C CO
sur 100 sujets adultes qu’il a examinés à ce point de vue, a constaté leur existence sur 93; sur 7 seulement, la colonne était droite. Les incurvations latérales du rachis constituent donc un état normal.
Le type que Ton rencontre le plus souvent, le type hahüuel, nous présente trois courbures savoir (fig. 97, I) : 1° une courbure cervicale, à convexité tournée à gauche, allant de la troisième ou de la quatrième cervicale à la troisième ou à la quatrième dorsale ; 2*^ une courbure dorsale, h convexité tournée à droite, allant de la quatrième dorsale à la huitième dorsale ; son sommet se trouve situé, d’ordinaire, au niveau du disque qui sépare la cinquième vertèbre de la sixième (Péré); 3° une courbure lombaire, à convexité tournée à gauche. Sur ces trois courbures, la courbure dorsale ou moyenne est la courbure principale, la courbure originelle. Au-dessus et au-dessous d’elle se sont formées les deux autres, uniquement pour rétablir l’équilibre du tronc et redresser sa ligne de gravité : elles deviennent ainsi, suivant qu’on considère leur genèse ou leur raison d’être, des courbures secondaires, des courbures consécutives, des courbures de compensation. La disposition anatomique qui caractérise le type que nous venons de décrire est exactement la même, on le voit, que celle de la scoliose, et l’on peut considérer cette scoliose comme n’étant que l’exagération, le passage à l’état pathologique d’un type anatomique qui existe normalement. Il y a déjà longtemps que Bouvier a parlé d’une scoliose physiologiciue: les faits d’observation sont de tous points favorables à cette manière de voir.
Mais si le type précité , à courbure dorsale droite, est le type habituel, il n’est pas le type constant. On peut observer, sur certains sujets, trois courbures analogues, mais de sens contraire, c’est-à-dire : à convexité
droite pour la courbure cervicale, à convexité gauche pour la courbure dorsale, à convexité droite pour la courbure lombaire. C’est le type inversé de Gharpy.
Nous ferons remarquer en plus que, dans l’un et l’autre types, qu’il s’agisse du type habituel ou du type inversé, ce type peut qïyq simplifié ou compliqué (Péré) : simplifié par la disparition de l’une ou l’autre des courbures secondaires, quelquefois des deux; compliqué par l’adjonction de nouvelles courbures secondaires, c’est ainsi qu’on rencontre des colonnes à quatre et même à cinq courbures. Nous signalerons enfin, avec Gharpy, le type à courbure lombaire prédominante : la courbure lombaire étant dans ce cas la courbure originelle, les autres (y compris la courbure dorsale) deviennent de simples courbures de compensation.
Les observations de Péré et de Gharpy ont conduit ces deux anatomistes à considérer les variations individuelles des coubures latérales du rachis comme entièrement indépendantes de la situation de l’aorte thoracique ; je veux dire qu’elles ne sont nullement influencées par le fait que l’aorte descend sur le flanc gauche (ce qui est l’état normal) ou chemine sur le flanc droit (comme cela s’observe dans la
Fig. 97.
Courbures latérales de la colonne vertébrale.
type habituel ; II, type habituel inversé ; III, type à cinq courbui’es.
OSTEOLOGIE
transposition des viscères). C’est là une constatation fort importante, comme nous' allons le voir.
Parmi les explications, et elles sont nombreuses, qui nous ont été données des courbures latérales du rachis, l’une des plus anciennes, celle à coup sûr qui a rallié le plus grand nombre des partisans, est . la théorie de Sabatieu, qui date de 1781 et qui a été adoptée à une époque plus récente (1858) par Bouvier. Elle peut être résumée comme suit: la courbure dorsale a pour cause la présence sur le flanc latéral gauche du rachis de l’aorte thoracique, laquelle déprime la colonne dorsale et la fait bomber à droite. Un fait qui n’est contesté par personne, c’est que l'aorte, analogue en cela à toutes les artères qui cheminent sur des plans squelettiques, laisse son empreinte sur le côté gauche du rachis, empreinte qui se traduit par une dépression ou même par une véritable gouttière. Mais cette empreinte, empreinte aortique, gouttière aortique (voy. plus loin), ne doit pas être confondue avec l'incurvation latérale du rachis : les deux faits anatomiques, certains tous les deux, sont, comme nous l’avons déjà dit plus haut, entièrement indépendants l’un de l’autre.
