‹ Traité d'anatomie humaine (volume 3)Chapitre 9 sur 176 · C. — Lois DE l’ossification · texte numérisé non relu

C. — Lois DE l’ossification

Les différents segments du squelette s’ossifient suivant des modalités fort diverses. Ces modalités varient pour ainsi dire avec chacun d’eux et, de ce fait, se prêtent mal à des formules générales.

Os se développant par un seul point d’ossification. — Tout d’abord, certains os O se développent par un seul point d’ossification, qui apparaît à

son centre et qui, de là, rayonne vers la périphérie. De ce nombre sont les sésamoïdes et la plupart des os courts qui constituent le carpe et le tarse. De ce nombre encore sont, parmi les os plats, les deux pariétaux.

2° Os se développant par des points d’ossification multiples . — D’autres, et c’est le plus grand nombre, se développent par des points d’ossification multiple et, dans ce cas, il est rare que, pour une pièce osseuse déterminée, tous les points osseux aient la même valeur. A ce sujet, il y a lieu de distinguer deux ordres de points osseux : les uns ont pour caractères d’apparaître de bonne heure, de se montrer au centre de l’os et de former la plus grande partie de celui-ci, ce sont les points primitifs ou points principaux; les autres apparaissent plus tard, se montrant, non plus au centre comme les précédents, mais à la périphérie, sur les bords pour les os plats, sur les extrémités pour les os longs, ce sont les points secondaires ou complémentaires (fig. 48, 2 et 3). Sur les os longs qui, comme nous l’avons vu, se composent d’un corps ou diaphyse et de deux extrémités ou épiphyses, les points osseux primitifs et secondaires sont encore désignés sous les noms, très significatifs du reste, de points diaphysaires et points épiphysaires.

Fig. 48.

Ossification du tibia [schématique] .

1, point primitif pour le corps. — 2, point complémentaire pour l’extrémité supérieui*e. — 3, point épiphysaire inférieur. — 4, point complémentaire pour la tubérosité antérieure. — 5, ligne de soudure pour l’épiphyse supérieure. — 6, ligne de soudure pour l’épiphyse inférieure.

Fig. 49.

Ossification de l’os coxal [schématique) .

A, B, C, parties formées par les points primitifs. — D, étoile coljloïdicnne.

1, point pour l’épine iliaque antéro-inférieure. — 2, point pour la crête iliaque. — 3, point pour la tubérosité ischialique. — 4, point pour l’épine sciatique. — 5, point pour l’épine du pubis. — G, point pour l'angle du pubis. — 7, os cotyloïdien ou acétabulaire. — 8, point central. — 9, point postérieur.

ANATOMIE GÉNÉRALE

Considérés dans leur évolution respective sur un même os, les points principaux et complémentaires aux dépens desquels se développe cet os, rayonnent dans tous les sens et envahissent peu à peu la substance de l’os primitif. Ils se rapprochent ainsi les uns des autres, arrivent au contact et finalement, comme nous l’avons vu, se soudent entre eux pour ne plus former alors qu’une seule pièce osseuse : c’est l’os arrivé à son complet développement, Los de l’adulte.

3° Lois de Serres. — Dans un travail déjà ancien, puisqu’il date de 1819 , Serres a cru pouvoir dégager de l’étude analytique de l’ostéogénie les trois lois suivantes, qu’il désigne sous les noms de loi de symétrie, loi des éminences et loi des camtés :

cl) D’après la loi de symétrie, tout os médian est primitivement double, c’est-àdire composé de deux moitiés latérales, qui se rapprochent peu à peu au cours du développement et finissent par se confondre sur la ligne médiane. Gela est vrai pour le frontal, pour le maxillaire inférieur, pour le sphénoïde, pour l’ethmoïde et d’autres encore. Mais la colonne vertébrale, pour sa partie antérieure tout au moins, fait exception à cette règle. Nous verrons plus tard, en effet, que les corps vertébraux ne possèdent chacun qu’un seul point primitif, placé à son centre et sur la ligne médiane.

|î) D’après la loi des éminences, toute saillie osseuse se développerait aux dépens d’un point d’ossification particulier. C’est ainsi que nous verrons des points d’ossification spéciaux former le grand et le petit trochanter, le trochin et le trochiter, l’acromion, l’apophyse coracoïde, etc. Des faits nombreux paraissent donc confirmer cette deuxième loi. Mais, comme la première, elle présente aussi de nombreuses exceptions et, pour n’en citer que quelques-unes, nous rappellerons l’apophyse mastoïde, l’apophyse coronoïde du cubitus, la protubérance occipitale externe, les apophyses zygomatiques, les apophyses articulaires des vertèbres, qui, malgré leurs grandes dimensions, ne sont jamais, quel que soit le stade évolutif auquel on les considère, que de simples dépendances de la pièce squelettique qui les supporte.

y) D’après la loi des eau i/és, toute cavité serait formée par la réunion de plusieurs pièces osseuses, deux au moins. Il en serait de même des trous : chacun d’eux résulterait de la conjugaison de deux ou plusieurs os. Ici encore des faits fort nombreux déposent en faveur de cette loi : tels sont la cavité glénoïde, la cavité cotyloïde, la fosse ptérygoïde, le trou vertébral, le trou occipital, le trou optique, etc., à la constitution desquels concourent toujours des pièces multiples. Mais nous avons aussi, comme précédemment, à enregistrer quelques exceptions : le canal dentaire inférieur et le conduit auditif interne, pour n’en citer que deux, se trouvent creusés dans une seule et même pièce osseuse, et il en est de même de tous les conduits nourriciers.

