‹ Traité d'anatomie humaine (volume 3)Chapitre 45 sur 176 · MEMBRE SUPÉRIEUR OU THORACIQUE · texte numérisé non relu

MEMBRE SUPÉRIEUR OU THORACIQUE

Le membre supérieur ou membre thoracique est constitué par quatre segments, qui sont, en allant de la racine du membre à son extrémité libre : 1° V épaule; 2° le bras ; 3° V avant-bras ; 4® la main.

§ 1 . — Os DE l’épaule

L’épaule, que Ton désigne encore sous le nom de ceinture scapulaire, rattache

OSTÉOLOGIE

au thorax le membre supérieur. Deux os la constituent chez l'homme : la clavicule en avant, le scapulum ou omoplate en arrière.

A. — Clavicule

La clavicule est un os long, pair et par conséquent non symétrique, transversalement étendu, à la manière d’un arc-boutant, entre la poignée du sternum et l’omoplate. Contournée à la manière d’un S italique (w ), elle présente deux courbures (fig. 258 et 259) : une courbure interne à concavité dirigée en arrière, une courbure externe à concavité dirigée en avant. D’autre part, elle est aplatie de haut en bas et, par conséquent, nous offre à étudier deux faces, deux bords et deux extrémités.

Faces. — Les deux faces de la clavicule se distinguent, d’après leur orientation, en supérieure et inférieure :

a. Face supérieure. — La face supérieure (fig. 258), à peu près plane dans son tiers externe, convexe d’avant en arrière dans ses deux tiers externes, répond à la

peau et au muscle peaucier, dont elle est séparée par quelques branches sensitives du plexus cervical superficiel, les nerfs sus-claviculaires. Lisse et unie à la partie moyenne, où elle ne donne insertion à aucun muscle, elle nous présente, à sa partie interne et à sa partie externe, des empreintes rugueuses, ordinairement peu marquées, pour des insertions musculaires : en dedans, pour le faisceau claviculaire du sterno-cléido-mastoïdien ; en dehors, pour le deltoïde et le trapèze (fig. 259).

b. Face inférieure. ■ — La face inférieure (fig. 260) est également convexe, mais plus accidentée. En allant de dedans en dehors, nous y rencontrons :

l'" tout près de l’extrémité interne une surface rugueuse pour l’insertion du ligament costo-claviculaire ; 2° un peu plus loin, une gouttière longitudinale de plusieurs centimètres de longueur, quelquefois cependant peu marquée, pour l’insertion du muscle sous-clavier; 3° en dehors de cette gouttière, une nouvelle surface rugueuse, obliquement dirigée de dedans en dehors et d’arrière en avant, destinée à l’insertion des deux ligaments coraco-claviculaires, le ligament conoïde et le ligament trapézoïde. (Test encore sur cette face, et à peu près à sa partie moyenne, qu'on rencontre le plus souvent le trou nourricier de l’os ; il se dirige obliquement du côté de l’extrémité externe.

2'-’ Bords. — Les bords de la clavicule sont sinueux et présentent naturelle-

La même, avec insertions musculaires.

1, deltoïde. — 2, ti'apèze. — 3, sterno-cléido-mastoïdien. 5, grand pectoral.

Clavicule droite, l'ace supérieure.

1, extrémité externe. — 2, extrémité iiitei'ne. — 3, facette articulaire pour le sternum. — 3’, la même, vue de face. — 4, facette articulaire pour l’acromion. — o, bord postérieur. — G, bord antérieur.

os DE L’EPAULE

ment l’un et l’autre les deux courbures dont nous avons indiqué plus haut la direction. Ils se distinguent en antérieur et postérieitr :

a. Bord antérieur. — Le bord antérieur est mousse et plus ou moins arrondi. Sur ces deux tiers internes vient s’insérer le muscle grand pectoral. Son tiers externe, généralement plus inégal, souvent même fortement rugueux, donne attache au muscle deltoïde.

b. Bord postérieur. — Le bord postérieur, plus mince, donne insertion : en

dedans, au faisceau externe ou claviculaire du muscle sterno-cléido-mastoïdien, qui, comme nous l’avons dit plus haut, prolonge ses insertions sur la face supérieure de la clavicule ; en dehors, aux faisceaux antérieurs du muscle trapèze, qui, comme le précédent, empiète sur la face supérieure de l’os. Sa portion moyenne, régulièrement lisse et unie, ne donne insertion à aucun muscle : elle présente des rapports plus ou moins immédiats avec le ventre postérieur de l’omo-hyoïdien, avec les muscles scalènes, avec les vaisseaux sous-claviers et avec le sommet du poumon.