Les artères, en passant sur des os, peuvent y laisser des empreintes, y creuser des gouttières : mais, en aucun cas, ils ne les refoulent et ne les contraignent à changer de direction. Exemple ; la première côte, au niveau de la sous-clavière, présente une gouttière manifeste, mais cette gouttière, qui occupe la face supérieure de l’os, ne se traduit sur la face opposée par aucune trace de refoulement. Autre exemple : la surface endocranienne, sur le passage des rameaux de la méningée moyenne, se creuse en une série de gouttières ramifiées ; mais la surface exocranienne n’en est pas moins lisse et unie, ne présentant aucun vestige des gouttières précitées.
Les arguments qu’on a fait valoir contre la tliéorie aortique de Sabatier sont nombreux. Nous ne rappellerons ([ue les suivants. C’est d’abord l'absence des courbures latérales dans le jeune âge, alors même que l’aorte thoracique présente, avec le racliis, les rapports de contact qu’il aura plus tard chez l’adulte. C'est ensuite l’absence de ces mêmes courbures cliez les animaux (Beaunis, Péré), dont la colonne vertébrale, cependant, est parcourue sur son flanc gauche, exacfenient comme chez l’homme, par la portion descendante de l’aorte tiioracique. Mais l’argument le plus probant est celui-ci : sur des sujets où existait une transposition des viscères, où l’aorte par conséquent descendait sur le côté droit de la colonne, la courbure dorsale n’en conservait pas moins son orientation habituelle : sa convexité était tournée à droite et le tronc artériel reposait sur une convexité. Or, I'éré a rapporté, dans sa thèse, vingt faits de cette nature.
On a encore invoqué, pour expli({uer la courlnire dorsale à convexité droite : 1° le poids des viscères (Desruelles), qui. étant plus considérable à droite qu’à gauche (à cause du foie), oblige la colonne, pour le maintien de l'équilibre, à s’inlléchir à gauche ; 2° le décubitus latéral de l’embryon et du fœtus ; 3° V asymétrie bilatércde, d’après laquelle, le corps se développant plus du côté droit que du oôté gauche, le côté droit tend à attirer à lui la colonne dorsale. Mais ces diverses théories n’ont pas plus de valeur que la théorie aortique.
Il paraît rationnel aujourd bui de rattacher les courbures latérales du racliis à une action musculaire, ({ui, prédominante à droite, porte le racliis de son côté. C’est, comme on le voit, un retour aux idées de Bichat, qui avait nettement signalé la courbure dorsale et qui l’expliquait ingénieusement par l’habitude que nous avons de nous servir de préférence de la main droite, le corps s’inclinant naturellement à gauche toutes les fois que nous faisons effort avec cette main. C'est à cette théorie de l'action musculaire que se sont rangés Antonelli [Inst, di Anal, lopogr., Napoli, 1890), Péré et Charpy. ,1e l’adopte entièrement. Donc, nous ayons une courbure dorsale et cette courbure est à convexité droite, uniquement par ce que nous sommes droitiers ; et cela est si vrai que, chez les gauchers, chez la plupart des gauchers tout au moins, la même courbure existe, mais dirigée en sens inverse.
Mais, il faut bien le reconnaître, cette action musculaire qui, en s’exerçant inégalement sur les deux cotés de la colonne, amène celle-ci à s’incurver latéralement, cette action, dis-je, n’est pas toujours simple : et, si l’influence du membre supérieur est prépondérante, à cette influence vient, dans la plupart des cas, s’enjoindre d’autres moins importantes, soit pour s’ajouter à elles (produisant alors les mêmes effets), soit pour la contrarier (produisant alors des effets opposés) : tels sont l’habitude du hancher (Shaw) , surtout quand cette attitude est habituelle et se produit toujours sur le même côté ; le décubitus latéral pendant le sommeil et, à l’état de veille, toutes les attitudes professionnelles, toujours si nombreuses et si variées. Nul doute que ces attitudes professionnelles, qui se répètent chaque jour et qui sont chaque fois de longue durée, n’aient aussi leur part dans les diverses inflexions de la colonne vertébrale.
