peaucier du cou ; au-dessous de l’aponévrose, le sterno-cléido-mastoïdien. — Au-dessous de ces deux muscles, dans la couche profonde, nous trouvons le scalène : 1° antérieur \ 2o le scalène postérieur ; 3'^ le droit latéral de la tête.
1® — Peaucier du cou
Situé dans la région antéro-latérale du cou, au-dessous de la peau et au-dessus du sterno-cléido-mastoïdien, le muscle peaucier est une large lame musculeuse, quadrilatère et fort mince (fig. 701/1), étendue de la partie supérieure du thorax au bord inférieur du maxillaire. CQS>i\Q platysma myoïdes des anatomistes anglais et allemands.
Insertions. — Il prend naissance, en bas, dans le tissu cellulaire sous-cutané des régions sous-claviculaire et acromiale, par des faisceaux très pâles et plus ou moins écartés les uns des autres.
Ces faisceaux, se portant ensuite en haut et en dedans, traversent obliquement la
M y OLOGiE
région du cou et atteignent le bord inférieur du maxillaire, où ils se terminent de la façon suivante : 1° les faisceaux internes s’entrecroisent le plus souvent sur la ligne médiane, au-dessous du menton, avec ceux du coté opposé et viennent s’attacher à la face profonde de la peau de la région mentonnière ; 2® les faisceaux moyens s'insèrent sur le tiers interne de la ligne oblique du maxillaire, en s’entrc-
Fig. 690.
Muscles d(‘ la région latérale du cou, couche superliciolle.
1. pcaucicr. — 2, risoi-iits de Samoium. — :j, orbiculaire des lèvres. — 4, peaucier du côlé oppose. — o, caiaé du meiilon. — (3. Iriaiigulaire des lèvres. — 7, veidre postérieur du digastrique. — 8, trapèze. — 0, deltoïde. — 10, grand pecloral. — 11, sterno-cléido-mastoïdien, avec 11', son tendon sternal. — U” sterno-cleido-mastoïdien du côté oftposé. — l 'J, slerno-cléidy-liyoïdicn. — 13, scalène postérieur . — 14, angulaire de l’omoplate. — 1.3, spléiiius. — 16, 16', niasséler. — 17, buecinatcLir. — 18, ventre aiiléncurdu digastrique. — 19, m\ lo-liyoidien. — ilO, sty lo-hyoïdicii. — 21, auriculaire postérieur.
croisant, à ce niveau, avec les faisceaux d’origine du triangulaire des lèvres; 3^ les faisceaux externes, enfin, se confondent en grande partie avec le triangulaire, mais surtout avec le carré du menton ; les autres remontent jusqu’à la peau de la commissure labiale.
2® Rapports. — Le muscle peaucier du cou se trouve compris dans un dédoublement du fascia superficialis. — Sa face superficielle répond à la peau, à laquelle elle adhère en bas d’une façon intime, dont elle est séparée en haut par une couche
RÉGION LATÉRALE DU COU
plus ou moins épaisse de graisse. — Sa face profonde repose sur l’aponévrose superücielle. Outre cette aponévrose, elle recouvre successivement, en allant de bas en haut : le grand pectoral et le deltoïde, la clavicule, le sterno-cléido-mastoïdien, l’omo-hyoïdien , le ventre antérieur du digastrique, le mylo-hyoïdien, la veine jugulaire externe, les branches du plexus cervical superficiel. Dans la région faciale, enfin, il croise le maxillaire inférieur et le masséter. — Le bord postérieur ou externe du peaucier, obliquement dirigé en bas et en arrière, répond, en haut, au risorius de Santorini, qui suit la même direction. — Son bord antérieur ou interne est séparé du bord similaire de celui du côté opposé par un large espace triangulaire, dont la base répond au thorax et dont le sommet, formé par l’entrecroisement réciproque des faisceaux internes, est situé d’ordinaire un peu audessous de la symphyse mentonnière.
3° Innervation. — Le peaucier du cou, au point de vue delà motilité, est innervé par le facial et exclusivement par le facial (Bardeleben) : il reçoit ses filets nerveux de la branche cervico-faciale de ce dernier nerf. Les branches nerveuses du plexus cervical superficiel, qui traversent le peaucier et qui, d’après certains auteurs, prendraient part à son innervation, sont des nerfs sensitifs destinés principalement aux téguments.
4® Action. — Le peaucier du cou est la reproduction, bien faible chez l’homme, du pannicule charnu de quelques mammifères (le cheval par exemple), vaste lame musculaire qui entoure comme d’un manteau la nuque, la plus grande partie du cou et presque tout le tronc. C’est donc un organe profondément atrophié ; aussi son rôle physiologique est-il considérablement réduit.
11 ne nous paraît avoir actuellement d’autre fonction, chez l’homme, que d’attirer en bas la peau du menton et la lèvre inférieure; il acquiert ainsi une importance manifeste dans le jeu de la physionomiê. Gomme le rappelle fort justement Gruveilhier, il est un des muscles qui concourent le plus cc à l’expression des passions tristes, de la colère, de l’effroi, de la terreur, delà souffrance ».
En raison de sa direction presque verticale, le peaucier peut encore plisser transversalement la peau du cou et élever celle du thorax. J’ai vu, chez une jeune hystérique qui possédait un muscle peaucier plus développé que de coutume, les contractions de ce muscle attirer fortement en haut la glande mammaire.
Variétés. — Le peaucier est très variable, comme le sont, du reste, tous les organes rudimentaires. Le plus grand nombre de ses variations porte sur son volume, son étendue et le nombre de ses faisceaux constitutifs. Elles relèvent presque toutes l’une ou l’autre de ces deux modalités ; ou bien le peaucier présente des faisceaux surnuméraires et dépasse les limites de la description classique; ou bien, au contraire, il perd quelques-uns de ses faisceaux et subit une réduction graduelle, qui peut aboutir à une disparition complète. — Parmi les faisceaux surajoutés, les plus intéressants sont ceux qui naissent sur le sternum (Wood), sur la clavicule (Macalister) . — L’entrecroisement, signalé ci-dessus, des faisceaux internes du peaucier avec ceux du côté opposé peut manquer, comme aussi on peut voir cet entrecroisement commencer plus bas que d’habitude, dans le voisinage de l’os hyoïde et jusque dans la région soushyoïdienne. — Les faisceaux verticaux du peaucier peuvent être croisés, au-dessous du maxillaire, par une couche surajoutée de fibres transversales émanant de la région parotidienne (Henle, Wood, Froriep) ; ces deux couches s’observent normalement (Gurtl) chez le chien et le chat. — Une des dispositions les plus intéressantes du peaucier est le passage de ses faisceaux internes dans le muscle triangulaire du côté opposé, disposition qui est normale chez les cynocéphales et les cercopithèques (voy., à ce sujet, A. Froriep, Ueber d. Hautmuskel d. Haises and seine Beziehung zu den unteren Gesichtsmuskeln, in Arch. f. Anat. und Phys., 1877, p. 46). — Voyez aussi, au sujet du peaucier du cou ; Welcker, myoïdes, Zeitschr. f. Anat., 1875;
Schmidt, Ueber das Platysma, Arch. f. Anat., 1894.
