C . — O R TE 1 1. S
Placés en avant des métatarsiens, dont ils continuent la dfrection, les orteils ou doigts de pied (fig. 300 et 402) sont au nombre de cinq, désignés sous les noms de P% 2% 3°, 4® et 5® orteils, en allant de dedans en dehors. Le premier et le cinquième sont également appelés gros orteil ai petit orteil. Chacun des orteils est constitué par trois pièces osseuses ou phalanges, superposées dans le sens antéropostérieur. On les distingue, comme à la main, en première^ deuxième et troisième phalanges, en allant d’arrière en avant. On les désigne encore sous les noms de phalange, vhalangine et phalangette . Comme sur le membre thoracique, le gros orteil, homologue du pouce, ne possède que deux phalanges, la première et la troisième ; la deuxième lui fait défaut.
1® Caractères généraux des phalanges. — ■ Les phalanges des orteils (fig. 407) sont conformées sur le même t^qie que celles de la main, et nous ne saurions nous
étendre longtemps* sur elles sans tomber dans des redites inutiles. Nous renvoyons donc le lecteur a nos descriptions précédentes (p. 309).
Nous nous contenterons de rappeler ici que les phalanges des orteils sont beaucoup moins développées et en particulier beaucoup moins longues : ce sont les phalanges de la main frappées d'atrophie . Le rôle si réduit des phalanges du pied dans la locomotion nous explique sufüsamment cette déchéance organique, que l’usage des chaussures exagère, du reste, tous les jours.
2° Caractères particuliers des phalanges. — Comme à la main , les premières , deuxièmes et troisièmes phalanges se distinguent les unes des autres par des caractères nettement tranchés (fig. 407) :
a. Premières phalanges. — Les premières phalanges (fig.
407, 1 ) nous présentent un corps très grêle, et ce corps, au lieu d'être aplati de haut en bas, comme nous l’avons vu à la main, est cylindrique ou aplati dans le sens transversal.
b. Deuxièmes phalanges . — Les deuxièmes phalanges (fig. 407,11), plus réduites
io ' 10 io
Fig. 407.
Le second orteil désarticulé, vu : A, par sa lace inlérieure ou plantaire ; B, par sa face supérieure ou dorsale ; C, latéralement.
I, plialange. — II, phalangine. — 111, plialangeLle.
1, cavilé glénoïde de la plialange. — 2, tubérosités de la tête. — 3, trocblée, avec 3’, empreinle d insertion des ligaments latéraux. — 4, 4, crêtes d'insertion de la gaine des üécliisseurs. — .3, double cavité gléno'ide ou glène de la pbalangine. - G, trocblée, avec G’, empreinte d'insertion des ligamenis latéraux. — 7, crête d’insertion du flécbissenr superficiel. — 8, double glène de la phalangette. — 9, rugosités pour l'insertion du fléchisseur profond. — 9’, rugosités pour l’extenseur.
10, extrémité libre de la plialangette.
os DU PIED
encore que les précédentes, n’ont plus, dans bien des cas, qu’un corps purement théorique, constituées qu’elles sont par leurs deux extrémités adossées.
c. Toisièmes phalanges. — Quant aux troisièmes phalanges (fig. 407,111), elles sont tout aussi atténuées Ct se terminent, comme à la main, par une demi-couronne, qui sert de base à la pulpe de l’orteil et à l’ongle. Le bord latéral de la phalangette présente une échancrure profonde, souvent convertie en trou, pour le passage de quelques filets vasculaires et nerveux.
3"^ Conformation intérieure des phalanges. — Les phalanges des orteils sont des os longs en miniature, pour employer l’expression pittoresque de Hyrtl, et son conformées comme les os longs : tissu compacte sur le corps, tissu spongieux sur les extrémités.
Insertions musculaires. — Sur les phalanges des orteils viennent prendre attache des muscles fort nombreux. Nous envisagerons successivement ces insertions sur la première phalange, sur la phalangine et sur la phalangette (voy. fig. 4U1 et 403).