Voyez, au sujet des courbures de la colonne vertébrale : Boulaxd, Recherches anatomiques sur les courbures du rachis chez V homme et les animaux. Journal de l’Anatomie et de la Physiologie, 1872 ; — Charpy, De la courbure lombaire et de l’inclinaison du bassin, ibid., 1883 ; — Cunningham, The lumbar curve in rnan and apes, Dublin, 1886 ; — Turner, The lumbar curve in several races of man, Edimbourg, 1886 ; — Cunningham. The proportion of bone and cartilage in the lumbar section of the vertébral column of the apes and several races of man, Journ. of Anat. and PhysioL, 1889; — Buscalioni, La curva dorsale nella colonna vertébrale delV uomo e degli animali, Arch. di Ortopedia, 1891 ; — Ballantyne, The spinal column in the Infant^ Edimb. med. Journ.
COLONNE VERTEBRALE
1892 ; — Gharpy, Les courbures latérales normales du rachis humain, Journ. de l’Anat. et de la PhysioL, 1901 ; — Péré, Même titre, Th. Toulouse, 1900.
§ ] Il . — Configuration extérieure et intérieure
11 suffit d’un simple coup d’œil jeté sur la colonne vertébrale (fig. 98 et 100), pour constater que cette longue tige osseuse est constituée, au point de vue morphologique, par deux pyramides, qui seraient réunies par leur base au niveau de
Fig. 98.
Golonnè vertébrale, vue antérieure.
Fig. 99.
Golonne vertébrale, vue latérale.
Fig. 100.
Golonne vertébrale, vue postérieure.
Les flèches rouges indiquent la séparation des différentes régions de la colonne (voir fig. 101) ; les chiffres 1,7, 19,24, 29, indiquent le numéro d’ordre de la vertèbre en regard de laquelle ils sont situés, en allant de haut en bas.
l’articulation sacro-lombaire. L’une de ces pyramides, la pyramide supérieure commence à la dernière lombaire et se termine à l’atlas : elle est fort longue et comprend les trois premières régions cervicale, dorsale et lombaire de la colonne vertébrale. L’autre, la pyramide inférieure , s’étale surtout dans le sens transver-
OSTÉOLOGIE
sal et s’étend de la base du sacrum au sommet du coccyx : elle est, comme on le voit, beaucoup plus courte que la précédente. La colonne vertébrale, étant essentiellenlent constituée par la superposition d’une série d’éléments osseux similaires, les vertèbres, présente comme ces dernières une configuration qui est fort irrégulière sans doute, mais dont les détails se déduisent facilement des descriptions qui précèdent. Nous lui considérerons : 1° une face antérieure \ 2° une face postérieure-, 4° deux faces latérales et, enfin, un canal central :
1° Face antérieure. — Vue par sa face antérieure (fig. 98), la colonne vertébrale s’offre à nous sous la forme d'une tige cylindrique, que constitue l’ensemble des corps vertébraux.
Dans les trois premières régions, région cervicale, région dorsale et région lombaire, les corps vertébraux sont séparés, comme nous le verrons plus tard en étudiant leurs divers modes d’union, par la série alternante des disques fibreux intervertébraux ( voy. Arthrologie).
Dans la région sacro-coccy gienne , où les vertèbres sont soudées entre elles, ces disques sont remplacés par de simples crêtes osseuses à direction transversale.
2° Face postérieure. — Vue par sa face postérieure (fig. 100), la colonne vertébrale nous présente, sur la ligne médiane tout d’abord, la série régulière des apophyses épineuses, formant par leur ensemble ce qu’on appelle la crête épinière. Nous avons déjà dit que quelques-unes de ces apophyses, s’écartant de l’alignement général, peuveni se dévier, soit à gauche, soit à droite ; c’est surtout à la région dorsale que l’on observe cette disposition. Sur le sacrum, les apophyses épineuses sont soudées entre elles, comme les autres éléments de la vertèbre saci'ée : elles constituent la crête sacrée.
De chaque coté de la crête épinière et parallèlement à elle, s’étendent deux gouttières profondes, les gouttières vertébrales, que limitent en dehors les extrémités régulièrement superposées des apophyses transverses. Ces gouttières sont formées, en dedans : 1*^ par les faces latérales des apophyses épineuses ; 2" en dehors, par les apophyses articulaires et la face postérieure des apophyses transverses ; 3° dans leur partie moyenne, par les lames vertébrales, imbriquées de haut en bas à la manière des tuiles d’un toit.
Par suite de l’écartement que nous avons noté, sur les vertèbres lombaires, entre l’appendice costiforme {improprement appelé apophyse transverse) et le tubercule mamillaire, il existe dans la région lombaire une nouvelle gouttière, qui longe la précédente en dehors et qui se trouve comprise entre la série des tubercules mamillaires et la série des apophyses costiformes. La série des apophyses articulaires sépare à ce niveau les deux gouttières.