Peaügiers surnuméraires. — Des faisceaux peauciers surnuméraires, débris du pannicule charnu des mammifères, ont été observés sur plusieurs régions du corps, notamment : sur l’épaule, sur la fesse, sous la clavicule, sur le trapèze, sur le grand dorsal, etc. (voy. à ce sujet
MYOLOGIE
l’intéressant mémoire de Torner ; On a rudiment of the panniculus carnosus superficial to the trapezius, in Journ. ot Anat., t. V, 1870, p. 116).
Le sterno-cléido-mastoïdien (fig. 691, 15 et 16; est un muscle puissant, situé sur les côtés du cou, au-dessous du peaucier. Il s’étend obliquement de la partie antérieure et supérieure du thorax à l’apophyse mastoïde et, par conséquent, traverse à la manière d’une diagonale la région antéro-latérale du cou.
Insertions. — Ce muscle présente, à son origine sur le thorax, deux portions nettement distinctes : une portion interne, insérée sur le sternum; \mQ portion
Fig. 691.
Muscles de la région latérale du cou, après l’enlèvement du peaucier.
I, r, masscler. — 2, ljucciiiateur. — 3, occipital. — 4, triangulaire des lèvres. — 5. ventre antérieur du digastrique. — 5’, son ventre postérieur. — o”, digastrique du côté opposé. — 6, stylo-hyoïdien. — 7, mylo-hyoïdien. — 8, hyoglosse. — 9, os hyoïde. — 10, constricteur moyen du pharynx. — 11, constricteur inférieur du pharynx. — 12, ventre antérieur et 12’, ventre postérieur de romo-hyoïdicn. — 13, sterno-thyroïdieu. — 14, sterno-cléido-hyoïdien. — 15. chef stemnl du stcrno-cléido-masto'ïdien, avec 15', son insertion sur le sternum. — 16, chef claviculaire du meme muscle. — 17, trapèze. — 18, deltoïde. — 19, grand pectoral. — 20, spléuius. — 21, angulaire de l'omoplate. — 22, scalène postérieur. — 23, scalène antérieur. — 24, clavicule.
externe, insérée sur la clavicule. La première a reçu le nom de chef sternal-, la seconde, celui de chef claviculaire.
RÉGION LATÉRALE DU COU
a. Chef sternal. — Le chef sternal (15) se détache de la face antérieure du manubrium à l’aide d’un tendon conoïde, qui s’entrecroise parfois, à son origine, avec celui du côté opposé et qui ne tarde pas à disparaître en haut au milieu des faisceaux charnus auxquels il donne naissance. Ces faisceaux charnus, continuant le trajet du tendon, se portent obliquement en haut et en arrière, du côté de l’apophyse mastoïde. Il est à remarquer que, au fur et à mesure qu’il s’éloigne du thorax, le chef sternal s’élargit graduellement, de façon à former un muscle rubané et mince. Finalement, il s’étale sur la face externe de l’apophyse mastoïde et se termine, en partie sur la face externe de cette saillie osseuse, en partie sur la portion externe de la ligne courbe supérieure de l’occipital.
b. Chef clamculaire . — Le chef claviculaire (16), large et mince dès son origine, s’insère sur le quart interne de la clavicule par une série de languettes tendineuses, pour la plupart fort courtes. Les faisceaux charnus qui leur font suite se dirigent verticalement en haut. Ils atteignent bientôt le bord postérieur du chef sternal, dont la direction est oblique, et là, ils se divisent en deux groupes: les uns, et c’est le plus grand nombre, passent sous le chef sternal deviennent profonds et viennent se fixer au sommet et au bord antérieur de l’apophyse mastoïde ; les autres, s’infléchissant en arrière, suivent la direction du chef sternal avec lequel ils se confondent, gagnent la ligne courbe occipitale supérieure et se terminent sur la partie externe de cette ligne courbe.
c. Relations réciproques des deux chefs sternal et claviculaire . — 11 résulte de la description qui précède que les deux chefs du sterno-cléido-mastoïdien, séparés à leur origine par un espace triangulaire à base inférieure, se superposent au-dessus de leur tiers inférieur, le chef sternal occupant le plan superficiel, le chef claviculaire le plan profond. Les deux chefs, ainsi superposés, conservent quelquefois leur indépendance jusqu’à leur insertion terminale sur les os du crâne. Mais, le plus souvent, ils se fusionnent d’une façon plus ou moins intime.
2° Constitution réelle du sterno-cléido-mastoïdien. — L’indépendance réciproque des deux chefs du sterno-cléido-mastoïdien est assez fréquente pour que Albinos et après lui Theile aient cru devoir les décrire séparément. Cette division du muscle en deux faisceaux distincts n’est pas suffisante. Déjà, en 1859, Vlagovich, dans un mémoire généralement oublié, avait subdivisé le chef claviculaire en deux faisceaux, l’un se rendant à l’occipital {cléido - occipital ) , l’autre à l’apophyse mastoïde {cléido-mastoïdien) . A son tour, W. Krause, en 1876, a subdivisé le faisceau sternal en deux nouveaux faisceaux, l’un slernomastoïdien, l’autre slerno- occipital. Bien que ce dernier faisceau ne soit pas constant (il serait même assez rare, d’après Breglia), nous pouvons admettre, dans le groupe sterno-cléido-mastoïdien, quatre éléments ou, si l’on veut, quatre ordres de faisceaux, savoir (üg. 692) :
Fig. 692.
Schéma représentant la constitution anatomique du sterno-cléidomastoïdien.
1, faisceaux sterno-mastoïdiens. — 2, faisceaux sterno-occipitaux. — 3, faisceaux cléidooccipitaux. — 4, faisceaux clcido-mastoïdiens.
