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ARTICULATIONS COMMUNES A LA PLUPART DES VERTÈBRES

Les vertèbres s’articulent entre elles par leur corps et par leurs apophyses articulaires. Elles sont, en outre, réunies à distance par leurs lames, par leur apophyse épineuse et par leurs apophyses transverses.

§ I. —Articulations des corps vertébraux entre eux

Les articulations qui unissent entre eux les corps des vertèbres constituent le type de l’amphiarthrose parfaite (voy. p. 432).

1° Surfaces articulaires. — Les surfaces articulaires sont formées par les faces supérieure et inférieure des corps des vertèbres, chaque corps vertébral s’articulant par sa face supérieure avec la face inférieure du corps vertébral situé au-dessus, par sa face inférieure avec la face supérieure du corps vertébral situé au-dessous.

A l’état sec, ces surfaces articulaires nous présentent, à leur périphérie, une bordure surélevée formée de tissu compacte et, à leur centre, une partie déprimée et comme poreuse. Elles sont donc légèrement concaves.

A l’état frais, une mince lamelle cartilagineuse s’étale sur la portion centrale, tout en respectant l’anneau périphérique. Elle atténue ainsi la concavité constatée

ARTHROLOGIE

sur l’os sec et, quelquefois même la fait disparaître entièrement : la surface concave est devenue, dans ce dernier cas, une surface plane.

Sur la colonne cervicale, les surfaces vertébrales correspondantes présentent une disposition toute particulière : ces surfaces sont, en effet, concaves transversalement pour le corps vertébral inférieur, convexes dans le même sens pour le corps vertébral supérieur. Il existe, en outre, aux deux extrémités latérales du diamètre transversal deux petites articulations, que Tkol.\rd a décrites tout récemment sous le nom articulations icnco-vertébrales et sur lesquelles nous reviendrons plus loin (voy. p. 444).

2*^ Moyens d’union. — Les ligaments sont de deux ordres : les uns, interosseux, s’interposent, comme leur nom l’indique, entre deux surfaces articulaires voisines; les autres, périphériques, se disposent tout autour de l’articulation. Ces derniers forment, à la partie antérieure et à la partie postérieure des corps vertébraux, deux larges bandes qui occupent toute la hauteur de la colonne et qui, pour cette raison, ont reçu le nom de ligament vertébral commim antérieur et ligament vertébral commun postérieur .

A. Ligaments interosseux. — Les ligaments interosseux, appelés encore ménisques ou disques intervertébraux , présentent la même configuration que les segments

osseux entre lesquels ils s’interposent : leurs diamètres antéro-postérieur et transversal sont exactement les mêmes que les diamètres homonymes des corps vertébraux correspondants.

a. Disposition générale. — Chacun d’eux, considéré dans son ensemble, ressemble assez bien à une lentille biconvexe et, de ce fait, nous présente deux faces, l’une supérieure, l’autre inférieure, et une circonférence. — \jQs>deux faces, planes ou plus ou moins bombées, se moulent sur les surfaces vertébrales ci-dessus décrites et leur adhèrent d’une façon intime. — Quant à la circonférence , elle apparaît nettement à la surface extérieure de la colonne, ainsi que dans le canal rachidien, sous la forme de bandes blanchâtres, dirigées transversalement et alternant régulièrement avec les bandes plus larges formée par les corps vertébraux : elle entre en contact, en avant et en arrière, avec les ligaments vertébraux communs antérieur et postérieur qui, comme nous le verrons tout à l’heure, se fixent sur elle.

b. Dûnensions . — La hauteur des disques intervertébraux varie suivant les régions. Elle est, en moyenne, de 3 millimètres et demi pour la région cervicale, de O millimètres pour la région dorsale et de 9 millimètres pour la région lombaire: on peut admettre, d’une façon générale, qu’elle augmente en allant de haut en bas. Nous ferons remarquer cependant, avec Sappey, que cette hauteur, sensiblement égale sur toute l’étendue de la colonne cervicale, va en diminuant jusqu’à la quatrième ou cinquième vertèbre dorsale, pour s’accroître progressivement jusqu’à la dernière lombaire.