3° Extrémités. — Des deux extrémités de la clavicule, l’une est interne, l’autre externe. Toutes les deux sont articulaires.

a. Extrémité interne. — L’extrémité interne ou sternale, remarquable par son développement, se termine du côté du sternum par une facette articulaire, dont le contour, très variable suivant les sujets, peut présenter la forme d’un carré , d’un triangle, d’un ovale. Cette facette reste déprimée à son centre et très inégale jusqu’à, vingt ou vingt-deux ans ; elle s’aplanit plus tard , en même temps qu’elle prend un aspect plus uni (Sappey).

Elle s’articule avec la facette sternale, ci-dessus décrite, à l’aide d’un fibro-cartilage interarticulaire (voy. Arthrologie). Sur la partie postérieure de l’extrémité interne de la clavicule vient s’insérer le faisceau claviculaire du muscle sterno-cléido-hyoïdien (fig. 261, 6).

b. Extrémité externe. — L’extrémité externe ou acromiale est beaucoup moins volumineuse que la précédente. Fortement aplatie de haut en bas, allongée d’avant en arrière, elle se termine en dehors par une petite facette ovalaire, à grand axe antéro-postérieur, qui s’articule avec l’acromion.

4*" Conformation intérieure. — La clavicule présente comme tous les os longs un canal médullaire, mais ce canal occupe à peine le tiers moyen de l’os. Ses deux extrémités sont constituées en grande partie par du tissu spongieux.

Connexions. — La clavicule s’articule ; 1° en dedans, du côté du thorax, avec le sternum et le premier cartilage costal ; 2° en dehors, du côté de. l’épaule, avec l’omoplate.

Insertions musculaires. — La clavicule donne insertion à six muscles. Nous résumons ces

La même, avec insertions musculaires.

1, deltoïde. — 2, trapèze. — 4, sous-clavier. — 5, grand pectoral. — 6, sterno-cléido-hyoïdien.

Clavicule droite, face inférieure.

1, 2, 3, 4,-5, 6, comme dans la figure 258. — 7, empreinte rugueuse pour le ligament coraco-claviculaireantéro-externe. — 8, autre empreinte rugueuse pour le ligament costo-claviculaire.

OSTEOLOGIE

différentes insertions dans les figures 259 et 261 et dans le tableau synoptique suivant. Dans ce tableau, les chiffres placés à la droite des muscles se rapportent aux deux figures précitées.

a. Face supérieure . .

b. Face inférieure . .

c. Bord antérieur . .

d. Bord postérieur . .

Deltoïde (1).

Trapèze (2).

Faisceau claviculaire du sterno-cléido-mastoïdien Sous-clavier (4) .

Grand pectoral (5) .

t Deltoïde (6).

Trapèze (2).

Faisceau claviculaire du sterno-cléido-mastoïdien (3). Sterno-cléido- hyoïdien (6).

Développement. — La clavicule se développe par deux points d’ossification, un point primitif et un point secondaire :

a. Point primitif. — Le point primitif, destiné au corps et à l’extrémité externe , se montre vers la fin de la quatrième semaine ; c’est le premier qui apparaît sur le squelette. Il se développe sur le point qui correspond au milieu delà clavicule future et, de là, rayonne rapidement vers les extrémités. Voici, d’après Rambaud et Renault, quelle est la longueur de la clavicule aux différents âges ;

1" Vie intra-utérine.

2o Vie extra-utérine.

: à deux mois .

V à trois mois .

\ à quatre mois / à six mois . .

\ à neuf mois .

^ à six mois . .

t à dix-huit mois

10 millimètres

La clavicule diffère des autres os des membres en ce qu’elle n’est pas précédée d’une ébauche cartilagineuse. Le tissu osseux qui constitue le point primitif précité naît, en effet, dans un tissu indifférent et se développe tout d’abord aux dépens de ce tissu. Plus tard, à son côté externe et à son côté interne, apparaissent deux petites masses cartilagineuses, qui, en s’allongeant, limitent la longueur de l’os et s’ossifient à leur tour.