MYOLOGIE
faisceaux sterno-mastoïdiens, naissant du manubrium et venant s’attacher à la face externe de l’apophyse mastoïde et à la partie de l’os temporal qui continue cette apophyse ;
2° Des faisceaux sterno-occipüaux^ partant également du sternum pour aboutir à la ligne occipitale supérieure, en arrière des précédents ;
3° Des faisceaux cl éido- mastoïdiens, partant du quart interne de la clavicule et gagnant le bord antérieur de l’apophyse mastoïde, en passant au-dessous des faisceaux précédents, qu’ils croisent en X;
4° Des faisceaux cléido-occipitaux, se détachant de la clavicule, soit en dehors, soit en avant des faisceaux cléido-mastoïdiens, et venant se terminer à la ligne occipitale supérieure.
L’anatomie normale, l’anatomie comparée et aussi les variations du muscle sterno-cléido-mastoïdien chez l’homme (lig. 695) justifient pleinement une pareille division. Le muscle en question devient alors le sterno-cléido-mastoïdo-occipital ou, plus simplement, le muscle quadrijumeau de la tête.
3® Rapports. — Le sterno-cléido-mastoïdien , comme nous le verrons plus loin en étudiant les aponévroses du cou, se trouve contenu dans un dédoublement de l’aponévrose cervicale superficielle. On lui considère, en raison de sa forme, une face externe., une face interne et deux bords, l’un antérieur, l’autre postérieur :
a. Face externe. — La face externe ou superficielle (fig. 693) est en rapport avec la peau à sa partie supérieure et à sa partie inférieure. A sa partie moyenne, elle en
est séparée par lepeaucier. Entre le sterno-cléido-mastoïdien et le peaucier cheminent la veine jugulaire externe (voy. Angciologie) et les diverses branches du plexus cervical superficiel (voy. Névrologie), savoir : 1° la branche cervicale transverse, qui croise transversalement le muscle à sa partie moyenne ; 2° les deux branches auriculaire et mastoïdienne, qui croisent obliquement sa partie supérieure; 3" la branche sus-claviculaire, qui couvre de ses rameaux antérieurs sa partie inférieure.
b. Face interne. — La face interne ou profonde recouvre, en bas, l’articulation sterno-claviculaire et, plus haut, la portion initiale du sterno-thyroïdien et du sterno-cléido-hyoïdien, la portion moyenne du digastrique, les scalènes, le splénius et l’angulaire de l’omoplate.
Elle recouvre aussi, et c’est là l’un des rapports les plus importants du muscle, le paquet vasculo-nerveux du cou, formé, comme on le sait: 1° par la carotide
Fig. 693.
Coupe transversale du cou passant par la partie supérieure de la sixième cervicale (côté droit, segment supérieur de la coupe).
A, sixième cervicale. — B, cartilage thyroïde. — G, cartilage aryténoïde.
1, pharynx. — 2, sterno-cléido-mastoïdien. — 3, peaucier du cou.
— 4, orno-hyoïdien. — 5, sterno-cléido-h\oïdien. — 6, thyro-hyoïdien. — 7, scaicne antérieur. — 8, scalène postérieur, — 9, muscles prévertébraux.
(i, carotide interne. — 6, jugulaire interne. — c. jugulaire externe.
— d, artère et veines vertébrales. — e, artère thyroïdienne supérieure. — f, pneumogastrique. — g, grand sympathique. — h, phrénique. — i, branche descendante de l'hypoglosse. — j, branches antérieures des nerfs cervicaux.
RÉGION LATÉRALE DU COU
primitive ; 2° par la jugulaire interne, qui longe le côté externe de l’artère; 3" par le pneumogastrique, qui se loge dans l’angle dièdre que délimitent en arrière l’artère et la veine. La portion cervicale du grand sympathique est placée plus profondément et un peu en dehors du paquet vasculo-nerveux. Les rapports de la carotide primitive avec le sterno-cléido-mastoïdien sont assez importants pour que les chirurgiens aient donné à ce muscle le nom de muscle satellite de la carotide: mais ils sont très variables, le muscle variant beaucoup lui-même, sinon dans sa direction, du moins dans ses dimensions transversales. L’artère est d’abord placée dans le triangle qui sépare, à la partie inférieure du muscle, les deux chefs sternal et claviculaire; puis, elle gagne la face postérieure du chef sternal. Le muscle étant oblique en haut et en arrière, tandis que le vaisseau suit une direction sensiblement verticale, ce dernier se rapproche de plus en plus du bord antérieur de son muscle satellite et s’en dégage à 1 ou 2 centimètres au-dessous du bord supérieur du cartilage thyroïde.
Il convient d’ajouter que, en avant du paquet vasculo-nerveux du cou, se trouvent les filets cardiaques supérieurs du pneumogastrique et du sympathique, l’anse nerveuse de l’hypoglosse, les deux branches descendantes qui la forment et, aussi, de nombreux ganglions lymphatiques {chaîne carotidienne) , tous organes qui présentent avec la face profonde du sterno-cléido-mastoïdien des rapports intimes.
c. Bord antérieur. — Le bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien est fortement oblique de haut en bas et d’arrière en avant. Il est en rapport, en haut, avec la glande parotide. Plus bas, il répond à l’angle de la mâchoire, auquel il est uni, dans la plupart des cas, par des tractus fibreux, quelquefois • par une véritable bandelette, la bandelette inaxillaire du slerno-cléido-mastoidien ; cette union, rappelons-le en passant, est un reste de l’insertion primitive du muscle à l’os maxillaire, insertion qui existe encore chez les solipèdes. Plus bas encore, le bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien forme la limite externe des deux régions sus-hyoïdienne et sous-hyoïdienne.
d. Bord postérieur. — Le bord postérieur, oblique comme le précédent, mais d’une obliquité moins prononcée, constitue avec le bord antérieur du trapèze les deux limites latérales du triangle sus-claviculaire. C’est au niveau de ce bord postérieur, que les cinq branches nerveuses du plexus cervical superficiel 'se dégagent du plexus cervical profond.
4° Innervation. — Deux nerfs, le spinal et la troisième cervicale, fournissent les filets destinés au groupe musculaire sterno-cléido-mastoïdien :
a) Le spinal, par sa branche externe, envoie un ou deux rameaux au cléido-mastoïdien.
La branche antérieure du troisième nerf cervical, en s’anastomosant avec un rameau issu de la branche externe du spinal, forme une sorte d'anse, de la convexité de laquelle s’échappent de nombreux filets, lesquels viennent se distri-
Fig. 694.
