DES ORTEILS
Le plus interne des muscles de la couche profonde, le fléchisseur commun ou fléchisseur tibial des orteils (fig. 864, 2), s’étend de la partie moyenne du tibia aux quatre derniers orteils.
1° Insertions. — Il s’insère, en haut : 1° sur la lèvre inférieure de la ligne oblique du tibia, immédiatement au-dessous du soléaire ; 2° sur le tiers moyen de la face postérieure du tibia ; 3° sur la cloison fibreuse qui le sépare du muscle jambier postérieur.
De ces différentes surfaces d’implantation, les fibres charnues se portent verticalement en bas et viennent se réunir sur la face antérieure d’un fort tendon {tendon terminal), qui remonte très haut dans l’intérieur du muscle.
Ce tendon terminal glisse tout d’abord derrière la malléole interne, dans une gouttière qui lui est commune avec le tendon du tibial postérieur. Puis, changeant de direction et se portant en avant et en bas (fig. 866, il traverse la gouttière calcanéenne interne, en passant au-dessous de la petite apophyse du calcanéum. Il arrive ainsi à la région plantaire, croise en X le tendon du fléchisseur propre du gros orteil, qui est plus profondément placé, reçoit sur son côté externe le muscle accessoire ou chair carrée (voy. plus loin) et, finalement, se divise en quatre teyidons terminaux. Ces tendons se portent en divergeant vers leurs orteils respectifs et, parvenus sur les phalanges, se comportent de la même façou que les tendons
^ Les dénominations de fléchisseur commun des orteils et de fléchisseur propre du gros orteil sont inexactes. Le premier de ces muscles, en effet, ne se rend pas à tous les orteils, comme semble l’indiquer le mot de commun, sous lequel on le désigne ; et, d’autre part, le fléchisseur propre du gros orteil tient sous sa dépendance, non pas seulement le premier orteil, comme l’indique l’adjectif propj’c, mais aussi le deuxième et le troisième. Les synonymes de fléchisseur tibial et de fléchisseur péronier des orteils que j’introduis dans le langage classique, me paraissent bien préférables : ils ont le double avantage de ne rien préjuger sur leur mode de terminaison et de rappeler nettement leur mode d’origine sur le squelette de la jambe, le premier (le fléchisseur tibial) se détachant du tibia, le second (le fléchisseur péronier) s’insérant sur Je péroné.
RÉGION POSTÉRIEURE DE LA JAMBE
du fléchisseur profond ou perforant des doigts, leurs homologues au membre supérieur (voy. p. 927). Ils se fixent, par conséquent, sur l’extrémité postérieure de la troisième phalange. „
2° Rapports. — Les
rapports du fléchisseur tibial des orteils varient suivant la région où on les considère :
a) A la jambe, ce muscle est recouvert par le soléaire et, au delà du soléaire par les deux jumeaux , principalement par le jumeau interne. A son tour, il recouvre le tibia et une portion du muscle tibial postérieur.
P) Au cou-de-pied, son tendon glisse, à l’aide d’une synoviale que nous décrirons plus loin, dans une gaine ostéo-fibreuse spéciale, ayant sur son côté antérieur le tendon du tibial postérieur, sur son côté postérieur les vaisseaux tibiaux postérieurs et le nerf qui les accompagne.
y) A la piaule du pied (fig. 874, 2), il recouvre l’abducteur du gros orteil .
Il est lui-même recouvert, tout d’abord par l’adducteur du gros orteil et, plus bas, par le court fléchisseur commun des orteils . Il donne insertion aux quatre lombrieaux du pied.
S) Au niveau des orteils, les tendons terminaux du fléchisseur tibial sont logés dans des gai-
Fig. 864.
Muscles de la région postérieure de la jambe, couche profonde.
Fig. 865.
Les mêmes, après l’ablation des fléchisseurs des orteils et du long péronier latéral.
A, tibia. — B, péroné. — C, — fémur. — 1, jambier postérieur. — 2, long fléchisseur commun des orteils. — 2\ le même muscle, réséqué à sa partie moyenne. — 3, long fléchisseur du gros orteil. — 3’, le même muscle, réséqué dans sa partie moyenne, pour laisser voir les insertions du jambier postérieur 1 et du court péronier latéral 4. — 5, long péronier latéral, avec 5’, 5’, son tendon. — 6, soléaire avec 6’, son insertion sur la ligue oblique du tibia. — 6”, anneau du soléaire. — 7, poplité. — 7’, son extrémité Supérieure. — 8, tendon inférieur du demi-membraneux. — 9, plantaire grêle. — 10, jumeau externe. — 11, jumeau interne. — 12, tendon d’Achille.
nés ostéo- fibreuses, entièrement analogues à celles que nous avons déjà rencontrées et décrites pour les fléchisseurs des doigts (p. 024).