Ce mode de développement, spécial à la clavicule, nous est nettement expliqué par l’anatomie comparée. Chez un grand nombre de vertébrés inférieurs, notamment chez les poissons, ia clavicule est un os exclusivement cutané et tout superficiel. Chez les vertébrés plus élevés, il gagne les régions profondes et entre en relation avec le squelette : alors, à son ébauche dermique vient s’ajouter une ébauche cartilagineuse, qui s’ossifie comme s’ossifient toutes les pièces du squelette cartilagineux. C’est le cas chez l’homme, et chez lui la clavicule est réellement un os mixte, se rattachant aux os de revêtement par son point osseux primitif et au squelette par son ébauche cartilagineuse.

b. Point secondaire. — Le point secondaire ou complémentaire ne fait son apparition que vers l’âge de vingt à vingt-deux ans. 11 se montre à la partie moyenne de l’extrémité interne de la clavicule. De là, il s’étend en rayonnant vers la périphérie et revêt bientôt la forme d’une mince lamelle, qui modèle l’extrémité sternale de l’os et lui donne peu à peu les caractères morphologiques qui le caractérisent chez l’adulte. 11 se soude au corps de l’os de dix à quinze mois après son apparition, c’est-à-dire de vingt-deux à vingt-cinq ans.

Variétés. — La clavicule est plus volumineuse, plus massive et plus flexueuse chez l’homme que chez la femme. — Elle est particulièrement développée chez les sujets qui, se livrant aux travaux manuels pénibles, possèdent des muscles pectoraux et deltoïdes très développés. — Pour la même raison, la clavicule droite l’emporte en volume sur la clavicule gauche : le développement plus considérable de la clavicule gauche indiquerait que le sujet est gaucher. — D’après Krause, on trouve quelquefois (4 p. 100) sur le bord antérieur -de cet os, à la réunion du tiers moyen avec le tiers externe, un véritable tubercule osseux destiné à l’insertion du deltoïde. — Il existe parfois sur la face inférieure de la clavicule, au niveau des ligaments conoïde et trapézoïde, une facette articulaire qui répond à une facette similaire placée sur la base de l’apophyse coracoïde. Dans ce cas. la clavicule et l’apophyse coracoïde sont unies l’une à l’autre par une véritable articulation, \ articulation ^ cor aco-claviculaire. J’ai observé jusqu’ici trois faits de ce genre :1e premier sur un microcéphale, le second sur un nègre, le troisième sur une femme d’une quarantaine d’années. — Une autre facette, généralement peu accusée, dite facette costale, se voit quelquefois sur la face inférieure de la clavicule à côté du ligament costo-claviculaire. Elle est destinée à s’articuler avec la première côte. — D’après Paste.au (Becherches sur les proportions de la clavicide dans les sexes et ctans les races, Thèse de Paris, 1879), le rapport de

Fig. 262.

Ossification de la clavicule.

point primitif. - 2, point épipliysaire ou secondaire, répondant à l’extrémité sternale.

os DE L’ÉPAULE

la longueur de la clavicule à celle de l’humérus évaluée à 100, serait en moyenne de 64,32 chez l’homme et de 43.04 chez la femme, dans les races blanches. Les mêmes rapports, chez lesNèf?res s’élèvent plus haut, à 44,67 et 46,38.

B — Omoplate

L’omoplate ou scapulum, pièce principale de la ceinture thoracique, est un os pair, aplati et fort mince, appliqué contre la partie postérieure et supérieure du thorax. En haut, elle s’élève jusqu’au premier espace intercostal; en bas, son angle inférieur descend le plus souvent jusqu’à la huitième côte; eu dedans, son bord interne est séparé de l’épine dorsale par un intervalle qui mesure en moyenne 6 ou 7 centimètres. Morphologiquement, l’omoplate affecte une forme triangulaire et nous présente, en conséquence, deux faces, l’une antérieure, l’autre postérieure, trois bords et trois angles.

1° Face postérieure. — La face postérieure ou dorsale (fig. 263) est fortement convexe, comme nous le montre nettement une coupe sagittale de l’os. Nous y constatons tout d’abord, à la réunion de son quart supérieur avec ses trois quarts inférieurs , une forte saillie, qui se détache presque à angle droit de la surface de l’omoplate, pour se porter obliquement en arrière, en haut et en dehors : c’est V épine de V omoplate . Elle occupe toute la largeur de l’os, et, tandis qu’elle se confond en dedans avec le bord interne du scapulum, elle se prolonge en dehors en une forte apophyse, connue sous le nom à'acromion.