3° Faces latérales. — Vue par ses faces latérales (fig. 99), la colonne vertébrale nous présente successivement : l°les sommets des apophyses transverses, portant sur leur partie antérieure, mais à la région dorsale seulement, les facettes articulaires destinées à la tubérosité des côtes ; 2° la face latérale des corps vertébraux, portant sur leur partie la plus reculée, à la région dorsale, la série des facettes et des demi-facettes correspondant à la tête des cotes ; 3° la série des pédicules ; 4° enfin, entre ces derniers, la série des trous de conjugaison, par où s’établissent les relations entre le canal vertébral et les régions situées en dehors de ce canal.
Ces trous de conjugaison augmentent de grandeur en se rapprochant du sacrum. Leurs dimensions, disons-le en passant, sont en rapport, moins avec le volume des
COLONNE VERTEBRALE
nerfs qu’avec le calibre des grosses veines qui les traversent. Nous avons déjà fait remarquer plus haut que des trous de conjugaison existaient sur le sacrum tout comme sur les autres portions de la colonne vertébrale, mais qu’ils différaient de leurs homologues placés plus haut en ce qu’ils s’ouvraient à Eextérieur par deux orifices distincts, l’un à la face antérieure du sacrum {trou sacré antérieur), l’autre à sa face postérieure (trou sacré postérieur).
La colonne thoracique nous présente, à sa partie moyenne, sur le flanc gauche des corps vertébraux, une dépression longitudinale qui répond à l’aorte descendante: c’est X empreinte aortique (impressio aortica) ou gouttière aortique. Elle commence au niveau de la 3® vertèbre dorsale et s’étend de là jusqu’à la 6® ou la 7°, quelquefois jusqu’à la 8® ou la 9®.
L’empreinte aortique, qu’il ne faut pas confondre avec la A
courbure dorsale étudiée ci-dessus, résulte de la présence à son niveau de la première portion de l’aorte descendante : c’est une simple empreinte artérielle, analogue en cela à toutes les empreintes vasculaires. Une pareille interprétation est tellement vraie que, dans les cas de transposition de viscères, la crosse aortique se dirigeant à droite, c’est sur le côté droit de la colonne dorsale qu’on rencontre l’empreinte en question (fait de Grüveilhier, fait de Gery, fait de Beauxis, 1 fait personnel). Du reste l’empreinte aortique présente des variations individuelles très étendues : très marquée chez certains sujets, elle est chez d’autres à peine visible. Enfin sur bien des sujets, on n’a trouvé aucune trace.
4® Canal vertébral. — Le canal vertébral, constitué par l’ensemble des trous rachidiens, s’étend dans toute la hauteur de la colonne vertébrale et en suit régulièrement toutes les inflexions. Il se termine en bas par une simple gouttière ouverte en arrière, que limitent latéralement les cornes du sacrum et du coccyx. Il se continue en haut, au-dessus de l’atlas, avec la grande cavité crânienne.
En traversant ainsi les différentes régions de la colonne vertébrale, ce canal, destiné à loger la moelle épinière et ses enveloppes, varie de forme et de dimensions.
Sa forme se déduit naturellement de la forme des trous vertébraux, telle que nous l’avons décrite plus haut : il est prismatique triangulaire à la région cervdcale, cylindrique à la région dorsale et, de nouveau, prismatique triangulaire dans les deux autres régions.
Quant à ses dimensions, elles sont en rapport, non pas avec le volume du segment de la moelle qu’il est destiné à protéger, mais bien avec le degré de mobilité de la région où on le considère : c’est ainsi que, chez l’homme, le canal vertébral, très considérable au cou et aux lombes, où la colonne vertébrale est très mobile, se rétrécit à la région dorsale, où les vertèbres sont à peu près immobiles et descend à des dimensions moindres encore à la région pelvienne, où les vertèbres sacrées
AN.^lTOMIE humaine. — T. I, 6® ÉDIT. 13
Fi^. lui.
médiane antéropostérieure de la colonne vertébrale.
Coupe
A, limite des régions cervicale et dorsale. — B, limite des régions dorsale et lombaire. — ■ C, limite des régions lombaire et sacrée . — D, limite des régions sacrée et coccygienne.
OSTÉOLOGIE
sont frappées d’une immobilité absolue. L’anatomie comparée (Earle) confirme de tous points ces conclusions empruntées à l’anatomie humaine.