A. Première phalange. — Sur la première phalange viennent s’insérer :
a) Pour le gros orteil, quatre muscles ; le pédieux, le tendon commun à l’adducteur et au cour fléchisseur (faisceau interne) du gros orteil, le tendon commun à l’abducteur et au court fléchisseur (faisceau externe) du gros orteil;
°) Pour le deuxième orteil, trois muscles ; le premier interosseux dorsal, le -deuxième interosseux dorsal et le premier lombrical ;
y) Pour le troisième orteil, trois muscles également; le troisième interosseux dorsal, le premier interosseux plantaire et le deuxième lombrical ;
d) Pour le quatrième orteil, encore trois muscles ; le quatrième interrosseux dorsal, le deuxième interosseux plantaire et le troisième lombrical ;
£) Pour le cinquième orteil, quatre muscles : le court fléchisseur du petit orteil, l’abducteur du petit orteil, le troisième interosseux plantaire et le quatrième lombrical.
B. Phalangine. — Sur la phalangine viennent s’insérer : pour les deuxième, troisième, quatrième et cinquième orteils (le gros orteil n'a pas de phalange), les tendons correspondants de l'extenseur commun et du court fléchisseur plantaire.
C. Phalangette. — Enfin, sur la phalangette prennent insertion :
a) Pour le gros orteil, deux muscles : le long extenseur propre du gros orteil et le long fléchisseur propre du gros orteil ;
,3) Pour les deuxième, troisième, quatrième et cinquième orteils, deux muscles également ; l'extenseur commun des orteils et le long fléchisseur commun des orteils.
Développement. — Les phalanges du pied, comme celles de la main, se développent par deux points d’ossification : un point d’ossification primitif pour le corps et l'extrémité antérieure ; un point d’ossification secondaire pour l’extrémité postérieure. — Le point priw ?'/!?/ apparaît clans la première moitié du deuxième mois (Rambaud et Renault) pour les premières phalanges ; vers le quatrième mois, pour les phalangines et les phalangettes. — Le point épiphysaire ne se montre qu’après la naissance, de trois ans et demi à quatre ans. Il se soude au corps de l’os de quinze à seize ans pour la première phalange, de seize à dix-liuit ans pour la phalangine et la phalangette.
Réduction graduelle du nombre des phalanges, -r Parmi les variations morphologic[ues que nous présentent les phalanges des orteils, l’une des plus intéressantes est la soudure de la phalangine avec la phalangette. Cette soudure s’observe avec une fréquence toute particulière sur le petit orteil : Pfitzner [Die kleine Zehe. Arch. f. Anat. u. PhysioL, 1890), l’a rencontrée sur cet orteil dans une proportion de 36 p. 100, soit 1 fois sur 3. — La confusion en une pièce unicjue des deux phalanges terminales du petit orteil n’est nullement pathologique, comme l’admettent la plupart des auteurs: on n’observe en effet, sur les phalanges soudées, aucune trace de processus inflammatoires et, d’autre part, ces faits de soudure interphalangienne existent chez le nouveau-né et même chez le fœtus, où Pfitzner les a retrouvés à pc.u près aussi fréciuemment que chez l'adulte. — Elle me paraît avoir exactement la même signification que les soudures congénitales, signalées plus haut (p. 381), des pièces squelettiques du tarse : c’est une réduction numérique des pièces phalangiennes, conséquence de l’adaptation du pied à l’attitude bipède. Nous marchons graduellement, du moins pour le petit orteil, vers le type biphalangien. Pfitzner va même plus loin et son opinion me paraît très soutenable ; il pense que ce processus réducteur ne s’arrêtera pas au stade où nous le trouvons aujourd’hui et que la première phalange» à son tour, perdra son individualité. Comme, d’autre part, ces phénomènes de réduction s’observent constamment sur les trois derniers orteils et non sur les deux premiers, il en conclut que le pied humain est en train de se réduire à deux orteils seulement : un orteil principal, qui sera le premier, et un orteil accessoire, qui sera le second.
Triphalangie du premier orteil. — Depuis longtemps déjà, Meckel a signalé ce fait ((ue le premier métatarsien, par son mode de développement et notamment par la situation de son point
épiphysaire au niveau de son extrémité distale, devait être considéré comme une véritable phalange; la première phalange du gros orteil. Le gros orteil se trouverait ainsi ramené au type triphalangique qui caractérise tous les autres, et il ne serait plus une exception.
