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ARTICLE IV MUSCLES DU PIED

Les muscles du pied sont au nombre de vingt, répartis en quatre régions distinctes (dont une pour le dos de la main, les trois autres pour la face palmaire), savoir :

Une région dorsale, située à la face supérieure ou dos du pied ;

2® Une région plantaire interne, longeant le bord interne du pied et comprenant des muscles destinés au gros orteil ;

3° Une région plantaire externe, longeant le bord externe du pied et constituée par des muscles destinés au petit orteil ;

4^^ Une région plantaire moyenne, située entre les deux précédentes et occupant par conséquent la partie moyenne du pied.

Toutes ces régions correspondent exactement à celles que nous avons admises pour la main, abstraction faite de la première, la région dorsale, qui n’y est pas représentée, du moins à l’état normal.

§ T. — Région dorsale

La région dorsale du pied ne renferme qu’un seul muscle, le pédieux ou court extenseur des orteils.

Pédieux ou court extenseur des orteils

Le pédieux ou court extenseur des orteils (fig. 872, 1) est un muscle aplati et mince, situé à la région dorsale du pied. Il s’étend de la première rangée du tarse aux quatre premiers orteils.

Insertions. — Il prend naissance, en arrière, à l’aide de faisceaux, moitié charnus, moitié aponévrotiques : 1® sur la partie antérieure et supérieure du calcanéum; 2° sur les trousseaux fibreux qui comblent le creux calcanéo-astragalien.

De là, il se porte obliquement en avant et en dedans et se partage bientôt en quatre faisceaux charnus, qui aboutissent chacun à un tendon aplati, généralement très grêle. Le premier de ces tendons vient s’insérer sur l’extrémité postérieure de la première phalange du gros orteil. Les trois autres se partent en divergeant vers les deuxième, troisième et quatrième orteil et se terminent, au niveau de l’articulation métatarso-phalangienne, sur le côté externe ou péronier des tendons correspondants du long extenseur commun des orteils.

2® Rapports. — Aplati de haut en bas, le muscle pédieux nous présente deux faces (l’une superficielle, l’autre profonde) et deux bords (l’un interne, l’autre externe). — Sa face superficielle est successivement recouverte, en allant de bas en haut : 1® par une aponévrose qui appartient en propre à ce muscle {aponévrose du pédieux) ; 2^^ par les tendons de l’extenseur commun et du péronier anté-

MYOLOGiE

rieur; 3° par l’aponé^rrose dorsale du pied; 4° par la peau. — Sa face profonde recouvre les os et les articulations du tarse, les métatarsiens et les espaces interosseux. — Son bord interne est à peu près parallèle au tendon de l’extenseur propre du gros orteil, qui chemine à quelques millimètres en dedans. L’artère pédieuse longe tout d’abord ce bord interne du pédieux et se trouve ensuite recouverte par lui. — Son bord externe répond successivement au cuboïde et au cinquième métatarsien.

3° Innervation. — Le pédieux est innervé par la branche externe du tibial antérieur. Cette branche passe au-dessous du pédieux et envoie, dans la grande majorité des cas, un l'ameau spécial au faisceau interne du muscle.

4° Action. — Auxiliaire du long extenseur, le pédieux étend les quatre premiers orteils sur le métatarse. En outre, en raison de son obliquité , il corrige l’obliquité de sens contraire du long extenseur et fait que l’extension des orteils s’effectue directement suivant le plan antéro-postérieur.

Variétés. — Ou iviicontrc assez sou vcnl le dédoublolueiit d'un ou de plusiems tendons du pédieux. — Le ])édieu\ piéseiiie parfois un faisceau surnuinérairr, ai»paraissanl le plus souvent entre le premier et b; second. — Il peut exister un faisceau surnuméraire pour le sr'»ï’ oi'leil. — Le pédieux peut, ]>ar contre, perdn^ fiucl(iues-uns de ses faisceaux, un ou (buix. — Le fais- C(‘au inteiTU' s'isole quelquefois en un muscle distinct, le court extenseur du gros orteil, disposition caractéristique des dilférent('S espèces simiennes. — Le pédieux ])eut ju'ésenter avec le long extenseur des connexions plus ou moins iidimes. — On a vu les tendons du pédieux se terminer en bas sur les phalanges, sur les métatarsiens, sur les espaces interosseux. — On a vu quekiues faisceaux charnus, plus courts que d'ordinaire. ])rendre naissance sur le cubo'ide, les cunéiformes, l'extrémité postéi’ieure des métatarsiens. — Quelques l'aisceaux. enlin. laccourcis par leurs deux extrémités, s'étendent de la i)remièi'e rangée du tarse aux métataisiens ou aux espaces iuterosseux.