§ IV. — Développement de la colonne vertébrale
EN GÉNÉRAL
Vers la fin du deuxième mois de la vie intra-utérine, la colonne vertébrale représente les trois quarts environ de la longueur totale du corps. Cette proportion se modifie peu à peu, an fur et à mesure que se développent les membres inférieurs. C’est ainsi que, au cinquième mois, la longueur du rachis ne présente plus que les trois cinquièmes de la longueur totale du fœtus; elle n’en représente que les deux cinquièmes à la naissance et chez l’adulte.
L’ossification vertébrale, telle que nous l’avons décrite plus haut, n’envahit pas simultanément et parallèlement toutes les pièces dont se compose la colonne. En ce qui concerne les lames et la masse apophysaire, cette ossification débute par la région cervicale et progressé ensuite régulièrement de haut en bas jusqu’au coccyx. Pour le corps, elle apparaît tout d’abord dans la région dorsale et puis, de cette région comme d’un centre, elle rayonne vers les deux extrémités.
Du reste, le travail d’ossification progresse ici avec une extrême lenteur ; il ne prend fin, d’ordinaire, que de la vingt-cinquième à la trentième année. Ce n’est donc qu’à cette époque que la colonne vertébrale a atteint son complet développement, son état adulte.
Chez le vieillard, on voit les corps vertébraux s’affaisser, la colonne s’incurver en avant, des vertèbres perdre peu à peu leur mobilité et acquérir ainsi de la tendance <à se souder entre elles. Le coccyx s’unit fréquemment au sacrum, celui-ci à la cinquième lombaire. Ce travail de soudure peut, dans certains cas, envahir successivement de nouvelles vertèbres et, finalement, transformer la colonne tout entière en une pièce unique.
Les courbures de la colonne vertébrale ne sont pas primitives, mais acquises. Pendant la première période de la vie intra-utérine, en effet, la colonne est sensiblement rectiligne ou plutôt décrit dans son ensemble une légère courbe, concave en avant. Au cinquième mois commence à s’accuser l’angle sacro-vertébral, établissant la limite respective des deux régions lombaire et coccygienne. Mais, même à la naissance, il n’existe aucune trace (Cunningham] des inflexions qui caractérisent la région cervicale et la région lombaire. Ces inflexions ne se dessinent que plus tard : la première, dans les troisième, quatrième ou cinquième mois qui suivent la naissance; la seconde, de trois à cinq ans. Cette dernière se modifie graduellement pendant longtemps encore et ne se consolide guère que de la douzième à la vingtième année. Cunningham, à la suite d’expériences fort ingénieuses, qu’il a entreprises sur des sujets congelés et sciés dans différentes attitudes, croit devoir rattacher la production de la courbure cervicale au relèvement de la tête, attitude de l’enfant à partir du deuxième ou troisième mois. Il explique, de même, la production de la courbure lombaire par le redressement des membres inférieurs, redressement qui s’opère chez l’enfant vers la deuxième année, lorsque celui-ci commence à marcher.
Contrairement à l’assertion de la plupart des naturalistes, Cunningham a établi que les courbures caractéristiques de la colonne vertébrale, la courbure lombaire notamment, se retrouvent chez les singes anthropoïdes, avec quelques
COLONNE VERTEBRALE
variantes portant, soit sur le degré, soit sur les limites verticales de ces courbures. Je renvoie à son mémoire pour les détails. Mais je veux rappeler ici que des variations nombreuses, soit ethniques, soit individuelles, s’observent également chez l’homme et que, ici comme sur d’autres points, la nature vient combler les distances qui existent entre l’homme et les anthropoïdes. C’est ainsi qu’on rencontre des sujets où la courbure lombaire est très faible, d’autres où elle n’existe pas du tout. Turner a même signalé, dans quelques races inférieures [Hawaïs, Australiens, Boschimans), des sujets où la courbure lombaire est renversée, c’est-àdire concave en avant.
Tout ce que nous venons de dire au sujet du développement des courbures du rachis s’applique aux courbures antéro-postérieures. Quant aux courbures latérales, elles sont, elles aussi, acquises et même d’apparition tardive : elles font défaut, en effet, chez le fœtus, chez le nouveau-né et même dans la première enfance. D’après Bouvier, elles font leur apparition vers la septième année et vont ensuite en s’accusant de plus en plus, iusqu’à l’âge adulte.