11 reste à trouver, dans le massif osseux du tarse, la pièce osseuse qui représentera le premier métatarsien. Cette pièce osseuse est le premier cunéiforme, qui, comme on le sait, est placé sur le bord interne du pied, entre le scaphoïde et le premier métatarsien de la nomenclature classique. Le premier cunéiforme, sans doute, est fort réduit dans sa longueur, et on hésite au premier abord à en faire un métatarsien. Mais l’hésitation devient moindre si, au lieu de s’en tenir à l'anatomie humaine, on descend dans la série pour étudier à ce sujet les mammifères inférieurs. Nous plaçons ici sous les yeux du lecteur (fig. 408) le pied gauche de Vllyracops socialis, animal tertiaire qui vivait à l’époque éocène et qui par conséquent, représente un des mammifères fossiles les plus anciens. Si l’on examine chez cet animal, le bord interne du pied, on constate que le premier orteil, comme le dernier du reste, est considérablement réduit relativement aux orteils moyens. Mais on constate aussi que, morphologiquement, ce premier orteil est exactement constitué sur le type des quatre autres. Il nous présente, en effet, en allant de bas en haut : 1“ les deux phalanges de la nomenclature classique (c et à), qui constituent, non pas la deuxième et la première, mais bien la troisième et la seconde; 2^ une première phalange {a), qui n’est autre que le premier métatarsien de l’anatomie classique ; 3» immédiatement au-dessus-d’elle le premier cunéiforme (2), qui devient le premier métatarsien ; 4» au-dessus du métatarsien, et représentant le premier cunéiforme, un petit os (3), qui, comme le premier cunéiforme lui-même, s’articule avec le scaphoïde; cet os n’est autre que le tibial externe, que nous avons déjà étudié plus haut (voy. p. 380 et qui. soudé au scaphoïde chez l’homme, reste indépendant chez beaucoup de mammifères, notamment chez l’hyracops.
.\u total, le gros orteil, envisagé d une façon très générale et dans l’ensemble de la série, pos-
Fig. 408.
Pied gauche de l’Hyracops socialis (d’après Zittel).
1. premier orleil. avec ; a. b, c, première, deuxième et troisième phalanges fia première phalange étant constituée par le premier métatarsien). — 2, premier cunéiforme. devenant le premier métatarsien. — 3, os tibial externe représentant le premier cunéiforme.
— 4. scaphoïde. — 5, astragale. — 6, calcanéum.
Fig. 409.
Pied du Colobus guereza (d’après Loc.v).
1. premier métatarsien, représentant la première phalange du gros orteil. — 2. premier cunéiforme, devenant le premier métatarsien. — 3, scaphoïde. — 4, astragale. — -S, calcanéum. — 6. deux petits os sésamoïdes. situés entre le premier cunéiforme et le premier métatarsien (homologues de 6 et 7 de la figure 410..
Fig. 410.
Bord radial de la main (demi-schématique).
1, premier métacarpien, représentant la première phalange du pouce. — 2, trapèze, représentant le premier métatarsien. — 3, os radial externe, représentant le trapèze. — 4, scaphoïde. — 5, radius. — 6, 7, paratrapèze et trapèze secondaire, représentant deux os sésamoïdes (homologues des deux sésamoïdes de la fig. 409).
sède trois phalanges comme les autres, la première étant constituée par le premier métatarsien ; la deuxième et la troisième, par les deux phalanges de la nomenclature classique. Au-dessus de
os SÉSAMOIÜES
ces trois phalanges et leur faisant suite en sens proximal, se voient le premier cunéiforme (devenant le premier métatarsien), le tibial externe (devenant le premier cunéiforme) et, enfin, le scaphoïde.