MYOLOGIE.
3° Innervation. — Le muscle fléchisseur tibial des orteils est innervé par des rameaux du tibial postérieur : ces rameaux le pénètrent par sa face superficielle, au voisinage de son bord externe.
4° Action. — Ce muscle fléchit d’abord les quatre derniers orteils sur le pied, et étend ensuite le pied sur la jambe.
G*" — Long fléchisseur propre du gros orteil
ou FLÉCHISSEUR PÉRONIER DES ORTEILS
Le plus externe des muscles de la couche profonde, le long fléchisseur du gros
orteil (fig. 866,3) s’étend du péroné au premier orteil.
1° Insertions. — 11 s’insère, en haut : 1° sur les deux tiers inférieurs de la face postérieure du péroné ; sur la cloison fibreuse qui le sépare du groupe des péroniers latéraux; 2*^ sur la partie inférieure du ligament interosseux.
De ces nombreuses surfaces d’insertion, les fibres musculaires se portent en bas et un peu en dedans et se terminent autour d’un longtendon, qui occupe presque toute la hauteur du muscle. Ce tendon terminal (fig. 866,3) glisse successivement : L sur la face postérieure de l’extrémité inférieure du tibia, dans une gouttière spéciale; 2° dans la gouttière oblique, que nous avons déjà décrite (p. 369) sur la face postérieure de l’astragale ; 3® dans la gouttière calcanéenne interne au-dessous du muscle précédent. 11 arrive ainsi à la région plantaire, croise la face profonde du tendon du fléchisseur commun, s’engage alors entre les muscles de la loge interne et les muscles de la loge moyenne (fig. 874, 1) et atteint le gros orteil, où il se termine sur l’extrémité postérieure de la deuxième phalange.
En pénétrant dans la région plantaire, le fléchisseur propre du gros orteil envoie une branche de bifurcation souvent très volumineuse aux tendons du fléchisseur commun : cette branche, qui a été tout particulièrement étudiée par Turner {Transact. of the Roy. Soc. of Edinburgh, 1863), et par Eilhard ScHüLïZE (Siebold u. Kôllikefs Zeitschrift f. wiss. Zoologie., 1867, t. XVll) se rend le plus souvent aux deuxième et troisième orteils. Elle est du reste constante et, nous le répétons, la dénomination de fléchisseur propre, donnée au muscle qui nous occupe, consacre une erreur.
Fig. 866.
Figure demi-schématique, montrant, à fétat d’isolement, les divers tendons de la plante du pied.
A, tibia. — B, péroné. — C, calcanéum. — M, malléole interne. — M’, malléole externe.
1, long péronier latéral, avec : 1’, son os sésamoïde ; 1”, son insertion au premier métatarsien. — 2, court péronier latéral, avec 2’, son insertion au cinquième métatarsien. — 3, 3’. long flécliisseur propre du gros orteil. — 4, 4, jambier postérieur. — 5, .5, 5, long fléchisseur commun des, orteils, renforcé en 6 par un petit faisceau provenant du fléchisseur propre.
RÉGION POSTÉRIEURE DE LA JAMBE
2° Rapports. — Nous les examinerons successivement, comme pour le muscle précédent, à la jambe, au cou-de-pied, au pied et au niveau du gros orteil :
a) A la jambe, le fléchisseur péronier est recouvert par le soléaire et par le tendon d’Achille. Il recouvre, à son tour, le péroné, le bord correspondant du postérieur, la partie inférieure du ligament interosseux. L’artère péronière, placée d’abord sur sa face postérieure, disparaît bientôt dans l’épaisseur du muscle, qu’elle traverse d’arrière en avant pour gagner sa face profonde.
P) Au cou-de-pied, il est contenu dans une gaine ostéo-fibreuse qui lui est propre et qui est tapissée d’une synoviale (voy. plus loin).
y) Au pied, il chemine dans une gouttière antéro-postérieure, que lui forment le court fléchisseur du gros orteil en dedans et l’ahducteur oblique du même orteil en dehors.
S) Au niveau du gros orteil, il passe entre les deux sésamoïdes métatarso-phalangiens, puis vient se placer sur la face inférieure de la première et de la deuxième phalanges, contre laquelle il est maintenu par une gaine fibreuse.
3° Innervation. — Le long fléchisseur propre du gros orteil est innervé, comme le précédent, par le nerf tibial postérieur.
4° Action. — Ce muscle fléchit, tout d’abord, les phalanges du gros orteil et celles des autres orteils sur lesquels il s’insère. Secondairement, il étend le pied sur la jambe.