du pied : Ruge. Lhitersuch. über die Extensorengruppe ii buch. 1878, p. 59b.

Fig. 872.

Pied, vu paj' sa face dorsale, api'i's ral)lation des tendons superliciels.

1, i)éJieux, avec : 1’. son iii'cmier lendun clcsliiié au “iros orleil ; I ’. son ijualrième len(i(Jii (Icsliiié au (|ualrièiiie orleil. — ri, leiulou de l'ex- Icnseur propre du gros (U'ieil. — o, leudon de rexlenscur comimui. — 4, aliducleur du pelit orteil. — 0, Leiulou du long péronier latéral, dispai’aissaiit dans la région jilantaire. — G, tendon du court péronier latéral. — 7, tendon du jainoier antérieur. — S, asiragale. — 9, abducteur du gros orleil.

Voyez, au sujet des muscles extenseurs arn L'nterscfien/cel und Fuss, IMorpbol. .Jal

s; !1. — Région plantaire interne

La région plantaire interne correspond à l’éminence thénar de la main. Elle nous présente trois muscles seulement, l’opposant n’existant pas au pied. Ce sont ; V adducteur du gros orteil, le court fléchisseur du gros orteil, V abducteur du gros orteil. Ce dernier, vrai muscle biceps, est constitué par deux portions que la plupart des anatomistes décrivent comme des muscles distincts, V abducteur oblique et V abducteur transverse, ce qui porterait à quatre le nombre des muscles de la

REGION PLANTAIRE INTERNE

région plantaire interne. Nous ne pouvons accepter une pareille division : l’abducteur oblique et l’abducteur transverse représentent, à eux deux, l’abducteur de la main; ils ne sont que deux faisceaux d’origine d’ün seul et même muscle et nous devons, sous peine de négliger les homologies le plus naturelles, les réunir dans une même description.

— A D D U G r E n R DU r, U 0 s or r e i l

Le plus superficiel et aussi le plus long du groupe interne, l’adducteur du gros orteil (fig. 873, 4) s’étend du calcanéum à la première phalange du gros orteil.

Insertions. — Il prend naissance, en arrière : 1° sur la tubérosité postérieure

et interne du calcanéum ; 2° sur la partie inférieure et antérieure du ligament annulaire interne du tarse; 3° sur la face profonde de l’aponévrose plantaire; 4^ sur une cloison fibreuse qui le sépare, en dehors, du court fléchisseur commun des orteils.

De ces différentes surfaces d’origine, le muscle adducteur se porte directement en avant et se jette sur le pourtour d’un fort tendon, qui remonte très haut dans l’épaisseur du corps musculaire. Ce tendon terminal se dégage complètement des fibres charnues au niveau de la tête du premier métatarsien, entoure l’os sésamoïde interne et vient se fixer sur le côté interne de l’extrémité postérieure de la première phalange du gros orteil, en envoyant en haut et en avant une expansion pour le tendon extenseur de cet orteil.

2^ Rapports. — Envisagé au point de vue de ses rapports, l’adducteur du gros orteil nous otfre h considérer deux faces et deux bords. — Sa face mperfieielle répond à l’aponévrose et à la peau dans toute son étendue. — Sa face profonde recouvre, tout d’abord, les trois tendons, les vaisseaux et les nerfs qui débouchent de la gouttière calcanéenne interne. Plus en avant, il recouvre le court fléchisseur du gros orteil. — Son bord interne est en rapport, comme sa face superficielle, avec l’aponévrose et la peau. — Son bord externe répond à la fois au court fléchisseur des orteils et au tendon du long fléchisseur du gros orteil.