A l'appui de cette théorie qui a été nettement exposée par Volkow [Bull. Soc. d’Anthropol., 1902), cet anatomiste signale l’existence, sur la face plantaire du premier cunéiforme, de petits os accessoires, qui sont constants chez un grand nombre de singes, notamment chez le cehus capella le cebiis ftavus, le colobus guereza, etc. Ces petits os qui, pour Bardeleben et pour Pi-itzner, constituent les rudiments d’un sixième orteil [præhallux de Bardeleben, joræct/néi/bî’me de Pfitzner), doivent être considérés (Vockow) comme de véritables sésamoïdes que l’on rencontre, sur le pied de l’homme actuel, au-dessous de l’articulation métatarso-phalangienne. La figure 409, que j’emprunte à Lucæ, nous présente, chez le colobus, les deux sésamoïdes en question, siégeant précisément sur la face plantaire de l’articulation cunéo- métatarsienne (devenant réellement l’articulation métatarso-phalangienne) .
Cette manière de comprendre la triphalangie du premier orteil e'ài naturellement applicable au pouce, la main et le pied étant constitués l’un et l’autre sur un type identique. La deuxième et la première phalange deviennent la troisième et la deuxième. Quant à la première, elle est représentée, ici comme au pied, par le premier métacarpien. Celui-ci, à son tour, est constitué par le trapèze de la nomenclature classique (homologue du premier cunéiforme) et, enfin, le trapèze se trouve représenté par un os surnuméraire, le radial externe (homologue du tibial externe), qui apparaît de temps à autre entre le trapèze et le scaphoïde (fig. 410,3).
(Voyez, à ce sujet, outre le mémoire précité de Volkow, les travaux de Pfitzner sur le squelette du pied et de la main, et, aussi, le mémoire d’ Anthony, Sur l'évolution du pied, in Bull, de la Soc. d’ Anthropologie, Paris, 1902).
ARTICLE III
OS sésamoïdes
Les sésamoïdes sont des os courts, arrondis ou ovalaires, généralement de tout petit volume, qui se développent, soit au voisinage de certaines articulations du pied et la main, soit dans l’épaisseur d’un certain nombre de tendons. Ils tirent leur nom des grains de sésame (de a^q^agov, sésame, et sISoç, forme) auxquels on les a comparés. Il est à remarquer, cependant, que cette comparaison est peu justifiée et que les osselets en question n’ont qu’une ressemblance très éloignée avec les semences de sésame. Les sésamoïdes étaient parfaitement connus des anciens anatomistes et Soemmering, dans son Ostéologie, nous en a donné une assez bonne description. A notre époque, ils ont été bien étudiés par Gillette en 1874, par Æby en 1875 et par Retterer, en 1884. Tout récemment, en 1892, leur étude a été reprise par Pfitzner, qui a publié à leur sujet, dans les Morphologische Arbeiten de ScHWALBE, un volumineux mémoire basé sur l’examen minutieux de 388 mains et de 385 pieds.
1° Topographie des sésamoïdes. — Les sésamo'ides, avons-nous dit dans notre définition, apparaissent, soit autour des articulations, soit dans l’épaisseur des tendons. De là leur division en deux groupes : les sésamoïdes péri-articulaires et les sésamoïdes inlra-tendineux . Cette division, qui a été proposée par Gillette, n’est pas à l’abri de tout reproche, et si nous l’acceptons nous-mêmes c’est faute d’en avoir une meilleure. Comme nous le verrons tout à l’heure, en effet, il y a des sésamoïdes péri-articulaires qui présentent avec les tendons des connexions intimes ; et, d’autre part, il existe quelques sésamoïdes intra-tendineux, qui, par leurs relations avec les articulations, mériteraient tout aussi bien de prendre place dans le groupe des sésamoïdes péri-articulaires. Ces réserves faites, voyons quelle est la situation, chez l’homme, des différents groupes de sésamoïdes :
A. Sésamoïdes péri-articulaires. — Les sésamoïdes péri-articulaires, à la fois les
OSÏEOLOGIE
plus nombreux et les plus importants, se développent sur les extrémités libres des
membres. Nous les examinerons séparément à la main et au pied :
a. Sésamoïdes de la main. — Les sésamoïdes péri-articulaires de la main sont tous situés sur la face palmaire (fig. 411), du côté de la flexion par conséquent .