Schéma indiquant le mode d’innervation du groupe sterno-cléidomastoïdien (d’après Maiibrac).
1, cléido-mastoïdien. — 2, sterno-mastoïdien. — 3, sterno-occipital. — 4, cléidooccipital. — 5, nerf spinal (sa brandie externe). — 6, rameau provenant de la troisième cervicale. — 7, anse nervuse résultant de l'anastomose de ce dernier rameau avec une branche collatérale du spinal.
MYOLOGIE
buer, comme nous le montre la figure ci-contre (fig. 694), aux qiiatre faisceaux constitutifs du muscle.
Outre les rameaux nerveux précités, le sterno-cléido-mastoïdien reçoit parfois un petit filet du grand hypoglosse (Maubrag, Breglia).
5° Action. — Prenant son point fixe sur le sternum et la clavicule, le sternomastoïdien agit sur la tête.
En raison de sa triple obliquité, il lui imprime les trois mouvements suivants : -P* il la fléchit sur la colonne vertébrale; il l’incline de son côté; 3° il lui fait exécuter un mouvement de rotation, en vertu duquel le menton est porté du côté opposé, à gauche dans la contraction du muscle du côté droit, à droite dans la contraction du muscle gauche.
Lorsque les deux sterno-cléido-mastoïdiens se contractent ensemble, ils sont simplement fléchisseurs de la tête, les mouvements d’inclinaison latérale et de rotation, déterminés par l’un des deux muscles, se trouvant naturellement annihilés par l’action antagoniste de fautre.
Variétés. — Le muscle sterno-cléido-mastoïdien peut présenter une intersection aponévrotique, située de préférence dans le voisinage de son extrémité inférieure. — 11 peut s’unir par
son bord postérieur avec le trapèze (voy. ce muscle). — Macalister signale, comme faisceaux aberrants du muscle en question : 1° un faisceau s’insérant au-devant de l’apopliyse mastoïde ; 2" un faisceau s’attachant au pavillon ; 3« un faisceau se portant sur le ligament stylo-maxillaire. — Giiudzinski a observé un petit faisceau mastoldo-parotidien qui se perdait dans la région parotidienne. — J’ai rencontré, le long du bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien, un petit faisceau musculaire qui s’étendait do l’apophyse mastoïde à la gaine des vaisseaux carotidiens, à la hauteur du cartilage thyroïde {faisceau, masto- carotidien). — L’insertion à l’angle du maxillaire d’un faisceau émanant du sterno-mastoïdien a été observée par Brugnone, Theile, Macalister, Megkel, Maubrac et par moi-rnème : chez le cheval, l’homologue de notre sterno-mastoïdien est un muscle sterno-maxillaire. — Le chef sternal peut être double à son origine et dans une étendue plus^ou moins considérable de son trajet. — 11 en est de même souvent du chef claviculaire, dont les deux faisceaux se portent alors, l’un à l’apophyse mastoïde, l'autre à l’occipital. — La rencontre, sur le même sujet, de ces deux dernières anomalies constitue un s terno-cléi domas tdidiea double (fig. 69o). ou à quatre chefs, un vrai quadrij arneau de la tête, tel que nous l’avons décrit ci-dessus. Des faits de cette nature ont été observés par WooD, CuRNow, Kolliker, Maubrag et par moi- Anomalie reproduisant la constitution typique même : üs Sont loin d’être rares. Une pareille disposidu sterno-cléido-mastoïdien fd'après Mal’bkac). est normale cliez quelques animaux, l’hyène par
1, sterno-mastoïdien. - 2, sterno-occipitai. — 3, exemple. — W. Gbuber {Arck. f. Aiiat. und Phys., 1876, cléido-occipitai. —4, ctéido-mastoidien. p 739 gp 759^ clief claviculaire du stemo-cléido-
mastoïdien s’insérer sur l’apophyse transverse de l’axis [muscle cléido-axdidien) . — Des faisceaux claviculaires surnuméraires s’observent parfois en arrière du chef claviculaire normal ; ces faisceaux se terminent en haut, soit sur l'atlas [muscle cléido-atloïdien), soit sur l’occipital [muscle cléido-occipital) .
Muscle cléido-occipital de Wood, — Le professeur Wood a décrit et judicieusement interprété sous ce nom [Transact. of Roy. Soc. of London, 1869) un muscle surnuméraire plus ou moins distinct du sterno-cléido-mastoïdien qui, partant de la clavicule, vient se fixer à la ligne courbe supérieure de l’occipital, en arrière de ce dernier. Sa fréquence chez l’homme est de 33 p. 100. Sa largeur est fort variable ; je l’ai vue, le plus souvent, osciller entre 8 et lo millimètres ; mais elle peut n’avoir que 4 millimètres, comme aussi elle peut dépasser 2 centimètres. J’ai vu, dans un cas, le muscle cléido-occipital occuper pres([ue toute l’étendue du triangle sus-claviculaire. Quant à sa constitution, le muscle cléido-occipital est généralement charnu dans presque toute
Fig. 69o.
RÉGION LATÉRALE DU COU
son étendue, ses insertions occipila.le et claviculaire se faisant le plus souvent à l’aide de fibre^ tendineuses excessivement courtes. Le cléido-occipital existe normalement chez un grand nombre de mammifères.
Voyez, à propos du sterno-cléido-mastoïdien, Vlacovich, Rivista dei labori delV Accad. di Padova, t. III, 1859-1860 ; — Du même, Atti delV Istit. Veneto di Scienze, LetLere ed Arli, vol. IL 1876; — Kraüse, Die Musc, sterno-cleido-mastoideus, in Med. Gentralbl., 1876; — Farabeuf, Progrès Méd., 1881; — Maubrac, Recherches anatomiques et physiologiques sur le muscle slernocléido-mastoidien. Thèse Bordeaux, 1883; — Breglia, Osservazioni e considerazioni sullo sternocleido-mastoideo delVuomo, Riforma medica, 1890; — Streissler. Zur vergl. Anal, des M. cucullaris U. M. sterno-cleido-mastoideus, Arch. f. Anat. u. PhysioL, 1900.
3° — S GALÈNES
Les scalènes (de azaLr,v6ç, inégal) sont deux, muscles irrégulièrement triangulaires, situés profondément sur les côtés du cou, entre les premières côtes et les apophyses transverses des vertèbres cervicales. En France, nous distinguons deux scalènes, dont les noms indiquent nettement leur position réciproque ; le scalène antérieur et le scalène postérieur. Les anatomistes anglais et allemands divisent ce dernier en deux portions, une portion antérieure ou scalène moyen et une portion supérieure ou scalène postérieur. Ils décrivent ainsi trois scalènes. Une pareille distinction ne me paraît nullement justifiée chez l’hommé.