Aplatie de haut en bas et de forme triangulaire, l’épine proprement dite nous présente :

1° deux faces, l’une supérieure, l’autre inférieure, destinées à des insertions musculaires ; 2° un

bord antérieur, qui fait corps avec l’os; un bord externe, concave et mousse, qui regarde l’articulation scapulo-humérale ;

4° un bord postérieur , enfin , large et rugueux, placé presque immédiatement sous la peau et donnant insertion, sur sa lèvre supérieure au muscle trapèze, sur sa lèvre inférieure au muscle deltoïde; ce bord postérieur, à son extrémité interne, s’étale en une petite surface triangulaire (fig. 256, 3), qui se confond peu à peu avec le bord spinal de l’os et sur laquelle, à l’état frais, glisse l’aponévrose d’insertion du muscle trapèze.

Fig. 263.

Omoplate, vue par sa face postérieure.

1, fosse sus-épineuse. — 2, épine de l’omoplate. — 3, petite surface sur laquelle glisse l’aponévrose d’insertion du trapèze. — 4, fosse sous-épineuse. — 5, trou nourricier. — 6, acromion. — 7, apophyse coracoïde. -- 8, bord interne. — 9, bord supérieur. — 10, bord externe ou axillaire. — 11, angle supérieur. — 12, angle inférieur. — 13, cavité glénoïde. — 14, col de l’omoplate. — 13, échancrure coracoïdienne. *

OSTEOLOGiE

Quant à l’acromion, il nous offre à considérer : xmQ face supérieure, criblée de trous vasculaires, qui est directement en rapport avec, la peau : une face inférieure, concave, qui surplombe l’articulation de l’épaule ; un bord externe, épais et rugueux, sur lequel viennent s’insérer les faisceaux moyens du deltoïde ; un bord interne, plus mince, où s’étale une petite facette ovalaire, à grand axe antéro-postérieur, destiné à s’articuler avec la clavicule ; une extrémité externe, enfin, sur laquelle vient s’attacher le ligament acromio-coracoïdien.

L’épine scapulaire, que nous venons de décrire, divise notre face postérieure de l’omoplate en deux parties très inégale : 1° une partie plus petite, qui est située au-dessus, et qui, avec la face supérieure de l’épine, constitue la destinée au muscle sus-épineux; 2° une partie plus grande, qui est située au-dessous et qui, avec la face inférieure de cette même épine, constitue la fosse sous-épineuse, comblée à l’état frais par le muscle sous-épineux.

La fosse sous-épineuse est limitée du coté du bord externe ou axillaire par une crête longitudinale , au delà de laquelle s’étale une surface rugueuse, également longitudinale : sur cette surface rugueuse viennent s’insérer, en haut le petit rond,

en bas le grand rond. \]oq petite crête oblique, généralement très marquée, indique nettement la limite séparative des surfaces d’insertion de ces deux muscles.

Les deux fosses sus- et sousépineuses communiquent largement entre elles, à leur partie externe , grâce à une gouttière verticale, creusée entre le bord externe de l’épine et le rebord postérieur de la cavité glénoïde.

2° Face antérieure. — La face antérieure ou costale (fig. 264) est profondément excavée, d’où le nom de fosse sous-scapulaire , sous laquelle on la désigne le plus souvent. Elle répond au muscle sous- scapulaire et nous présente deux ou trois crêtes obliquement ascendantes pour l’insertion de ce muscle.

Le long du bord interne, elle nous présente encore deux surfaces triangulaires, l’une en haut, l’autre en has, destinées à l’insertion de quelques faisceaux du muscle grand dentelé.

Du côté du bord externe, la face antérieure du scapulum se trouve limitée, comme la face postérieure, par une crête longitudinale, généralement arrondie et mousse, et, au delà de cette crête, par une gouttière qui affecte la même direction et la même étendue. Cette gouttière, qu’on rattache à tort selon moi au hord externe

Fig. 264.

Omoplate, vue par sa face antéiâeure.

1, fosse sous-scapulaire. — 2, 2, crêtes d’insertion du sous-scapulaire. — 3. trou nourricier. — 4, bord e.vterne. — 5. facette articulaire pour la clavicule. — 6, acromion. — 7, apophyse coracoïde.

— 8, bord interne. — 9, bord supérieur. • — 10, bord externe. — 11, angle supérieur. — 12, angle inférieur. — 13, cavité glénoïde.

— 14, col de l’omoplate. — 15, échancrure caracoïdienne.

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