Comparée à la hauteur des corps vertébraux, la hauteur des disques est à cette

Fig. 443.

Section horizontale du disque intervertébral qui unit la 7® et la 8® vertèbre dorsale (d’après Henle).

1, partie antérieure de la vertèbre, — 2, couche superficielle et 3, couche moyeuue du disque intervertébral. — 4, portion centrale. — 5, trou vertébral. — 0, pédicule.

AKTICULAÏIONS DE LA COLONNE YEllTEBRALE

dernière ; dans la région cervicale, comme 2 est à o ; dans la région dorsale, comme 1 est à 5 ; dans la région lombaire, comme 1 est à 3. C’est donc dans la région cervicale qu’ils atteignent la hauteur relative la plus grande; dans la région dorsale que celle-ci, an contraire, descend au minimum (Sappev). En mesurant successivement, sur trois coupes médianes de sujets congelés, la hauteur des corps vertébraux et celle des disques, j’ai obtenu les chiffres suivants :

Obs. I

Obs. h

Obs. IH

Hauteur des corps vertébraux

Hauteur des disques intervertébraux. . . .

tiauteur totale de la colonne

L’examen comparatif de ces différents chiffres nous amène à conclure que les disques invertébraux représentent environ le quart ou le cinquième de la hauteur totale de la colonne vertébrale.

Enfin, chaque disque intervertébral, considéré isolément, ne présente pas sur tous les points une hauteur identique ; au cou et aux lombes, il est plus épais à sa partie antérieure qu’à sa partie postérieure; à la région dorsale, au contraire, il est plus épais en arrière qu’en avant. Cette inégalité de hauteur, entraînant comme conséquence un défaut de parallélisme dans les corps vertébraux adjacents, nous explique en partie les différentes courbures antéro-postérieures du rachis. Toutefois, il serait inexact de dire que ces courbures relèvent exclusivement du mode de conformation des disques invertébraux : les corps vertébraux eux-mêmes ont pour la plupart une hauteur différente en avant et en arrière et, par conséquent, ont aussi leur part dans la production des inflexions précitées.

c. Structure. — Envisagés au point de vue de leur constitution anatomique, les disques intervertébraux se composent de deux portions, l’une centrale, l’autre périphérique ;

aj La portion périphérique (fig. 446, 3), d’une consistance ferme et élastique, qui rappelle celle des fibro-cartilages, constitue une sorte d’anneau, dont la forme et les dimensions sont exactement les mêmes que celles des corps vertébraux correspondants. Elle se compose en majeure partie de faisceaux fibreux, qui s’étendent de la vertèbre supérieure à la vertèbre inférieure.

Fig. 446.

Coupe sagittale de trois corps vertébraux de la région lombaire, segment gauche de la coupe.

1, ligament vertébral commun antérieur.

— 2, ligament vertébral commun postérieur, avec 2’ son faisceau profond. — 3 et 3’ portion périphérique et portion centrale du disque intervertébral.

Ces faisceaux fibreux suivent, pour la plupart, un trajet oblique, les uns de droite à gauche, les autres de gauche à droite, et leur obliquité est d’autant plus prononcée qu’on les examine sur un point plus rapproché du noyau central : au voisinage de ce noyau, ils ont une orientation qui se rapproche beaucoup de l’horizontale. D’autre part, ils ne se disposent pas d’une façon quelconque, mais se groupent systématiquement de façon à former des couches plus ou moins distinctes. Cette disposition apparaît très nettement sur une coupe horizontale des disques

ARÏimOLOGIE

Fig. 447.

Tissu fîbro-cartilagineux du disque intervertébral, sur un supplicié (d’après Tourneux).