D’autre part, on les rencontre exclusivement, soit au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes, soit au niveau des articulations interphalangiennes. Ces petits os sont très variables par leur forme, par leur volume, par leur nombre. On en compte de 2 à 7 pour chaque main. Deux sont constants : ce sont ceux qui répondent à l’articulation métacarpo-phalangienne du pouce. Les autres, non constants, ne se montrent que sur certains sujets : ce sont, par ordre décj oissaot de fréquence, ceux de l’articulation métacarpo-phalangienne de l’index et du petit doigt, celui de l’articulation interphalangienne du pouce, ceux des articulations inétacarpo-phalangiennes et interphalangiennes des autres doigts.
a) Les sésamoïdes mélacarpo phalangiens du pouce sont toujours au nombre de deux, l’un interne ou cubitaL l’autre externe ou radial. Ils sont logés, à l’état frais, dans l’épaisseur du ligament glénoïdien et reposent directement sur la face palmaire de l’extrémité pbalangienne du premier métacarpien. — Du reste, chacun d’eux nous présente deux faces : une face antérieure ou musculaire, qui donne insertion aux muscles thénar (voy. Myologie); une face postérieure ou articulaire, qui répond à l’articulation et qui, à cet effet, se trouve recouverte d’une mince couche de cartilage. — Quoique conformés sur le même type, les deux sésamoïdes métacarpo-phalangiens du pouce se distinguent l’un de l’autre par les caractères suivants (fig. 412) : l'interne ( l) est arrondi, l’extei ne (2j
La main droite, vu par sa face palmaire, avec ses sésamoïdes (d'après Pitzner).
Fig. 412.
Tète du métacarpien du pouce droit et appareil plialango-sésamoïdien :
i'articulation a été ouverte par sa face dorsale et les surfaces articulaires écartées (d'après Gillette).
ovalaire à grand axe transversal
l’interne
mesure 7 à
8 millimètres de diamètre, l’externe 4 ou 5 millimètres seulement; la face articulaire est plane ou légèrement convexe dans le premier, plus ou moins excavée dans le second. En raison de ces différences morphologiques, Gillette compare le sésamoïde interne au pisiforme, le sésamoïde externe au scaphoïde.
(ü) Le sésamoïde interphalangien du pouce , allongé transversalement, se trouve situé à la partie antérieure de l’articulation de la première phalange avec la seconde. Il est logé, comme le précédent, dans l’épaisseur de la lame fibreuse qui agrandit
1. sésamoïde interne I pisiforme du pouce). — -2, sésamoïde externe (scaphoïde du pouce).
— 3, tète du métacarpien. — 4, surface glénoïde de la phalange.
— r>, ligament interosseux ou inétacarpo-sésamoïdien.
os SÉSAMOIDES
en avant la cavité articulaire de la phalangette. A l’état frais, deux petits ligaments, l’un interne, l’autre externe, le relient aux côtés de la phalange.
y) Les sésamoïdes métacarpo-phalangiens de l'index et du petit doigt se disposent, comme leur nom l’indique, au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes du deuxième et du cinquième doigt, toujours du côté de la flexion. Il peut exister pour chacune de ces articulations, comme pour celle du pouce, deux os sésamoïdes distincts, l’un interne, l’autre externe ; mais cette disposition est extrêmement rare. Le plus souvent, on n’en rencontre qu’un seul : l’observation démontre que, dans ce cas, le sésamoïde métacarpo-phalangien en question répond au côté antéro-interne de l’articulation pour le petit doigt, au côté antéroexterne pour l’index.
Ô) Les sésamoïdes métacarpo-phalangiens du médius et de V annulaire sont relativement fort rares. De plus, il n’en existe jamais deux, du moins chez l’homme, pour la même articulation. Pfitzner a observé le sésamoïde externe du médius et le sésamoïde interne de l’annulaire.
Il n’a jamais rencontré, sur les 388 mains qu’il a examinées, ni l’externe de l’annulaire, ni l’interne du médius.
s) Il peut se développer, enfin, sur les quatre derniers doigts, des sésamoïdes inlerphalangiens analogues à celui que nous avons déciét sur le pouce.