Anomalies. — Les anomalies dont la colonne vertébrale peut être le siège portent sur la forme des vertèbres ou bien sur leur nombre. De là la division toute naturelle* de ces anomalies en deux groupes : anomalies de forme ou morphologiques et anomalies de nombre ou numériques.
A. Anomajues morphologiques. — Les apophyses épineuses peuvent se dévier plus ou moins à gauche ou à droite ; ces déviations s’observent plus spécialement à la région dorsale. — A la région lombaire, un a vu (Soem.meki.\g) les sommets des apophyses épineuses entrer en contact et même s’articuler entre eux-. — Sur ces mêmes vertèbres lomt'aires, on observe assez fréquemment, mais à un état de développement fort variable, des apophyses dites styldides, telles qu'on les rencontre normalement chez un grand nombre de quadrupèdes. — A la région cervicale, le trou situé à la base des apophyses transverses peut être double sur une ou plusieurs vertèbres, d'un seul côté ou des deux côtés. Dans cette môme région cervicale, les apophyses épineuses peuvent être unituberculeuses. Cette disposition, qui se rencontre normalement chez un certain nombre de primates, doit être considérée chez l’homme comme une régression (Ranke). Cunningham fait remarquer qu’elle est la règle dans les races inférieures.
Indépendamment de ces anomalies qui frappent d’ordinaire plusieurs vertèbres et que l’on pourrait appeler générales, il en est d’autres qui particulières à certaines vertèbres; telles que l’atlas, l’axis, les vertèbres sacrées et les vertèbres coccygiennes. Nous les avons décrites plus tard à propos de ces différentes vertèbres. Nous n’y reviendrons pas ici.
7>. Anomalies numériques. — Les anomalies de nombre de la colonne vertébrale sont relativement fréquentes et les variétés auxquelles elles donnent lieu sont fort nombreuses. Elles se divisent, dans le langage ordinaire, én anomalies par excès et anomalies p>ar défaut, dénominations qui n’ont pas besoin d’être définies.
Les unes et les autres peuvent, en outre, être compensées ou non compensées : les anomalies compenséés ou avec compensation (Topinard) sont celles dans lesquelles, une région possédant une vertèbre en plus, il manque une vertèbre dans l’une des régions voisines ; dans les anomalies non compensées ou' sans compensation, au contraire, on rencontre dans une région quelconque une vertèbre de plus ou une vertèbre de moins, les autres régions conservant leur nombre habituel de vertèbres. Dans le premier cas, on le conçoit, le nombre total des pièces du rachis reste lè même, malgré l’anomalie ; dans le second, il est nécessairement augmenté ou diminué, selon que l’on a affaire à une anomalie par excès ou à Une anomalie par défaut.
Ce serait dépasser les limites d’un livre classique que de signaler, même sommairement, les différentes observations d’anomalies numériques des vertèbres qui ont été publiées jusqu’ici. Nous renvoyons pour cela aux mémoires spéciaux (voy. la bibliographie de la page 101) et nous nous contenterons', pour l’instant, de formuler quelques considérations générales sur la signification et le mode de genèse de ces anomalies.
Nous poserons d'abord en principes les quatre points suivants ;
1° Doivent être considérées comme vertèbres dorsales {d) toutes les vertèbres qui portent des côtes non soudées :
2° Sont vertèbres cervicales [c] toutes les vertèbres comprises entre la première dorsale et l'occipital ; ’
3" Sont vertèbres lombaires [l] toutes les vertèbres qui sont situées au-dessous de la dernière dorsale et qui ne présentent avec l’os coxal aucune connexion articulaire :
4“ Toutes les autres vertèbres appartiennent au sacrum et au coccyx, vertèbres sacrées («) ou vertèbres coccygiennes [cy).
OSTEOLÜGiE
La colonne vertébrale do riiomnie a donc pour formule, à l'état normal :
7 c -f- 12 ^ •!>' -r 4 ou 5 cy = 33 ou 34.
Sur ce nombre de 33 ou 34 vertèbres représentant le chiffre total des pièces vertébrales, 24 sont situées, à l'état normal, au-dessus du sacrum et portent le nom de vertèbres présacrées .