1, cellules cartilagineuses ratatinées. — 2, capsules striées. — 3, fibres conjonctiv-es. — 4, substance fondamentale entourant les chondroplastes. — Entre les cbondroplastes pourvus de capsules striées et en partie calcifiés, serpentent des écheveaux de fibres conjonctives.

intervertébraux, où l’on voit une série de lamelles, circulaires ou tout au moins arciformes, inégalement colorées, qui se succèdent et s'emboîtent assez régulièrement de la périphérie au centre. 11 est à remarquer que, dans chacune de ces lamelles, les faisceaux fibreux ont tous la même direction. Mais il est à remarquer aussi que ceux des lamelles voisines ont une orientation exactement inverse, c’est-à-dire que si les uns sont obliques de gauche à droite, les autres sont obliques de droite à gauche : il en résulte naturellement que les faisceaux constitutifs d’une couche

donnée s’entrecroisent en sautoir, à la fois avec ceux de la couche précédente et avec ceux de la couche suivante.

Les différentes couches qui forment la portion périphérique des disques intervertébraux sont assez bien délimitées : entre elles, en effet, se disposent des cloisons séparatives où dominent les éléments élastiques. De même, dans chaque couche, les faisceaux fibreux sont séparés les uns des autres par de nouvelles cloisons, celles-ci beaucoup plus minces, mais, comme les précédentes, de nature élastique.

Le long des cloisons précitées et aussi dans l’épaisseur des faisceaux fibreux, on rencontre toujours un certain nombre de cellules cartilagineuses. Ces cellules se disséminent d’une façon irrégulière et, d’autre part, sont très variables dans leur forme, dans leur volume et dans leur nombre. L’observation démontre qu’elles sont d’autant plus nombreuses qu’on se rapproche davantage des surfaces osseuses des vertèbres et de la portion centrale du disque intervertébral.

e) La portion centrale du disque intervertébral forme une sorte de noyau, inclus dans la portion périphérique : c’est le noyau muqueux ou gélatineux de certains auteurs. Il n’occupe pas exactement le centre du disque, mais se trouve un peu plus rapproché de son bord postérieur que de son bord antérieur. Vu sur des coupes sagittales de la colonne (fig. 446, 3’), il fait hernie à la surface de la coupe. Si on le plonge dans l’eau, il gonfle et acquiert peu à peu un volume double de celui qu’il avait auparavant. Abandonné à l’air libre, il se dessèche et se transforme en une mince lamelle de substance dure, qui rappelle la substance cornée.

Cette portion centrale diffère beaucoup d’aspect chez l’enfant et chez le vieillard : chez le premier, elle est blanchâtre, molle, gélatineuse, presque diffluente; chez le second, elle est jaunâtre, plus dense, presque sèche, plus ou moins friable. Le noyau gélatineux augmente donc de consistance au fur et à mesure que le sujet avance en âge. En même temps, il se réduit considérablement dans ses dimensions par suite de la transformation fibreuse de ses parties périphériques.

Histologiquement, le noyau gélatineux des disques intervertébraux est constitué par des tractus conjonctifs, dans l’intervalle desquels s’amassent des éléments cellulaires d’une signification toute spéciale. Ces cellules, dont les dimensions sont fort variables, sont claires, transparentes, possédant, tantôt un seul noyau, tantôt deux, trois, quatre noyaux ou même un plus grand nombre. Elles représentent.

non pas un rudiment de séreuse, comme on Ta cru longtemps, mais les reliquats d’un organe embryonnaire, la corde dorsale (voy. Embryologie). Très abondantes chez le fœtus et chez l’enfant jusqu’à l’âge de sept à huit ans, les cellules en question deviennent ensuite de plus en plus rares et finissent vraisemblablement par disparaître d’une façon complète. On en rencontre encore, cependant, chez les sujets de cinquante-cinq à soixante ans et même à un âge plus avancé.

d. Vaisseaux et nerfs. — Les disques intervertébraux possèdent des vaisseaux et

des nerfs : toutefois, ces éléments y sont beaucoup plus rares que dans les fibro-cartilages des articulations mobiles. On ne les rencontre, du reste, que dans la portion périphérique du ménisque : la portion molle ou centrale en serait- complètement dépourvue, d’après Sappey.