Mais ils doivent être excessivement rares. Pfitzner n’en a observé qu’un seul, situé sur l’index.
b. Sésamoïdes du pied. — Les sésamoïdes du pied présentent, dans leur disposition, la plus grande analogie avec ceux de la main. Ici encore, il convient de distinguer les sésamoïdes métatarso-phalangiens du gros orteil, les sésamoïdes métatarsophalangiens du deuxième et du cinquième et, enfin, les sésamoïdes inlerphalangiens :
a) Les sésamoïdes métatarso-phalangiens du gros orteil sont constants et au nombre de deux, l’un interne, l’autre externe. Tous les deux, à l’état frais, sont situés dans l’épaisseur du fibro-cartilage glénoïdien et revêtent habituellement une forme
ovalaire. Toutefois, l’externe est plutôt arrondi, l’interne plutôt allongé dans le sens antéro-postérieur. Le premier mesure, en moyenne, 9 millimètres de long sur 8 millimètres de large, le second 13 ou 14 millimètres sur 10. Chacun d’eux présente deux faces : une face inférieure, convexe et plus ou moins rugueuse, sur laquelle viennent s’insérer les muscles de l’éminence thénar (voy. Myologie) ; une face supérieure, concave, qui répond à l’articulation et qui, pour cette raison, est lisse, unie et encroûtée de cartilage diarthrodial. Cette face articulaire du sésamoïde nous présente à sa partie moyenne une crête mousse à direction antéro-postérieure et, de chaque côté de cette crête, deux facettes légèrement excavées et s’inclinant l’une vers l’autre : elles se moulent exactement, tant pour le sésamoïde externe que pour le sésamoïde interne, sur les deux rainures que nous avons précédemment décrites (p. 384) au niveau de l’extrémité phalangienne du premier métatarsien.
P) Le sésamoïde interphalangien du gros orteil présente la même disposition
Le pied gauche, vu par sa face plantaire, avec ses sésamoïdes (d’après Pfitzner).
OSTEOLOGIE
que celui du pouce : il est couche' transversalement au-dessous de l’articulation de la première avec la seconde. Pfitzner a observé un sésamoïde analogue sur le deuxième orteil (3 fois sur 385 pieds).
y) Les sésamoïdes ^nétatarso-phalangiens des deuxième et cinquième orteils sont presque toujours uniques, comme ceux qui leur correspondent à la main. Ils sont à la fois moins fréquents et moins volumineux que ces derniers ; mais ils présentent la même disposition, je veux dire que celui du deuxième orteil est interne par rapport à l’axe de l’orteil, tandis que celui du cinquième orteil est externe. Les articulations métatarso-phalangiennes des troisième et quatrième orteils, chez l’homme, n’ont jamais de sésamoïde.
Le sésamoïde interne du gros orteil jouissait autrefois de la singulière propriété, un peu oubliée aujourd'hui, de ne pas retourner en poussière, comme le font toutes les autres pièces du squelette. (( Il n’est aucunement subject à corruption, écrivait Jacques Grévin en 1569, ainsi que le disent les sectateurs de la philosophie cachée, soutenants frivollement qu’il est conservé dans la terre jusques à ce cju’au temps de la résurrection il s’en élève un homme comme d’une graine. »
B. Sésamoïdes intra-tendineux. — Les sésamoïdes qui se développent dans l’épaisseur des tendons sont encore beaucoup plus variables que les sésamoïdes péri-articulaires.
a) Sîir le membre supérieur, il n’en existe pas à l’état normal. Certains anatomistes ont bien cru devoir ranger l’os pisiforme au nombre des sésamoïdes; mais nous avons déjà vu, en étudiant la main, qu’une pareille interprétation était erronée, et que le pisiforme devait être considéré comme un os du carpe. Anormalement, on a observé des sésamoïdes dans le tendon du deuxième radial externe et dans le tendon du triceps brachial.
f ) Sur le membre inférieur, les sésamoïdes sont beaucoup plus nombreux. Parmi eux, on a longtemps rangé la rotule, développée dans l’épaisseur du quadriceps crural ; mais nous avons vu (p. 352; que la rotule doit être considérée comme un os ordinaire, ayant la même signification que les autres pièces squelettiques. Au nombre des sésamoïdes intratendineiix, nous signalerons, avec une fréquence variable pour chacun d’eux, les sésamoïdes du jumeau externe, du jambier postérieur et du long péronier latéral ; le sésamoïde décrit par quelques auteurs dans le tendon du jambier antérieur n’existe pas. Nous aurons naturellement à revenir sur ces sésamoïdes intra-tendineux en étudiant, dans la myologie, les muscles auxquels ils appartiennent.