Fig. 873.

^liisclcs de la plante du pied, couche superllcielle.

1, court fléchisseur plantaire, dont les quatre tendons sont soulevés par une sonde cannelée. — 1’, celui de ces tendons qui se rend au petit orteil. — 1”, aponévrose plantaire. — 2, tendon du long fléchisseur propre du gros orteil. — 3, 3’, abducteur du petit orteil. — 4, 4‘, adducteur du gros orteil. — o, 5', faisceau interne et faisceau externe du court fléchisseur du gros orteil. — G, premier lombrical. — 7, court fléchisseur du petit orteil. — 8, interosseux plantaire du dernier espace.

3° Innervation. — II est innervé parmi rameau issu du plantaire interne.

31 YOLOGIE

4^ Action. — Ce muscle fléchit le gros orteil sur le métatarse, en le rapprochant légèrement de la ligne médiane du corps (adduction) ou, ce qui revient au même, en l’écartant du deuxième orteil.

Variétés. — L’adducteur du gros orteil envoie quelquefois une expansion à la psemière phalange du deuxième orteil. — Son tendon terminal reçoit parfois (Lépine, Dict. ann. des progrès des Sc.méd., 1864, p. 35) un petit faisceau cutané détaché du bord interne du pied. — Sperino a rencontré, en 1894, un faisceau surnuméraire, long de 4 centimètres, large de 2, qui se détachait de l’aponévrose plantaire et du muscle adducteur, au voisinage de son insertion calcanéenne, et venait se perdre sur la peau qui recouvre le calcanéum.

2® — Court fléchisseur du gros orteil

Situé au-dessous du précédent, mais plus court que lui, le court fléchisseur (lig. 873, 5 et 5^) s’étend de la deuxième rangée du tarse au gros orteil.

1° Insertions. — 11 prend naissance, en arrière, à l’aide de deux languettes tendineuses : l*" sur la face inférieure du cuboïde et du troisième cunéiforme ; 2^^ sur le tendon terminal dujambier postérieur, qui s’insère, comme on le sait, sur le tubercule du scaphoïde.

Le corps charnu, un peu aplati, qui fait suite à ces deux tendons d’origine, se porte en avant et se divise, à la partie moyenne du premier métatarsien, en deux faisceaux charnus, aboutissant chacun à un tendon terminal. Ces deux faisceaux se distinguent en interne et externe : le faisceau interne (5) se réunit au tendon du muscle précédent et partage ses insertions ; il entoure le sésamoïde interne et se fixe au côté interne de la première phalange du gros orteil ; le faisceau externe (5') se réunit, de même, au muscle abducteur ; il se termine, comme lui, sur le sésamoïde externe et sur le côté externe de la première phalange du gros orteil.

2^ Rapports. — Le court fléchisseur du gros orteil nous présente, comme l’adducteur, deux faces et deux bords. — Sa face superficielle répond au muscle adducteur du gros orteil, qui la recouvre en partie, et au tendon du long fléchisseur du gros orteil, qui chemine entre ses deux portions comme dans une gouttière. — Sa face profonde recouvre le premier métatarsien et le tendon du longpéronier latéral. — Son bord interne répond à l’adducteur ; son bord externe, à la portion oblique de l’abducteur.

3^ Innervation. — Le mode d’innervation du court fléchisseur du gros orteil rappelle exactement celui du court fléchisseur du pouce. Son faisceau interne est innervé par un rameau du nerf plantaire interne (homologue du médian à la main). Quant à son faisceau externe, il est innervé, tantôt, comme le faisceau précédent, par un rameau du plantaire interne, tantôt, comme l’abducteur, par un rameau da plantaire externe (homologue du cubital à la main).

4'^ Action. — Inséré à la fois sur les deux côtés de la première phalange, le court fléchisseur fléchit directement le gros orteil sur le premier métatarsien.