B. Ligament vertébral commun antérieur. — Le ligament vertébral commun antérieur (üg. 448, 8) se présente à nous sous la forme d’un long ruban, blanchâtre et nacré, couché sur la face antérieure de la colonne vertébrale et s’étendant sans interruption du corps de Taxis à la partie supérieure du sacrum. Au-dessus de Taxis, il est continué jusqu’à la base du crâne, comme nous le montre la figure 464, par un petit cordon médian, qui s’applique successivement contre le ligament atloïdo-axoïdien antérieur et contre la membrane occipito-atloïdienne antérieure et, finalement, vient se fixer sur la surface basilaire, un peu en avant du trou occipital. Ce petit cordon médian, que nous retrouverons plus loin à propos de Tarticulatiôn de Toccipital avec l’atlas, peut être considéré comme l’origine supérieure du ligament vertébral commun antérieur.

a. Variations régionales. — Le ligament vertébral commun antérieur traverse successivement le dos, le cou, les lombes et la région sacrée. Il présente, dans chacune de ses régions sommairement indiquer.

Fig. 448.

Articulations des corps vertébraux entre eux’et articulations des côtes avec le rachis, vue antéro-latérale.

A, côtes. — 1, corps des vertèbres. — 2, disques intervertébraux. — 3, apophyses articulaires supérieures. — 4, apophyses articulaires intérieures. — 5, apophyse épineuse.

— 6, apophyses transverses, avec 6’, facette articulaire pour la tubérosité costale. — 7, demi-facette costale du corps vertébral. — 8, ligament vertébral commun antérieur (portiorr moyenne), avec 9, ses portions latérales. — 10, fente séparant la portion moyenne de la portion latérale. — il, ligaments antérieurs ou rayonnés de l’articulation costo-vertébrale. — 12, ligament costo-transversaire supérieur, avec 13 et 13’, ses deux faisceaux accessoires interne et externe.

— 14, ligament costo-transversaire inférieur. — 15, ligament interosseux de l’articulation costo-vertébrale proprement dite. — 16, 16’, synoviales de cette articulation. — 17, canal rachidien.

des caractères particuliers, que nous allons

o)' Au cou, tout d’abord (fig. 464, 8), il ne recouvre que la partie médiane de la colonne. Étroit et comme effilé à sa partie supérieure, il s’élargit peu à peu au fur et à mesure qu’il descend et revêt ainsi, dans son ensemble, la forme d’un triangle très allongé, dont la base répond à la première vertèbre dorsale.

anatomie humaine. — T. I, 6<= ÉDIT. 56

ARTHROLOGIE

Au dos (fig. 448, 8), le ligament vertébral commun antérieur s’élargit latéralement, de façon à recouvrir toute la partie de la colonne qui est placée en avant de la tête des côtes. Nous pouvons, par conséquent, lui distinguer trois portions : 1° une portion moyenne, qui fait suite à la bandelette cervicale et qui, comme cette dernière, est très épaisse, très résistante, d’aspect nacré; 2° àQwsi parties latérales, qui sont beaucoup plus minces et qui, n’ayant pas leurs équivalents au cou, nous

apparaissent ici comme des parties surajoutées. Ces portions latérales se confondent parfois, au niveau de leur bord antérieur, avec la portion moyenne. Mais, le plus souvent, les deux portions se distinguent nettement l’une de l’autre par une différence d’épaisseur et aussi par une différence de niveau, la portion moyenne surplombant plus ou moins les portions latérales. Elles diffèrent également par la longueur de leurs fibres : celle de la portion moyenne sontbeaucoup plus longues que celles des portions latérales qui, le plus souvent, ne vont pas d’une vertèbre à l’autre, mais réunissent les disques sus- et sous-jacents au corps de la vertèbre intercalaire. Nous ajouterons que, sur bien des points, la portion moyenne et les portions latérales du ligament vertébral commun antérieur sont séparées, au niveau du corps de la vertèbre, par une série d’orifices, allongés en forme de fentes, qui livrent passage à des veines.

y) Aux lombes, le ligament vertébral commun antérieur se rétrécit de nouveau et se trouve réduit, comme à la région cervicale, h une bandelette unique reposant sur la portion médiane de la colonne lombaire.