Fig. 414.
Tète du métatarsien du gros orteil droit et appareil phalango-sésamo'idien : l’articulation est ouverte du côté dorsal et les surfaces articulaires sont écartées (d’après Gillette).
1, sésamoïde interne. — 2, sésamoïde externe. - - 3, tête du métatarsien. — 4, surface glénoïde de la phalange. — 5, ligament interosseux ou métatarsophalangien.
2° Conformation intérieure. — Les sésamoïdes, qu’ils soient péri-articulaires ou intra-tendineux, se composent toujours d’une masse centrale de tissu spongieux ou aréolaire, ordinairement très serré, qui se trouve emprisonnée dans une mince coque de tissa compacte. Ils présentent, comme on le voit, tous les caractères des os courts. Les fines travées osseuses qui forment leur portion spongieuse se disposent parfois parallèlement les unes aux autres, ce qui donne à l’os, vu en coupe, un aspect fibrillaire. Quelques anatomistes en ont conclu que les sésamoïdes sont le produit d’une ossification du tissu fibreux ; mais cette opinion n’est plus soutenable aujourd’hui en présence des faits embryologiques.
os SÉSAMOIDES
3° Développement. — Les se'samoïdes se développent de la meme façon que les autres pièces du squelette. Gomme ces dernières, ils sont primitivement constitués par de simples nodules cartilagineux. Puis, à une époque variable et encore mal connue (elle doit être extrêmement variable), apparaît dans leur épaisseur un centre d’ossification qui envahit peu à peu le tissu cartilagineux et finit par le remplacer.
Les sésamoi'des cartilagineux se montrent de très bonne heure sur le squelette primitif. Retterer, auquel nous devons une excellente étude sur ce sujet, les a rencontrés chez les ruminants et chez les solipèdes, alors que les cavités articulaires voisines n’étaient pas encore formées. Chez un foetus humain de 7 centimètres (de 4 à O mois), les deux sésamoïdes métacarpo-phalangiens du gros orteil existaient déjà sous la forme de deux nodules cartilagineux, présentant 480 de hauteur sur 180 (j- d’épaisseur. Thilenius (1894), de son coté, les a rencontrés, nettement différenciés, sur un embryon de 10 à 12 semaines.
Toutefois, s’ils apparaissent de bonne heure, les sésamoïdes s’ossifient très tard, probablement de dix à vingt-cinq ans. Ils parcourent, du reste, comme l’a établi Retterer, les mêmes phases que les autres pièces du squelette. Ils deviennent vasculaires en même temps ou peu après que les vaisseaux ont pénétré dans les extrémités cartilagineuses voisines et, d’autre part, chacun d’eux ne présente jamais qu’un seul point d’ossification. Ce point d’ossification apparaît à son centre et rayonne de là vers la périphérie.
Au fur et à mesure que le sujet avance en âge, les sésamoïdes perdent leur forme arrondie; ils se creusent et s’élargissent; leurs apophyses deviennent plus saillantes et ils présentent des rugosités qu’ils n’avaient pas dans la jeunesse (Gillette).
4*^ Signification morphologique. — Nous ne possédons encore que des notions bien vagues sur la signification des sésamoïdes péri-articulaires et des sésamoïdes intra-tendineux. On trouve bien écrit cà et là, dans les diverses publications consacrées à ces osselets, qu’ils ont pour rôle « dC agrandir les articulations )) autour desquelles ils se développent, qu’ils sont « destinés à protéger ces articulations », qu’ils (( opèrent la transformation des mouvements qu’ils « servent de poulie à certains tendonSy » etc. Mais ces diverses assertions, outre qu’elles satisfont mal l’esprit, ne nous expliquent nullement : 1° pourquoi les sésamoïdes sont constants au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes du pouce et du gros orteil, inconstants ou même absents au niveau des articulations homonymes des autres doigts ; 2° pourquoi il existe un sésanioïde interphalangien sur le premier doigt et le premier orteil et pas sur les autres ; 3° pourquoi le jambier postérieur et le long péronier latéral possèdent chacun un sésamoïde, tandis que le jambier antérieur et le court péronier n’en présentent jamais, etc., etc.