1° Insertions. — Les insertions supérieures et inférieures des muscles scalènes varient pour chacun d’eux. Nous les étudierons séparément pour V antérieur et le postérieur.
a. Scalène antérieur. — Le scalène antérieur (fig. 696,7j se détache, en haut, des tubercules antérieurs des 3®, 4% 3® et 6® vertèbres cervicales, à l’aide de quatre languettes, tendineuses d’abord, charnues ensuite. Ces quatre faisceaux d’origine, primitivement distincts, se fusionnent bientôt en un corps charnu unique, qui vient se fixer, à l’aide d’un tendon arrondi, sur le tubercule de la face supérieure de la première côte {tubercule de Lis franc).
b. Scalène postérieur. — Le scalène postérieur (fig. 696,6 et 6’j s’insère, en haut, sur les tubercules postérieurs des apophyses transverses des sept vertèbres cervicales. En bas, il se divise en deux faisceaux, lesquels viennent s’attacher : l’antérieur, sur la face supérieure et le bord externe de la première côte ; le postérieur, sur le bord supérieur et la face externe de la deuxième côte.
2° Rapports. — En ce qui concerne leurs rapports, les muscles scalènes doivent encore être envisagés séparément :
y) Le scalène antérieur répond successivement en avant, et en allant de bas en haut, à la veine sous-clavière, à la clavicule et au sous-clavier, au sterno-cléidomastoïdien, à l’omo-hyoïdien, à l’artère cervicale ascendante et au nerf phrénique.
P) Le scalène postérieur répond, en arrière, aux muscles transversaire du cou, sacro-lombaire, grand et petit complexus, angulaire de l’omoplate, splénius. Ses insertions costales sont recouvertes par les deux premières digitations du grand dentelé.
y) Les deux scalènes sont séparés l’un de l’autre par un espace triangulaire à base inférieure. Dans cet espace, nous rencontrons : 1® l’artère sous-clavière, contournant la première côte dans une gouttière spéciale, décrite en ostéologie ; 2® les diverses branches du plexus brachial qui, des trous de conjugaison, se dirigent obliquement vers l’aisselle. Ces branches nerveuses sont appliquées contre la face antérieure du scalène postérieur, sur un plan un peu postérieur à celui qui est occupé par l’artère sous-clavière. De la description qui précède, il résulte que
MYOLOGIE
l’artère sous-clavière et la veine de même nom sont séparées l’une de l’autre, à leur passage sur la première côte, par le muscle scalène antérieur (fig. 696,12 et i3j.
3^ Innervation. — Les deux scalènes reçoivent l’im et l’autre des filets nerveux multiples. — Le scalène antérieur est innervé par des filets très courts, qui se détachent des branches antérieures des troisième, quatrième, cinquième et
1. apophyse basilaire de l'occipital. — 2, grand droit antérieur de la tête. — 3, petit droit antérieur de la tète. — 4, droit latéi’al. — 4’, trou déchire postérieur. — 5, faisceaux supérieurs du long du cou. — 5’, faisceaux inférieurs, et 5”, faisceaux intermédiaires de ce même muscle. — 6, scalène postérieur, avec G’, son insertion à la seconde côte.
— 7, scalène antérieur. — 8, 8, 8, 8, muscles intertransversaires antérieurs. — 9, 9, intortransversaires postérieurs.
— 10, 11, première et seconde côtes. — 12, artère sous-clavière. — 13, veine sous-clavière. — Cvi, septième vertèbre cervicale. — Di, I)ni, première et troisième vertèbres dorsales.
sixième nerfs cervicaux, tout près de leur émergence. — Le scalène postérieur reçoit des branches postérieures des nerfs cervicaux, des filets nerveux à la fois très courts et très grêles, qui pénètrent dans le muscle au niveau de la partie interne de sa face antérieure.
4° Action. — Les deux scalènes, s’ils prennent leur point fixe sur la colonne vertébrale, élèvent les côtes et sont inspirateurs. — S’ils prennent, au contraire, leur point fixe sur les côtes préalablement fixées, ils agissent sur la colonne cervicale ;
RÉGION LATÉRALE DU COU
et alors : si les scalènes d’un seul côté se contractent, ils inclinent cette
colonne de leur côté; 2° s’ils se contractent simultanément des deux côtés, ne pouvant l’incliner ni à droite ni à gauche, ils appliquent fortement chaque vertèbre sur celle qui la suit et communiquent ainsi à la colonne tout entière cette rigidité qui lui est indispensable dans certains actes de la vie, dans celui par exemple qui consiste à porter en équilibre sur la tête un fardeau pesant.
Variétés. — Quelques-uns des faisceaux constitutifs des scalènes peuvent manquer. — M.vca- LisTER a vu manquer en entier le scalène antérieur. — Il n’est pas rare de rencontrer le scalène postérieur divisé en deux faisceaux distincts, l’un pour la première côte, l’autre pour la deuxième. — J’ai vu, dans un cas, le scalène postérieur s’insérer exclusivement sur la première côte ; par contre, il peut descendre jusqu’à la quatrième côte (Theii.e, Macalister, SHErHEen) et meme jusqu’à la cinquième (Be.^unis et Bouchard). — J’ai observé assez fréquemment, après Wood, Theiue et autres, des faisceaux anastomotiques jetés entre les deux scalènes dans l’un ou l’autre sens. — Macalister a vu le scalène postérieur perforé par quelques branches du plexus brachial ; j’ai plusieurs fois observé la même disposition chez l’homme; je l’ai constatée aussi chez un cercopithèque. — Le scalène postérieur peut être traversé de dedans en dehors par l’artère scapulaire posiérieur. — Au point de vue du muscle supracostal, qui, dans bien des cas, se rattache bien manifestement au système des scalènes, voy. p. 843.
Scalène intermédiaire. — J’ai décrit sous ce nom [Bull. Soc. d'Anthrop., 1883) un faisceau surnuméraire, que j'ai rencontré plusieurs fois chez l’homme, mais qui est constant dans un grand nombre d’espèces simiennes. 11 s’étend de la première côte aux tubercules, soit antérieurs, soit postérieurs, des sixième ou septième cervicales et sépare, à ce niveau, l'artère sous-clavière du plexus brachial. Nous devons considérer, je crois, comme une variété de ce muscle : 1® le scalène accessoire observé par Macalister, qui se rendait de la première côte au quatrième, cinquième et sixième vertèbres cervicales; 2® et aussi ce faisceau singulier, mentionné par Beaunis et Bouchard, qui, partant du cul-de-sac supérieur. de la plèvre, allait se fixer sur l’apophyse transverse delà septième cervicale, constituant ainsi une sorte de muscle pleuro-transversaire.