ô) A la région sacrée, enfin, il s’étale sur la face antérieure de la première pièce sacrée et se termine ordinairement au niveau de la seconde, en se fusionnant avec le périoste. Dans certains cas, cependant, de préférence chez les jeunes sujets, on peut le voir descendre plus bas, jusqu’à la cinquième vertèbre sacrée ou plus bas encore jusque sur la base du coccyx.

b. Rapports. — Envisagé au point de vue de ses rapports, le ligament vertébral commun antérieur adhère intimement, par sa face postérieure, aux corps vertébraux et aux disques fibro- cartilagineux qui les séparent. Sa face antérieure est en rapport : 1° à la région cerricale, avec les muscles long du cou, grand droit ant'-rieur et petit droit antérieur de la tête, avec l’aponévrose prévertébrale et, par l’intermédiaire de cette aponévrose, avec le pharynx et la portion supérieure de l’œsophage ; 2° à la région dorsale avec l’œsophage, l’aorte, la grande veine azygos, le canal thoracique, les vaisseaux intercostaux ; 3° à la région lombaire, avec les YJÜiers du diaphragme, qui le renforcent et avec les arcades fibreuses du psoas, qui longent ses bords; à la région sacrée, avec le contenu du bassin.

Fig. 449.

Articulations des corps vertébrau.x;. vue postérieure ; le ligament vertébral commun postérieur.

(Les vertèbres ont été sciées au niveau de leurs pédicules et le segment postérieur de la coupe a été enlevé.)

Dxii, douzième dorsale. — LÇ première lombaire. — 1, 1’. 1”, pédicules des vertèbres. — 2, douzième côte. — .3, ligament vertébi’al commun postérieur. — 4, faisceau profond de ce ligament. — 3, disque intervertébral.

c. Slruclure. — Plusieurs plans de fibres, toutes longitudinales et plus ou moins parallèles les unes aux autres, constituent le ligament vertébral commun antérieur : les superficielles, qui sont les plus longues, s’étendent à quatre ou cinq vertèbres; \é^ profondes, plus courtes, se portent d’une vertèbre à la vertèbre voisine.

C. Ligament vertébral commun postérieur. — Le ligament vertébral commun postérieur (fig. 449, 3) est situé à la partie postérieure des corps vertébraux, en plein canal rachidien par conséquent. Comme le précédent, il revêt l’aspect d’une bandelette fibreuse, étendue de l’occipital au sacrum.

a. Disposition générale. — Large au niveau des disques interosseux, il se rétrécit au niveau des corps vertébraux : il en résulte que ses bords,. au lieu d’être rectilignes, sont formés par une série de festons, concaves en dehors, dont la partie moyenne répond au corps vertébral et les dents au fibro-cartilage interosseux. Ces dents s’étendent, latéralement, jusqu^’à la face interne des pédicules, où elles se fixent.

A son extrémité supérieure, le ligament vertébral commun postérieur se détache de la gouttière basilaire, immédiatement en avant du trou occipital : il est confondu, à ce niveau, d’une part avec le ligament occipito-axoïdien moyen, qui est placé en avant de lui, d’autre part avec la dure-mère, qui descend sur sa face postérieure.

A son extrémité inférieure, le ligament, après avoir franchi l’articulation sacrovertébrale, arrive à la face antérieure du sacrum. Là, n’ayant plus à maintenir en présence des vertèbres qui se sont soudées entre elles, n’ayant plus aucun rôle à jouer par conséquent, il se réduit à un simple cordon médian, que l’on peut suivre ordinairement jusqu’à la première pièce coccygienne. C’est sur ce cordon, comme nous le verrons plus loin, que vient se fixer la cloison fibreuse (ligament sacrodural de Trolard) qui unit la dure-mère à la paroi antérieure du canal sacré.