Variétés. — Chacun des longs fléchisseurs peut être renforcé par un faisceau surnuméraire provenant, suivant les cas, du péroné, du tibia, de l’aponévrose. — Les fléchisseurs eux-mêmes s'envoient quelquefois des faisceaux anastomotiques. — Bahnsen [Renie u. Pfeufer's Zeitschrift, t. XXXIII, p. 32) a observé un fléchisseur propre du deuxième orteil, détaché de la face postérieure du tibia. — Bartholin a signalé, de même, un long fléchisseur du petit orteil, inséré également sur l’os interne de la jambe. — (Voy., à propos des lléchisseurs, Gies, Der flexor digitorum Redis long us und seine Varie lâten, Reichert u. üu Bois-Reymond’s Arch., 1868 ; — Glaesemer, Unters. üb. d. Flexorengruppe am Unterschenkel u. Füss d. Saugetiere, Morphol. Jahrb., 1908.
7"* — Jambier postérieur
Le jambier postérieur ou tibial postérieur (fig. 864 et 865, 1) est profondément situé entre les deux longs fléchisseurs des orteils qui lui sont parallèles. 11 s’étend des deux os de la jamhe au hord interne du pied.
Insertions. — Il prend naissance, en haut : 1® sur la ligne oblique et sur la face postérieure du tibia, au-dessous et en dehors du fléchisseur tibial ; 2° sur la portion de la face interne du péroné qui est située en arrière du ligament interosseux; 3° sur les deux tiers supérieurs de ce ligament interosseux; 4® sur les cloisons fibreuses qui le séparent des deux longs fléchisseurs.
De ces nombreuses et larges surfaces d’insertion, les fibres charnues du jambier postérieur se portent en bas tout autour d’un long tendon, qui apparaît dès la partie supérieure du muscle sous la forme d’une aponévrose dirigée d’avant en arrière. Ce tendon, placé d’abord en dehors de celui du fléchisseur commun des orteils, croise ce dernier à la partie inférieure de la jambe et en occupe successivement le côté antérieur et le côté interne. Glissant ensuite derrière la malléole interne, il la contourne de haut en bas et d’arrière en avant pour se porter vers le tubercule du scapho'ide. Il se termine sur ce tubercule, en envoyant des expansions aux trois cunéiformes et aux trois métatarsiens moyens.
Le tendon terminal du jambier postérieur présente, au niveau de son insertion
anatomie humaine. — T. I, 6e ÉDIT.
MYOLOGIE
scaplioïdienne ou un peu en arrière de cette insertion, un noyau filjro-cartilagineux, dont l’existence est assez constante. Ce noyau est susceptible de s’ossifier, constituant ainsi un véritable sésamoïde intratendineux.
2° Rapports. — Le janibier postérieur occupe successivement la jambe et la région du cou-de-pied :
a) A la jambe, le jambier postérieur est recouvert par le soléaire, par le fléchisseur commun des orteils, par le fléchisseur propre du gros orteil, par les vaisseaux tibiaux postérieurs et le nerf de même nom. — ü recouvre, à son tour, le ligament interosseux et une partie des deux os de la jambe. — En dedans, il répond au fléchisseur tibial ; en dehors, au fléchisseur péronier.
P) Au cou-de-pied, son tendon est contenu dans une coulisse ostéo-fibreiise, qui lui est propre et que tapisse une synoviale destinée à faciliter ses glissements (voy. plus loin). Il chemine tout d’abord sur le bord postérieur de la malléole. Plus bas, il passe sur le ligament latéral interne de l’articulation du cou-de-pied et sur le ligament calcanéo-scaphoïdien inférieur.
3° Innervation. — Le jambier postérieur est innervé par le tibial postérieur . Les rameaux qui lui sont destinés le pénètrent par sa face superficielle, au niveau de son tiers supérieur ou de sa moitié supérieure.
4° Action. — ■ En raison de son obliquité, le janibier postérieur exerce sur le pied une triple action : il l’étend sur la jambe, le porte dans l’adduction et lui imprime en même temps un mouvement de rotation en dedans.
Variétés. — Elles sont c.vcessivemeiil rares : le faisceau que Bahnsp:n [loc. cit.) avait pris pour un tibialh secumlus me paraît être un simple tenseur de la synoviali' du cou-de-pied, qui n’a rien de commun avec le jambier postérieur. — Ce muscle i)cut présenter des connexions plus ou moins étendues avec les longs lléchisseurs des orteils. — Il faisait défaut dans une observation de Buügk [Henle u. P feu fer' s Zeitschrift, t. X, p. 128). — L.\ciu décrit un tibial postérieur qui, de la partie inféi'ieure du tibia, se portait sur le calcanéum. — Dans un cas de Wood. le jambier postérieur envoyait une expansion au court lléchisseur du gros orteil. — Voy. Bosenfeld, Zur vergl. Anatomie des Musc, tibialis postions, Anat. llefte, 1898.
§ IV. — Coulisses et synoviales des tendons des muscles