Voyez, au sujet des scalènes ; Sébilleau, Le muscle scalène, G. R. Soc. de Biol., 1891 ; — Gilis, Note sur l'anat. des muscles scalènes, ibid., 1891 ; — Du même. Anal, des muscles scalènes chez les ruminants, les solipèdes et les carnassiers, ibid., 1892; — Livini, Osserv. anat.e considérât, critiche interno al M. scaleno nelV uomo, Arch. Anat. c Embriol., 1908.
— Droit latéral de la tête
Le nuiscle droit latéral de la tête (fig. 695, 4) est iln faisceau charnu, cylindrique plutôt qu’aplati, situé sur les côtés de l’articulation occipito-atlo'idienne.
Insertions. — Il s’insère, d’une part, sur Vapophyse iransverse de l’atlas, d’autre part sur l’apophyse jugulaire de l’occipital, apophyse jugulaire que Ton doit considérer, en anatomie philosophique, comme l’apophyse transverse de la première vertèbre crânienne ou vertèbre occipitale. Il en résulte que le muscle droit latéral de la tête n’est évidemment que le plus élevé des intertransversaires ou, si l’on veut, l’intertransversaire du premier espace (voy. plus loin. Muscles inter transversaires, p. 817).
2° Rapports. — Le droit latéral de la tête est en rapport : en avant, avec le petit droit antérieur de la tête et avec la veine jugulaire interne ; en arrière, avec les deux muscles grand droit postérieur et petit oblique de la tête et, aussi, avec l’artère vertébrale.
3® Innervation. — Il est innervé par un rameau issu de la branche antérieure du premier nerf cervical.
4° Action. — Son action est la même que celle des intertransversaires (voy. ces muscles, p. 817).
Variétés. — Il était absent dans un cas de Henle, double dans un cas de Theile. — Otto a décrit, sous le nom de reclus lateralis longus, un faisceau musculaire qui se rendait de l’apophyse jugulaire de l’occipital à l’apophyse transverse, non plus de l’atlas, mais de l’axis.
anatomie humaine. — T. I, 6® édit.
MYOLOGIE
Muscle atloïdo-mastoïdien. — C’est un faisceau cylindrique, rubané ou fusiforme, s’insérant d’une part sur l’apophyse transverse de l’atlas, d’autre part sur l’apophyse mastoïde, laquelle représente l’apophyse transverse de la deuxième vertèbre crânienne. Ce faisceau surnuméraire acquiert ainsi la signification d’un long inlertransversaire. Déjà signalé par Winslow sous le nom de reclus latevalis accessorius, il a été étudié avec le plus grand soin par le professeur \V. Gruber [Der Musc, allanlico-masloideus, in Arch. für Anat. u. Phys., 1876, p. 733).
ARTICLE II
RÉGION DE L’OS HYOÏDE
La région de l’os hyoïde renferme huit muscles, divisés en deux groupes : un groupe supérieur ou sus-hyoïdien, un groupe inférieur ou sous-hyoïdien,
§ l. — Muscles sous-hyoïdiens
Les muscles sous-hyoïdiens, ainsi appelés parce qu’ils sont placés au-dessous de l’os hyoïde, sont au nombre de quatre : le sterno-cléido-hyoïdien, V omo-hyoïdien, le slerno-thyroïdien et le thyro-hoïdien.
Le plus superliciel des muscles de la région sous-hyo’idienne, le sterno-cléidohyo’ïdien (lig. 650, 10), est un ruban charnu de 15 à :25 millimètres de largeur, s’étendant de l’extrémité supérieure du thorax à l’os hyoïde.
1° Insertions. — 11 s’insère, en bas : D par le plus grand nombre de ses faisceaux, sur l’extrémité interne de la clavicule et sur le ligament sterno-claviculaire postérieur; par quelques faisceaux seulement, sur le sternum ou même sur le premier cartilage costal.
- De là, ses libres se portent en haut et un peu en dedans et viennent se fixer sur le bord inférieur de l’os hyoïde, en dedans de l’omo-hyoïdien, en avant du thyro-hyoïdien.
2^ Rapports. — • Contigus au niveau de leur extrémité supérieure, les deux muscles sterno-cléido-hyoïdiens droit et gauche s’écartent graduellement l’un de l’autre en gagnant la région sterno-claviculaire, de façon à circonscrire entre eux un espace triangulaire à base inférieure. Le sterno-cléido-hyo’ïdien est recouvert par les origines du sterno-cléido-mastoïdien, par la peau et par le peaucier. Il recouvre, h son tour, le sterno-thyro’idien et, tout à fait en haut, le thyro-hyo’ïdien.
3° Innervation. — Le muscle sterno-cléido-hyoïdien est innervé par les branches antérieures des ti^ois premiers nerfs cermcaux. Les filets nerveux qui lui sont destinés et qui l’abordent au voisinage de son extrémité supérieure, se trouvent contenus dans Vanse de Vhypoglosse (voy. ce nerf).
4“ Action. — Il abaisse l’os hyoïde.
Variétés. — Les insertions sternales font souvent défaut. — Les insertions claviculaires peuvent aussi faire défaut, mais le cas est beaucoup plus rare. — Le muscle peut être double. — La présence d’une intersection fibreuse à la réunion du tiers inférieur avec le tiers moyen est très fréquente : elle a la même signification que les intersections fibreuses du grand droit de l'abdomen. — Le sterno-cléido-hyoïdien peut s’unir plus ou moins : 1“ avec l’omo-byoïdien ; avec le sterno-thyroïdien ; 3“ avec le muscle homonyme du côté opposé, — Mac Wuinnie a vu un faisceau
RÉGION DE L’OS HYOÏDE
aberrant du sterno-cléido-hyoïdien franchir l’os hyoïde et se perdre dans le roylo-hyoïdien, disposition qui rappelle muscle sterno-glosse de quelques mammifères.