b. Rapports. — Considéré au point de 3 . ^

vue de ses'rapports, le ligament vertébral commun postérieur adhère intimement, par sa face antérieure, aux disques intervertébraux, ainsi qu’aux deux bords supérieur et inférieur des vertèbres : il reste séparé (fig. 446) de la partie moyenne de ces dernières par des veines, ordinairement très volumineuses, qui s’échappent des corps vertébraux pour se rendre aux veines intrarachidiennes. Sa face postérieure répond à la dure-mère, à laquelle elle est unie par de simples tractus conjonctifs.

c. Structure. — Histologiquement, le ligament vertébral commun postérieur est constitué, comme l’antérieur, par des fibres longues et des fibres courtes : des fibres longues, qui sautent plusieurs vertèbres; des fibres courtes^ qui vont d’une vertèbre à la vertèbre voisine. En avant de lui, au niveau des trous vasculaires que présente la face postérieure du corps vertébral, on rencontre parfois (fig. 449, 4) de petites bandelettes longitudinales, qui s’étendent du bord supérieur des trous précités à leur bord inférieur. Ces ban-

Coupe frontale de la colonne cervicale, passant un peu en avant des artères vertébrales, pour montrer les articulations unco-vertébrales.

CIV, cv, Cvi, quatrième, cinquième et sixième vertèbres cervicales. — 1, 2, portion périphérique et portion centrale des disques intervertébraux. — 3, artère vertébrale. — 4, 4, articulations unco-vertébrales. ouvertes par la coupe.

ARTHKOLOGIE

dele’ttes médianes, que l’on peut considérer comme des dépendances du ligament vertébral commun postérieur, séparent en deux parties, l’une droite, l’autre gauche, le paquet veineux qui s’échappe du corps vertébral. Le ligament vertébral commun postérieur nous présente une coloration jaunâtre plus ou moins accusée, indice manifeste qu’aux fibres conjonctives, qui forment la base de sa constitution anatomique, est venu se joindre un certain nombre de fibres élastiques.

Articula.tions unco-vertébrales de la région cervicale. — A la région cervicale, les extrémités latérales des corps vertébraux, outre l’amphiarthrose ci-dessus décrite, s’unissent encore à l’aide de deux petites articulations qui, par leurs caractères morphologiques, appartiennent au genre des arthrodies. Ces articulations, déjà signalées depuis longtemps par Luschka [Die Halbgelenke des mensciil. Kôvpers, Berlin, 1858), ont été décrites à nouveau, en 1893, par Trolard (Journ. intern. d' Anatomie et de Physiologie, t. X, fasc. 1) sous le nom d’articulations unco-vertébrales.

a. Surfaces articulaires. — Les arthrodies unco-vertébrales nous présentent comme surfaces articulaires; 1° du côté de la vertèbre inférieure, 1-a face interne de l’apophyse semi-lunaire, laquelle est située, comme on le sait, à l’extrémité latérale de la face supérieure du corps vertébral (voy. OsTÉoL., p. 66; du côté de la vertèbre supérieure, l'échancrure qui est creusée à l'extrémité latérale de sa face inférieure. Ces deux facettes sont revêtues, à l’état frais, d’une mince couche de cartilage diarthrodial. Pour prendre une notion exacte de la disposition et de l’étendue des articulations unco-vertébrales, il convient de pratiquer sur la colonne cervicale une coupe frontale (tîg. 450), passant par les apophyses semi-lunaires. La cavité articulaire nous apparaît alors sous la forme d’une fente étroite, dirigée de dehors en dedans et de haut en bas. Cette cavité m’a paru toujours plus développée à la partie inférieure de la colonne cervicale qu’à sa partie supérieure: sur trois pièces que j’ai actuellement sous les yeux, elle mesure 7 millimètres de longueur entre la cinquième et la sixième cervicale, 4 millimètres seulement entre la quatrième et la cinquième ; elle est à peine ébauchée entre les vertèbres situées plus haut.

b. Moyens d'union. — Les deux facettes articulaires précitées sont maintenues en présence : 1® en dedans et en avant, par le disque intervertébral lui-même, qui se termine là en s’amincissant ; en dehors et en arrière, par un ligament semi-capsulaire, le ligament unco-vertébral, qui s’étend du pourtour de réchancrure au bord correspondant de l’apophyse semi-lunaire.