Ceci posé, étudions les circonstances anatomiques qui peuvent modifier la formule ci-dessus énoncée. — La plus commune, sinon la plus importante, est un trouble quelconque apporté au développement des éléments costau-x; dans l’une ou l’autre des régions cervicale, dorsale ou lombaire et amenant, comme conséquence, soit l’apparition d'une côte supplémentaire, soit la disparition d’une côte normale. C’est ainsi que l’apparition d'une côte sur l'apophyse transverse de la septième cervicale [côte cervicale), disposition qui est loin d'être rare, augmente d’une unité le chiffre des vertèbres dorsales, tout en diminuant d’une unité aussi celui des vertèbres cervicales. Le chiffre total des vertèbres présacrées reste le même : 6 c -|- 13 <;/ -j- 5 Z =24. De môme le développement d’une côte indépendante sur l’apophyse transverse de la première lombaire nous fournit le type suivant : 7 c -|- 13 d 4 Z = 24. — Dans un troisième ordre de faits, la soudure et par suite la disparition de la douzième côte nous conduit à ce nouveau type : 1 c H d -|- 6 Z = 24. — On pourrait raisonner de même pour les vertèbres lombaires, sacrées et coccygicnnes : ces quelques exemples suffisent pour nous démontrer les relations intimes qui existent entre les anomalies numériques des côtes et les anomalies numériques les vertèbres, celles-ci (‘tant la conséquence de celles-là.
Mais si une pareille interprétation convient à la plupart des faits, il faut reconnaître qu'elle ne saurait convenir à tous, à ceux-ci notamment ;
Premier fa\t : la colonne cervicale étant normale, nous comptons treize vertèbres dorsales perlant chacune une côte libre, plus cin(| vertèbres lombaires (7 c -}- cZ -f- 5 Z = 25 présacrées). J'ai rencontré jusqu’ici cinq cas de cette nature, dont l’un sur un microcéphale.
Deuxième fait : la i’(‘gion cervicale et la région dorsale étant entièrement normales, nous rencontrons six vertèbres lombaires (7 c -[- 1- <^Z 6 Z = 25 présacrées).
Troisième fuit : les régions cervicale et dorsale possédant encore leur constitution normale, nous ne rencontrons que (quatre vertèbres lombaires au lieu de cimq (7 c -j- 12 rZ -)- 4 Z = 23 présacrées).
Ces trois oialres d’anomalies non compensées ne peuvent s’expliquer, comme tout à l’heure, par une modification préalable survenue dans le nombre des côtes. 11 existe, en réalité, dans le chiffre total des vertèbres présacrées une unité en plus (anomalie par excès) ou une unité en moins [anomalie par défaut) ; il faut donc chercher ailleurs une explication.
A cet égard, trois opinions ont été émises ;
1“ La première, ([ui n’en est pas une et qui appartient à Megkel, rattache les anomalies par excès à une suractivité formative dans le développement du rachis, les anomalies par défaut à une faiblesse formative. N’est ce pas ici le cas de rappeler le vieil adage : obscuram per obscurius^.
2** La deuxième opinion, soutenue par le professeur Taeuffi. nous fait remonter encore à la période embryonnaire et suppose une segmentation ori.7'i’/mZZe?ne/iZ anormale de la colonne membraneuse : celle-ci présenterait une augmentation numérique de ses segments chez les sujets qui devront avoir plus tard des vertèbres en plus, une diminution de ces mêmes segments dans le cas contraire. Nous devons rapprocher de la théorie de T.utuFFf, celle de la segmentation irrégulière de la colonne, soutenue tout récemment par Dwight, et aussi celle de V intercalation et de YexcuLation (TnEiuN(i), explicquant les variations numériques de la colonne vertébrale, soit par l’apparitioa d’un segment supplémentaire, soit par la disparition d’un segment normal.
3“ La troisième opinion, nettement et longuement formulée par Régalia en 188Ü, repose tout entière sur ce fait embryologi(que mis en lumière par Rosenberg, à savoir ; que le bassin, dans le cours de son développement ontogénique, n'est nullement fixe, niais remonte lentement le long de la colonne vertébrale, en prenant successivement contact avec des vertèbres de plus en plus élevées. C’est ainsi que, chez l’embryon humain, les os coxaux sont unis d’abord avec les vertèbies 26®, 27®, 28®, puis avec les vertèbres 25®, 26® et 27® ; ils sont remontés jusqu’à la vertèbre 25’’ et ont perdu tout rapport avec la 28®. On con(;.oit facilement les modifications que doit apporter ce mouvement ascensionnel du bassin dans la constitution anatomique du sacrum et de la colonne lombaire : le sacrum, en effet, s’incorpore des éléments nouveaux au fur et à mesure qu’il s élève : la colonne lombaire, par contre, se voit successivement dépouillée de ses éléments propres aux dépens du sacrum.