Les formules ostéogéniques énoncées par Serres nous présentent, comme on le voit, avec de nombreux faits confirmatifs, un grand nombre de faits contradictoires et, par conséquent, n’ont pas ce caractère de généralité qui fait les lois en sciences naturelles.

4“ Quelques formules générales relatives au mode d’évolutiondes points épiphysaires des os longs. — En ce qui concerne le mode d’ossification spécial qui préside à la formation de chaque os, nous ne saurions formuler ici aucune règle générale, tant l’ossification est différente, non seulement pour chacun des trois groupes (os longs, os plats et os courts), mais,, dans chaque groupe, pour chaque pièce osseuse.

OSTEOLOGIE

Nous traiterons cette question isolément dans les différents chapitres qui suivent. A propos de chaque os, nous résumerons en petit texte, sons la rubrique développement, tout ce qui a trait à sa disposition. Autrement dit, nous indiquerons brièvement le nombre des points osseux, primitifs ou complémentaires, aux dépens desquels il se développe, le siège et l’ordre d’apparition de ces points osseux, leur mode d’évolution réciproque, et enfin l’époque, à laquelle s’effectue leur soudure. Nous nous contenterons ici de rappeler quelques formules générales relatives au mode d’évolution des points épiphysaires des os longs.

a. Formule de Bérard. — C’est d’abord la formule énoncée par Bérard au sujet de la soudure des points épiphysaires, dans les os des membres. Elle peut se résumer comme suit : dans les os diépiphysaires, celle des deux épiphyses vers laquelle se dirige le conduit nourricier de Vos est justement celle qui se soude la première . Cette formule est exacte. Ainsi, pour le membre supérieur, où les conduits nourriciers de l’humérus, du radius et du cubitus se dirigent vers le coude, c’est, pour chacun de ces trois os, l’épiphyse qui avoisine le coude qui se soude la première à la diaphyse. De même, pour le membre inférieur, où les conduits nourriciers du fémur, du tibia et du péroné fuient le genou, c’est l’extrémité supérieure du fémur et l’extrémité inférieure du tibia et du péroné qui, les premières, se soudent à la diaphyse. Bérard a encore établi que, pour les os mono- épiphysaires, Vextrémité vers laquelle se dirige le conduit nourricier est justement celle qui se développe aux dépens du point d' ossification du corps sans apparition de point complémentaire. Cette formule est parfaitement applicable aux métacarpiens, aux métatarsiens, aux phalanges et même à la clavicule.

b. Formule de Sappey. — La formule précipitée de Bérard au sujet de l’ordre de soudure des épiphyses dans les os longs diépiphysaires ne s’applique malheureusement pas à Tordre d’apparition des points osseux dans les épiphyses. Sur ce point, Sappey a cru pouvoir admettre comme formule générale que les points épiphysaires so7it d’autant plus précoces qu'ils sont destinés à acquérir un volume plus considérable ; en d’autres ternies, que dans les os qui ont deux épiphyses, celle-là s’ossifie la première qui deviendra la plus volumineuse. Une pareille formule est assez exacte pour les os longs des membres. Mais elle présente au moins une exception; fextrémité supérieure du cubitus, en effet, quoique étant beaucoup plus volumineuse que l’extrémité inférieure, ne commence à s’ossifier que quelque temps après cette dernière.

c. Formule de Picqué. — Pigqüé, en 1892, a fait remarquer que, dans les os longs mono-épiphysaires, le point d'ossification complémentaire apparaît sur celle des deux extrémités qui est la plus mobile. A l’appui de cette assertion, il rappelle le mode d’ossification des côtes, de la clavicule, des phalanges, du premier métacarpien et du premier métatarsien. Tous ces os, en effet, n’ont qu’un seul point épiphysaire, et ce point correspond, comme nous le verrons plus tard, à l’extrémité interne des côtes, à l’extrémité interne de la clavicule, à l’extrémité supérieure des phalanges, à l’extrémité supérieure du premier métacarpien, et du premier métatarsien, extrémités qui, pour chacun de ses os, sont plus mobiles que les extrémités opposées.

d. Formule d'A. Julien. — Lamème année, Alexis Julien, considérant, lui aussi, le côté fonctionnel des extrémités articulaires des os longs, nous a donné, quant à Tordre d’apparition des points épiphysaires, une formule beaucoup plus générale que celle énoncée par Picqué et que je résume dans la proposition suivante : dans les os longs, le premier voint épiphysaire pour les os qui en ont deux, le point

ANATOMIE GENERALE

épiphysaire pour les os qui n'en ont qu'un apparaît toujours sur celle des deux extrémités qui est la plus importante au point de vue fonctionnel. Cette formule est exacte pour tous les os longs du corps humain. Reste à savoir si, chez les animaux où la valeur fonctionnelle des membres est parfois si dilférente de celle que nous observons chez l’homme, l’ordre d’apparition des points épiphysaires subit, dans tel ou tel corps déterminé, les modifications qu’exigerait la loi précitée.

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