, 2° — Omo-hyoïdien
Le muscle omo-hyoïdien (fig. 659, 14) qu’on désigne encore sous les noms de omoplato- ou scapulo-hyoïdien, est un muscle digastrique, qui s’étend, sur les côtés du cou, du bord supérieur du scapulum à l’os hyoïde. Tl est divisé par un tendon moyen ou intermédiaire (üg. 697, 15) en deux portions ou ventres, l’un antérieur, l’autre postérieur.
1° Insertions. — Il s’attache en arrière, par son ventre postérieur, sur la portion du bord supérieur du scapulum qui est immédiatement placée en dedans de l’échancrure coracoïdienne; cette ligne d’insertion postérieure a une étendue de 10 à 15 millimètres. En avant, il s’insère, par son ventre antérieur, sur la portion la plus externe du corps de l’os hyoïde, ainsi que sur la grande corne, en dehors du muscle sterno-cléidohyoïdien, en avant du thyro-hyoïdien.
Suivi de son insertion scapulaire à son insertion hyoïdienne, le muscle omo-hyoïdien se porte d’abord en dedans , en longeant le bord postérieur de la clavicule.
Puis, se redressant brusquement sur sa direction initiale, il se porte en haut, en suivant le bord externe du sternocléido-hyoïdien. Les deux ventres de l’omo - hyoïdien ne sont donc pas situés sur une seule et même ligne droite ; ils forment l’un avec l’autre un angle fortement obtus, ouvert en haut et en dehors, dont le som-
Fig. 697.
Muscles sus- et sous-hyoïdiens à l’état d’isolement.
1, cartilage thyroïde. — 1’, trachée. — 2, corps thyroïde. — 3, maxillaire inferieur. — 4, apophyse zygomatique. — 5, cavité glénoïde du temporal, — G, conduit auditif externe. — 7, apopliyse mastoïde. — 8, grande corne de l’os hyoïde. — 9, clavicule. — 10, muscle sterno-cléido-hyoïdien, réséqué à gauche pour laisser voir: 11, le muscle sterno-thyroïdien ; 12, le muscle thyro-hyoïdien; 13, la corde ligamenteuse séparant ces deux derniers muscles. — 14, muscle omo-hyoïdien. — 15, son tendon intermédiaire. — 16, ventre antérieur et 16’, ventre postérieur du digastrique. — 17, muscle mylo-hyoïdien. — 17’, raphé sus-hydidien. — 18, muscle stylo-hydidien. — 18’, muscle génio-hyoïdien. — 19, muscle hyo-glosse. — 20, sterno-cléido-mastoïdien. — 21, trapèze. — 22, grand pectoral.
MYOLOGIE
met répond justement au tendon intermédiaire , indiqué ci-dessus. 11 en résulte que le muscle, considéré dans son ensemble, décrit une longue courbe à convexité dirigée en bas et en dedans.
2° Rapports. — L’omo-byoïdien répond, à son origine, au muscle sus-épineux. Plus loin, il se trouve recouvert par le trapèze, le sous-clavier, la clavicule.
Arrivé au niveau du bord antérieur du trapèze, il se dégage de ce muscle et traverse alors successivement les trois régions sus- claviculaire, carotidienne et soushyoïdienne. — Dans la région sus-clamculaire, il est recouvert par le peaucier et recouvre à son tour les scalènes et le plexus brachial. — Dans la région carotidienne, il est recouvert par le sterno-cléido-mastoïdien et recouvre, en les croisant, la veine jugulaire interne et la carotide primitive. — Dans l(i région soushyoïdienne, enfin, il répond de nouveau au peaucier par sa face antérieure, tandis que sa face postérieure repose sur le corps thyroïde et sur le muscle thyro-hyoïdien.
3° Innervation. — Le ventre antérieur et le ventre postérieur de l’omo-hyoïdien sont innervés l’un et l’autre par Vanse de l'hypoglosse. Les filets nerveux qu’ils reçoivent proviennent réellement, comme pour le sterno-cléido-hyoïdien, des branches antérieures des trois premiers nerfs cervicaux (voy. Grand hypoglosse).
¥ Action. — Comme le muscle précédent, l’omo-hyoïdien abaisse l’os hyoïde en le portant un peu en arrière. Pour Richet, l’omo-hyoïdien aurait pour principale fonction de tendre, en redressant sa courbure, l’aponévrose cervicale moyenne (voy. plus loin p. 790j; il contribuerait ainsi, par action secondaire, à maintenir béantes les grosses veines du cou au moment de l’inspiration et, comme conséquence, favoriserait dans ces vaisseaux, la circulation de retour. Une pareille opinion me paraît en opposition formelle ; i° avec l’absence de f omo-hyoïdien chez certains mammifères, dont la circulation dans les veines du cou est tout aussi active que chez les animaux qui possèdent un omo-hyoïdien ; 2'^ avec l’absence de ce même muscle constatée parfois dans l’espèce humaine ; 3'^ avec l’absence de troubles circulatoires, à la suite de section de l’omo-hyoïdien chez l’homme.
Variétés. — On a constaté ; l'absence totale du muscle omo-hyoïdien, sans compensation par un autre muscle; j’en ai réuni neuf cas, dont un personnel; l'absence du ventre antérieur ; dans ce cas, le ventre postérieur se perd le plus souvent sur l'aponévrose [M. coracocerüicalis de Kr.vuse) ; 3“ l'absence du ventre postérieur ; dans ce cas, le ventre antérieur vient se perdre également sur l’aponévrose {M. Iiyo-f'ascialis). — Par contre, on peut observer la duplicité du muscle, portant, soit sur le muscle tout entier, soit seulement sur l’un ou l’autre des deux ventres. — Par suite d’un déplacement des insertions scapulaires, l'onio-hyoïdien peut se détacher : 1° du ligament coracoïdien ou de l’apophyse coracoïde; de racromion ; 3» de la première côte ; 4° de la clavicule. — D'autre part, l’omo-hyoïdien, tout en restant normal, peut recevoir des ditferents points précités des faisceaux de renforcement. — Le tendon intermédiaire du muscle, qui a toute la valeur d’une inLersection aponévroiiqae (première cote cervicale de Henlej, fait défaut une fois sur trente sujets (Wood). — Quelques faisceaux de l’omo-hyoïdien peuvent passer dans la région sus-hyoïdienne et se réunir soit au mylo-hyoïdien (Macausier), soit au stylo hyoïdien (Wood). — Dans un cas observé par Gérard [Bibl. anat., 18t)0), l’omo-hyoïdien, normal à son origine, se terminait par quatre faisceaux allant successivement à l’os hyoïde, au sterno-cléïdo-hyoïdien, au sterno -thyroïdien et à la première côte.