Variétés. — Le court lléchisseur s’insère frf-quemment sur le calcanéum. — La languette d’origine cuboïdienne peut faire défaut. — Son tendon externe ])eut envoyer une expansion à la première phalange du deuxième orteil. — On trouve quelquefois, au-dessous de lui, quelques libres profondes, insérées sur le métatarsien et constituant un véritable opposant, du gros orteil, homologue de l’opposant du pouce ; mais ce musclç est rarement bien différencié.

3'’ — Arducteur nu gros orteil

L’abducteur du gros orteil (fig. 875, 4 et 5), situé en dehors du court fléchisseur, se trouve directement appliqué sur la région interosseuse. 11 est, comme nous

RÉGION PLANTAIRE INTERNE

l’avons dit plus haut, l’homologue de l’adducteur du pouce. Mais, tandis qu’à la main ce dernier muscle forme une nappe généralement indivise, l’abducteur du gros orteil, par suite de la disparition de ses faisceaux moyens, se trouve constituée par deux faisceaux qui sont parfaitement distincts à leur origine. De ces deux faisceaux, l’un \q postérieur, suit un trajet oblique ; l’autre, affecte une

direction nettement transversale.

1° Insertions. — Le faisceau oblique de l’abducteur du gros orteil (abducteur oblique de quelques auteurs) prend naissance, en arrière, sur la face antérieure du cuboïde, sur l’extrémité postérieure des troisième et quatrième métatarsiens, ainsi que sur la gaine fibreuse du long péronier latéral. Le faisceau transverse (abducteur transverse de quelques auteurs), situé à la partie antérieure de la plante du pied, s’insère par trois ou quatre petites languettes, primitivement distinctes, sur les parties fibreuses de l’articulation métatarso-phalangienne des trois ou quatre derniers orteils.

Ces deux faisceaux d’origine de l’abducteur du gros orteil se portent l’un et l’autre vers la base du gros orteil et s’y terminent isolément de la façon suivante. — Le faisceau oblique se jette sur le sésamoïde externe et, par son intermédiaire, se fixe au côté externe de la base de la première phalange. — Les fibres qui constituent le faisceau transverse, arrivées au gros orteil, se partagent en deux groupes : les unes passent sur le côté dorsal de l’articulation métatarso-phalangienne et, là, se fusionnent avec le tendon du long extenseur du gros orteil ; les autres, restant sur le côté plantaire, passent au-dessous du tendon commun de l’abducteur oblique et du court fléchisseur et viennent se fixer (Leboücq) sur la gaine du long fléchisseur du gros orteil.

Les muscles adducteur du pouce et abducteur du gros orteil sont, sans conteste, deux formations homologues. Toutefois, si le faisceau carpien de l'adducteur du pouce répond manifestement au faisceau tarsien de l'abducteur du gros orteil ou abducteur oblique, il n’est pas exact de dire que le faisceau métacarpien du premier muscle répond à l’abducteur transverse du gros orteil. D'après Leboucq, auquel nous devons un intéressant mémoire sur cette question d'anatomie comparative [Bull, de V Acad, de Méd. de Belgique, 1893), l’abducteur transverse du pied répond, non pas au faisceau métacarpien de l’adducteur du pouce tout entier, mais seulement à la partie la plus inférieure de ce faisceau, je veux dire à ces fibres musculaires qui prennent insertion sur des parties fibreuses et que nous avons décrites (p. 954) sous le nom de faisceau aponévrotique de l’adducteur du pouce. Quant aux fibres à insertion métacarpienne de ce dernier muscle, elles ont disparu au pied. Elles s’y développent parfois, cependant, mais à l’état anormal (3 fois sur 60 sujets, Leboucq), sous la forme d’un petit faisceau musculaire qui se rend delà partie antérieure du deuxième métatarsien au côté externe de l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil. Les homologies des deux formations musculaires peuvent donc être établies, comme suit :

MAm PIED

ADDUCTEUR T faiscuau carpien {constant)

DU / faisceau métacarpien {constant). . .

POUCE Ç faisceau aponévrotique {pas constant)

faisceau oblique {constant).

faisceau métacarpien {anormal).

faisceau transverse {constant).

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