c. Synoviale. — Chacune des articulations unco-vertébrales possède une petite synoviale qui lui est propre. Elle tapisse intérieurement le ligament unco-vertébral.

d. Signification jnorpfiologique. — Les articulations que nous venons de décrire ont été considérées par Luschka comme les homologues, à la région cervicale, des articulations ^osto-vertébrales de la colonne dorsale. L’apophyse semi-lunaire aurait la valeur d’une tête costale, qui se serait soudée avec la vertèbre sous-jacente et aurait conservé toute son indépendance vis-à-vis de la vertèbre située au-dessus. L’articulation qui runit à cette dernière vertèbre ne représenterait donc qu’une moitié, la moitié supérieure, d’une articulation costo-vertébrale.

§ II. — Articulations des apophyses articulaires entre elles

Les articulations qui unissent entre elles les apophyses articulaires des vertèbres sont des arthrodies. Celles du cou et du dos, avec leurs surfaces planes, appartiennent manifestement à ce groupe. Celles des lombes, malgré leurs surfaces articulaires courbes, doivent encore être rattachées aux arthrodies : les mouvements dont elles jouissent sont, en effet, très limités et se réduisent pour ainsi dire à de simples glissements.

Surfaces articulaires. — Les surfaces articulaires diffèrent, par leur forme et leur orientation, suivant les régions que l’on examine.

aj A la région cervicale, elles sont à peu près planes, de forme ovalaire, orientées de la façon suivante : celle qui appartient à la vertèbre inférieure regarde obliquement en arrière et en haut; celle qui appartient à la vertèbre supérieure, obliquement en avant et en bas. Pour une articulation donnée, l’apophyse articulaire de la vertèbre supérieure est placée au-dessus et en arrière de l’apophyse articulaire correspondante de la vertèbre inférieure.

g) A la région dorsale, nous rencontrons une disposition à peu près semblable.

L’apophyse articulaire de la vertèbre supérieure se trouve toujours située au-dessus et en arrière de l’apophyse articulaire de la vertèbre inférieure. Quant aux deux facettes articulaires, elles sont encore à peu près planes : celle qui appartient à la vertèbre inférieure regarde en arrière, en haut et un peu en dehors; celle qui appartient à la vertèbre supérieure regarde en avant, en bas et un peu en dedans.

y) a la région lombaire, les apophyses articulaires se disposent d’une façon telle que l’apophyse de la vertèbre sous-jacente est placée en dehors de l’apophyse correspondante de la vertèbre sus-jacente. Nous ajouterons que les facettes articulaires sont représentées ici, comme nous l’avons vu en OsTÉOLOGiE (p. 70), par des segments de cylindre : cylindre plein pour l’apophyse articulaire de la vertèbre située au-dessus ; cylindre creux pour celle de la vertèbre située au-dessous. De ces deux facettes, la première (celle qui est convexe) regarde en dehors et un peu en avant; la seconde (celle qui est concave), en dedans et un peu en arrière.

Toutes ces facettes articulaires sont revêtues d’une couche de cartilage hyalin.

2° Moyens d’union. — Les moyens d’union diffèrent encore suivant qu’on les examine au cou, au dos ou aux lomhes :

a) A la région cervicale, les deux surfaces articulaires en présence sont unies l’une à l’autre par une capsule fibreuse, qui est fixée au pourtour de chacune d’elles, à la limite du revêtement cartilagineux pour la facette supérieure, à 2 ou 3 millimètres du cartilage pour la facette inférieure. Cette capsule, mince, lâche, beaucoup plus épaisse en arrière qu’en avant, est renforcée à sa partie interne par le ligament jaune correspondant.

P) A la région dorsale, nous rencontrons encore une capsule, mais elle est plus serrée qu’à la région cervicale. Recouverte en dedans parle ligament jaune, elle est renforcée en arrière et en dehors par un faisceau fibreux de coloration blanchâtre, qui constitue pour l’articulation un véritable ligament postérieur.

y) a la région lombaire, la disposition est à peu près la même : la capsule y est renforcée à la fois, en avant par le ligament jaune correspondant, en arrière par un ligament postérieur. Toutefois, ce ligament postérieur est ici beaucoùpplus épais et plus résistant que dans la région dorsale.