On a invoqué, pour expliquer le développement des sésamoïdes sur certains points, l’influence des pressions et des frottements. — Il va sans dire qu’en proposant une pareille explication on ne saurait avoir en vue le développement ontogénique, je veux dire l’apparition des sésamoïdes chez l’individu : les sésamoïdes en effet, comme nous l’avons vu plus haut, sont déjà formés à un stade embryonnaire où les mouvements n’existent pas encore et où il ne saurait être question, pour les régions qui en sont le siège, de pressions ou de frottements. — Mais, même en se plaçant sur le terrain phylogénique, il serait fort difficile d’établir que, là où se trouvent des sésamoïdes, les pressions sont plus fortes et les frottements plus fréquents que sur d’autres points où il n’en existe pas. — L’influence sexuelle est certainement nulle ; d’après les statistiques de Pfitzner, la fréquence des sésamoïdes
OSTÈOLOGIE
chez l’homme est à peine supérieure à celle que nous présente la femme, la proportion étant dans le rapport de 28 à 27. — L’influence ethnique n’est pas étudiée.
Une opinion courante, c’est que le développement des sésamoïdes est en rapport avec la constitution des sujets : « leur nombre, a écrit Gillette, est en raison directe de la force musculaire de l’individu ». Je ne sais sur quoi est basée une pareille assertion, mais les recherches récentes de Pfitznek ne lui sont nullement favorables : sur les individus qui présentaient de nombreux sésamoïdes, cet anatomiste n’en a rencontré que trois qui possédaient une constitution vigoureuse; la plupart présentaient une charpente osseuse plutôt grêle et appartenaient au sexe féminin. D’autre part, le même observateur nous apprend, confirmant en cela les conclusions d’.EiiY, qu’il existe des sujets taillés en hercule, sur lesquels on rencontre à peine quelques traces des formations sésamoïdes.
Thilenius {loc. cit.), à la suite de ses recherches sur les embryons, croit devoir considérer les sésamoïdes de l’homme comme des formations rudimentaires, héritées des mammifères chez lesquels ils existent en plus grand nombre et à un degré de développement beaucoup plus avancé. Un certain nombre d’entre eux, tous peut-être, sont le reliquat de pièces squelettiques, qui existaient dans la constitution primitive de la main et du pied.
Somme toute, la signification morphologique des os sésamoïdes péri-articulaires et intra-tendineux est encore fort obscure. Elle restera telle jusqu’au jour où des études nombreuses et raisonnées d’anatomie comparée nous auront entièrement fixés sur les dispositions variables qu’ils présentent dans la série animale et, d’autre part, sur les relations morphologiques qui existent entre ces variations et les conditions mécaniques de la locomotion.
A consulter, au sujet des os sésamoïdes: Gillette, Des os sésamoïdes chez l'homme, Journ. de l’Anatomie, 187:2 ; — Al\i\,Die Sesambeme der menschVxchen llaiid, Arch. f. anat. Pliysiol. u. wiss. Med., 1875 ; • — Ketteuer, Contribution au développement du squelette des extrémités chez les mammifères, Journ. de l'Anat. et de la Physiol., 1884; — Pkitzner. Die Sesambeine des menschl. Korpers, in Morpholog. Arbeiten von Schwalre. 1890; — Tedeschi, Contributo alla conoscenza delle ossa sesamoidee, Perugia. 1891 ; — Thileniüs, Die metacarpo-phalangeal Sesambeine der menschl. Embryonen. Anat. Anzeiger, 1894 ; — Du même, 7^ur Entwickel der Sesambeine der menschl. Hand, Morphol. Arb. 1895: — Lu.nghetti, Contrib . allô studio délia morpoloyia e dello svelluppo dei sesamoïdi intratendinei, Intern. Monatscbr. t. Anat. u. PhysioL, 1909.
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