Mais, avec ce jnouvement d’ascension du bassin, nos anomalies numériques non compensées s’expliquent maintenant d’une façon tout aussi simple que précise. Le bassin, avons-nous dit, s'arrête le plus habituellement à la 25® vertèbre. Mais supposons qu il dépasse ce point et qu’il remonte jusqu’à la 24® : il y aura une vertèbre lombaire en moins (7 c -j- 12 cZ -I- 4 Z = 23) ; ou bien, si la 12® côte ne se développe pas, une vertèbre en moins dans la région dorsale (7 c + H -}- 5 Z = 23). Supposons, au contraire, que le bassin, au lieu de remonter jusqu’à la 25® vertèbre, s'arrête en chemin et se fixe définitivement à la 26® : il y aura une vertèbre lombaire en plus (7 c -j- 12 cZ -f- 6 Z = 25) ; ou bien, si la côte en rapport avec la première lombaire SC développe, une vertèbre dorsale on plus (7 c -f- 13 cZ -|- 5 Z = 25), etc., etc.
J'adopte pleinement, en ce qui me concerne, la théorie de Regalia, non pas seulement parce
COLONNE VERÏELEALE
qu’elle est ingénieuse et nous rend nettement compte des laits, mais aussi et siu tout parce qu'elle repose sur un lait crnbryologitjue qui me paraît précis. Est-ce à dire qu'il l'aille rejeter l'idée d’une modification originelle apportée par une cause quelconque dans le nombre des segments de la colonne membraneuse? Je noie crois pas : après les recherches si nettes et si iiistiuctives de Fol et de Phisali.x, la possibilité d’une augmentation ou d'une diminution des segments v,ertébraux primitifs me priraît indéniable. Du reste, il faut bien le reconnaître, le.s deux théories explicatives que nous venons de résumer sommairement sont loin de s’exclure. Que la colonn(‘ vertébrale possède primitivement 33, 34 ou 35 segments, le mouvement ascensionnel du bassin ne s’effectuera pas moins, soit normalement, soit d'une façon anormale, et conservera par suite toub' sa valeur morphogénique.
A consulter, au sujet des anomalies numériques de la colonne vertébrale : C,\loki, Sopra duo casi di variela numeriche delle verlebre, etc., iMemorie délia Accademia delle Scien/.e, Bologna. 1877 ; — Legcje, Diealcunc anomalie d'ossificazione det corpi verlehralie loro significalo morfologico, Camerino, 1885; — D’Ajutolo, Conlrihuzione allô sludio delle varielà numeriche delle vertébré Thèse, Bologne. 1888 ; — Techini, Sur les variélés numériques verlébro-coslales chez l'homme, Arch. de biol. italiennes, t. XII, 1889; — Du yxtyiK, Anomalie numeriche coslo-verlebrali, rinvonule in 31 schelelri di criminati esaminali, etc., Arch. de Psichiatria, 1889 ; — Birmingham, Variability in the level of allachmenl of lhe loiver limb to vertébral axis. Journ. of Anat. and l’hysioL, 18 1; — B.aur, On intercalation of verlebræ, Journ. of Morphol. ; 1891; — L.aunay. anomalies de la colonne vertébrale, Bull. Soc., anat., 1893 : — Di iinanuova maniera di
compensa nelle anomalie numeriche vertebrali delVumo, Arch. p. l’Antrop., 1894: — Staderim, Ricerche statisliche sulla frequenza delle varielà numeriche delle verlebre nelVuomo e considerazioni sulla loro genesi Monit zoolog. ital., et Arch. ital. de Biol., 1894; — Begalia, Sulla causa generale delle anomalie numeriche del rachide, Arch. per l’Antrop., 1894, et Monit. zool. ital.. 189‘i: — Russell Bardekn, Costo-vertebral variation in man, Anat. Anz., Bd. XVIII, 1900; — Dwight, Descript of the human spines showing numéral variatwns in the Warren Muséum of the Harvard, medical School, Anat. Anzeiger, Bd. XIX, 1901 ; — Ancel et Sencert, De quelques variations dans le nombre des vertèbres chez Vhomme, leur inlerpréfation, Journ. de l’Anat. et de la Physiol., 1901; — Des .mêmes. Sur les variations des segments verlébro-coslaux chez Vhomme, Bibliogr. anat., t. X, 1902; — Barueen, Numerical vertébral variations in the uman Adult and Embryo, Anat. Anz., 1904.