Voyez pour la véritable signification du muscle omo-hyoïdien chez l’homme : Gëgenbaur, Ueber den Musc, omo-kydideus tuid seine Schlüsselbeinverbindung , in Morph. Jahrbuch, 1875, p. 243; Testut, Le muscle omo-hydidien et ses anomalies, in Gaz. hebd. des Sc. médicales de Bordeaux, et tirage à part, 1882; Marcondès, Thèse de Rio-Janeiro, 1884.
3° — SïERN O -THYROÏDIEN
Le sterno-thyro'idien (fig. 697, 11) est, comme le sterno-cléido-hyo'ïdien, au-dessous duquel il est situé, un muscle large et rubané, s’étendant du sternum au cartilage thyro'ide.
RÉGION DE L’OS HYOÏDE
1° Insertions. — Il s’insère : 1° d’une part, sur la face postérieure du premier cartilage costal et sur la face postérieure de la poignée du sternum jusqu’à la ligne médiane (fig. 698, 2); 2® d’autre part, sur les deux tubercules de la face externe du cartilage thyroïde, ainsi que sur une corde ligamenteuse, oblique en haut et en dehors, qui réunit l’un à l’autre ces deux tubercules.
2° Rapports . — Le muscle sternothyroïdien est recouvert par le sternocléido-hyoïdien dans la plus grande partie de son étendue. A son tour, il recouvre la trachée-artère, le corps thyroïde et, par ses faisceau?: les plus externes, la carotide primitive et la veine jugulaire interne.
Il est à remarquer que la direction du sterno- thyroïdien n’est pas complètement verticale, mais légèrement oblique de bas en haut et de dedans en dehors. Il résulte de cette obliquité que les deux muscles sterno - thyroïdiens droit et gauche, contigus à leur origine sternale, sont séparés, au niveau de leur insertion thyroïdienne, par un intervalle d’un ou de plusieurs centimètres : entre eux se trouve un interstice triangulaire à hase supérieure.
3° Innervation. — Il est innervé, comme les deux muscles précédents, par des rameaux issus Vanse de V hypoglosse : ces rameaux pénètrent dans le muscle par la partie externe de sa face profonde.
4° Action. — Le muscle sterno-thyroïdien ahaisse le larynx, sur lequel il s’insère, et, par l’intermédiaire du larynx, l’os hyoïde.
Variétés. — Les faisceaux qui partent du premier cartilage costal peuvent faire défaut, comme aussi le musclé peut se trouver renforcé par des faisceaux surajoutés émanant de la clavicule. — L’absence du tiers moyen du muscle a été signalée par Walsham (in Saint-Barf.holomew’s Hospital Reports, . 4880). — Le sterno-thyroïdien peut entrer en connexion plus ou moins intime avec celui du côté opposé, soit par fusionnement sur la ligne médiane, soit par envoi de faisceaux anastomotiques. — Il peut même se fusionner partiellement avec le constricteur intérieur du pharynx (Woou, Walsham, Flesgh) ; j’ai observé cette disposition chez le chimpanzé. — Une intersection aponévrotique existe fréquemment au niveau de la fourchette sternale.
4° — Thyro-hyoïdien
Le thyro-hyoïdien (fig. 697, 12) est un muscle quadrilatère, continuant en haut la direction du muscle précédent.
1° Insertions. — Il s’insère, en has, sur les deux tubercules thyroïdiens et sur la corde ligamenteuse qui les réunit l’un à l’autre.
De là les faisceaux du muscle se portent verticalement en haut et viennent s’attacher sur le hord inférieur du corps et de la grande corne de l’os hyoïde.
2° Rapports. — Sa face antérieure ou superficielle répond au sterno-hyoïdien
Fig. 698.
Insertions inférieures des deux muscles sternocléido-hyoïdien et sterno-thyroïdien.
1, extrémité inférieure du muscle sterno-cléido-hyoïdien.
— 2, extrémité inférieui’e du sterno-thyroïdien. érigné en arrière, du côté gauche, pour laisser voir le muscle précédent.
— 3, ligament interclaviculahe. — 4, clavicule. — 5, première côte. — 6, sternum. — 7, deuxième côte.
MYOLOGIE
et à l’omo-hyoïdien, qui le recouvrent. Sa postérieure ou profonde repose sur le cartilage thju-oïde et, au-dessus de lui, sur la membrane thyro-hyoïdienne ; elle
est séparée de cette membrane par les vaisseaux et nerfs laryngés supérieurs.
Signalons, en passant, la présence, entre le muscle thyro-hyoïdien et la membrane thyro-hyoïdienne, d’une bourse séreuse, la bourse de Boyer.
3® Innervation. — Le thyro-hyoïdien est innervé par un rameau spécial du grand hypoglosse, le nerf du thyrohyoïdien. Mais ce rameau, d’après les recherches de Holl (voy. Grand hypoglosse), provient encore des nerfs cervicaux.
¥ Action. — Il abaisse l’os hyoïde ; ou bien, si ce dernier os est fixé par la contraction préalable de ses élévateurs, il agit sur le larynx, qu’il attire en haut.
Variétés. — La corde ligamenteuse thyroïdienne sur laquelle viennent s’attacher, en bas le slerno - thyroïdien . en haut le thyrohyoïdien , me paraît avoir la signification d’une intersection aponévrotique, analogue à celles qui traversent le grand droit de l'abdomen. Dès lors, le sterno-thyroïdien et le thyro-hyoïdien ne sont que les deux portions d’un seul et même muscle que Ton pourrait appeler le muscle sterno-liyoïdien profond et qui serait interrompu au niveau du cartilage thyroïde par une intersection fibreuse. Aussi, voiton, dans certains cas, quelques faisceaux passer sans s’interrompre d’un muscle dans l’autre, ou même les deux muscles se fusionner entièrement par disparition complète de la corde ligamenteuse .
Muscle élévateuh du corps thyroïde. — Soemmerixg a décrit sous ce nom un faisceau musculaire plus ou moins développé, qui, partant de i’os hyoïde, venait se terminer sur un point quelconque de la face antérieure du corps thyroïde. Ce muscle n’est autre qu’un faisceau aberrant des muscles rubanés, précédemment décrits entre le sternum et l’os hyoïde, qui, au lieu de se rendre à son insertion inférieure ordinaire, s’arrête en route pour se fixer sur le corps thyroïde. Ce muscle ne se rattache à aucune fonction spéciale ; c’est un non-sens que d’attribuer une fonction active à un organe atrophié et rudimentaire.