Coupes horizontales de la colonne vertébrale, passant : A, par le disque intervertébral qui unit la cinquième et la sixième vertèbres cervicales B, par le disque intervertébral qui unit la sixième et la septième vertèbres dorsales ; G, par le disque intervertébral qui unit la deuxième et la troisième vertèbres lombaires (sujet congelé, segment inférieur de la coupe).

1, coupe du disque intervertébral. — 2, apopliyse transverse. — 3, pédicule. — 4, coupe de l’apopliyse articulaire de la vertèbre inférieure. — 5, coupe de l’apophyse articulaire de la vertèbre supérieure. — • 6, interligne articulaire. — 6’ (dans la ligure A seulement), prolongement de la synoviale articulaire sous le ligament jaune. — 7, ligaments jaunes. — 8, ligaments interépineux. — 9, ligaments sus-épineux. — 10, coupe de l’apophyse uncilorme de la sixième cervicale. — 11, articulation unco-vertébrale.

ARTHROLOGIE

3° Synoviale. — Une synoviale, remarquable par salaxité, favorise le glissement des surfaces articulaires. A la région cervicale, cette synoviale envoie d’ordinaire un prolongement (fig. 451, A, 6 ) entre le ligament jaune et la lame vertébrale correspondante.

§ III. — Union des lames vertébrales entre elles

Les lames vertébrales sont réunies les unes aux autres par des ligaments, à structure spéciale, que l’on a désignés, en raison de leur coloration, sous le nom de ligaments jaunes.

1° Disposition générale des ligaments jaunes. — Chaque lame est reliée à la lame voisine (soit à la lame sus-jacente, soit à la lame sous-jacente) par deux ligaments, l’un droit, l’autre gauche. Chacun d’eux affecte la forme d’une lame rectangulaire et nous présente, par conséquent, deux faces, deux bords et deux extrémités ;

a. Hords. — Des deux bords, le supérieur s’attache à la face antérieure de la lame qui est au-dessus ; l’inférieur s’insère sur le bord supérieur de la lame qui est au-dessous.

b. Faces. — Des deux faces, l’une est antérieure, l’autre postérieure. — La première, inclinée en bas et en avant, répond à la dure-mère rachidienne, dont elle est séparée par une graisse demifluide et par les veines du rachis. — La face postérieure, qui regarde en arrière et en haut, est en rapport avec les lames vertébrales et, par leur intermédiaire, avec les muscles spinaux.

c. Exlrémüés. — Les deux extrémités se distinguent en interne et externe. — extrémité externe répond au côté postérieur du trou de conjugaison. Elle recouvre la partie interne des apophyses articulaires et renforce à ce niveau, ainsi que nous l’avons vu, la capsule fibreuse qui unit ces apophyses. — Par leur extrémité interne, \es> deux ligaments jaunes correspondants se fusionnent ensemble sur la ligne médiane, au voisinage de la base des apophyses épineuses. A la région cervicale, cependant, ils sont séparés l’un de l’autre par un léger interstice, plus ou moins accusé suivant les cas, qui livre passage à des veines.

2° Variations régionales. — Considérés comparativement dans les différentes régions de la colonne, les ligaments jaunes diminuent de largeur en allant de haut en bas; leur hauteur, au contraire, augmente graduèllernent en allant dans le même sens. Quant à leur épaisseur, elle s’accroît, comme la hauteur, en allant de

Fig.' 452.

Les ligaments jaunes de la région cervicale, vus par leur face antérieure.

1, septième vertèbre cervicale, avec 1’, son apophyse épineuse. — 2, lames vertébrales. — 3, pédicules. — 4, ligaments jaunes. — 5, synoviale des articulations des apophyses articulaires, injectée au suif. — 0, une articulation ouverte.

la région cervicale à la région lombaire. Les dimensions moyennes des ligaments

jaunes sont résumées dans le tableau suivant :

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